****·BD·Rapidos

La Brigade de répression du félinisme

BD du mercredi

Histoire complète écrite par François Szabowski et dessinée par Elena Vieillard. Parution le 04/06/2019 aux éditions de la Boîte à Bulles.

C’est la chat-narchie

François est un homme normal, ce qui en d’autres termes, signifie qu’il a une vie médiocre. Ennuyé par son travail à la RATP, déçu par ce que la vie a à lui apporter, François n’en conserve pas moins un air débonnaire, sans oublier quelques naïves expectations sur l’amour.

L’amour, c’est bien un des seules choses en quoi François est encore capable de croire, la seule chose qui lui apporte encore de l’espoir. Malheureusement, les idéaux de notre héros ordinaire font bien souvent, et violemment, les frais du principe de réalité. Chaque tentative, chaque amourette de François est invariablement vouée à l’échec, et le pauvre hère se retrouve bien souvent à la case départ du je de l’amour et de la séduction.

Étouffé par la sensation intolérable d’être privé de son droit au bonheur, François décèle un schéma, un dénominateur commun dans tous ces échecs: les chats.

Les chats, ces compagnons discrets et distants, prennent paradoxalement une place folle dans la vie de leurs maîtres, à tel point que l’on finit par se demander qui possède qui. Les femmes qui possèdent un de ces animaux, selon François, y trouvent aisément ce qui, dans une relation amoureuse (avec un humain, est-il besoin de le préciser), exige des efforts, du temps, de la patience et de la réciprocité.

C’est donc tout naturellement que les femmes se tournent vers leur chat, au moindre écueil avec leur partenaire amoureux. D’où les ruptures, d’où les échecs, d’où François qui se demande comment remédier à ce griffu problème. Poussé dans ses retranchements, François en vient à une radicale conclusion: il faut se débarrasser des chats, afin de libérer les femmes de cette entrave qui les empêche de tomber amoureuses.

François s’improvise donc justicier. Avec un taser acquis pour la cause, il arpente les rues pour les purger de ses ennemis félins. Mais son action ne prendra toute son ampleur qu’après avoir rencontré Igor-un chat russe qui parle-qui va le seconder dans sa tâche.

Le chat que l’on mérite

Voilà une drôle de fable que cette BRF. L’auteur utilise ce pitch délirant pour adresser une critique toute particulière aux relations homme-femme, ainsi qu’à la capacité très masculine d’attribuer ses échecs à une cause extérieure. Bien évidemment, la morale à la fin de l’histoire n’est pas celle à laquelle on s’attend, ce qui rend les péripéties de François d’autant plus savoureuses.

Le ton est méchamment drôle, jamais vulgaire, et permet de s’identifier facilement aux tourments et interrogations du protagoniste, si discutables soient-ils. Outre la narration ciselée et ironique, le format décloisonné permet d’insuffler un ton facétieux à ce conte surréaliste tout en bichromie.

Une réelle surprise !

****·BD·Jeunesse·Nouveau !·Service Presse

Eli & Gaston #2 La Forêt des souvenirs

Second tome de la série écrite par Ludovic Villain et dessinée par Céline Dérégnaucourt. Parution le 17/09/2021 aux éditions Ankama.

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Merci aux éditions Ankama pour leur confiance.

Voir sans oublier

Eli et son chat Gaston sont inséparables. La jeune fille espiègle est revenue passer les vacances d’automne chez sa grand-mère Jo, qui vit à l’orée d’une immense forêt. Un soir, alors qu’Eli confesse son ennui à son félin ami, Mia, une chatte sauvage qui ne laisse pas Gaston insensible, débarque pour prévenir ses amis qu’un voleur est entré dans la maison.

Le sang d’Eli ne fait qu’un tour et la voilà descendue dans la cave, où une silhouette masquée est effectivement en train de fouiller les affaires de Jo. Malgré leur ardeur, ni Eli, ni Gaston, ni Mia ne parviendront à stopper le voleur, qui prend la poudre d’escampette avec une mystérieuse carte. Après quelques investigations, Eli découvre l’identité du coupable: Hermine, une jeune fille au caractère revêche, qui vit en plein cœur de la forêt avec son grand-père Edmond, qui est l’un de ses derniers gardiens.

Hermine et Edmond sont à la recherche de la Fleur de Lune, qui ne pousse qu’une fois tous les 100 ans, et qui permet à celui qui la cueille de retrouver tous ses souvenirs. Et le vieil homme, gagné par la sénescence, en a bien besoin afin de transmettre son vaste (et nébuleux) savoir à sa petite-fille qui doit lui succéder. Eli & Gaston s’engagent donc dans une quête sylvestre pour trouver la Fleur de Lune. Quels dangers devront-ils braver pour atteindre leur but ?

Le premier tome d’Eli & Gaston faisait mouche grâce à un univers à la fois naïf et profond, des personnages attachants et de belles thématiques, mises en valeurs par le trait accueillant et enfantin de Cécile Dergnaucourt. La recette est ici la même, avec quelques ingrédients supplémentaires qui satisferont les lecteurs séduits par le premier tome.

Le ton est léger, mais les enjeux sont clairement établis et le danger, s’il ne fait jamais réellement craindre pour la vie de notre duo, reste quand même suffisamment sérieux pour conserver notre intérêt jusqu’à la fin de l’album. L’album, qui peut se lire indépendamment du premier, traite avec poésie de sujets intéressants, comme celui de la transmission du savoir et des traditions, la discipline et la volonté d’apprendre, ou encore le lien qu’un individu conserve avec son propre passé et qui constitue une part même de son identité.

Graphiquement très travaillé, cet album jeunesse doux et philosophe ravira sans doute les jeunes lecteurs et lectrices.

***·BD·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Robilar, ou le maistre chat #1: Maou!!

La BD!
BD de David Chauvel, Sylvain Guinebaud et Lou (coul.)
Delcourt  (2020), 64p.., série en cours 1 volume paru.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

La couverture jouit d’un luxueux logo-titre doré, ouvragé et gaufré (traitement identique pour la tranche). La série annonce un second tome pour le début 2021 alors que celui-ci est bien un one-shot conclu par une FIN.

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L’histoyre du chat botté vous la connoissiez! Mais l’histoyre de Robilar, le gros minou devenu Machiavel qui se vengea des malheurs qu’on lui fit subir, vous alloi la découvrir ceans…

Très alléché par une fort jolie couverture et de forts bons échos je me suis plongé dans cette variation sur le Chat botté assez enthousiaste. Avant toute chose je tiens à préciser qu’il s’agit d’un album 100% Delcourt qui s’inscrit dans une ligne fort bien connue avec des auteurs qui ont fait toute leur carrière dans ces collections aux jolies couleurs et aux dessins « BD ». Je suis Sylvain Guinebaud sur les réseaux sociaux et apprécie beaucoup ses dessins animaliers humoristiques. Si ses planches sur Robilar sont agréables avec un trait à la fois rapide et détaillé je relève un encrage qui passe moyennement à l’impression avec un résultat parfois imprécis, estompé. Très attaché aux encrages j’ai trouvé que cela affaiblissait la technique costaude du dessinateur. Il reste que son rôle n’est pas des moindre dans cette équipée à trois puisque dans cette farce qui tient plus de Rabelais que de Perrault son art de la grimace est tout à fait efficace.

Sur l’histoire je passerais rapidement puisque hormis une introduction assez étrange nous narrant les origines « nobles » du chat avant de tomber chez le « Marquis » sans que l’on comprenne bien son utilité, on suit l’intrigue connue de tous… jusqu’à une fin ouverte qui permettra sans doute dès le tome deux de s’extraire du carcan littéraire. La principale qualité de ce Robilar est ainsi dans son texte. David Chauvel est connu, outre son rôle de directeur de collection, pour Wollodrin, variante de Fantasy s’inscrivant dans l’univers des méchants orcs. On va retrouver ici cette envie de dépasser le conte en mode farce mais surtout en jouant sur le langage des gueux et des seigneurs, passages les plus truculents de l’album. Allant à la rencontre de différents groupes de personnages (des chats de gouttière complètement stones aux paysans au langage de cul-terreux), le chat va donc fomenter son plan de gloire d’abord, de vengeance ensuite comme on l’imagine sur la suite.

L’effet découverte est donc amoindri sur ce premier tome peut-être un peu trop sage et respectueux du matériau en ne pouvant jouer que sur la mise en scène et quelques facéties pour nous surprendre. La lecture en est agréable (et pourra convenir aux jeunes lecteurs qui laisserons leurs parents glousser aux allusions grivoises dissimulées) mais ne se démarque pas de la qualité moyenne Delcourt. On attend avec impatience la suite avec l’espoir d’un grand délire pas trop sage…

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***·BD·Jeunesse·Nouveau !

Histoire(s) à dormir debout

BD de Pedro Rodriguez et Jorge Garcia
Les aventuriers de l’étrange (2019), 89 p. one-shot.

Prenez garde: le regard à la fois vide et hypnotique de ce chimpanzé va vous attirer dans un abîme d’effroi et de terreurs nocturnes !

Histoire(s) à dormir debout est le fruit de la collaboration de Pedro Rodriguez et Jorge Garcia, deux auteurs espagnols ayant déjà collaboré sur Les Aventures du jeune Jules Vernes en 2010. Il s’agit en fait ici d’une réédition de leur album intitulé « Macabre« , lui aussi sorti en 2010, et prend la forme d’un recueil d’histoires courtes, adaptées des récits signés par les grands noms de la littérature fantastique: Edgar Allan Poe, Sheridan Le Fanu, Guy de Maupassant, Robert-Louis Stevenson…

Vous croiserez donc, au fil de ces glaçantes lectures, des spectres, des mains étrangleuses, un vampire, et même… le Diable en personne !

Histoire(s) à dormir debout est une lecture accessible aux plus jeunes lecteurs, mais saura également saisir d’effroi les amateurs de BD plus expérimentés. Ici, point de gore ni de monstruosités, mais plutôt l’ambiance oppressante et l’angoisse propres aux récits d’épouvante qui ont fondé le genre.

Le dessin de Pedro Rodriguez est magnifique, parfaitement adapté aux univers sombres des ces auteurs. Son trait est tel que l’on pourrait croire que l’on regarde un métrage d’animation, couché sur papier ! J’ai pu entendre certains lecteurs se plaindre de l’usage trop répandu du dessin et des couleurs numériques, il n’en demeure pas moins que le résultat est ici très réussi.

S’agissant des différentes intrigues, on pourrait regretter la fin plutôt abrupte de certaines d’entre elles, personnellement, j’aurais apprécié de les voir extrapolées un peu plus.

Pour conclure, Histoire(s) à dormir debout est un très bel album, qui permettra aux petits comme aux grands de frissonner. N’hésitez donc pas à vous plonger dans l’effroi, sans oublier de jeter un œil du côté du catalogue des Aventuriers de l’Étrange !

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***·Comics·East & West

Monstress

East and west
Comic de Marjorie Liu et Sana Takeda
Delcourt comics 2017 (Première édition US Image comics 2015)
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Gros volume relié de belle facture (magnifiques couvertures de Sana Takeda) avec vernis sélectif, comprenant les volumes 1 à 6 de l’édition américaine. Delcourt reprend ici l’édition reliée US, dont le volume 2 est sorti en juillet 2017 et prévu en octobre pour l’édition française.

Monstress c’est Maïka demi-loup, une arcanique capturée par les sorcières Comaea lors de la dernière guerre entre les deux peuples. Semblant dotée de pouvoirs proprement terrifiants liés au passé trouble de ce monde et de ses dieux anciens, elle va tenter de remonter son passé entre les feux croisés de ses poursuivants humains et les gardiens de la Cour du Soir…

Si vous n’avez rien compris c’est normal, l’histoire et le monde construits par les deux auteures sont extrêmement touffues et l’on peut regretter (une fois n’est pas coutume dans les comics) qu’elles n’aient pas pris plus de temps pour poser leur univers tellement celui-ci est riche. Les factions sont nombreuses et graphiquement très bien identifiées. Les noms et évènements envoyés au lecteur attisent la curiosité le poussent à avancer dans une lecture qui peut parfois être dure à suivre du fait des nombreuses ellipses, placement des bulles peu précis entre les personnages (qui parle?), les narrations. C’est assez classique de la narration comics et l’image doit souvent venir appuyer le récit pour aider le lecteur. Ici étrangement, alors que c’est bien le graphisme fascinant de Sana Takeda qui fait ouvrir le bouquin, un caractère peu fini, brouillon (même sentiment que sur Descender) n’aide pas la lecture. Ce point noir énoncé, rien de grave néanmoins, tant l’on peut gager que la lecture de l’entièreté du récit permettra de combler ces lacunes.22185496-_sx540_

Monstress est surprenant en ce qu’il est très trompeur graphiquement. En effet, si le style de l’illustratrice utilisant fortement (et excellemment) la colorisation informatique  avec des textures posées est résolument original et élégant, ce n’est pas a proprement parler sa technique (assez moyenne) qui attire mais l’univers construit, le design général, proprement unique. L’on pourrait trouver des similitudes avec l’univers d’un Olivier Ledroit, foisonnant, surchargé, où chaque centimètre doit être « habillé ». Ainsi si les arrière-plans, les scènes de bataille sont clairement gribouillés, cela est compensé par ses aplats informatiques 19870241-_sy540_qui donnent une matière à l’ensemble. Le design des personnages, fait de mythologies angéliques, de manga enfantin et assez inspiré par l’univers des jeux-vidéo japonais, est réellement ce qui retient l’attention. Et puis dans Monstress les chats sont trop forts et j’adore les chats!

Au final je dirais que cet album hybride (d’inspiration Manga mais de facture totalement comics) reprend les défauts de ces derniers mais est porté par un design , un monde et une histoire vraiment intéressants, qui hormis les couvertures de chapitre magnifiques, manque un peu de chocs graphiques.

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Fiche BDphile