***·Manga·Service Presse

Astra, lost in space 2-5

esat-west

Manga de Kenta Shinohara
Nobi-Nobi (2016) 2019, 240 p./volume, série finie en 5 volumes.

Un billet de découverte du premier volume est disponible ici. La maquette nobi-nobi est très didactique en proposant en fin de jaquette un résumé, la tomaison des cinq volumes, l’âge recommandé et les thématiques abordées. L’intérieur comporte des séquences dont le texte a été détourné humoristiquement. En début d’albums nous avons droit à un résumé général, un rappel des personnages et une jolie double illustration couleur à chaque tome. Également chaque volume se termine par quelques strips humoristiques reprenant les personnages dans des situations décalées. Globalement une édition très solide qui accompagnement parfaitement la lecture. A noter que la série a fait l’objet d’une adaptation animée.

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bsic journalismMerci aux éditions Pika pour leur confiance.

J’avais accueilli favorablement le premier tome de cette série déjà un peu ancienne, parue chez Nobi-nobi, label des éditions Pika développant un catalogue jeunesse. A ce titre, si Astra est indiqué en jeunesse on peut noter que les thématiques traitées au final des révélations sont relativement pointues dans la gamme SF et touchent résolument le Seinen. Ainsi la particularité de cette série remarquablement maîtrisée est de proposer en simultané deux genres assez éloignés: le récit de lycée et d’apprentissage sur un ton léger, et un thriller spatial et SF qui va assez loin dans les réflexions sur notre futur et assez sombre dans son traitement adulte. Et ce qui étonne le plus c’est que cet alliage très improbable fonctionne presque parfaitement tout le long des volumes de taille inégale (le dernier comporte plus de deux-cent cinquante pages quand les autres tournent autour de deux-cent).

Ainsi l’aventure commence sur un ton léger en nous promettant la visite de planètes tout à fait exotiques permettant d’imaginer faunes, flores et systèmes planétaires crédibles. L’aspect pédagogiques du shonen est très bien mené en donnant plein d’explications scientifiques simples sur la biologie via le personnage de Charce, spécialiste scientifique. La répétition de ces explorations planétaires serait sans doute devenue lassante si l’auteur n’avait pas adopté un rythme assez rapide, ne traînant pas sur les intermèdes plutôt dédiés aux relations entre personnages. Et en la matière il y a de quoi faire puisque avec neuf membres d’équipage les interactions sont nombreuses, que ce soit la résolution de sous intrigues, de tensions ou les découvertes de leurs passés… qui sont bien entendu directement liés à l’intrigue principale.

Si on constate quelques longueurs (selon l’âge auquel on va lire le manga, j’imagine que des adolescents seront plus pris que moi par les relations (amoureuses?) entre personnages) notamment sur le second volume, bien vite des éléments de résolution du thriller s’ajoutent et font monter la tension et l’envie d’avancer. Kenta Shinohara montre un remarquable talent pour disséminer les informations choc parfaitement réparties pour éviter que chacun des éléments de sa série ne prenne le dessus sur les autres. Auteur d’une précédente série de lycée humoristique, il est à l’aise dans son traitement des personnages et l’humour fonctionne ici encore très bien pour maintenir un esprit léger même après les moments les plus dramatiques. On est surpris de l’ambition du projet et de la profondeur des problématiques dans une série aussi courte, sans jamais avoir le sentiment d’un trop ou d’éléments inaboutis. Après la longue conclusion du cinquième volume (à l’entrée duquel on est un peu inquiet tant les révélations sont nombreuses) on referme cette série avec l’assez rare Astra Lost in Spaceimpression que tout a été dit, traité, conclu. Il est difficile de vous parler des problématiques au cœur de l’intrigue sans déflorer l’intérêt du manga mais l’identité que l’on se construit, la norme sociale et la liberté individuelle de se choisir un avenir sont bien l’essence du message que veut porter l’auteur. Ce sont les bases de tout manga de lycée mais en situant ses personnages dans un contexte de crise et de SF cela permet d’aller plus loin que les simples tempéraments archétypaux de départ. En post-face l’auteur indique qu’il voulait se mettre en danger avec ce manga en abordant un contexte SF qu’il maîtrisait mal. Et l’on peut dire que son projet est sur ce point parfaitement maîtrisé en rendant intéressant un traitement d’un futur possible assez original.

Projet risqué et hybride, Astra – lost in space s’avère une grande réussite thématique et scénaristique légèrement freiné par des dessins un peu simples (notamment pour les arrières-plans) malgré un chara-design très sympathique. Cela ne gène pourtant en rien un plaisir de lecture qui vous fera dévorer ces cinq tomes que vous soyez féru de SF ou novice dans le thème. Et en cela aussi c’est une fort belle découverte.

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***·Comics·Service Presse

Sonata #1: la vallée des dieux

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Comic de David Hine et Brian Haberlin et Geirrod van Dyke
Delcourt (2020), 192 p.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

 L’édition française utilise une des couvertures non retenues (pas franchement la plus efficace mais peut-être la plus représentative de l’album) et un gros dossier final de quinze pages présentant couvertures alternatives, une double page de making-of et un aperçu d’une sculpture du dessinateur dans l’univers de la BD. Une appli de réalité augmentée traduite en français est disponible. Édition correcte.

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****·Comics·East & West·Rétro

All-New X-men #1-3

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Comic de Brian Bendis et Stuart Immonen, David Marquez et David Lafuente
Panini (2014-2015)/ Marvel (2013), Série de 8 volumes, terminée.

Couverture de All-New X-Men (Marvel Now! - 2014) -1- X-Men d'hierCouverture de All-New X-Men (Marvel Now! - 2014) -2- Choisis ton campCouverture de All-New X-Men (Marvel Now! - 2014) -3- X-Men vs X-Men

Cet article porte sur les trois premiers tomes de All-New X-men, le « relaunch » de sa série par Marvel en 2013, qui s’est accordé pour l’occasion une énorme brochette de talents: Stuart Immonen puis Mahmud Asrar, Frank Cho, Esad Ribic, Sara Pichelli,… excusez du peu! Accompagnés par des encreurs monstrueux, cette série me fait découvrir Stuart Immonen dont je n’avais rien lu et qui devient instantanément mon nouveau chouchou comics depuis Esad Ribic.

Résultat de recherche d'images pour "all new x men immonen"Le monde des mutants a changé. Rendu fou par la Force Phénix , Cyclope a tué le professeur Xavier et entamé une nouvelle carrière de « méchant » en s’alliant avec Magnéto afin de rendre leur dignité aux mutants. Terrassé par ce nouveau contexte, Hank MacCoy, « la bête » retourne dans le passé pour demander de l’aide aux jeunes X-men. Le fait d’accepter sa proposition va envoyer Cyclope, Jean Grey et leurs amis dans un maelstrom de questionnements identitaires sur leurs pouvoirs, le bien, le mal et comment choisir ce qui est le mieux pour tous…

Avant de commencer, très distant des chronologies Marvel et DC, je n’ai absolument aucune idée du lien temporel entre cette série sortie en 2013 et celle dessinée par Humberto Ramos (et chroniquée ici) et dont certains personnages qui semblaient nouveaux apparaissent bien chez Stuart Immonen et Brian Bendis… Ceci étant dit, je suis tombé fou dingue du trait du canadien Stuart Immonen dont le style m’indique ce que produirait Olivier Vatine s’il exerçait dans une industrie aussi exigeante que les comics. Il y a une réelle proximité entre les deux dessinateurs dont les encrages et la gestion des ombres sont à tomber. C’est bien simple, sur les trois volumes parcourus c’est un sans faute et chaque case inspire une telle maîtrise et expression que l’on en oublierait presque de se concentrer sur les dialogues et le scénario… très verbeux!

Résultat de recherche d'images pour "all new x men immonen"Il va sans dire que dans un scénario de BD de super-héros (qui plus est dans un relaunch, impliquant une dimension créative assez limitée) le dessin facilite grandement la perméabilité du lecteur aux thèmes du scénariste. Brian Bendis en scénariste chevronné maîtrise son sujet en alternant le récit autour de trois groupes: les X-men adultes, les jeunes X-men en tenue originale jaune et une bande de renégats autour de Mystic. La série porte sur les effets psychologiques (et dans le contrôle de leurs pouvoirs) sur les jeunes X-Men confrontés à la perte du Père, le professeur Xavier. Le plus intéressant est le traitement donné à Cyclope qui n’est pas présenté comme un méchant mais plutôt comme un héros mature et dérangé par son acte  mais qui semble souhaiter réellement le bien de tous. Au passage la réinvention graphique de Cyclope est absolument magique, les deux auteurs se faisant plaisir en lui procurant des costumes tous plus inventifs les uns que les autres.Résultat de recherche d'images pour "all new xmen immonen tome 2"

Ce run a le gros avantage de ne pas trop perdre le lecteur « débutant » en se concentrant sur les premiers X-men… que l’on trouve également dans les films (première série et deuxième série) ce qui permet de toucher un relativement grand public. Bien sur les références aux différents événements passés (la mort de Xavier, la Force Phénix, le génocide mutant) complexifient un peu la trame mais c’est présenté de manière didactique comme un simple « hors champ » qui densifie l’univers sans donner l’impression d’avoir raté un épisode. L’irruption des Uncanny Avengers donne très envie de voir ce crossover des deux franchises au cinéma et la qualité du dessin permet de profiter pleinement de la BD sans en faire un simple argument commercial pour donner des billets au Marvel Studio.

Ce run sublimement dessiné (je vais de suite me lire le reste de la biblio de Stuart Immonen!) profite d’une mise en scène (découpage, utilisation des voix entendues par Jean Grey) et de dialogues drôles autour d’une trame simple qui permet de se focaliser sur ce qui fait la force des séries X-men: les relations entre personnages. Assez peu d’action finalement et plus de réflexions intimistes sur l’identité de mutant et les incidences du voyage temporel sur la suite des événements. Comme sur la version d’Humberto Ramos, les perso et leurs pouvoirs tiennent le tout, et franchement ca donne envie de continuer la série…

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***·BD·Documentaire

Chroniques de Jérusalem

Le Docu du Week-End
BD de Guy Delisle
Delcourt (2011), collection shampooing, 334 p., bichromie.
Fauve d’or du meilleur album Angoulême 2012.

51kkmx5fqsl-_sx359_bo1204203200_Guy Delisle est à l’origine animateur (cinéma d’animation) québécois que les activités professionnelles ont amené en Asie, à Shenzhen (Chine), et Pyongyang (Corée du Nord)  dans le cadre du dessin animé Yakari. Puis il a suivi sa femme qui travaille pour MSF, d’abord en Birmanie puis à Jérusalem… Tous ces voyages imposés par sa vie professionnelle ou familiale ont donné lieu à un format qui constitue désormais son oeuvre: le journal de vie, mi humoristique mi documentaire.

Ce qui caractérise les Chroniques de Jérusalem, BD hautement biographique donc, c’est le caractère du bonhomme. Sans savoir s’il scénarise son personnage ou s’il reflète réellement les sentiments de l’auteur, l’on suit une sorte de naïf désintéressé et observant de façon totalement détachée des événements aussi graves que l’opération Plomb durci qui a vu l’armée israélienne massacrer la population de Gaza en 2008-2009, se livrant tantôt à un commentaire posant des interrogations faussement naïves, tantôt considérant ce qu’il voit comme une simple information avant d’aller chercher ses enfants… Résultat de recherche d'images pour "chroniques de jerusalem"Or on peut dire que ce qu’il nous décrit dans de courtes séquences de 1 à 10 pages n’est pas totalement « normal » au regard de nos critères européens! Outre la guerre et la présence militaire, c’est surtout l’apartheid de fait et l’omniprésence religieuse qui marque le lecteur. Pas une présence « normale » encore une fois, mais un concentré de toute la folie que peuvent véhiculer les religions: des ultra-orthodoxes par ici qui vous lancent des cailloux si vous roulez en voiture pendant Shabbat, des israéliens qui ne vous parlent pas si vous êtes étranger, des étudiantes palestiniennes qui s’enfuient en voyant un strip de l’auteur montrant une femme nue, des samaritains qui conspuent les juifs par-ce qu’ils traduisent mal la Torah ou des gardiens du Saint-sépulcre (chrétien) qui se répartissent depuis des siècles, quelle confession entretien quelle fenêtre et quel pan de mur… Bien sur on en rigole mais le ton adopté, sorte de Candide en Israël, nous rappelle que cette BD est un journal, un documentaire sur des faits. Et l’on n’a pas très envie d’aller vérifier la véracité de tout ceci tant cela aurait pu s’appeler « un homme au foyer chez les fous »…

Ah oui, le côté « roman français » (qu’on retrouve aussi chez Riad Sattouf dans son Arabe du Futur) c’est que Guy Delisle est dessinateur mais surtout homme au foyer, à gérer les gamins et  la logistique pendant que sa femme travaille sur de très grosses journées, à découvrir la vie d’expat’ et à naviguer entre le tourisme (compliqué semble t’il), l’ennui et son statut théorique d’artiste (il n’arrive pas à travailler tout au long de l’album…). Cela crée une atmosphère de glandeur terre à terre bien savoureuse.

Image associéeJ’ai beaucoup entendu parler de Guy Delisle, qui a la côté dans le landerneau médiatique parisien bobo. Si je reconnais sa maîtrise du format strip et une certaine efficacité dans l’expression minimaliste et la gestion des silences (très drôles), personnellement je préfère des BD documentaires un peu plus graphiques. Le strip est un format formidable… mais qui perd de son impact quand il est rassemblé sur 300 pages… L’album a le grand mérite de nous faire découvrir une réalité très lointaine et qui se veut objective (je rappelle chaque fois, comme le précise Davodeau sur la préface de Rural! que le documentaire a nécessairement une focale personnelle de l’auteur et par conséquent est orienté), dans ses différentes facettes. On s’y perd un peu par le côté déstructuré et l’absence de « récit » même si progressivement les « personnages » fréquentés par Delisle deviennent familiers.

C’est a mon sens le côté « folie des religions » qui est le plus intéressant, entre le prêtre fan de BD et déconnant sur le Pape et les ultra-orthodoxes. Se défendant de tenir un discours politique, Delisle est pourtant contraint de prendre position notamment contre les colons et la politique de colonisation des gouvernements israéliens. On n’est pas dans le pamphlet chirurgical d’un Joe Sacco (cité dans l’album) mais l’objectivité lui impose de présenter les absurdités et injustices. Comme chez Sattouf l’image donnée du moyen-orient n’est pas reluisante, et l’on sort de la lecture un peu déprimé en se disant qu’une nation aussi psychotique n’est pas sortie de l’auberge…

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