****·Comics·East & West·Nouveau !

Avengers: Nuit Noire

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Recueil des dix épisodes la mini-série Marvel Avengers No Road Home, écrite par Mark Waid, Al Ewing et Jim Zub, et dessinée par Paco Medina, Sean Izaakse et Carlo Barberi. Parution le 25/08/2021 chez Panini Comics.

Nyx sa mère

Peu de temps auparavant, les Avengers, les plus puissants héros de la Terre, ont fait face à une nouvelle menace cosmique. Deux entités extraterrestres surpuissantes issues des Doyens de l’Univers, le Grand Maître et le Collectionneur, ont pris la planète en otage et s’en sont servi comme d’un plateau de jeu, utilisant héros et vilains comme des pions à leur service.

Ce faisant, ils ont involontairement permis à Nyx, déesse de la Nuit et des Ténèbres, autrefois toute-puissante, de rompre l’enchantement qui la maintenait en captivité depuis que Zeus l’a bannie après avoir dispersé les morceaux de son âme. Très insatisfaite de ce sort peu enviable, Nyx resurgit accompagnée de sa progéniture, et impose sa vengeance au panthéon grec, n’épargnant personne.

Seul Hercules, fils immortel de Zeus, échappe au massacre, du fait de sa présence sur Terre au moment des faits. Seul, le Lion de l’Olympe ne peut rien face à la déesse de la nuit. C’est pourquoi Voyager, la fille du Grand Maître, grande admiratrice des Avengers, se lance dans une campagne express de recrutement pour épauler Hercules et repousser Nyx, dont le pouvoir grandissant provoque la disparition de la lumière à travers tout le cosmos.

Ainsi, Hercules retrouve-t-il la Sorcière Rouge, La Vision, Spectrum, Hawkeye, Hulk et Rocket Racoon, pour une quête qui va les mener aux quatre coins de l’univers, jusqu’à la source de la création, en passant par le royaume des rêves. Le souci qui va rapidement se poser, c’est que sept héros choisi aléatoirement ne seront pas nécessairement les mieux équipés pour affronter cette menace. En effet, Hercules a perdu les siens, et est donc aveuglé par la rage et le désespoir. La Sorcière Rouge, va se retrouver aveuglée par Nyx et projetée dans un monde inconnu, où elle fera la rencontre d’un célèbre Barbare. La Vision, quant à lui, est détérioré et entrevoit pour la première fois la possibilité de mourir comme un humain. Hawkeye doute de lui-même et de sa réelle place au sein de l’équipe, alors que Hulk caresse l’idée de se venger de l’archer suite aux événements tragiques de Civil War 2. Rocket Racoon, lui, se demande encore ce qu’il fait là, comme le reste de l’équipe.

Ce que l’on devient dans l’obscurité

Nous voici face à une histoire auto contenue des héros les plus populaires de Marvel, comme ont pu l’être des séries de la belle époque comme Avengers Forever. Waid et Ewing, désormais vieux briscards des comics et notoirement érudits en terme de continuité, s’entourent majoritairement de seconds couteaux, en évitant soigneusement les piliers du groupe tels que Cap, Iron Man ou Thor. En effet, Sorcière Rouge, Vision et Hawkeye, font depuis belle lurette partie du coeur de l’équipe, mais ont longtemps été considérés comme des personnages mineurs incapables de soutenir la série lors du départ des Big Three.

Nuit noire (par Mark Waid, Paco Medina, Al Ewing et Carlo Barberi)

L’Histoire a donné tort aux détracteurs, puisque la série Avengers, loin de se focaliser sur ses stars, a su perdurer en entremêlant les destinées des personnages dits secondaires, pour tisser une toile complexe au fil des décennies. Ici l’intrigue est relativement simple, mais permet à l’ensemble des personnages, dans ce casting bigarré à la limite du WTF (Rocket ?), de briller à sa manière en respectant sa caractérisation antérieure.

Il faut reconnaître cependant que l’antagoniste Nyx, si elle provoque la sympathie par moments, manque un tant soit peu de charisme et de présence. Ses pouvoirs, assez peu définis, semblent surgir et évoluer au gré des besoins des auteurs, qui nous ont habitués à plus de rigueur de ce côté-là (il n’y a qu’à lire les Ultimates de Al Ewing par exemple). L’inclusion de Conan le Barbare paraît quant à elle forcée, surtout si l’on prend en considération le fait que Marvel avait récupéré juste avant les droits du personnage.

Il n’en demeure pas moins que l’aventure cosmique de ces Avengers de la dernière chance se révèle dynamique et engageante, et prend même une dimension supérieure inattendue durant son dernier chapitre.

Dire que c’est une histoire auto contenue est peut-être un peu abusif, cependant, car les auteurs ont inclus de nombreux easter eggs et références, rappels à des événements antérieurs, qui peuvent remonter à plusieurs décennies pour certains d’entre eux. Rien de gênant pour les nouveaux lecteurs, mais très appréciable pour les true believers de la première heure.

Tout le monde devrait donc trouver son compte dans Nuit Noire: les lecteurs occasionnels ne souhaitant pas s’embarquer dans un lecture trop étalée ou trop fastidieuse, et les fans inconditionnels qui y retrouveront leurs personnages favoris, avec un avant et un après.

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Savage Avengers #1: Le triomphe de Kulan Gath

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Premier tome de 115 pages comprenant les cinq premiers épisodes de la série Marvel Savage Avengers, écrite par Gerry Dugan et dessinée par Mike Deodato Junior. Parution le 11/03/2020 chez Panini Comics.

Sauver le monde, un sauvage à la fois

Profondément enfoui dans la Terre Sauvage, une enclave séculaire située en Antarctique où l’évolution s’est arrêtée, le Sorcier Kulan Gath, transfuge d’un autre monde, ourdit des plans machiavéliques à l’insu de tous. Son but est d’invoquer une entité maléfique grâce au sacrifice de guerriers de renoms, ce qui va le mettre sur la route des plus sauvages combattants du Marvelverse…et d’ailleurs !

Réunis par les méfaits du sorcier, Conan, l’inénarrable Barbare vieil ennemi de Kulan Gath, Wolverine, récemment ressuscité, le magicien Dr Vaudou, Venom, l’anti-héros symbiotique, la léthale Elektra et l’inarrêtable Punisher vont devoir s’associer bien malgré eux pour éviter un sort funeste à la Terre.

 

Venger à la sauvage

Le pitch de départ, nous présentant une énième version du groupe phare de Marvel, pouvait paraître alléchant. En effet, plusieurs rosters nous ont été présentés au fil des années, certains plus originaux, voire plus improbables, que d’autres.

Je pense notamment aux New Avengers de Brian Michael Bendis, qui à l’époque, réunissaient des héros disparates mais dont l’alchimie était présente grâce à la plume de l’auteur, ou encore aux Avengers One Million BC, dont le concept et le casting étaient tout aussi bien pensés. Cependant, ne nous voilons pas la face, ce n’est pas vraiment le cas ici. Le casting est certes diversifié mais ne paraît pas pensé outre mesure, au-delà du fait de réunir des anti-héros aux méthodes expéditives (pour la plupart), ce qui à notre sens sert avant tout de justification au gore et à une violence décomplexée.

Le groupuscule d’anti-héros violents ayant déjà été exploré (on évoque notamment les Thunderbolts du Général Ross, dont faisaient déjà partie Punisher, Elektra et Venom) ce qui ressort de Savage Avengers n’a rien de bien original.

Ça s’affronte un peu au début pour faire bonne mesure, puis ça se rassemble ensuite pour combattre le monstre, au cours d’un combat alambiqué et sans trop de saveur, avant de finir sur une note ouverte laissant présager la suite des aventures.

Le découpage manque de fluidité et certaines péripéties patinent un peu du fait d’un manque de lisibilité. Sur le plan graphique, Mike Deodato Jr nous a paru en roue libre: des approximations anatomiques (qui commençaient déjà à poindre lorsqu’il officiait sur New Avengers en 2012), et une digitalisation qui ne rend pas service à son trait sont les défauts les plus marquants sur cet album.

Un concept qui peut faire envie aux aficionados des Avengers, mais qui, en première lecture, se révèle en-deçà des attentes.

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Conan le Cimmérien #9: Les Mangeurs d’Hommes de Zamboula

La BD!

Neuvième tome de 46 planches, écrit et dessiné par Gess, d’après l’œuvre de Robert E. Howard. Parution le 11/03/2020 aux éditions Glénat.

Blondin avait proposé son avis.

Les Contes des Mille-Et-Un Barbares

Après avoir affronté les Clous Rouges et le Peuple du Cercle Noir, Conan fait étape dans la cité de Zamboula, pour y écluser quelques hectolitres de vins et s’encanailler d’une façon dont lui seul a le secret.

Zamboula est une ville cosmopolite et commerçante, dans laquelle cohabitent plusieurs tribus et plusieurs castes, sous la fragile houlette du Satrape, Jungir Khan. Conan doit redoubler de vigilance car les rues de Zamboula ne sont pas sûres: la rumeur veut que les voyageurs et autres gens de passage y disparaissent promptement à la faveur de la nuit, sans laisser de trace.

Evidemment, Conan, avec sa carrure inhabituelle et son encombrante épée, ne passe pas inaperçu, surtout en état d’ébriété. Il va donc devoir se réveiller un peu s’il veut pouvoir échapper aux mangeurs d’hommes éponymes et sauver sa peau.

Un Cimmérien sinon rien

Alors qu’il est immanquablement attaqué pendant la nuit par les fameux mangeurs d’hommes, Conan fait la rencontre de la mystérieuse (et nue) Zabibi, qui, par son charme vénéneux, convaincra le rugueux guerrier de l’aider à retrouver son bien-aimé, perdu lui aussi dans les rues de Zamboula.

Ce sera le début pour Conan d’une quête endiablée au pays des Mille-Et-Une Nuits, où les faux semblants sont monnaie courante. La durée de l’intrigue tient en une seule nuit, aussi la narration de Gess reste-elle fluide. Les enjeux pour Conan ne sont pas mirobolants, mais on se surprend à apprécier de le voir mené par le bout du nez par Zabibi, jusqu’à un dénouement surprenant qui montre que la force n’est pas le seul atout du guerrier Cimmérien.

Une lecture rapide et efficace, un ajout opportun à la série que ce neuvième tome de Conan.

**·***·****·BD·Nouveau !·Rapidos

BD en vrac #16

La BD!

  • Les métamorphoses 1858 #3 (Ferret, Durand/Delcourt) – 2020

couv_381456badge numeriqueFerret du Durand avaient marqué un sacré coup de neuf lors de la sortie des deux premiers albums d’une série qui se termine ici. Conclusion oblige, on est ici dans le tome des résolutions et malheureusement, malgré un méchant plutôt réussi, les auteurs semblent ne pas savoir comment refermer les mystères et portes ouvertes. Commençant l’ouvrage avec un raccourci qui nous téléporte les deux visiteurs de l’ïle dans la fameuse clinique, on navigue ensuite dans une grande linéarité à base de destruction de laboratoire. Le découpage et cadrage sont toujours aussi sympathiques et percutants et les décors grandioses. Mais Le soufflet retombe donc sur un final qui ne soulève ni surprise ni grand enthousiasme. Il est toujours très compliqué de conclure une histoire et les auteurs l’éprouvent ici clairement. Ce n’est pas très grave et la série qui les a fait pénétrer le monde du neuvième art restera un très beau moment marqué par la passion et un sacré travail. De quoi attendre leurs prochaine création avec envie.

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  • Conan: les mangeurs d’hommes de Zamboula (Gess/Glénat) – 2020

badge numeriquecouv_386004La série Conan continue son bonhomme de chemin avec toujours la même interrogation sur le motif de réalisation de chaque album. Si le matériau de départ n’est pas extraordinaire (ce qui est patent sur ce tome), la liberté de choix des nouvelles par les auteurs contactés par Glénat crée parfois des ouvrages assez dispensables. Ce Mangeurs d’hommes de Zamboula  est des mots même de Patrice Louinet (le spécialiste de Conan qui co-dirige la collection avec JD Morvan) totalement dérisoire et parfaitement mercantile. Si les autres histoires déjà publiées n’ont pas pour qualité premières leur profondeur, on nage ici en plein nanar que vous apprécierez d’autant que vous le prendrez au quinzième degré. Dès l’entame, malgré une mise en scène efficace du chevronné Gess, on tombe en pleine discussion de Conan avec un vieillard qui nous fait nous demander si l’on a raté un épisode. Dans ce qui suit tout est absurde, du héros qui se jette dans la gueule du loup à l’irruption tout à fait raciste des noirs mangeurs d’hommes (et pour le coup fidèle au texte source que le dessinateur n’a fait qu’adapter) en passant par la donzelle qui se balade à poil sur la totalité de l’album. On remarquera d’ailleurs l’incohérence de l’éditeur qui pousse le coquin Cassegrain à l’autocensure quand ici la nudité ne pose pas de problème… Du reste dans le genre pulp, cet album cohérent avec le genre, Conan est invincible et jamais effarouché, les filles sont belles, les cités sont orientales et les magiciens de redoutables illusionnistes dont on ne cherche pas d’autres motivations que d’être méchants. Côté dessin si vous aimez Gess, c’est plutôt chouette, notamment sur les décors. Sinon vous retrouverez les mêmes choses qui font tiquer, des couleurs étranges à certaines difficultés anatomiques… Je conseillerais donc cet album aux fana de Conan ou de Gess, pour les autres, reportez-vous plutôt sur le Colosse noir ou le Augustin.

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  • Harmony #5 (Reynes/Dupuis) – 2019

Le premier volume du second cycle a été chroniqué ici. Le premier cycle est visible ici.

couv_377306La construction des scénarios de Mathieu Reynes est de plus en plus sophistiquée et pourraient en déstabiliser certains. L’alternance temporelle et des personnages n’est pas toujours linéaire, ce qui complexifie la lecture. Ce volume se concentre sur le grand méchant qui cherche à redonner vie au dieu déchu Azhel. On rentre ainsi dans une phase décisive où l’antagonisme entre deux groupes d’humains puissants se révèle, jusqu’à une scène qui fait directement référence à Akira, le modèle assumé. Mais la série Harmony a montré depuis son premier volume combien elle était dotée d’atouts propres, de ces inspirations digérées pour accoucher d’une création originale. Je reprocherais peut-être un peu le manque de scènes épiques, l’auteur flirtant parfois avec un fantastique qui peut virer grandguignole… mais sans jamais y tomber. Au contraire, la maîtrise graphique (et la colorisation, superbe), le découpage cinématographique et l’esthétique générale ainsi que l’existence de simples humains très « normaux » donnent du corps à la série. Si le premier cycle a donné lieu à force affrontements magiques, ce n’est pas le cas ici où l’intrigue reste assez sage. Comme depuis le début on attend un peu plus de révélation (je crains une série très longue) mais le plaisir reste très grand à la lecture de l’album. Une réalisation très sérieuse, très pensée d’un auteur en pleine maîtrise de son projet et des moyens pour le réaliser. Une des meilleurs séries fantastiques actuelles.

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Conan le Cimmérien #7: les clous rouges

BD du mercredi
BD de Vatine, Hautière et Cassegrain
Glénat (2019), 56 p. one shot.

couv_373253Comme tous les albums de la collection Conan le cimmerien l’ouvrage comporte en intérieurs de couverture une carte de l’Age Hyboréen ainsi qu’un cahier graphique de treize pages incluant une contextualisation de la rédaction des Clous rouges par Robert E. Howard et quelques illustrations hommages de différents illustrateurs… l’occasion de voir Olivier Vatine aux crayons avec toujours autant de classe! Je vais profiter de cet habituel paragraphe « éditions » pour aborder la question de la couverture: celle-ci est très jolie et totalement dans le thème frazzetien… si ce n’était l’étonnante pudeur qui a fait jouer au caleçonneur en ajoutant de petites culottes à l’illustration originale de Didier Cassegrain (en pied de cet article) exposée à la galerie Maghen. Je n’ai pas pu savoir si cela avait été imposé par Glénat ou proposé par l’auteur mais c’est assez incompréhensible quand on voit le reste de l’illustration avec les demoiselles très aérées, le côté sanglant de l’album et la relative sagesse de ces pages intérieures côté nudité. Ce n’est pas une affaire d’État mais pose question sur l’éventuelle influence de l’éditeur sur le contenu de l’album…

Lorsque Conan et Valéria, deux mercenaires aussi proches que sans scrupules, se réfugient dans une gigantesque cité pour échapper à des dragons ils pénètrent dans une sorte de tombeau sans ouverture où une lutte sans merci se déroule depuis une génération entre deux clans. Bientôt on leur demande d’intervenir pour faire pencher la balance…

Résultat de recherche d'images pour "conan clous rouges cassegrain"Quand on sait que la collection Conan le cimmérien est issue de nouvelles courtes et que l’univers du plus célèbre des barbare est marqué par l’esthétique plus que par la complexité des intrigues, on n’est pas très difficile quand au scénario, qui ici s’avère aussi basique et attendu que celui de la Fille du géant de gel. Pas vraiment de surprises mais plutôt de l’intérêt dans les relations du barbare avec les filles, à commencer par la très réussie Valéria, farouche combattante qui rappelle Tao Bang, la première héroïne croquée par le dessinateur des Nymphéas noirs il y a une éternité (… et dont je vous propose une critique rétro dès ce vendredi pour profiter de ma semaine Cassegrain!). Commençons par les points négatifs: après une course forestière aux prises avec une sorte de dragon archaïque où les couleurs, l’espace et l’action épique nous font rentrer de façon tonitruante dans l’ambiance Conan, les deux comparses arrivent dans le huis-clos de la cité de Xuchotl. A partir de là les planches deviennent quasi monochromes et malgré  le côté cyclopéen des immenses salles de pierre, le manque de lumière écrase un peu les dessins de Didier Cassegrain dont la mise en couleur est une des grandes qualités (pour preuves opposées les Nymphéas d’un côté, la version n&b des Clous rouges de l’autre dont on peut vraiment se demander, au vu de la technique du dessinateur, si elle était pertinente…). On peut également se demander (mais c’est toujours un peu le cas chez cet auteur) si le calibrage de l’impression est bon tant l’effet surexposé créé en partie par les très faibles encrages est présent.

Résultat de recherche d'images pour "conan clous rouges cassegrain"Les auteurs ne sont bien entendu pas vraiment responsables de cela puisque le texte imposait un cadre. Si l’histoire de ces deux clans ennemis à mort ne nous intéresse guère, le dessinateur aidé par le talent désormais légendaire de la mise en scène d’Olivier Vatine nous propose un design inspiré par les civilisations précolombiennes qui mélangé au thème du harem asiatique crée un univers très attrayant qu’on aurait aimé voir dépasser les costumes. Car ce qui marque dans cet album ce sont bien les plans rapprochés, les séquences d’action particulièrement réussies (comme tous les illustrateurs passés par l’animation, Cassegrain a le sens du mouvement!), aussi drôles que gores, notamment grâce à une Valéria pleine de grâce, d’énergie aérienne et de répartie. Si les filles ont toujours un rôle important dans les histoires de Howard, cette version des clous rouges est sans doute celle où l’héroïne prends le plus l’ascendant sur le colosse cimmérien. Le couple fait l’album et lorsqu’il est séparé pour des récits obscures le rythme se perd.

Résultat de recherche d'images pour "conan cassegrain"L’attente plus ou moins grande marque sans doute la réception des albums de la série et on peut dire sans hésiter que celui-ci était l’un des plus attendus, notamment depuis le carton du polar adapté de Michel Busi en début d’année. Et je confesse que contrairement à un Virginie Augustin qui était remarquable d’équilibre cet album m’a paru un peu timide, malgré donc les quelques planches barbares et sexy qui ne masquent pas cette dernière illustration hommage à Frazzeta: elle semble faire dire à Didier Cassegrain qu’il aurait souhaité donner cela à ses lecteurs, une ode sauvage débridée… Pour boucler la boucle est-ce que le cahier des charges de Glénat ne serait pas un peu trop grand public? Étrange série en tout cas où les thèmes finissent pas revenir, où le caractère décousu des nouvelles (verra-t’on enfin cette histoire de Conan pirate dont on nous parle depuis plusieurs albums?) peut lasser mais où de grande dessinateurs nous procurent tout de même des plaisirs certains. Entre des pages ou cases magnifiques du dessinateurs, un album bancal dont la fin abrupte confirme l’ambition relative d’une collection dont les auteurs ont du mal à dépasser le carcan.

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Conan le Cimmérien #6: Chimères de fer dans la clarté lunaire

BD du mercredi
BD de Virginie Augustin
Glénat (2019), 57 p. couleur, one shot.

couv_365856A chacun des albums de la (plutôt très intéressante) collection Conan le cimmerien j’hésite longuement entre les deux versions proposées. Je possède la NB grand format de La fille du géant de gel qui est vraiment superbe, tant par le format, papier utilisé que par le rendu graphique des planches non colorisées… mais n’a que peu de bonus (quelques illustrations additionnelles et aucun rédactionnel). La version couleur de Toulhoat et Brugeas et celle-ci de la très douée Virginie Augustin (dessinatrice d’une des meilleurs séries de ces dernières années, Alim le Tanneur avec Lupano) comporte un très intéressant texte explicatif sur la nouvelle qui sert de matériau de base à l’album et permet d’apprendre pas mal de choses sur l’auteur Robert E. Howard. Quelques illustrations d’autres dessinateurs complètent le cahier bonus. Tip-top donc question édition, juste étonnant que Glénat ne propose pas le même contenu sur la version de luxe. Enfin, malheureusement, la couverture ne rend vraiment pas hommage à la qualité graphique d’Augustin sur cet album. C’est étonnant et vraiment dommage…

La princesse Olivia, en fuite, est sauvée par Conan le cimmerien, lui-même rescapé d’une récente bataille. Les deux fuyards, parias, prennent la mer et trouvent refuge sur une île inhabitée. Apprenant à se connaître, ils constatent bientôt qu’une créature invisible les suit et découvrent un temple ancien aux statues de fer menaçantes…

Cet album est celui que j’attendais le plus depuis le lancement de la série. J’ai gardé un excellent souvenir d’Alim le tanneur, non que le style d‘Augustin soit absolument original, mais il se dégage de ses dessins un mouvement, une ambiance vraiment particulière. Il me semble qu’il s’agit en outre du premier album en solo de l’autrice et je dois dire qu’elle s’en sort remarquablement bien. L’adaptation des nouvelles Conan ne vise pas à révolutionner le scénario de BD. Il s’agit surtout d’une vision graphique d’auteurs confirmés et sur ce plan Augustin parvient à insuffler un esprit féministe très intéressant dans ce monde barbare où le Conan classique avec son slip de peau est conservé, pour mon plus grand plaisir (je suis un enfant de Conan le barbare, le film de John Milius!).

Dès les toutes premières pages la sauvagerie du cimmérien s’illustre, taillant en morceau le poursuivant de la donzelle. Si l’on ne voit que très subrepticement les palais des Hyrkaniens on en regretterait presque que l’autrice ne s’attarde pas plus sur cet univers des mille et une nuits où son dessin prends toute sa force en des matières subtiles. Mais le sujet est autre, fait d’île tropicale devant servir de piège pour les deux fuyards, en migrant vers l’univers de la piraterie que nous laisse deviner la conclusion très alléchante… mais que l’on ne verra jamais. Car on touche là une des limites de cette série, son format, variable selon les auteurs mais relativement proche d’un format classique de 46 planches… ce qui est trop peu pour pouvoir donner toute l’ampleur d’une histoire sauvage en one-shot. Il nous faut donc prendre ce que l’on nous offre avec ce petit regret.

Résultat de recherche d'images pour "clarté lunaire virginie augustin"Si la physionomie du barbare semble au début hésiter avec une étonnante gueule carrée presque néandertalienne (les croquis finaux nous montre les différentes versions), la subtilité du personnage surprend, lorsque la fille, incarnation de la faiblesse, craint de se faire viol(ent)er par lui. L’homme armé de son épée est sans peur dans l’espace ouvert de la forêt et y protège la fille. Dès qu’ils pénètrent dans l’étrange temple aux statues de fer le caractère féminin, perméable aux esprits, se connecte avec l’histoire du lieu pour avertir l’homme du danger. On aurait encore une fois aimé que soit poussée cette relation et l’histoire du personnage lumineux, mais il n’y avait pas la place. Cela permet cependant de garder cette part inquiétante que produit le genre fantastique, le lecteur ne sachant jamais le pourquoi du comment. L’équilibre est du reste parfait entre combats hargneux, début d’intrigue et pauses contemplatives sur les paysages luxuriants magnifiquement colorisés par Virginie Augustin. Tout est juste dans cet album, des dessins au découpage qui se permet quelques superbes pleines pages, dont cette séquence de massacre rouge remarquablement construite.

Résultat de recherche d'images pour "clarté lunaire virginie augustin"Un peu de frustration donc, avec une histoire qui se rapproche un peu du Colosse Noir, avec sa magie et sa relation homme/femme, les deux auteurs de celui-ci ayant pris quelques pages de plus pour finaliser une histoire qui s’avère ainsi plus confortable. Mais Virginie Augustin nous propose ce que l’on attend, une vraie histoire de Conan que l’on aurait très sérieusement envie de voir continuer ses aventures sur la mer intérieure. Pour ma part j’ai commencé à lister les albums d’Augustin que je n’ai pas encore lus avec une grande envie de rattraper mon retard! Et cet automne la version de Vatine et Cassegrain arrive alors que 2020 prépare du très lourd avec rien de moins que Valentin Sécher, Timothée Montaigne et Stepan Sejic

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BD en vrac #5

  • 2617_couvJakob Kayne #1: la Isabella

La jolie couverture à l’ancienne est efficace et semble proposer de la grande aventure maritime. La focale mise sur le héros avec son masque (qui n’est dans la BD pas aussi important que cette couverture le laisse penser) laisse de côté le cœur de l’intrigue de ce premier tome: le siège de la cité des Inquisiteurs par les forces du Sultan. Et c’est le principal problème de ce très joli album, on ne sait pas bien vers quoi on va. En effet, si l’univers est plutôt original avec cet affrontement féodo-religieux entre les Omeykhim (inspirés des ottomans du XVIII° siècle) et une Inquisition dirigée par Torquemada qui remplace tout à la fois le Vatican et l’ensemble des puissances catholiques, l’intrigue de ce premier volume se contente de nous montrer les capacités extraordinaires de Jakob Kayne, dernier descendant d’un peuple disparu, les « mange-mémoire » qui outre la possession d’artefacts magiques, ne peut jamais être reconnu… Quelques éléments fantastiques et mystérieux (comme ces hommes-poissons dont on ne sait absolument rien), l’infiltration de Jakob pendant le siège de la cité inquisitrice et c’est tout… On a l’impression d’un album en milieu de cycle ou d’un one-shot en raison de l’absence d’éléments introductifs. Ce n’est pas dramatique mais il faudra attendre la suite pour une série plutôt prometteuse (prévue en trois tomes indépendants) qui sait nous allécher par divers éléments assez sympathiques (même si un peu patchwork) en plus d’un dessin et d’un design donc très sympa.

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  • Conan: La fille du géant de gel

Après la fabuleuse version du toujours bon duo Toulhoat/Brugeas, Robin Recht nous propose un volume assez personnel, extrêmement graphique, dont le scénario est plus un concept qu’une histoire. C’est la concrétisation graphique de grands schémas mythologiques qui intéresse l’auteur, donnant une liberté absolue dans la personnification de la féminité, de la relation homme/femme, de la virilité rageuse des guerriers du Nord et jusqu’au divin.

Ayant opté pour la version grand format noir et blanc cet aspect est encore renforcé puisque l’on se retrouve dans un travail artistique très poussé, uniquement de contrastes et d’expérimentation de textures, proche de ce qu’à pu proposer un Frank Miller sur 300 par exemple. Résultat de recherche d'images pour "la fille du géant de gel recht"Sur un champ de bataille il ne reste plus qu’un homme debout, un colosse brun, un cimmerien. Comme à chaque fois la fille du géant de gel vient chercher ce héros pour le sacrifier à son père. Elle est nue, belle, Conan la pourchasse mais elle semble inatteignable, à travers la neige et la montagne. Ce jeu du chat et de la souris est celui d’une déesse face à un humain. Mais la fin de cette histoire est-elle vraiment inéluctable?… Après ma lecture je ne regrette pas cette version superbe, un magnifique boulot de Glénat et de l’auteur. Pourtant les couleurs que je trouvais un peu passées donnent une lisibilité à ces planches et je dirais malheureusement que les deux versions ne sont pas superflues pour ceux qui aiment suffisamment ce dessinateur. D’une lecture très rapide puisque le récit est essentiellement graphique, la fille du géant de gel vaut le coup. Notamment pour le travail sur le texte graphique, ce qu’on appelle onomatopées mais qui prend ici une véritable dimension visuelle, partie prenante du dessin, presque organique. L’album de Robin Recht n’est pas un récit épique mais plutôt un concept mythologique, comme un artbook expérimental, le lâcher prise d’un auteur qui a mis beaucoup d’envie dans son travail.

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