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Bettie Hunter #1

Premier tome du diptyque écrit par Aurélien Ducoudray et dessiné par Marc Lechuga. Parution chez Glénat/Comix Buro le 25/08/2021.

Bettie-re la première

Aux confins de la galaxie, Bettie Hunter a la vie dure. Il faut dire qu’être une humaine, orpheline de surcroît, au milieu de toutes les autres espèces qui peuplent l’univers, n’est pas chose aisée, surtout quand la plupart d’entre elles a subi de lourds préjudices aux mains des homo sapiens.

Heureusement, Bettie peut compter sur Harvey, un robot archiviste qui veille sur elle depuis son éviction de l’orphelinat. Déjà petite, Bettie était très douée, mais son intelligence s’est toujours déployée dans l’ombre de son appartenance au genre humain, si bien que malgré ses capacités, elle n’a pu valider aucun de ces doctorats en xénobiologie.

Qu’à cela ne tienne, Bettie s’est mise à joindre les deux bouts en devenant chasseuse de primes, utilisant à bon escient ses connaissances encyclopédiques sur toutes les espèces vivantes. On la retrouve d’ailleurs, au début de cette aventure, en pleine mission dans l’estomac d’un ver des sables géants, preuve que quand on sait où on met les pieds, on peut garder la tête froide…

Bien vite, Bettie est accostée devant chez elle par une cliente potentielle, Thalya Skraalgard. Cette dernière confie sa détresse à la chasseuse de prime car elle souhaite retrouver sa soeur Lydia, qui s’est rendue sur Minerva Prime pour une mission humanitaire et qui n’en est pas revenue. Obligée par la promesse d’une forte récompense, Bettie et Harvey se mettent en route vers Minerva. Mais la planète a bien entendu été marquée par l’interventionnisme humain il y a plusieurs siècles, si bien que les autochtones ne voient pas son arrivée d’un très bon oeil. Habituée au rejet, Bettie parvient tout de même à s’intégrer mais son enquête va bien évidemment révéler des secrets que certains préfèrent garder enfouis.

Space Opéra-tion

Après le déjanté mais décevant Amen, Comix Buro refait une incursion dans la SF avec Bettie Hunter. Le personnage bénéficie de l’écriture qualitative d’Aurélien Ducoudray, qui parvient sur ce premier tome à planter son décor sans effort, avec un humour acerbe et une subtilité qui tâche. Sans prendre de gant, l’auteur utilise les poncifs de la SF et du space Opéra pour dresser un parallèle avec l’histoire récente, notamment celle du colonialisme, faisant une fois de plus des humains la plaie du cosmos tout entier.

On a certes déjà vu cette métaphore au service d’une critique directe des travers humains, néanmoins, le scénariste parvient à le faire avec suffisamment d’originalité pour nous embarquer avec lui dans son histoire.

Après un préambule qui donne la part belle au space opéra, Aurélien Ducoudray adopte la structure du film de détective, avec une demoiselle en détresse, désespérée qui vient chercher de l’aide auprès d’un protagoniste désabusé et quelque peu réticent (mais alléché par la prime), qui accepte de mener une recherche de personne qui va révéler une conspiration aux ramifications insoupçonnées. Tout cela fleure bon le classicisme, mais on peut a priori faire confiance au scénariste pour prendre nos attentes à revers sur le second tome.

Le duo Bettie / Harvey est immédiatement attachant, offrant un intérêt supplémentaire à l’album. Le ton satirique est toujours employé à bon escient, la science de l’auteur étant de savoir jongler entre les différents tons au besoin. Côté graphique, la ligne claire de Marc Lechuga ne l’empêche pas de dessiner un bestiaire totalement déjanté mais pas dépourvu en références (on trouve, pelle-mêle, des vers géants issus de Dune, ou des crevettes humanoïdes vue dans District 9, qui était déjà un satire politique sur l’apartheid). Le design de son héroïne est irréprochable et catchy, et l’on ne peut s’empêcher d’imaginer cet artiste faire des merveilles sur un Spirou, par exemple. Il en résulte une petite réussite que l’on a hâte de poursuivre !

***·BD·Nouveau !·Rapidos

BD en vrac #23: Raven #2 – Elecboy #2 – Sa majesté des Ours #2

La BD!

Attention, fournée de très grosses nouveautés avec les seconds volumes de séries qui font partie des plus grosses ventes BD, et trois artistes reconnus et dans la pleine maîtrise de leur art. Globalement les trois albums confirment les qualités et points faibles ressentis sur le premier volume. Le détail c’est par là:

  • Raven #2: les contrées infernales (Lauffray/Dargaud) – 2021, 62p./volume, 2/3 tomes parus.

couv_431658Le premier volume m’avait laissé mitigé de par le parti-pris d’un personnage rocambolesque d’anti-héros foireux, avec un dessin et des séquences qui faisaient la part belle à l’humour. Lauffray vise-t’il commercialement le très grand public ou sa fréquentation de Lupano lui a t’elle donné des envies de s’émanciper de son univers noir…?

Ce second tome de la trilogie enchaîne directement et va s’orienter vers une fuite de Raven, Darksee et ses sbires dans les tréfonds de l’île (aux jungles impénétrables et aux décors grandioses bien sur), jusque dans les entrailles du volcan, vers un trésor dont seul Raven sait s’il est réel ou chimérique… En parallèle aux évènements se déroulant dans le fort et la jeune femme et son fils au tempérament bien trempé, on est par moment pas loin du looney toones de par les cabrioles qui tirent plus vers les Pirates des Caraïbes que vers un réalisme à la Aguire. Perso j’aime bien la grande aventure irréel, pour peu que l’enchaînement et le rythme soient solides. Or ce tome confirme que Lauffray n’est pas Dorison et ses pages subissent un certain nombre de coupures sèches qui brisent le rythme de l’action et font hésiter dans sa lecture. Même si l’on voit où l’auteur veut nous emmener, le personnage de Raven n’est du reste pas particulièrement sympathique, du coup on consomme ce tome avec une forme de plaisir industriel propre au cinéma blockbuster mais on l’achève sans supplément d’âme, ni graphique ni scénaristique. Avec un peu le même sentiment que sur le UCC Dolorès de Tarquin, ces contrées infernales restent bien réalisées mais ne laisseront pas la trace indélébile que de précédentes réalisation de l’auteur de Long John Silver ont marquées dans l’histoire de la BD.

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  • Elecboy #2: révélations  (Salaün/Dargaud) – 2021, 62p., 2/4 volumes parus.

couv_431657Avec trois parutions cette année Jaouen Salaün est prolifique! Le premier tome de son Elecboy avait marqué les esprits en début d’année, notamment par une partition graphique franchement impressionnante bien qu’un peu monotone dans les atmosphères. Avec un trait et une colorisation réalistes appuyés sur un design fort réussi, son Mad Max mâtiné d’Oblivion avait à moitié convaincu du fait d’un frein très appuyé sur la progression et la révélation des secrets. On avance dans une totale continuité avec ce second opus puisque dans une même structure scénaristique on démarre très fort avec une belle séquence d’action SF autour d’un voyageur très puissant avant de dérouler les affres du héros et de ses pouvoirs cachés. Globalement tout y est pour nous accrocher, avec un abominable méchant, des relations familiales complexe, une SF ambigüe entre éléments très technologiques et un environnement tout à fait wastlands. Pourtant l’auteur continue d’appuyer sur le frein pour des raisons qui m’échappent, comme cette rencontre entre les anges et le héros, brutalement coupée avant qu’elle ne s’affiche… La force du hors champ peut être redoutablement efficace quand elle est utilisée avec parcimonie. Ici elle casse le rythme en nous frustrant tout le long dans notre envie de rentrer dans le vif du sujet. Salaün semble assumer ce faux rythme. Cela n’enlève pas les grandes qualités de cette série post-apo mais l’empêche malheureusement d’être un blockbuster immédiat. Frustrant je disais…

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  • Sa majesté des ours #2: nous tomberons ensemble (Vatine-Cassegrain-Dobbs/Comixburo) – 2021, série en cours.

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Merci aux éditions Comixburo pour leur confiance!

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Le premier volume de la nouvelle saga fantasy de Vatine et Cassegrain m’avait enthousiasmé en début d’année. On reprend directement après la dernière scène du précédent, alors que nos héros étaient enlevés par un Goliath éléphantesque soudainement arraché de sa roche… pour voir cette vision dantesque mise à bas immédiatement. On est un peu frustré de voir ce souffle mis sous l’étouffoir alors que la Fantasy est un genre exigeant de la démesure, de l’espace… et de la lumière. Et l’on retrouve le même problème d’éclairage des planches de Didier Cassegrain. Du coup, avec une intrigue qui se tourne vers une structure de one-shot avec la capture et l’affrontement d’un clan de crocodiles ce deuxième volume est un ton en dessous du précédent en se refermant sur des enjeux moins politiques et un terrain plus étroit. Notre héros recherche en effet ses amis avec l’aide d’une Léopard-sorcière sans aller bien loin dans sa quête et en nous donnant un peu l’impression d’un intermède (déjà?) dans la grande intrigue. Nous découvrons toutefois des informations sur l’humain et quelques passages chez les Ours font un peu avancer le schmilblick mais pas suffisamment pour maintenir l’enthousiasme initial. La difficulté permanente des tomes deux pour toute série… On savourera donc quand-même les jolies séquences d’action, les dialogues très bien tournés et tout de même les dessins du maître, en espérant un retour à l’épique dans le troisième volume.

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