BD·Documentaire

Lucha

Le Docu du Week-EndBD de Justine Brabant et Annick Kamchang
La boite à bulle (2018), 77 p. n&b.

Le volume est issu d’un partenariat entre l’éditeur La boite à bulle et Amnesty International, avec l’optique de proposer à des auteurs de traiter un sujet sur lequel Amnesty fournira son expertise, sa documentation et sa caution. Les auteurs choisissent librement leur sujet. L’album propose une préface d’Anjélike Kidjo, une postface d’un des militants des droits humains africain et un texte d’Amnesty sur les défenseurs des droits humains.

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La Lucha voit le jour à la suite des mouvements indignés et de la révolution tunisienne de 2011. Le mouvement impulsé par de jeunes étudiants de la classe moyenne congolaise dégoûtée par l’impasse de leur pays, la corruption, la pauvreté, s’inspire tant de la non violence que des mouvements citoyens aux préoccupations très concrètes. Le fait de ne pas à voir de hiérarchie coupe l’herbe sous le pied du système de corruption installé très solidement dans beaucoup de pays du tiers monde. Cette non organisation perturbe beaucoup une répression habituée au système de chefs, plus faciles à corrompre. Les militants, qui se voient persécutés, intimidés, emprisonnés, doivent combattre au moins autant les mentalités des populations que la répression politique qui est finalement souvent un colosse aux pieds d’argile dès lors que les mouvements sont médiatisés. Le mouvement commence par l’accès à l’eau puis part en lutte contre la mainmise de l’église catholique sur les écoles et la taxe qu’elle fait peser sur l’accès à l’école.

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L’association essaye de gérer sa crise de croissance en gardant une neutralité absolue, notamment vis à vis des partis. Les soutiens qu’ils reçoivent des ONG vise à compenser les attaques judiciaires et intimidations pénales dont ils sont victimes. Finalement le clivage entre la classe politique composée d’hommes ayant la culture du chef et de l’obéissance, n’est guère différent de la situation démocratique en Europe (si ce n’est d’échelle) où toute une génération tente de changer le fonctionnement de vieilles démocraties bourgeoises.

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C’est à mon sens la réflexion la plus forte et la plus grande vertu de cet album que de nous faire réaliser, nous occidentaux centrés sur des problématiques qui pourraient paraître futiles, que nous avons les mêmes combats: environnementaux, démocratiques,… La jeunesse du monde aspire à balayer les réminiscences de ce terrible XX° siècle qui aura fait tant de mal et dont les élites auto-reproduites s’accrochent violemment à leur domination. Mais les choses bougent et en Afrique peut-être plus qu’en Europe finalement l’on voit apparaître (au Libéria avec George Weah, au Sénégal avec Macky Sall, …) de nouvelles figures issues de la société civiles et qui semblent décidées à combattre la corruption. Un très bel album qui donne de l’espoir.

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BD·Nouveau !·Service Presse

Red Sun

BD de Louis et Alessandra de Bernardis
Kamiti (2018), 54 p., volume 1/2.

bsic journalism Merci aux éditions Kamiti pour cette découverte.


couv_327358La superbe couverture nous mets sous de bons auspices pour la lecture du premier album d’un nouvel éditeur à qui on pardonnera les quelques coquilles de textes. La maquette est simple, rien d’exceptionnel mais rien à reprocher non plus. L’album est annoncé en deux parties (j’aime ça) et les auteurs expliquent en fin d’album les découvertes des systèmes d’exo-planètes, réalité scientifique qui leur a donné l’idée de ce projet. C’est original et intéressant. Enfin, un making of des étapes conception d’une page par l’illustratrice clôture le volume, ainsi qu’un aperçu d’une page du prochain tome. On sent l’effort éditorial pour développer l’après-lecture et c’est très bien.

En 2627 l’humanité a été asservie par un bloqueur génétique qui interdit toute violence, et donc toute révolte. Dans le système « Red Sun one » Cass et Bord’ sont frères et sœurs, mineurs travaillent dans des champs d’astéroïdes. Couvé par sa frangine, Bord’ ne rêve que de rejoindre la rébellion qui s’est émancipée du bloqueur génétique et combat pour la liberté des humains contre un mystérieux adversaire…

Dans la série « une couverture c’est (très) important », Red Sun se pose là! Reprenant les codes de l’affiche de cinéma, avec des personnages forts et ses teintes chaudes solaires, l’album a l’une des plus belles couvertures de l’année. Tant mieux pour l’éditeur tant il est difficile de faire son trou. Là où ça devient intéressant c’est que la couverture est réalisée par l’illustratrice de l’album (assistée d’Antonio Di Luca mais l’on n’est pas dans la démarche commerciale utilisée par beaucoup d’éditeurs sur le modèle des comics US et que je trouve détestable)… et surtout qu’elle n’est pas trompeuse puisque les dessins intérieurs sont largement du niveau de la peinture de cette couverture. Comme on dit, « on ouvre un album pour ses dessins, on l’aime pour son scénario »…

J’ai pris grand plaisir à la lecture de cette histoire SF qui sait instiller un mystère tenace tout au long du volume en induisant subtilement des informations sur les antagonismes. Les deux frangins sont attachants et crédibles par leurs options de vie opposés et les personnages secondaires (très peu développés, un peu dommage) appuient ce duo. L’intrigue progresse sans longueurs, essentiellement autour de ce frère que Cass va tout faire pour protéger et c’est justement au moment où l’on sent que l’on a besoin d’un événement pour progresser dans l’intrigue que survient la révélation finale. La tension est donc tout le long sur le fil et le côté tardif de l’accélération renforce l’envie de lire la suite. Gros cliffhanger, joli coup scénaristique, c’est très efficace.

Niveau graphique, pour un premier album c’est déjà très fort. Le making-of explique la technique essentiellement numérique d’Alessandra de Bernardis dont la maîtrise anatomique (les postures des personnages dans toutes les situations sont sans faute) et la caractérisation des visages est vraiment intéressante. Le côté très numérique des couleurs et des textures peut paraître un peu lisse mais cela apporte aussi une ambiance typique de la SF spatiale. Peut-être un peu trop d’effets de lumières mais franchement, beaucoup de dessinateurs chevronnés ne s’en tirent pas mieux. Pour peu qu’elle progresse en publiant, on tient là l’une des illustratrices à suivre de ces prochaines années et qui pourra sans doute dessiner dans tous les styles tant sa technique paraît solide.

Je suis vraiment content pour les auteurs et l’éditeur de parvenir à publier un premier album si costaud et qui pourra sans difficulté lancer une carrière à suivre.

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BD·Mercredi BD

Urban

BD de Luc Brunscwig et Roberto Rici
Futuropolis (2011-2017), 52 pages, 4 volumes parus sur 5.

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La maquette est élégante comme toujours chez Futuropolis et le format large permet d’apprécier la qualité des dessins et du découpage. C’est confortable. La ligne graphique des couvertures, si elle est cohérente avec l’atmosphère de la série, n’est pourtant selon moi pas très efficace pour donner envie…

Dans un futur proche le réchauffement climatique à submergé une grande partie des terres habitées, provoquant un exode sur les planètes et satellites du système solaire. Dans ce monde dystopique où l’écart entre riches et pauvres a atteint le stade du XIX° siècle, la cité de Monplaisir fait figure de respiration pour une population aux aboies: pendant deux semaines par an ils peuvent s’adonner à tous les plaisirs au sein d’une cité hyper-connectée et gérée par une intelligence artificielle. Un paradis…?

Résultat de recherche d'images pour "urban ricci"Si certaines séries sont plus visibles pour le marketing qui les entoure, on peut dire que les auteurs d’Urban ne vont eux pas vers la facilité et que les choix scénaristiques ne souffrent d’aucun compromis. Il s’agit d’une BD qui nécessite de s’immerger, de prendre le temps et surtout, de tout lire à la file, tant Luc Brunschwig a construit son intrigue de façon très progressive, lentement, séparant chaque album quand aux protagonistes centraux ou via des flashbacks. Tel un puzzle en cinq tomes, les différents éléments convergent progressivement vers la conclusion, de façon tout a fait cohérente et maîtrisée. A ce titre cette BD force le respect pour la rigueur du travail d’écriture. Pour résumer, Urban s’appréciera idéalement en format intégrale.

Ainsi l’entrée en matière est compliquée. Résultat de recherche d'images pour "urban  bd ricci"L’on suit un colosse un peu simplet parti contre l’avis de sa famille pour devenir policier à Monplaisir et discutant avec un personnage qui semble imaginaire… Dès l’entrée en matière, une galerie de personnages hauts en couleurs nous immergent dans un monde de carnaval permanent où tout le monde est déguisé et où il est compliqué de démêler la réalité de la fiction (imaginaire, virtuel?) dans un contexte futuriste sur lequel le lecteur n’a que très peu d’informations. Ce brouillage est calculé mais il faudra avancer dans la série pour s’en apercevoir. Des personnages nouveaux surviennent sans que l’on sache s’ils sont importants ou périphériques et même le personnage principal, Buzz, est assez peu présent dans les albums. Le découpage lui-même joue de cela avec des irruptions brutales de scènes au milieu d’autres, non reliées directement… Je ne veux pas donner une l’image d’une série ardue car Urban est vraiment une bonne BD, mais il me paraît important d’être prévenu pour apprécier celle-ci à sa juste valeur.

Résultat de recherche d'images pour "urban ricci"Heureusement les dessins, de très grande qualité et très lisibles (notamment la mise en couleur un peu floutée et jouant sur un éclairage électronique permanent), permettent de faciliter la lecture durant les premières pages. Le jeu discret du repérage des héros de l’imaginaire collectif (Batman par-ci, Zoro par là…) présents dans Monplaisir est également savoureux et incite à se plonger dans les cases larges de Ricci. L’artiste propose un design SF élégant, coloré, et une réalité crue: dans ce paradis des plaisirs le sexe et la violence sont bien présents, permettant des scènes d’action efficaces bien que peu nombreuses. Ce qui est le plus perturbant c’est de ne pas avoir de personnage à suivre (hormis Buzz) mais cela nous pousse à chercher d’autres focales, d’autres personnages, à échafauder des théories, ce qui est probablement recherché et est fort agréable, comme dans un bon polar (Brunschwig est auteur de l’Esprit de Warren, un polar sombre réputé à sa sortie en 1996). L’intrigue suit autant Springy Fool, le grand architecte transmuté en lapin d’Alice que ce couple de mineurs de Titan, un gamin et sa nounou que cette prostituée tatouée… Image associéeL’illustrateur prend grand plaisir et précision à nous les présenter et nous les attacher si bien que l’on ne sait jamais qui est le réel centre de cette histoire.

A mesure que l’on avance dans l’intrigue la réalité se durcit, le rideau de la féerie se déchire pour laisser transparaître une réalité dystopique bien noire… Car le message de Brunschwig est simple: que se passera t’il dans quelques années dans un monde libéralisé où les États auront abandonné leur devoir de protection des population à des sociétés connectées qui pourront se comporter en démiurges autoritaires? Un monde où Disney allié à Google aura gagné, contrôlant nos vies d’endettés accro aux loisirs? J’avais retrouvé une idée proche d’Urban dans l’excellente série américaine Tokyo Ghost (en version trash…) comme dans l chef d’œuvre de Pixar Wall-E.

J’ai découvert à travers cette série un excellent dessinateur et retrouvé un auteur que je n’avais plus lu depuis ses débuts. Le plus gros défaut d’Urban est qu’il faudra attendre encore un an avant de connaître la conclusion…

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Cet article fait partie de la sélection de22528386_10214366222135333_4986145698353215442_n, cette semaine hébergée chez Moka.