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Le bois dormait

Album d’illustration de Rebecca Dautremer
Sarbacane (2016), 64p. , très grand format.
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Rebecca Dautremer (dont j’ai chroniqué récemment la Bible chez son éditeur historique Gauthier-Languereau) fait partie de la crème des illustrateurs jeunesse depuis quelques années maintenant. Outre sa technique irréprochable qui ne vise pourtant jamais à l’exercice de style, sa colorisation et tout simplement son trait me fascinent profondément à chaque album que j’ouvre. Mes enfants ayant grandi je me retrouve un peu frustré, bavant devant le présentoir de mon libraire préféré quand je vois un album de Dautremer ou d’Eric Puybaret

Résultat de recherche d'images pour "dautremer bois dormait"Ce Bois Dormait (publié chez Sarbacane, petite infidélité…) est une triple réussite qui dépasse largement le recueil d’illustrations que peuvent être certains albums d’auteurs réputés. D’abord bien évidemment une réussite graphique. Ses illustrations pleine page qui empruntent beaucoup aux postures de la danse contemporaine, sont des bijoux de poésie, de couleurs, d’atmosphère avec ces affiches  rétro contextualisant l’image.

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Ensuite une réussite conceptuelle: en adaptant très librement le thème de la princesse au bois dormant, l’illustratrice parvient à créer une histoire sans textes par un subtile jeu de liens, de cheminement entre les images. Ces affiches donc qui reprennent des personnages que l’on a déjà vu ou que l’on verra quelques pages plus loin, mais aussi directement dans l’illustration, un arrière-plan ou un objet qui reviendra ailleurs. Le cadrage joue sur le regard en nous entraînant dans ce monde endormi, extrêmement doux. L’album est construit en regard: dès l’ouverture deux personnages en fil de fer s’adressent à nous et commentent l’image couleur qui leur fait face, interagissant jusqu’à finir par pénétrer le monde d’en face. C’est un jeu à trois auquel est convié le lecteur avec les deux personnages et les figures endormies. Enfin, la réussite d’une artiste complète, qui signe un album seule

Le Bois est un lieu fictif, inspiré du monde des arts et du spectacle: ici un cirque, là des lutteurs-boxeurs, ici un cycliste,… La France d’avant-guerre se rappelle à nous avec ses réclames peintes ou affichées. Toute cette influence est bien sur colorée par le monde de Dautremer, fait d’étoffes, de fleurs et de fils. Rarement j’ai pu admirer un album aussi complet qui dépasse largement le public jeunesse et pourra ravir les yeux et l’imaginaire des adultes tout aussi bien. Une merveille.

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BD·Jeunesse

Violette autour du monde

Stefano Turconi, Teresa Radice
Dargaud (2015)

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Se présentant sous la forme d’une série de petits albums indépendants les uns des autres, Violette est bâti sur un concept intéressant de découverte d’un artiste majeur du XIX° siècle (époque à laquelle se déroulent les aventures de l’héroïne) et de son contexte. Le travail d’édition de Dargaud est habituel: sérieux, soigné, élégant jusqu’aux détails. Le livre comporte un vernis sélectif  pour le titre, un très intéressant D-barcode, une indication d’âge (6-10 ans… ce qui me semble bien tôt, j’y reviens plus bas) et une maquette cohérente sur la série (avec tranche homogène). L’intérieur comporte une page récurrente de présentation des personnages et un court cahier d’illustration ainsi qu’une biographie de l’artiste traité, en fin d’album. L’auteur dessine quasi exclusivement au crayon de couleur (avec peut-être un léger traitement ordinateur notamment pour les textes), ce qui donne une texture très agréable pour les enfants.

Les deux premiers albums sont très inégaux. Le premier introduit Toulouse-Lautrec et le monde de la peinture parisien, le second nous emmène en Amérique avec Dvorak. Si l’intérêt de faire découvrir la haute culture aux enfants au travers de cette série est évident, le niveau de langue et la complexité des thèmes rend peu évidente l’accroche pour des enfants avant 12-13 ans je pense. Mes enfants (8 et 10 ans), très bons lecteurs et habitués aux BD sont franchement passés à côté de l’élément documentaire. Cela permet néanmoins de leur « montrer » les œuvres en question et peut être une introduction avec de l’accompagnement…

Pour le côté BD proprement dit, le graphisme est très sympathique et la maîtrise du crayon assez impressionnante. Le public cible sera conquis, surtout que les personnages sont parfaits (une troupe de cirque venue des quatre coins de la planète) pour provoquer la curiosité des jeunes.

Le deuxième tome a une construction plus linéaire qui facilite la compréhension et les envolées poétiques restent limitées et annexes pour l’intrigue. L’on pourra regretter cependant la faible place donnée aux relations entre personnages principaux, cette troupe restant finalement en toile de fonds pour des intrigues centrées sur la rencontre entre Violette et ces grands artistes. Gageons que la série (qui semble remporter un beau succès) se construit tome par tome et finira par trouver son équilibre.

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Fiche BDphile