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Lecture COVID: Moriarty #1

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Les sources de lectures Covid que j’ai identifié sont les suivantes (vérifier sur les sites la durée de disponibilité variable). Si vous avez un compte Iznéo, les promo sont basculées mais en vrac entre les promo payantes et les véritables gratuits). N’hésitez pas à signaler en commentaire de ce billet des liens intéressants vers d’autres éditeurs!


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Manga de Ryosuke Takeuchi et Hikaru Miyoshi
Kana (2018-), série en cours, 6 vol./11 parus en France.

badge numeriqueLes personnages et l’univers de Sherlock Holmes font parti des plus attrayants, surtout pour toutes les variations autour du canon qui fleurissent dans les imaginations des auteurs. Moriarty est l’un des plus charismatiques et mystérieux méchants de l’imaginaire collectif… il n’en fallait pas plus pour me donner envie de tester cette série qui propose d’aborder l’enfance et l’ascension de l’ennemi du locataire du 221b Baker Street… au travers du prisme des classes sociales dans l’Angleterre victorienne. Sujet ô combien omniprésent dans la culture manga, comme un rappel à l’histoire et la société si particulières de l’archipel, j’ai parfois l’impression que tous les mangas que je lis abordent cette question de façon assez frontale (par exemple Innocent, Les héros de la galaxie, Green blood,…)!

Moriarty T1 - Par Ryosuke Takeuchi et Hikaru Miyoshi - (...) - ActuaBDCe premier tome aux dessins très soignés et agréables (même si on peut les trouver un peu formatés « Anime ») décrit ainsi comment une fratrie d’orphelins se retrouve à la tête d’une famille noble, l’un d’eux utilisant sa grande intelligence et son absence de tabou pour se dresser en justicier d’une société pétrie d’injustice et de conservatismes quasi féodaux. Je reconnais que j’ai eu un peu de mal à distinguer certains personnages au début mais progressivement, à mesure que l’histoire se structure on trouve nos repères et suivons avec grand plaisir ces prémisses d’une vie de crime. Outre le fait d’aborder ainsi de front un sujet très sérieux et historique, le manga postule dès la première page (qui nous montre Moriarty et Sherlock aux chutes de Reichenbach, là ou le détective est supposé avoir trouvé la mort) une inversion des rôles, Moriarty ayant été le véritable justicier contre un enquêteur qui n’aurait fait que défendre l’ordre établi… Idée passionnante. Je ne sais à ce stade si le projet des auteurs est de confronter leur héros à Sherlock Holmes mais pour un démarrage l’album fait du très bon travail et donne envie de continuer la découverte.

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Lecture COVID: Les héros de la galaxie #1

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Manga de Yoshiki Tanaka et Riu Fujisaki
Kurokawa (2018-), 8 tomes parus sur 17 (japon)

badge numeriqueMa première incursion dans l’univers des Héros de la galaxie remonte à l’arrivée du manga en France, à partir de la sortie du mythique film Akira, des premières publications des mangas par Glénat et des premières tentatives de diffusion de longs métrages animés au cinéma alors que le « dessin-animé » était encore connoté par le Club Dorothée et vu soit comme diffusions jeunesses soit incomprises lorsque arrivait Ken le survivant ou Cobra… A cette époque donc a été passé au ciné un film d’animation intitulé Les héros de la galaxie et présenté par les spécialistes comme un chef d’œuvre. J’y suis allé et me suis endormi, très déçu par une technique antédiluvienne au regard d’Akira (l’étalon de l’époque). Il s’agit en réalité de série de romans extrêmement populaire au japon et qui a donné lieu à un premier manga dans les années quatre-vingt, des OAV, jeux-vidéos  et films. Lorsque j’ai vu la parution de ce nouveau manga j’ai donc été surpris et renseignement pris ma curiosité a été attirée par cet univers rétro-futuriste de guerre stratégique spatiale. Si le film était raté le concept a du potentiel, surtout si le dessin suit. Et c’est le cas dans ce premier volume!

Cette introduction rapide nous pose le contexte tranquillement avec une narration descriptive et met en avant un sujet très présent dans les manga: les classes sociales. Cette réflexion est passionnante et l’on voit donc deux amis d’enfance rentrer à l’académie militaire de l’empire avec pour mission de monter les échelons militaires et renverser finalement l’empereur qui a pris la sœur du héros comme favorite de ses concubines. Dans cet univers à la société hyper-figée rien ne peut remettre en question l’ordre établi. En trame de fonds l’adversité entre cet empire et la République démocratique qui lui fait face, deux concepts de civilisation diamétralement opposés et dont les escarmouches vont structurer le récit. Le volume se lit d’une traite, progresse vite, pose déjà les bases permettant au lecteur de savoir où il embarque et présente un design très élégant. Une vraie réussite que je vais donc continuer sans faute et vous recommande!

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****·BD·Nouveau !

Shi #4: Victoria

BD du mercrediBD de Zidrou et Homs
Dargaud (2020), 56 p., premier cycle de 4 volumes fini.

couv_383083Simple remarque en préambule: la fameuse citation affichée en page de garde de tous les albums de la série trouve ici son explication…

Alors que les crocs du redoutable limier de l’impératrice se referment sur Jay et Kita, l’heure de gloire des Glorieux Eriés semble venue quand Victoria adoube leur projet de flotte ultra-moderne de reconquête des colonies d’Amérique. C’est sans compter sur les sans-grade, ces enfants des rues invisibles à l’Empire mais qui ont bien décidé de prendre leur destin en main, sans crainte d’affronter la force des adultes…

Ça y est, le premier cycle de cette magnifique série victorienne un peu dérangeante se termine, dans les temps et en maintenant une qualité moyenne assez élevée. Ça semble enfoncer des portes ouvertes mais tenir à la fois une ligne graphique homogène (les dessinateurs évoluent souvent entre les albums) et un scénario équilibré entre les tomes est très loin d’être évident, même pour les grosses séries grand-public d’auteurs chevronnés. Il est donc l’heure de faire un premier bilan.

Shi - Victoria, BD et tomes sur ZOOComme d’habitude je vais commencer par les deux seuls points qui peuvent faire discussion, à savoir l’aspect fantastique et le croisement entre les mésaventures de Jay et Kita et l’époque contemporaine. Ce n’est pas un détail car ces deux aspects sont selon moi deux des trois éléments scénaristiques qui rendent cette série si intéressante. L’aspect fantastique donc est a mon avis le plus discutable en ce que pour l’heure il n’apporte à peu près rien et fait porter le risque d’atténuer la touche « dikensienne » de la série. Ce qui m’a marqué sur ces quatre albums c’est cette vision ultra-réaliste, très britannique, d’une société victorienne déconstruite par Zidrou en montrant la réalité la plus sordide de cette domination du mâle blanc de la haute société, si droits, si dignes dans leurs costumes et si pitoyables une fois en robe de chambre dans le cocon opaque du foyer. Une coloration assez proche de ce que faisait Loisel il y a vingt ans, mais finalement moins sordide. Histoire de sensibilité et de graphisme sans doute. Sur cet album plus encore que sur les deux précédents le scénariste abuse de ces démons issus des tatouages sur le dos des filles et du vieux mentor en en faisant l’outil majeur de la vengeance contre le projet des glorieux Eriés. En cela il permet à Homs de nous faire plaisir avec de vastes pages très graphiques mais cela atténue la tension avec ce Deus Ex Machina pour lequel on ne nous a toujours rien dit et qui semble une grosse facilité scénaristique. C’est d’autant plus dommage que la montée en puissance des enfants des rue, comme une foule de rats inarrêtables, ainsi que le couple vengeur formé par les deux femmes suffisait à passionner avec cette idée de faibles victimes renversant l’empire britannique… Gageons que les auteurs savent où ils vont et le pourquoi de cette régulière mais brève irruption fantastique dans la série.

Sans titreÉtrangement après deux albums construits en croisement temporel avec une enquête de nos jours les deux suivants se déroulent intégralement au XIX° siècle. C’est étonnant et l’on se demande si Zidrou ne s’est pas aperçu en cours de route de la difficulté à maintenir ce croisement entre plusieurs cycles et l’attente instillée chez le lecteur. Une inversion temporelle est à prévoir pour le prochain cycle étant donnée la conclusion de ce Victoria qui sonne comme une vraie conclusion permettant une prolongation généalogique. On imagine donc un second cycle au XXI° siècle avec quelques insertions des descendants des héroïnes. Les quelques narration épistolaires vues dans les quatre albums deviennent plus systématiques à mesure qu’on approche du dénouement et structurent ce volume. C’est esthétique et intéressant même si la chute m’a parue assez brutale. Globalement, si l’intrigue de vengeance est aboutie, beaucoup de pistes lancées (comme ces scènes familiales et intimes de l’impératrice…) n’ont guère progressé, ce qui peut produire une certaine frustration… de celles qui naissent de BD talentueuses.

Sans titreGraphiquement Josep Homs continue de nous ravir, malgré des pages bien plus sombres que d’habitude mais qui lui permettent de montrer son travail de textures et de hachures. L’espagnol n’est pas seulement un très grand coloriste, ses dessins se suffisent à eux-même. Les personnages qu’il crée sont terriblement marquants et justes, entre la caricature et le réalisme. Le dessinateur est à l’aise dans tout ce qu’il dessine, de près, de loin, architecture comme corps, tissus comme nature… la véritable révélation de Shi c’est lui et sur le plan graphique c’est un sans faute total!

Le dernier tome de ce premier cycle est à la fois efficace comme conclusion d’un arc cohérent et marqué par les quelques hésitations scénaristiques d’un auteur qui semble avoir parfois du mal à ne pas mettre tout ce qu’il voudrait dans ses histoires. Je me garderais bien de critiquer, tant la richesse de ses intrigues, des personnages, du découpage ou surtout de la peinture sociale sont les marques d’un grand scénariste. Shi apparaît ainsi comme la version BD de ces grands films hollywoodiens qui parviennent à propose des histoires visuellement impressionnantes et grand-public tout en assumant une radicalité sociale et historique qui dépassent très largement le seul entertainment. Une série majeure assurément.

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****·BD·Mercredi BD·Nouveau !·Numérique

Muertos

BD du mercredi
BD de Pierre Place
Glénat (2020), 149p., one-shot.

couv_381406badge numeriqueOn continue la semaine avec une histoire américaine après Le serpent et la lance, le nouveau pavé aztèque de Hub, je vous invite au Mexique zapatiste pour une nouvelle histoire de zombies par un auteur qui a tout à fait digéré les codes de ses prédécesseurs…

Dans l’hacienda les bourgeois festoient… pendant que les contremaîtres cuvent leur vin… et que les peon meurent. Dans le Mexique du XX° siècle naissant les morts se révoltent conter une injustice sociale terrible et mettent à bas une nation. Mais s’agit-il bien de morts? Un groupe de survivants entame une fuite éperdue devant la vague de mort, pendant laquelle l’humanité de chacun est questionnée et les faux-semblants tombent…

Résultat de recherche d'images pour "muertos place"Encore une découverte graphique avec cet album d’un dessinateur passé par les Arts décoratifs (encore un!) qui propose avec Muertos ce que j’attendais d’un Dominique Bertail (leur style est très proche) depuis longtemps. Étonnante idée que celle d’une histoire de zombies dans un contexte mexicain. Si ce cadre aurait très bien pu être placé ailleurs, l’utilisation du contexte social (sociétal) pour développer l’intrigue correspond entièrement à l’essence du projet romérien. Georges Romero, dès le film qui a créé le genre, la Nuit des morts vivants, a pour objet d’interpeller la société, ses valeurs et ses (des)équilibres sociaux. Ce n’est pas le fait de montrer des attaques de morts qu’il a inventé comme genre mais celui d’utiliser l’invasion inexplicable et inexpliquée pour briser les codes, les constantes de la société dans une approche sulfureuse et politiquement incorrecte. Hormis le premier film du réalisateur jamais on n’explique l’origine du phénomène et cela n’a (presque) jamais intéressé les repreneurs du sujet. Ainsi the Walking dead marche sur ce chemin à l’inverse de World War Z qui travaille un background qui éloigne l’oeuvre du projet de Romero.

Résultat de recherche d'images pour "muertos place"Pierre Place se situe donc bien dans le sillage du maître en ce que dès les premières sections (l’album est découpé par des titres mettant le focus sur un groupe ou un moment) il traite des relations amoureuses sans lendemain, des mœurs honteuses des riches, de la misère des peons, bref, de tout ce qui fait la société et permettra de créer des tensions dramatique dans la course effrénée devant l’avancée biblique des morts. Ce qui est intéressant dans cette variation c’est qu’on doute assez vite de la nature de ces « calaveras« : si leur aspect est indéniablement morbide, décharné, plusieurs éléments tentent de nous expliquer une cause rationnelle, tantôt maladie, tantôt émeute paysanne,… La galerie de personnages est suffisamment fournie pour permettre (autre constante des histoires de zombies) des pertes régulières sans que l’on n’ait jamais l’assurance de qui va durer et qui va tomber. Le dessinateur est du reste étonnamment sobre dans la démonstration de gore, laissant souvent au second plan les massacres. De l’action il y en a bien, avec notamment le chef des contremaîtres qui aurait tout du héros si ce n’était un salaud de la dernière espèce. Un salaud d’un autre type que les autres, plus violent, plus primaire, mais finalement pas bien pire que l’ensemble des autres humains engagés avec lui dans la survie. Place n’utilise pas ce prétexte pour nous le rendre sympathique ni proposer un côté badass. Il préfère rester dans la zone grise et un peu déstabilisante d’un spectateur qui ne sait décidément pas où le mène cette odyssée sanglante.

Résultat de recherche d'images pour "muertos place"Graphiquement on est donc dans une école plutôt humoristique, proche de Fluide glacial, mais ici dans un dessin assez réaliste où la technique transparaît de toute évidence et où la grosse pagination laisse la place à l’auteur de faire admirer ses encrages profonds (on est dans une bichromie avec un gris très agréable) et par moment des visions hyper-graphiques en ombres chinoises. Le niveau de détail est impressionnant et l’on imagine la quantité de boulot qu’a du représenter un ouvrage si volumineux. Les aperçus n’en donnent pas une très bonne idée mais cet album est une très grande réussite graphique, du niveau d’implication d’un Shagri-la.

Je ne connaissais pas du tout cet auteur qui réussit sans aucun doute son grand œuvre ici avec ce vrai western grand public d’action intelligente qui maintient sa qualité jusqu’à une conclusion peu évidente mais très cohérente. Si j’adore la culture pulp j’ai tendance à considérer les histoires de zombies comme un peu dérisoires notamment du fait de leur absence de background et de leur destinée circulaires. Pierre Place est parvenu à m’accrocher tout le long par un travail de ses personnages, une générosité dans les sujets et une qualité de dialogues et de dessin remarquables. Ma première excellente lecture de l’année.

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****·Cinéma·Manga·Nouveau !

Visionnage: Alita, Battle angel

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Comme beaucoup j’étais très sceptique à la sortie de cette adaptation du célèbre manga Gunm (l’un des premiers sortis en France par Glénat dans les années 1990, à l’époque d’Akira, Appleseed et autres Dragonball) tant, de mémoire, aucune adaptation live de manga n’a jamais été faite suffisamment sérieusement pour mériter un visionnage. Les noms de Robert Rodriguez et de James Cameron à la production ne suffisaient pas pour justifier une adaptation réussie et le débat sur les yeux surdimensionnésyeux surdimensionnés de l’héroïne à la sortie n’ont pas aidé à donner plus envie que cela.

Résultat de recherche d'images pour "alita battle angel movie concept art"Pour rappel, le manga Gunm (intitulé Alita, Battle Angel aux Etats-Unis) se déroule sur trois séries: Gunm, Last Order et Mars Chronicles. Le film de Rodriguez, en développant assez largement le background (bien plus que le premier manga il me semble) semble vouloir s’orienter vers une saga reprenant l’univers global de la BD et c’est la première bonne nouvelle. Le manga d’origine proposait une version très trash de Rollerball en mode cyberpunk avec des cyborg dans un univers où la limite entre robot et humain est bien faible et où toute morale organique a disparu. L’ambiance glaçante du manga se retrouve étonnamment dans ce film grand public où les deux auteurs (réalisateur et producteur) ont recherché une grande fidélité avec le matériau d’origine en aucunement une transposition dans des codes susceptibles de plaire au public nord-américain.Image associée C’est la second réussite du film. Si l’on reste sur l’intrigue du premier arc avec ce tronc semi-humain reconstruit par le professeur Edo, génie de la robotique et déchu de la cité haute de Zalem, et qui devient la plus redoutable des chasseuse de prime et joueuse de Motorball. La quantité de sujets issus plus ou moins directement du manga est impressionnante pour un film d’action et la gestion du rythme est à ce titre assez impressionnante, en parvenant sans ennui, sans ventre mou, à lier l’ensemble, sans frustration et avec une grosse envie de découvrir plus. La troisième réussite du film est de dépasser visuellement le manga (je n’ai personnellement jamais accroché avec le style du mangaka) avec un univers, certes tout à fait numérique, cohérent, un jeu des acteurs convaincants et une tension dramatique qui n’a pas l’artificialité de beaucoup de films à images de synthèses. Pour un métrage porté par une actrice numérique c’est un sacré succès et une nouvelle preuve que WETA est la meilleure compagne d’effets spéciaux du monde.

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Le box-office a très logiquement abouti à un semi échec directement issu de cette ambition artistique: les américains ont boudé le film, le reste du monde s’est laissé tenter. Les journalistes cinéma envisagent difficilement une suite facilement négociée avec les studios mais plutôt une possibilité selon les envies de James Cameron (qui porte le projet depuis de très nombreuses années) après le pactole que ne manqueront pas de rapporter les suites d’Avatar. On ne peut donc qu’attendre avec frustration tant personne n’attendait rien de ce projet et tant ce film a montré qu’avec de la passion et un respect créatif (contrairement à la citation qu’a été le Ghost in the shell de Rupert Sanders) une adaptation de manga est possible. Sachant qu’un certain Akira est en production…

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*****·BD·Mercredi BD·Nouveau !

Les Indes fourbes

BD d’Alain Ayroles et Juanjo Guarnido
Delcourt (2019), 160 pages, one-shot.

couv_370204Les albums qui jouissent d’une telle attention matérielle (pour une édition classique) sont rares, surtout chez un éditeur comme Delcourt. Si certains lecteurs ont trouvé le prix trop élevé (trente-cinq euros soit l’équivalent d’une intégrale sur une série en quatre volumes…) je trouve pour ma part que l’objet porte à lui seul toute la qualité du projet, de A à Z, avec un format plus grand que la BD classique, des dorures (on aurait pu avoir un gaufrage pour le même prix), un ruban rouge pour marquer la page, des intérieurs de couverture reprenant une carte ancienne en haute résolution (… ce n’est pas toujours le cas), une page de titre reprenant l’aspect des livres anciens, des pages d’intertitre décorées… bref, les auteurs ont mis les petits plats dans les grands et cela mérite un gros Calvin édition de toute évidence. Comme on dit, un album pour se faire plaisir et que l’éditeur aurait tout à fait pu sortir à Noël pour un énorme carton. A noter une édition encore plus grand format en Noir&Blanc qui sort en novembre… et qui me rend très sceptique quand à son intérêt quand on voit la technique utilisée par Guarnido et la force des couleurs. Certains dessinateurs sont des encreurs fous qu’il faut lire en NB (comme son compatriote Roger), Juanjo Guarnido n’en fait pas partie. Bruno Graff sort également un album spécial (qui semble bien plus intéressant mais risque de coûter cher) en décembre.

Pablos est attaché dans la salle de torture, les yeux hagards, la barbe longue. Il est interrogé par l’Alguazil majeur quand à l’origine de son médaillon en or et la disparition de l’Hidalgo Don Diego. Nous sommes aux Indes et la fièvre de l’Eldorado a conquis tout le monde. Pablos va nous narrer ses aventures. Ou pas… vous verrez bien!

Résultat de recherche d'images pour "les indes fourbes guarnido"J’ai mis très longtemps à lire cet album sorti fin août car vu le morceau j’ai vu tout de suite qu’il fallait de bonnes conditions pour l’apprécier. Vue la taille il n’est d’ailleurs pas tout à fait adapté à la lecture au lit mais passons. Comme dit plus haut, un tel objet vous met d’office dans des (bonnes) conditions particulières, de par le luxe et l’immersion dans l’univers des récits picaresques, de l’imprimerie et des aventures en un temps où les inégalités étaient le lit de la monarchie assise sur son tas d’or mais où malgré le poids des classes sociales tout était possible à qui s’en donnait les moyens. Alain Ayroles, amoureux de la langue et de l’époque dite Classique comme il a pu le montrer avec sa série De capes et de crocs, a produit avec Les Indes Fourbes son grand œuvre, un monumental scénario qui rangerais presque le dessin de son comparse espagnol au second plan. Et ce n’est pas un mince exploit tant le dessinateur de Blacksad est considéré comme l’un des plus virtuoses du circuit. Projet plus ou moins secret, on comprend d’ailleurs mieux la faible productivité du dessinateur sur sa série best-seller quand on imagine le temps qu’il lui a fallu pour produire ces quelques cent-cinquante planches des Indes fourbes, probablement en parallèle des aventures du chat détective.

Résultat de recherche d'images pour "les indes fourbes guarnido"Présenté comme la seconde partie du roman picaresque écrit par Francisco Quevedo (comparse du Capitaine Alatriste dans les romans d’Arturo Perez-Reverte), l’album s’inscrit à la fois dans un genre très balisé et s’en émancipe totalement par la structure complexe qu’il adopte. En trois chapitres, un prologue et une épilogue, Ayroles va balader son lecteur au fil des versions de cette histoire où l’on comprend assez rapidement que le coquin Pablos nous raconte à peu près ce qu’il veut ou plutôt ce que l’Alguazil enfiévré par l’or veut entendre. Il faut être concentré sur la première partie puisqu’il y est fait référence à des évènements et personnages que l’on ne découvrira que plus tard. C’est donc bien la quête de l’Eldorado qui est le sujet de l’histoire… ou plutôt de sa première version. Car, récit picaresque, il est surtout question de la vie réelle, inventée, imaginée, d’un gueux parti aux Indes, pays des sauvages indiens et conquistadores, de la toute puissance de l’Église et d’une morale conservatrice dont le bas peuple n’a que faire. Il y a ainsi un message hautement politique dans cet album qui commence comme une farce d’aventure pour s’achever en pamphlet sur l’Ancien Régime à la mode espagnole. La forme et le projet des auteurs restent grand public et sont emplis d’aventures et de bons mots. Il ne s’agit donc pas d’une BD sérieuse ni politique, mais le propos final qui adopte le point de vue de Pablos donne ce supplément d’âme qui différencie les belles et bonnes BD des grandes BD. Annoncée comme telle, Les Indes Fourbes est bien une grande BD qui fera date au même titre que les monuments de Bourgeon ou le Chninkel de Van Hamme et Rosinski.

Résultat de recherche d'images pour "les indes fourbes guarnido"Le dessin caresse l’œil, mais rappelle plus un joli Disney que les précédents albums de Guarnido, plus sombres, plus virtuoses. Autre projet, les Indes fourbes montre plutôt le talent de coloriste et de caricaturiste du dessinateur. Pas une case ne manque d’une tronche tordante qui répond aux facéties langagières du scénariste. L’album se propose en cinémascope avec de très nombreuses cases en pleine largeur qui permettent d’apprécier les paysages et décors, de poser des panoramas qui nous font voyager au travers du continent. Cela a une incidence sur la temporalité du récit mais celui-ci étant en aller-retours cela ne pose pas vraiment de problèmes. Plusieurs fois les auteurs nous envoient en outre des pages muettes, généralement lors de combats rageurs, violents, qui tournent souvent en boucheries nous rappelant le Mission de Roland Joffé. Mais si la situation des indiens et certaines problématiques de la Conquête sont évoquées, ce n’est pas le cœur du récit qui se concentre sur les pérégrinations de Pablos, dont ces dizaines de pages monumentales, bluffantes où se déroule le récit muet de l’expédition vers l’Or. Rarement BD se sera permise ce luxe de place qui nous laisse bouche bée. Le dessin n’est pas vraiment minutieux du fait d’une technique peu encrée et en couleurs directes (avec l’aide du grand coloriste Jean Bastide), mais cela n’empêche pas le dessinateur de charger ses cases au maximum, donnant à cet album des explosions de couleurs qui marquent les rétines.

Résultat de recherche d'images pour "les indes fourbes guarnido"Jusqu’à la conclusion l’on ne sait pas où l’on va. L’album aurait presque pu adopter la forme d’une série en trois volumes. Les histoires manipulatrices sont toujours appréciées mais au risque de prendre le lecteur pour un jambon en tombant dans la facilité. Ce n’est pas le cas ici et la boucle se boucle magnifiquement avec une conclusion grandiose, ample à l’échelle de cet album hors norme. On appelle ça un Must-have.

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Shi #3: Revenge

BD du mercrediBD de Zidrou et Homs
Dargaud (2018), 56 p., 4 volumes parus/4

couv_344641Pour la fabrication, qualité Dargaud habituelle, belle maquette extérieure et intérieur de couverture soigné. Identique aux autres tomes.

Le (déjà) troisième tome de cette étonnante série rompt quelque peu le rythme de narration adopté sur les deux précédents. D’une part le scénario nous propose une linéarité à laquelle les auteurs ne nous avaient pas accoutumés. L’objet et le titre de l’album sont ceux de la vengeance de Jay qui va entreprendre d’éliminer un à un tous ces hommes dominants qui ont scellé son sort. Alors que les manigances politiques du roquet de l’impératrice Victoria (très bien rendue en dirigeante d’une froideur aristocratique brutale) progressent en parallèle, c’est sur ce volume un développement des secrets de la famille Winterfield que nous propose Zidrou. Le découpage au hachoir de la haute société victorienne est redoutable, emplie de perversions sexuelles, de domination masculine, de mensonges destinés à masquer les dérives des membres de la famille qui en internant sa femme à l’asile, qui en donnant un enfant illégitime à l’orphelinat,… L’autre changement est pour la première fois l’absence de séquences de nos jours, ce qui est surprenant tant le lien entre les deux époques est ténu et seuls les rappels réguliers nous permettent de progresser tome par tome vers une résolution finale après plusieurs cycles comme on le suppose. Du coup cette rupture est assez dérangeante et il risque d’être compliqué de raccrocher l’intrigue au quatrième tome. C’est un détail mais que j’espère calculé.

La continuité est sur la relation des deux jeunes femmes que l’histoire rude de chacune relie et qui va entraîner une alliance que l’on peut voir dès la couverture. Le surnaturel reste très discret et (totalement absent de ce tome) l’on se demanderait presque si l’irruption du second volume n’est pas une fantasmagorie tant le déroulement ressemble plus à un récit de vengeance tout ce qu’il y a de plus classique. Résultat de recherche d'images pour "shi revenge homs"Le dessin de Homs comporte moins de séquences d’action aux plans audacieux que le second tome et semble plus sage, sauf quand l’illustrateur espagnol nous envoie le visage sublime de Jay…

Revenge est un album de transition, qui reste de très haut niveau mais pâtit de son positionnement dans une histoire qui reste encore bien obscure. Il reste passionnant par sa dénonciation d’une réalité très noire de la société londonienne de l’époque et est rehaussé de quelques touches d’humour assez efficaces au travers de la petite clocharde qui accompagne les vengeresses dans leur croisade. Shi est une série qui se lit d’une traite et gagnera sans doute encore un niveau de qualité lorsque le premier cycle sera clôturé.

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