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Le Dernier Atlas

La BD!

Série en trois tomes, écrite par Gwen de Bonneval et Fabien Vehlmann, dessinée par Hervé Tanquerelle. Deux tomes parus, le 15/03/2019 (205 pages) et le 24/06/2020 (228 pages), aux éditions Dupuis.

Obsolescence programmée

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Ismaël Tayeb n’est peut-être qu’un petit tâcheron dans les rouages criminels de Nantes, mais il a tout d’un grand. Consciencieux et méthodique, brutal mais magnanime, il supervise, avec ses compères, un réseau de jeu clandestin très lucratif.

Lorsque son sang-froid et sa clairvoyance lui permettent de sauver la mise au grand patron Legoff, dit « Dieu le père », Ismaël va se voir donner l’occasion de grimper les échelons en prouvant sa valeur. Ainsi, le truand au grand cœur n’aura pas le droit à l’erreur pour sa nouvelle mission: se procurer une pile nucléaire, dans le cadre d’une transaction sensible dans laquelle Legoff lui-même joue gros.

Puisant dans ses souvenirs d’enfance, Tayeb va vite trouver le moyen de contourner cet épineux problème: retrouver la carcasse du Georges Sand, le dernier des Atlas. Les Atlas étaient des engins colossaux, des Mechas utilisés jusque dans les années 70 pour les grands travaux. Démantelés suite à une catastrophe qui a irradié la ville de Batna en Algérie, ils ont aussitôt été relégués au rang des vieilleries, à l’exception du Sand, qui ne doit son salut qu’à un conflit juridique du à sa présence sur le sol indien.

Alors qu’il rend visite à « Dieu le père », exilé en Algérie, Ismaël est témoin d’étranges événements en plein cœur du désert. Au plus profond d’une mystérieuse faille, il perçoit une entité malveillante qui semble affecter la faune et la flore alentours. C’est un moment charnière pour le truand nantais, qui, horrifié par la menace, imagine un plan aussi fou que désespéré pour la contrer: remettre le dernier Atlas sur les rails, et l’utiliser pour stopper ce qui s’extirpera inévitablement de la faille dans le désert. Pour cela, il va devoir prendre d’énormes risques, et jouer double-jeu avec d’impitoyables truands, dont l’altruisme n’est pas la qualité première…

Uchronie et fin du monde

Ce qui débute comme une petite histoire de truands prend rapidement une dimension à la fois épique et eschatologique, avec rien de moins en jeu que le sort du monde. C’est ce virage, opéré dès le premier volume, qui donne tout son intérêt à la série, en accrochant d’emblée le lecteur.

L’aspect feuilletonnesque, permis par la très généreuse pagination, est une qualité supplémentaire, qui permet aux auteurs de tisser une intrigue complexe, mêlant banditisme, luttes de pouvoirs, géopolitique, le tout sous-tendu par les codes du  » caper « .

Un autre point important du Dernier Atlas est son caractère uchronique, puisque les auteurs ont choisi de construire leur récit dans une version alternative de notre monde, dans laquelle la colonisation de l’Algérie n’a pas connu les mêmes évènements ni la même issue, ce qui influence grandement la narration.

Il est intéressant de constater à quel point, même lorsque l’on joue avec une version alternative, ces deux pays sont liés. Un lecteur attentif à ce genre de thématique constatera d’ailleurs, non sans une ironie certaine de la part des auteurs, que le colonialisme a la vie dure, même au sein du banditisme: le chef, Legoff, est un blanc, vivant sur le sol algérien dans une certaine opulence, tandis que la plupart de ses sous-fifres et de ses exécutants, notamment Ismaël, est d’origine algérienne. Il y a aussi, à l’instar de notre monde, des nostalgiques de l’Algérie française, ce qui finit de planter le clou. On trouve également fascinant le background des Atlas eux-mêmes, tant par leur mécanique que par le culte dont ils faisaient l’objet.

Le Dernier Atlas est une histoire haletante, redoutablement bien écrite, assurément un incontournable du moment !

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Sonata #1: la vallée des dieux

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Comic de David Hine et Brian Haberlin et Geirrod van Dyke
Delcourt (2020), 192 p.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

 L’édition française utilise une des couvertures non retenues (pas franchement la plus efficace mais peut-être la plus représentative de l’album) et un gros dossier final de quinze pages présentant couvertures alternatives, une double page de making-of et un aperçu d’une sculpture du dessinateur dans l’univers de la BD. Une appli de réalité augmentée traduite en français est disponible. Édition correcte.

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Le château des étoiles #5: de Mars à Paris

La BD!

BD d’Alex Alice
Rue de sèvres (2020), 69p., cycle III, volume 1.

bsic journalismMerci aux éditions Rue de sèvres pour leur confiance.

Pour les lecteurs de Gazette, ce volume comprend les épisodes 13 à 16 de cette dernière, parus à partir de janvier. Nouveauté impactant la parution en albums, l’arrivée d’une « édition internationale » de la gazette associant la BD d’Alice avec un spin-off sur l’expédition française de Vénus compliquera un peu la périodicité. La série voit son troisième cycle commencer dans cet album… à mi parcours puisque les gazettes 13 et 14 clôturent le cycle II (j’y reviens). La fabrication made in Rue de Sèvres est comme toujours parfaite avec ces désormais célèbres couvertures reprenant l’esprit des Voyages extraordinaires de Jules Verne aux éditions Hetzel avec un effet simili-toilé et un vernis sélectif. Les précédents cycles occupaient deux tomes chacun, on peut gager que ce sera également le cas ici…?

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Alors que les attaques des prussiens sur la population martiale se multiplient les Chevaliers de l’Ether atteignent enfin le pôle nord martien où les attendent des phénomènes toujours plus inattendus… Le Roi Ludwig y sera-t’il?…

Le Château des étoiles T5 : De mars à Paris (0), bd chez Rue de ...Étonnant pari que celui d’Alex Alice, dessinateur autodidacte révélé par Le Troisième Testament et dont la productivité a toujours été à la fois assez régulière et compacte, sur des séries assez courtes au développement long. Lorsque paraît le Château des Étoiles c’est dans un immense format journal en couleur qu’il est découvert par les lecteurs, avec un changement de style notable puisque Alice, dont les noirs étaient une grande force (sur Sigfried notamment) et a inspiré nombre de jeunes dessinateurs, abandonne les encrages pour une mise en aquarelle directement sur les crayonnés. Dans une publication plus ou moins orientée jeunesse (et dont l’inspiration évidente, Jules Verne, rend évidente la reprise des couverture Hetzel) ce style est tout approprié. Cette technique lui permet d’augmenter fortement sa productivité avec une parution régulière de quatre numéros de gazette et un album par an depuis maintenant cinq ans, sans aucun retard. Pour des dessins de cette qualité c’est tout à fait remarquable.

Alors que je pensais la série partie pour quelques volumes seulement, quelques éléments de contextes dans les gazettes et des allusions graphiques à Bismarck annonçaient progressivement une vraie saga qui semble boucler sa boucle ici avec ce début de troisième cycle, après que Séraphin et ses amis aient visité la Lune, puis Mars et reviennent donc sur une Terre bien changée. Ce volume est surprenant en ce que sa première moitié conclue les aventures martiennes, avec des tonalités et un décors très marqués. La chute, très brutale, inattendue et un peu bancale en ce que l’auteur rate un peu cet acmé de l’intrigue pour nous ramener sur Terre en une page tournée, donne l’impression qu’il n’a pas su comment assurer la transition entre ces aventures extra-terrestres et un retour à la dimension plus politique et rocambolesque des débuts.

Amazon.fr - Le château des étoiles Tome 5 : De Mars à Paris ...Car la seconde moitié, qui avance très vite, propose son lot de grandiose graphique et d’action effrénée permise par l’Ether, cette étonnante trouvaille de l’auteur qui donne une teinte désuète et historique si particulière à son œuvre. La série a grossit à mesure du succès et des envies de l’auteur et les gazettes indiquaient assez tôt l’idée d’exploration de Vénus. Alice a eu la bonne idée de ne pas diluer son intrigue principale dans un nouvel arc vénusien qui aurait probablement été redondant et de confier ce développement à une autre équipe pour achever son récit principal, probablement au prochain tome. On découvre ainsi l’empereur Napoléon III qui comme les autres grands personnages historiques n’est pas manichéen. Assez crédible il incarne la légère dose de réalisme historique qui donne un poids certain à la série. Si l’arc martien pour exotique qu’il était perdait un peu la densité dramatique, ce cinquième tome revient à une grande efficacité avec une structure ambitieuse en trois temps (maintenant-avant- maintenant) et notamment le personnage de la journaliste, très réussi et qui apporte de la nouveauté.

Le Château des Étoiles, Gazette Interplanétaire n° 13 - YOZONE

Une dernière remarque sur le format album qui en compactant légèrement les dessins et les posant sur du papier brillant renforce les traits et les couleurs et me font dire qu’il est graphiquement supérieur au format gazette. Cette série est décidément une sacrée aventure éditoriale et une immense réussite de l’ambitieux éditeur Rue de Sèvres en intégrant directement les éditions à l’intérêt de la série, chaque format ayant ses avantages et ses inconvénients. Si vous privilégiez les dessins optez pour les formats album (éditions classique et grand-format), si le background vous importe plus l’édition gazette est résolument plus développée. A moins que l’éditeur décide un jour de sortir une édition ultime (intégrale?) intégrant le rédactionnel, vous êtes contraints de faire un choix… ou de tout acheter, ce qui n’est absolument pas dramatique étant donnée l’honnêteté des propositions de Rue de sèvres.

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La BD!
BD de Sylvain Runberg en Grun
Daniel Maghen (2017-),  54P./album, 2 tomes parus sur 3

Comme beaucoup de BD éditées par Daniel Maghen cette série m’a intrigué par des couvertures très esthétiques et une thématique SF qui titille systématiquement mon imagination. Chacun des albums, outre un format très confortable, est doté d’un cahier graphique luxueux (coutumier chez Daniel Maghen), dont le second prend la forme d’un journal que l’on retrouve dans l’intrigue et qui développe le background.

Ancien policier d’élite antigang, Jasmine se retrouve condamnée à l’exile martien suite à une bavure. Là-bas elle découvre rapidement que la colonisation vendue à la population terrienne comme l’avenir de l’humanité repose sur des bagnards abaissés à leur seule force de travail. Laissant deux enfants sur Terre et ne se résignant pas à passer le restant de ses jours sur la planète rouge, elle décide d’entrer dans la nouvelle Eglise dont l’activité sur place semble jouir d’une grande influence sur le pouvoir local…

On Mars'. Sylvain Runberg, Grun. | L'actualité de la bande dessinéeSylvain Runberg étant un scénariste d’expérience capable du très bon comme du très banal je me suis attaqué à cette série carcérale prévue en trois tomes avec interrogations. Plongé sans introduction au sein de ces prisonniers patibulaires, on comprend rapidement que On mars ne fait que transposer les récits du bagne guyanais ou calédonien dont regorge la BD historique. Contre toute attente vous trouverez ainsi plus de proximité avec des ouvrages comme Forçats qu’avec de la SF space-opera ou worldbuilding. Si le sujet vous intéresse cela ne posera pas de problème, mais j’avoue que j’ai été surpris. Dès le second volume l’histoire s’oriente vers une révolte que l’on sent monter, plus pour des raisons de conspiration politico-religieuse que d’oppression des prisonniers. Le scénariste n’oublie pas le passage obligé des maltraitances diverses et procède à des flash-back nous relatant ce qui a amené l’héroïne dans ce enfer ou quelques séquences terriennes (un peu courtes…) destinées à densifier le contexte. De cela ressort, sur le premier tome surtout, une impression de mise en place, certes très belle, mais peut-être un peu longue à démarrer. La galerie de personnages est touffue et les intrigues entrecroisées relativement nombreuses, ce qui ne facilite pas forcément une lecture très fluide. Com On Mars T2 : Les solitaires (0), bd chez Daniel Maghen de Runberg, Grunme je l’avais ressenti sur Orbital, j’ai trouvé que Runberg tardait à dévoiler ses cartes, ce qui empêche de pénétrer pleinement dans une aventure que l’on pressent glorieuse. Soyons juste, On mars ne manque pas de coups fourrés, révélations et fausses pistes assez bien tenus et l’on prend un plaisir sadique à tenter de deviner si ce nouvel allié de Jasmine va la trahir ou mourir quelques pages plus loin…

Il est indéniable que Sylvain Runberg sait s’entourer de dessinateurs très talentueux qui savent flatter les rétines. Je ne connaissais pas Grun, dessinateur appartenant à l’école réaliste, dont la colorisation notamment (très contrainte par le rouge de l’idée martienne) procure à chaque planche une réelle beauté. Il n’y a rien à dire, ces albums sont magnifiques et le dessinateur sait à peu près tout croquer avec précision. Un vrai travail de design a été réalisé et les croquis préparatoires font envie… parfois plus que les planches elles-mêmes qui sont souvent un peu monotones du fait de costumes identiques des personnages et de décors minéraux… rouges. Si le design général est plutôt réussi dans un style un peu rétro parfois proche de Mad-Max, On Mars, rififi sur la planète rougej’ai trouvé les uniformes des bagnards assez bof. Il faut ainsi attendre le second volume et l’irruption de différentes factions au graphisme bien plus travaillé pour accrocher vraiment à chaque case. On connaît le risque des univers SF de se perdre dans des décors métalliques un peu vides. Ce n’est pas complètement le cas ici mais on ressent le manque de variété que seuls les intermèdes terriens aident à casser. Le scénariste, étonnamment, ne se précipite pas pour nous révéler le sens de tel engin comme ces araignées mécaniques qui récupèrent les morts…

Au final je suis un peu dans l’expectative d’un troisième volume qui viendra soit confirmer une montée en puissance totalement maîtrisée soit un petit manque de souffle et d’ambition pour une série certes très belle mais qui pour l’heure ne se démarque pas franchement de la moyenne des séries SF faute d’un élément scénaristique marquant.

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Renaissance #2: interzone

La BD!
BD de Fred Duval et Emem
Delcourt (2018-2020…), 2 volumes parus/3.

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badge numeriqueL’an dernier Duval, Blanchard et Emem frappaient un coup avec une nouvelle réussite dans un genre SF surchargé où il est toujours compliqué de trouver une ouverture originale. Si Bec a opté pour la complexité sur son Crusaders, Duval, en vieux briscard du scénario d’anticipation joue la linéarité et l’épure de l’intrigue pour développer ce qu’il fait si bien: les retournements de rôles et la réaction des humains à des situations de crise. Le premier tome avait un peu brisé son récit avec un gros flashback qui n’est ici plus nécessaire et les auteurs peuvent se concentrer sur la découverte du contexte planétaire en suivant les deux femmes associées chacune à un membre du couple alien qui structure l’histoire. Une vois l' »invasion » passée, on peut enfin découvrir la véritable menace que constituent les désaccords entre les peuples composant une organisation Renaissance que l’on croyait si unifiée.

Résultat de recherche d'images pour "renaissance emem"Outre le design juste génial, la grande originalité repose dans l’attitude des aliens dont la quasi absence d’expressivité faciale vise à illustrer une civilisation maîtrisant totalement à la fois la psyché et la matière… bien sur tout ne sera pas si simple et les réactions des humains comme les imprévus montreront que quelque soit l’avancée d’une civilisation, l’humilité est toujours une nécessité pour éviter les drames. Emem propose à la fois des technologies d’anticipation très crédibles (basées sur ce que nous connaissons) et des artefacts aliens totalement futuristes et brillants de bon goût. En seulement trois tomes il n’est bien entendu pas prévu de développer une conspiration complexe et ce Renaissance apparaît plus comme une illustration de notre futur proche instillant de nombreuses piques sur la supériorité occidentale et américaine que comme une saga SF policière comme peut l’être Sillage par exemple.

Intéressants dans tout ce qu’ils nous proposent, le trio confirme donc que (comme tout ce que touche Duval?) cette trilogie est une lecture à conseiller vivement. Seule l’ambition limitée du projet dispense d’en faire une série majeure, mais si vous aimez la SF intelligente et les beaux dessins n’hésitez pas une seconde!

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Hot space #1: Crash program

BD du mercredi
BD de Le Pixx
Kamiti (2019), 78p./album. Série en cours 1/3 parus.

bsic journalismMerci aux éditions Kamiti pour cette belle découverte!


couv_356121Kamiti est un jeune éditeur que j’aime bien car il fait de la très bonne SF, propose de superbes couvertures et que ce n’est pas facile de se faire une place dans la BD grand public aujourd’hui… J’avais apprécié Red Sun l’an dernier et attendais leur prochaine sortie. Sur le plan éditorial, c’est très propre, une maquette simple et cohérente, de bons visuels et une impression de qualité (en Lettonie). L’intérieur de couverture est vierge, comme c’est de plus en plus le cas en BD… dommage, j’aime bien les images grand format un peu énigmatiques que l’on trouvait autrefois dans les albums.

 

Le pilote Nohraïa Kovalski, forte tête de la flotte de la fédération, est mutée sur l’astéroïde Ouranos après une altercation musclée. Envoyée en opération sur une planète désertique, elle se retrouve au cœur d’un feu nourri, dans une conspiration qui la dépasse. Seule et livrée à elle-même elle va devoir laisser sortir sa rage face à des soldats envoyés pour l’éliminer…

Résultat de recherche d'images pour "hot space bd"Hot Space est l’oeuvre de Pierre Le Pivain (alias Le Pixx), illustrateur œuvrant de longue date dans le jeu de rôle et la communication. Pour sa première BD il propose des planches très propres qui sans être virtuoses entrent dans le canon des BD d’action SF Soleil-Delcourt. J’ai trouvé l’encrage un peu grossier, ce qui est dommage car ses personnages ont de vraies trognes et certains visages sont vraiment réussis. Mais ce qui caractérise son dessin 100% BD c’est une très grande lisibilité vraiment remarquable car ce n’est vraiment pas le cas de la majorité des BD d’action! Avec une couverture très percutante, la partie graphique fait le job.

Mais ce qui accroche dans Hot Space c’est résolument le scénario et le découpage. Le Pixx se fait plaisir en proposant avec une grande maîtrise de la structure narrative des découpages serrés ou de pleines pages selon le besoin. Certaines BD d’action se lisent trop vite  quand d’autres sont inutilement bavardes. Ici l’équilibre est parfaitement trouvé avec une intrigue simple reprenant la structure des films de série B d’action: une héroïne bad-ass est la cible de tous les salauds de l’espace mais a décidé de ne pas se laisser faire!Résultat de recherche d'images pour "hot space le pixx" La conspiration, assez vite révélée, n’est pas ridicule et permet surtout de mettre le lecteur dans de bonnes dispositions psychologiques pour attendre la prochaine tuile qui tombera sur son héroïne. La narration alterne entre Kovalski, une technicienne située sur la base orbitale et que l’on devine venir en aide à sa collègue dans les autres tomes et les méchants. Simple mais efficace.

Niveau action c’est clair, net et précis, un peu bourrin, vaguement gore (à base de cerveaux explosés ou de bras arrachés) sans occuper pour autant toute l’attention de l’auteur qui déroule étape par étape son récit. Des éléments fantastiques finissent par poindre en fin de volume et l’on devine que ce sera le développement principal de la vengeance de la pilote, avec une chute très ironique pour un personnage que l’auteur a décidément décidé de faire vivre un max de difficultés… pour notre plus grand plaisir.

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BD en vrac #3

Salut la compagnie, pour ce samedi je vous présente deux nouveautés qui n’ont rien à voir: le dernier tome de Katanga, la série noire-noire de Fabien Nury et le second volume de la nouvelle série SF Conquêtes:

bsic journalismKatanga #3 

katanga-tome-3-katanga-tome-3Cantor et Charlie ont les diamants mais pas l’argent. Entre eux et Orsini, tous convergent vers un règlement de compte qui s’annonce sanglant…

Ce troisième et dernier tome de la série Katanga poursuit dans la continuité de ses prédécesseurs. Je rappelle les points forts de cette plutôt bonne série, que j’avais évoqué sur les précédents billets: un dessin un peu cartoon mais très propre et à l’encrage qui donne envie de le lire en édition spéciale, la colorisation absolument parfaite (comme d’habitude) de Bastide, le réalisme historique du contexte et un montage parfaitement huilé. On n’est pas surpris, Nury fait partie des vieux briscards du scénario franco-belge qui imprime sa patte sombre en incarnant l’anti grand-public. L’historien renforce dans ce troisième tome le côté historique avec le sort fait à Patrice Lumumba, qui fait monter d’un cran, en une scène d’une rare violence, la tension et la noirceur de cette série que seule la conclusion dépasse en nihilisme. J’avais émis des réserves sur une vision des africains qui pouvait flirter avec le racisme tout en notant le traitement non préférable fait aux blancs. Et c’est au final ce qui m’a dérangé, cette absence totale d’espoir, de lumière, le seul être surnageant un peu, Alicia, étant une prostituée calculatrice… Quel est le message de cette série hormis dénoncer le système de la françafrique et de la colonisation? Il est certain que j’ai pris du plaisir à la lecture de cette trilogie très travaillée et parfaitement fabriquée, mais quand Il était une fois en France intéressait par son ambiguïté et ses zones grises, Katanga ne propose que du noir. Trop pour moi. C’est dommage car il y a un vrai talent et en introduisant un héros et un peu plus de sens historique cela aurait pu être une très grande série.

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bsic journalismConquêtes #2 – Deluvenn

couv_353820Album lu en numérique. Une version grand format n&b avec making of a été éditée chez le même éditeur.

J’avais été plutôt agréablement surpris par le premier tome de cette série, de part un très bon dessin et un vrai travail sur les personnages. Ce second volume transpose la même trame mais cette fois dans une flotte coloniale « d’Europe du sud » décimée par le matériel bas de gamme chinois, utilisé pour constituer cette flotte du dernier espoir. Si l’idée de changer la « couleur » de la flotte est plutôt intéressante, la trop grande proximité entre les deux albums se fait en défaveur de ce dernier. La relation familiale compliquée, les pouvoirs cachés d’une peuplade inconnue, l’utilisation du fantastique dans une série de hard-science… tout cela est trop proche d’Islandia et j’espère sincèrement que c’est un simple raté  de démarrage car produire une série de cinq tomes sans plus de variations me semble être un suicide! Du reste en tant qu’album one-shot, Deluvenn propose des thèmes intéressants hormis le fait que le héros soit assez inintéressant. Les Kraken sont la plus grande réussite de l’album mais le scénariste Nicolas Jarry ne creuse malheureusement pas du tout ce côté là. Un bon album de SF nécessite un background costaud. On est un peu court sur ce point et une vague impression de filiation avec Aquablue nous montre que l’originalité du projet a été un peu délaissée… même si cet album reste dans la moyenne très acceptable des BD très grand public de SF familiale.

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Renaissance #1: les déracinés

BD du mercrediBD de Fred Duval et Emem
Delcourt (2018), Série Renaissance T1.

Fred Duval est le grand Manitou de la SF d’anticipation. Depuis des années il propose régulièrement des ouvrages et des séries qui sont toujours rattachées à l’histoire ou au principe même de l’anticipation et de son « et si… ». Uchronies, dystopies, anticipation sont des variantes d’un principe: utiliser des variations pour parler d’aujourd’hui.

C’est ce qu’il fait dans sa nouvelle série (courte) avec le dessinateur de la saga Carmen Mac Callum, le talentueux Emem (qui a remplacé Gess, dessinateur d’origine). La couverture vraiment réussie et intrigante a beaucoup fait parler d’elle et la communication efficace (avec une couverture au texte « extra-terrestre » par exemple) donne très envie de savoir ce que sont ces extra-terrestres.

Résultat de recherche d'images pour "renaissance emem"Le travail de préparation graphique est conséquent. Ce n’est jamais évident en SF tant le mauvais goût et le déjà-vu peuvent très vite pointer le bout de leur nez… Ici pas de faute de goût même si le choix assez classique d’un univers E.T. très coloré peut paraître facile. Le projet étant une BD SF grand public les auteurs n’ont vraisemblablement pas cherché à déranger mais plutôt à assurer un design classieux, aidé par la jolie patte du dessinateur. Le plus intéressant visuellement repose sur la science des visiteurs et notamment les vaisseaux asymétriques.

Le grand intérêt de cet album est de nous proposer à la fois une inversion (les humains sont colonisés en tant qu’êtres inférieurs) et une projection de l’interventionnisme onusien et occidental sur notre monde actuel. Dans une Terre dévastée par les catastrophes climatiques issues (on ne suppose) de l’action débridée du capitalisme industriel et mercantile, une civilisation supérieure vote l’intervention (dans le cadre d’un protocole très stricte), afin de sauver la civilisation humaine car elle dispose d’un élément particulier qui pourrait enrichir toutes les espèces: la capacité artistique des humains. Ce premier tome est très linéaire bien qu’il superpose l’intrigue en cours avec un long flashback expliquant comment le protagoniste extra-terrestre en est venu à participer à ce corps expéditionnaire.

Résultat de recherche d'images pour "renaissance emem"Le contexte planétaire est très proche de l’univers pessimiste et cynique de Travis/Carmen Mac Callum. Deux familles humaines seront les témoins de l’intervention et aux premières loges des écueils d’une préparation naïve. Duval touche là les déboires des interventions américaines mal préparées en mode « zéro morts » et où la violence basique à l’arme blanche peut remettre en cause l’armée la plus moderne en attaquant au moral. Malgré leur supériorité scientifique et technique absolue, les envahisseurs doutent de la pertinence de leur arrivée, de l’accueil sombre qui leur est réservé malgré leur pacifisme affiché… On ne peut forcer une population malheureuse à être secourue. C’est en substance cette constante que Fred Duval nous rappelle avec cet album hautement politique qui donne envie de connaître la suite.

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Esclaves de l’île de Pâques

Le Docu du Week-End

 

BD de Didier Quella-Guyot et Manu Cassier
La boite à bulles (2018), one shot, 80 pages.

bsic journalismMerci à la Boite à Bulles pour son partenariat SP.

L’illustration de couverture est jolie, colorée et explicite sur le contenu de l’album. Elle est composée comme une affiche de cinéma et c’est efficace. L’album comprend un gros dossier documentaire très essentiel (comme dans toute BD documentaire) en fin de volume, permettant de tisser un lien entre la BD et l’Histoire tragique de cette île martyr.

A la moitié du XIX° siècle les premières déportations de pascuans (habitants de l’île de Pâques) ont lieu pour en faire une main d’œuvre corvéable dans l’extraction du guano sud-américain. Après cela les prêtres entament l’évangélisation d’une communauté réduite à la portion congrue. Alliance de colonisation, de conquête religieuse et d’aventures capitalistes, c’est l’histoire de la disparition d’un peuple qui nous est relatée…

Résultat de recherche d'images pour "esclaves de l'ile de paques"Didier Quella-Guyot aime les îles et les connaît. Du Facteur pour femmes (île bretonne) à Papeete (Tahiti) ou sur le très bon Ile aux remords avec son compère Sébastien Morice, il aime à nous faire revenir dans ces terres aux cultures fortes et soumises aux soubresauts de l’Histoire, souvent coloniale. Ici c’est à une histoire largement méconnue qu’il nous convie en compagnie de Manu Cassier et son trait simple qui rappelle la BD jeunesse mais permet une grande lisibilité des planches et de superbes couleurs. De l’île de Pâques l’on connaît les Moaï, ces géants de pierre qui ne seront que très peu abordés dans l’album. Ce n’est pas le mystère de cette civilisation perdue qui intéresse les auteurs mais bien le processus brutal et semblant tellement facile d’acculturation et d’exploitation des indigènes par un système capitaliste allié de Image associéecirconstance à l’Église.

L’histoire est découpée en trois parties agrémentées d’un prologue relatant les razzias sud-américaines qui ont dépeuplé l’île et d’une épilogue. Les annexes proposent un résumé de l’histoire des pascuans au XIX° siècle par Didier Quella-Guyot, une biographie rapide des protagonistes historiques et un texte sur Pierre Loti (qui apparaît dans l’album), ses carnets de voyage et des reproductions de gravures de l’époque illustrant les récits de voyage. Cette structure très didactique permet une lecture facile et de s’intéresser à un drame connu car malheureusement commun à bon nombre de peuples dits primitifs au XIX° siècle, que ce soit en Afrique ou dans les Îles. Résultat de recherche d'images pour "esclaves de l'ile de paques"L’on comprend combien la faiblesse de ces population a permis à quelques pauvres prédicateurs de leur imposer une religion dont ils n’avaient pas besoin et comme cette petite terre n’a été pour beaucoup de blancs  – dont cet aventurier qui se fit proclamer Roi de l’île – qu’une ressource gratuite pour leurs projets personnels. Le plus intéressant dans ce récit est l’histoire de cet homme, enfiévré de navigation et terrorisé à l’idée d’être enfermé dans une affaire en France avec femme et enfants et qui s’imposa par la force, se maria à une fille d’ascendance royale avant de s’autoproclamer seigneur de ce caillou perdu au cœur du Pacifique et que bien peu souhaitaient lui contester.

Le dessin accompagne cette narration de façon élégante. L’illustrateur n’est pas un virtuose mais sa maîtrise des plans et découpage est remarquable et la mise en couleur donne une lumière très agréable en évitant de sombrer dans le misérabilisme. Car cet album se veut plus un récit d’histoire qu’un pamphlet, adoptant un ton relativement neutre, factuel, ne cachant rien des exactions mais restant classique dans son propos. Le sentiment d’impuissance qui reste après cette lecture nous rappelle combien le rouleau compresseur de la colonisation a causé de ravages de par le monde et le fait de poser des images sur ces drames est salutaire en nous forçant à regarder à hauteur d’hommes ce que l’on apprend dans une Histoire souvent par trop extérieure.

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Conquêtes: islandia

BD du mercredi
BD Jean-Luc Istin et Zivorad Radivojevic
Soleil (2018), 78 p.

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Je ne suis pas grand fan des séries commerciales de chez Soleil dans lesquelles officie Jean-Luc Istin, du coup je ne connais pas le travail de ce scénariste. Pourtant le concept de cette série annoncée en 5 tomes me paraît alléchante: une planète à coloniser par album, un contexte différent, des personnages différents. Avec une très percutante couverture et un petit truc dans le dessin, cela m’a suffit pour entrer dans l’histoire.

La flotte arrive enfin en orbite d’Islandia après des milliards de kilomètres et trente années de cryosommeil. Une flotte de colonisation. Une planète habitée par des indigènes pacifiques. Mais très vite pour l’oberleutnant Konig quelque chose semble clocher dans cette arrivée. Commence une enquête pour découvrir une conspiration qui va remettre en cause ce voyage sans retour…

Islandia, le premier tome d’une nouvelle série de SF militaire est une très agréable surprise dont je n’attendais pas tant, ayant commencé la lecture surtout pour les dessins de Zivorad Radivojevic. Je découvre cet illustrateur qui a, malgré quelques failles techniques de perspectives, une patte très intéressante qu’il faudrait voir en noir et blanc pour apprécier plus précisément son dessin (la couleur n’est pas honteuse mais très informatique, elle donne cet aspect interchangeable qu’ont beaucoup de comics et de BD de chez Soleil).

Le premier aspect novateur est dans le choix d’une culture germanique à cette flotte de colons avec un design très réussi vaguement inspiré de l’armée du troisième Reich. Istin évite la fausse bonne idée de calquer des idéaux nazis sur cette armée, qui a simplement le comportement classique de toute armée de conquête envoyée là après ce qu’on comprend avoir été un Armageddon sur terre… Aucune information directe de contexte, du pourquoi de la présence de cette flotte mais le scénariste distille quelques miettes qui laissent penser que le contexte général prendra forme à mesure de la lecture des cinq one-shot de la série. J’aime bien l’idée d’un univers cohérent dans lequel nous assistons à des histoires séparées (un peu ce que fait Fred Duval sur ses séries SF). Istin a construit cela avec ses séries fantasy depuis pas mal d’années et a donc de la bouteille.

L’histoire de cet album, après le réveil des militaires et le premier contact du lecteur avec l’héroïne, nous plonge rapidement dans une sorte d’enquête policière entre l’Oberleutnant Konig, son compagnon et l’IA de la flotte. Pas mal de concepts intéressants sont proposés (comme cette IA qui est tout sauf la voix de son maître!) et l’ensemble des personnages secondaires sont étonnamment développés quand on aurait pu s’attendre à des archétypes de jeu vidéo. Istin accorde un vrai rôle à chacun (l’héroïne est très réussie en mère acariâtre et Badass) et malgré l’intrigue nécessairement assez simple du fait du format one-shot, on apprécie les dialogues. La relation avec les autochtones ne propose guère plus de choses que depuis Aquablue (à savoir une vision écologiste face à une société technologique d’invasion) mais pas de faute de gout non plus. Le fin mot de l’intrigue m’a semblé un peu tiré par les cheveux et surtout en décalage avec une ambiance techno-réaliste sur la plus grande partie de l’album. Rien de risible mais l’effet Slasher vu dans une majorité de films de SF se retrouve malheureusement ici.

On reste avec un album très grand public de très bonne facture et dans la moyenne haute pour un produit aussi formaté. De quoi donner envie de lire les autres volumes de la série, pour peu que le niveau graphique soit aussi bon que sur Islandia.

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