Comics·Graphismes·Guide de lecture·La trouvaille du vendredi·Rétro

Le temps des sauvages

La trouvaille+joaquim

 

BD de Sébastien Goethals
Futuropolis (2016), 264 p., n&b.

Couverture de Le temps des sauvages - Le Temps des sauvagesLes éditions Futuropolis proposent toujours de très jolis livres, bien fabriqués et généralement dotés de couvertures percutantes. C’est le cas ici et le seul regret (pour une adaptation de roman) est qu’il n’y ait pas plus d’explication sur le travail d’adaptation et sur l’univers dans lequel se place cette BD, nécessairement plus concentrée qu’un roman.

Dans un futur indéterminé les multinationales ont pris le relais des structures étatiques et déterminent la vie des individus, de la conception à la mort: le vivant a été breveté, permettant tous les contrôles des puissances économiques. Quand un concours de circonstance aboutit à la mort d’une employée de grande surface, Jean, salarié aliéné dévoré par sa compagne, va se retrouver au cœur d’une chasse qui va remettre toute son existence en question.

Le temps des sauvages est une BD perturbante. Tout d’abord car Sebastien Goethals (qui sort justement cette semaine un nouvel album) ne nous donne que très peu d’informations (souvent délivrées de façon cryptique) sur cette société dystopique où tout est marchandisé et les seules valeurs sont celles de la concurrente et du succès. L’aboutissement absolu de l’idéal néo-libéral. Et pour cela déjà la BD vaut le coup d’être lue car c’est un gros coup de poing, de gueule ou de tout ce qu’on veut, un peu dans la même optique mais dans un autre genre que le Renato Jones de Kyle Andrews.

On peine à rentrer dans cette histoire à la construction un peu compliquée, passant sans que l’on sache si c’est une volonté ou non d’une séquence à l’autre, souvent aux tons très différents. La temporalité est parfois dure à suivre, comme ces quelques pages qui nous relatent de façon quasi muette la vie du personnage principal. Les images doivent nous donner les clés mais restent parfois obscures. De même, les personnages sont assez nombreux, présentés de façon très progressive au fil de la lecture (l’album est assez épais) si bien que l’on tarde à comprendre qui est au cœur de l’action. Sans doute l’auteur a souhaité exprimer une société déstructurée, mais cela ne facilite pas forcément la lecture. L’album commence par une remarquable séquence d’action, proche d’une mise en scène manga, avec ces personnages de loups humanoïdes donnant l’assaut à un fourgon bancaire. Puis le rythme se rompt pour entrer dans des séquences d’illustration de ce futur affreux. Si l’évolution sociétale est comprise rapidement, le thème de la manipulation générique permettant des croisements entre humains et animaux n’est abordé que factuellement, à mesure de l’exposition des scènes qui nous font comprendre cette réalité pourtant fondamentale. Cela explique des séquences sinon improbable dans un monde cartésien et seulement humain.Résultat de recherche d'images pour "goethals le temps des sauvages"

Je ne veux pas dresser un tableau trop négatif de cet album qui est doté de beaucoup de qualités, notamment graphiques, mais dont la structure est souvent bancale. Les thématiques sont riches, assumées et souvent originales. Ainsi le thème de l’addiction aux jeux vidéo, aux mondes virtuels, qui se transforme à mesure que l’on comprend mieux l’intrigue en un choix de vie contestataire, de reprise en main paradoxale de sa vie dans un univers où vous ne vous appartenez plus. Bien sur également la critique d’une société ultra-libérale extrapolée plus loin encore que ce que Fred Duval, le grand scénariste de l’anticipation à la sauce Delcourt produit formidablement depuis des années. La thématique de la famille est pour moi l’élément le plus faible car à la fois central et trop peu exploré. La meute des hommes loups est au cœur du récit face à un Jean insipide, creux, faible et auquel on se demande bien ce que les femmes peuvent trouver. Le décalage est cruel entre ces deux antagonistes (les loups veulent se venger en tuant Jean) et l’auteur laisse le lecteur seul pour juger de quel côté il veut se placer. Les femmes sont finalement les seules à même de garder le contrôle et de prendre des décisions dans cette histoire, comme la mère des loups assumant sa liaison, la compagne de Jean, otage volontaire de la meute ou Blanche de Castille (sic) à la fois instrument du système et totalement indépendante.

L’impression finale est celle d’un univers très riche, débordant d’idées, de sujets, lancés de façon un peu chaotique sans clé de lecture, sans fil de fer. Selon le lecteur, cela pourra déranger ou plaire comme une liberté de participer à la construction mentale de cette dystopie. Personnellement j’ai trouvé cela frustrant tout en me donnant bien envie de lire le roman à l’origine de l’ouvrage, qui permet probablement de structurer ce projet aussi rageur et sauvage que les hommes-loups qui en sont le cœur.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

badge-cml

Le toujours bien fourni blog Branchés culture propose également une critique (différente de la mienne) qui pourra vous éclairer sur les liens entre le roman et la BD.

Publicités
Comics·Nouveau !·Numérique·Service Presse

Black monday murders

esat-westComic de Jonathan Hickman et Tomm Cocker
Urban (2018) / Image comics – US (2016), 240p. 2 vol. parus aux USA (8 épisodes).

black-monday-murders-tome-1

Comme d’habitude chez Urban, les couvertures originales (magnifiques) et des croquis de l’illustrateur sont proposés en fin de volume sur 18 p. Le design général de l’album, de la langue de Mammon et des documents intégrés participent d’une esthétique très efficace. La couverture est parlante, intriguant, efficace.

En 1929 et à d’autres époques les crises financières majeures entraînent des morts. Suicides? Pas certain… Une confrérie dirigeant la banque d’affaire Caïna-Kankrin semble liée à des forces occultes qui proclament que l’argent est la force qui dirige le monde depuis la nuit des temps…

Black Monday Murders est une création assez unique à plus d’un titre. Ambitieuse (très ambitieuse!), elle aurait tout à fait pu sortir du cerveau d’un Alan Moore tant le propos intellectualiste s’allie parfaitement au polar pour produire un récit complexe, mystérieux, qui flirte en permanence avec l’abscons sans pourtant perdre le lecteur qui se raccroche en permanence à un élément subtilement donné. Le scénariste parvient à équilibrer la complexité qui fait partie intégrante du projet et l’intelligibilité pour le lecteur. L’ouvrage en devient totalement fascinant ; personnellement je ne suis absolument pas certain d’avoir compris quelque chose à ce premier tome tout en ayant pris un pied d’enfer…

Résultat de recherche d'images pour "black monday murders"J’insiste sur la référence à Alan Moore, le seul auteur de comics qui parvient si bien à proposer une réflexion complexe, philosophique parfois, dans un habillage fantastique adulte. Le sujet est passionnant: l’argent. L’hypothèse fascinante: l’argent est une puissance magique occulte qui régit le monde et dont se sert le Démon (nommé Mammon) pour régenter les humains. La thématique de la secte occulte conspirationniste de maîtres du monde servant un grand pouvoir noir est un classique. La transposer sur le thème de l’argent est vraiment originale et intellectuellement stimulant.

Résultat de recherche d'images pour "black monday murders"A noter que les couvertures originales des épisodes sont tout bonnement magnifiques! Tomm Cocker n’a pas beaucoup publié et son style rappelle celui de Greg Tocchini (illustrateur intriguant de Low). A la lecture de la série de Rick Remender j’avais les mêmes réserves sur ce type de dessin, extrêmement contrasté et numérique. Mais là où Tocchini pèche par imprécision dans les arrières plans et sa propension à créer des plans « eyefish », Cocker propose lui des visages et des corps très expressifs ainsi que des scènes vraiment artistiques de par son utilisation des ombres urbaines notamment. Le dessin sert totalement le propos et si comme moi on est au départ plus attiré par des dessins style BD, on profite complètement du talent de l’auteur qui nous immerge dans un monde sombre, de magie noire et de secrets cachés. Prenez le temps de savourer les croquis en fin de volume, qui confirment la très très grande maîtrise technique du dessinateur une fois ôté le vernis numérique.

Résultat de recherche d'images pour "black monday murders"La création d’une langue magique, antédiluvienne, à la graphie très élégante et intrigante participe (comme la mythologie autour de la Caïna-Kankrin détaillée à coup de documents imprimés intercalés avec les chapitres) à la solidité de cet univers dont la complexité donne envie de le comprendre, malgré l’effort de concentration et de déduction que cela suppose.

Le récit est structuré entre un agencement de séquences non chronologiques présentant des personnages des différentes lignées dirigeantes de la Caïna à différentes époques, et l’enquête d’un étrange inspecteur qui est le seul à s’intéresser à la langue de Mammon. Ce dernier se fera aider d’un professeur d’économie qui le mets en garde contre la puissance de ceux sur qui il enquête. L’inspecteur est ce qui permet au lecteur de se raccrocher car les autres séquences sont vraiment mystérieuses. Pourtant on reste fasciné tout le long par des bribes d’informations très compliquées à remonter (je pense que deux à trois lectures sont indispensables pour tout bien saisir) et qui, avec le graphisme très noir, très contrasté, crée une ambiance unique. Hickman a la grande intelligence de très peu montrer pour éviter de tomber dans le grand-guignol. Avec l’expressivité des visages de Cocker ce sont deux gros points forts de l’album.Résultat de recherche d'images pour "black monday murders"

Cela fait longtemps qu’une BD ne m’avait laissé aussi stoïque, en instillant une insistante envie de comprendre, de construire un puzzle dont l’auteur nous donne très peu de clés. Souvent dans ce genre de cas, le risque est grand de rester sur sa fin une fois la série terminée. On verra, mais il est certain que cet album est l’un des comics les plus fascinants et ambitieux de l’année!

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez-le badge-cml

Et l’avis de l’atelier comics.

BD·Documentaire·Rétro

Saison brune

Le Docu du Week-End
BD de Philippe Squarzoni
Delcourt (2012), 480 p. , n&b.

couv_154680

L’éditeur a mis en place une page web très intéressante donnant plein d’infos sur l’auteur, les personnes rencontrées et l’ouvrage lui-même.

A l’occasion de la réédition de Saison Brune, je vais vous parler de cet important album traitant du réchauffement climatique et des enjeux politiques qui sont derrière. La relecture de cet album paru il y  a déjà six ans nous montre que l’alarmisme de l’auteur et des experts rencontrés pour l’occasion était loin de la réalité lorsque l’on regarde la situation de la planète aujourd’hui… Piqûre de rappel!

Philippe Squarzoni n’est pas vraiment un auteur de BD. Il est plutot documentariste-dessinateur et traite de sujets à la fois personnels (il se mets en scène, mais pas à la manière d’un Michael Moore, de façon plus intimiste) et très politiques, globaux, comme cet ouvrage qui est un peu le pendant du film d’Al Gore « une vérité qui dérange », qui avait fait grand bruit à l’époque sur la question du réchauffement climatique.

Résultat de recherche d'images pour "squarzoni saison brune"Le format BD documentaire est compliqué en ce qu’il joue sur un fil qui parlera à chacun selon ses sensibilités et ses envies. Je mettrais Squarzoni entre Lepage (pour l’implication intimiste), Joe Sacco (pour la précision documentaire) et Davodeau (pour l’engagement politique). Sur Saison brune il parvient en effet, en prenant le temps, à produite une somme, une enquête méthodique sur la question du réchauffement climatique, qui a l’intelligence de partir du point de vue du naïf…

En début d’album l’auteur est en train de terminer son livre précédent (DOL, sur le second mandat Chirac) et s’interroge sur le débat concernant le réchauffement climatique et notamment les rapports alarmistes du GIEC. Il va alors s’informer, se documenter, interroger des experts et apprendre en même temps que le lecteur, lui expliquant avec pédagogie des questions souvent techniques sur le fonctionnement du climat, mais aussi des comportements humains. Par exemple, lorsque Squarzoni explique à sa femme que pour réduire l’impacte de la crise climatique il faudrait revenir au mode de vie d’un indien pauvre… et que personne n’a envie du niveau de vie d’un indien pauvre! Heureusement que le dessin (assez froid mais qui se prête bien à l’analyse) est là pour faciliter la compréhension, avec force illustrations pratiques (et une approche onirique qui me rappelle le travail de Shin’ichi Sakamoto sur Ascension par exemple).

Résultat de recherche d'images pour "squarzoni saison brune"Je suis assez attaché au dessin dans la BD et je reconnais que le style hyper réaliste de Squarzoni (qui peut rappeler la technique d’un Christophe Bec par exemple)  n’est pas forcément ma tasse de thé. Il permet néanmoins de poser une ambiance documentaire, journalistique, élément qui manque selon moi aux albums de Joe Sacco qui par son style presque cartoon casse un peu cette froideur utile au propos. Techniquement il n’y a rien à reprocher et certaines cases sont vraiment belles, notamment les nombreuses séquences contemplatives de nature.

J’ai été assez bluffé par l’impression qui ressort de cet ouvrage. Une enquête qui demande de l’effort au lecteur, de l’implication, et dont on sort avec le sentiment d’avoir eu une démonstration totalement implacable, irréfutable, de la gravité de la situation climatique et de la responsabilité écrasante des dirigeants politiques et économiques. Le climat a déjà basculé et l’inertie du système fait que même si toute activité industrielle s’arrêtait immédiatement il faudrait une longue période pour que le système climatique retrouve son fonctionnement normal. En bref on n’est pas dans la merde…

Résultat de recherche d'images pour "squarzoni saison brune"Les rapports du GIEC, critiqués pour leur caractère dramatique, sont ainsi des présentations déjà policées des observations de terrain. La seule faille dans laquelle s’engouffrent les climato-sceptiques est celle, imparable, de la courte période d’analyse. L’attaque est bien pensée puisque par définition, concernant le climat, seules des analyses sur des milliers d’années permettraient de démontrer par A+B la cause humaine du réchauffement. Al Gore avait assumé de  forcer le trait en présentant dans son film des courbes à l’échelle géologique justement. Ceux qui voudront se voiler la face trouveront ainsi toujours des arguments techniques pour amoindrir la réalité de la crise. Il n’en demeure pas moins que l’ouvrage de Squarzoni, mais également toutes les autres œuvres ou documents sur le sujet convergent vers une analyse commune. L’homme est en train de creuser sa propre tombe et les éléments de langage politique sur la réversibilité de la chose sont totalement mensongers. Le mouvement est enclenché et ne pourra pas être arrêté.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez-le badge-cml

 

BD·Mercredi BD

Urban

BD de Luc Brunscwig et Roberto Rici
Futuropolis (2011-2017), 52 pages, 4 volumes parus sur 5.

couv_135303

La maquette est élégante comme toujours chez Futuropolis et le format large permet d’apprécier la qualité des dessins et du découpage. C’est confortable. La ligne graphique des couvertures, si elle est cohérente avec l’atmosphère de la série, n’est pourtant selon moi pas très efficace pour donner envie…

Dans un futur proche le réchauffement climatique à submergé une grande partie des terres habitées, provoquant un exode sur les planètes et satellites du système solaire. Dans ce monde dystopique où l’écart entre riches et pauvres a atteint le stade du XIX° siècle, la cité de Monplaisir fait figure de respiration pour une population aux aboies: pendant deux semaines par an ils peuvent s’adonner à tous les plaisirs au sein d’une cité hyper-connectée et gérée par une intelligence artificielle. Un paradis…?

Résultat de recherche d'images pour "urban ricci"Si certaines séries sont plus visibles pour le marketing qui les entoure, on peut dire que les auteurs d’Urban ne vont eux pas vers la facilité et que les choix scénaristiques ne souffrent d’aucun compromis. Il s’agit d’une BD qui nécessite de s’immerger, de prendre le temps et surtout, de tout lire à la file, tant Luc Brunschwig a construit son intrigue de façon très progressive, lentement, séparant chaque album quand aux protagonistes centraux ou via des flashbacks. Tel un puzzle en cinq tomes, les différents éléments convergent progressivement vers la conclusion, de façon tout a fait cohérente et maîtrisée. A ce titre cette BD force le respect pour la rigueur du travail d’écriture. Pour résumer, Urban s’appréciera idéalement en format intégrale.

Ainsi l’entrée en matière est compliquée. Résultat de recherche d'images pour "urban  bd ricci"L’on suit un colosse un peu simplet parti contre l’avis de sa famille pour devenir policier à Monplaisir et discutant avec un personnage qui semble imaginaire… Dès l’entrée en matière, une galerie de personnages hauts en couleurs nous immergent dans un monde de carnaval permanent où tout le monde est déguisé et où il est compliqué de démêler la réalité de la fiction (imaginaire, virtuel?) dans un contexte futuriste sur lequel le lecteur n’a que très peu d’informations. Ce brouillage est calculé mais il faudra avancer dans la série pour s’en apercevoir. Des personnages nouveaux surviennent sans que l’on sache s’ils sont importants ou périphériques et même le personnage principal, Buzz, est assez peu présent dans les albums. Le découpage lui-même joue de cela avec des irruptions brutales de scènes au milieu d’autres, non reliées directement… Je ne veux pas donner une l’image d’une série ardue car Urban est vraiment une bonne BD, mais il me paraît important d’être prévenu pour apprécier celle-ci à sa juste valeur.

Résultat de recherche d'images pour "urban ricci"Heureusement les dessins, de très grande qualité et très lisibles (notamment la mise en couleur un peu floutée et jouant sur un éclairage électronique permanent), permettent de faciliter la lecture durant les premières pages. Le jeu discret du repérage des héros de l’imaginaire collectif (Batman par-ci, Zoro par là…) présents dans Monplaisir est également savoureux et incite à se plonger dans les cases larges de Ricci. L’artiste propose un design SF élégant, coloré, et une réalité crue: dans ce paradis des plaisirs le sexe et la violence sont bien présents, permettant des scènes d’action efficaces bien que peu nombreuses. Ce qui est le plus perturbant c’est de ne pas avoir de personnage à suivre (hormis Buzz) mais cela nous pousse à chercher d’autres focales, d’autres personnages, à échafauder des théories, ce qui est probablement recherché et est fort agréable, comme dans un bon polar (Brunschwig est auteur de l’Esprit de Warren, un polar sombre réputé à sa sortie en 1996). L’intrigue suit autant Springy Fool, le grand architecte transmuté en lapin d’Alice que ce couple de mineurs de Titan, un gamin et sa nounou que cette prostituée tatouée… Image associéeL’illustrateur prend grand plaisir et précision à nous les présenter et nous les attacher si bien que l’on ne sait jamais qui est le réel centre de cette histoire.

A mesure que l’on avance dans l’intrigue la réalité se durcit, le rideau de la féerie se déchire pour laisser transparaître une réalité dystopique bien noire… Car le message de Brunschwig est simple: que se passera t’il dans quelques années dans un monde libéralisé où les États auront abandonné leur devoir de protection des population à des sociétés connectées qui pourront se comporter en démiurges autoritaires? Un monde où Disney allié à Google aura gagné, contrôlant nos vies d’endettés accro aux loisirs? J’avais retrouvé une idée proche d’Urban dans l’excellente série américaine Tokyo Ghost (en version trash…) comme dans l chef d’œuvre de Pixar Wall-E.

J’ai découvert à travers cette série un excellent dessinateur et retrouvé un auteur que je n’avais plus lu depuis ses débuts. Le plus gros défaut d’Urban est qu’il faudra attendre encore un an avant de connaître la conclusion…

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Cet article fait partie de la sélection de22528386_10214366222135333_4986145698353215442_n, cette semaine hébergée chez Moka.

BD·Nouveau !

Diamants

BD de Fabien Nury et Sylvain Vallée
Dargaud (2017); Katanga t.1 70 p./album, 2 volumes parus /3.

katanga-tome-1-katanga-tome-1

L’indépendance du Congo en 1960 attise les convoitises sur les matières premières d’un territoire encore mal contrôlé par un régime hautement corrompu. La Francafrique se mets en place à l’aide de conseiller de l’ombre et de barbouzes cherchant de l’activité après la fin des guerres coloniales. L’histoire ne sent pas bon et les hommes sont cupides. Bienvenue dans la réalité de la Francafrique…

Le duo d’il était une fois en France se reforme pour une série très ressemblante dans son traitement historico-realiste mais transposé dans la francafrique. Ce que j’aime chez Fabien Nury, comme chez Lupano, c’est que tout en restant dans de la vraie BD plaisir ils gardent toujours une part politique, polémique, grise.

J’avais lu avec réticence Il était une fois en France dont le thème ne m’attirait pas, avec des dessins que je trouvais assez grossiers… Et à la lecture j’avais été conquis par le talent d’écriture du scénariste et par une certaine expressivité des visages du dessinateur. Il en est de même ici. On part dans une BD d’aventure politique au sein des sales opération politico-economiques, à base de barbouseries les plus noires. Les héros sont de gros réac venus en Afrique pour buter du nègre et se remplir les poches… Pas vraiment de gentils chez Nury, mais comme il se place dans de la BD d’aventure cela n’est pas déprimant comme peuvent l’être certaines BD documentaires. La vision des africains pourrait même friser le racisme… si les blancs n’étaient pas tout aussi monstrueux!

Page 14La part graphique est étonnante, avec le trait presque cartoon ou BD jeunesse de Vallée qui s’avère (une fois qu’on s’y est habitué) très précis, lisible et particulièrement bien découpé. Si la version N&B de l’album permet d’apprécier les encrages du dessinateur, ce sont surtout les extraordinaires couleurs de Jean Bastide (pour moi le meilleur coloriste actuel) qui rehaussent ces dessins de façon impressionnante. Nous avons ici une vraie BD à trois mains où du scénariste au coloriste chacun participe à une partition graphique d’assez haut niveau.

Malgré son traitement vraiment sans détours et totalement pessimiste, Katanga réussit le pari d’allier l’action, l’exploration historique et la dénonciation d’une époque au sein d’un album de BD très grand public. Une réussite qui donne envie de lire la suite.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Un autre avis: Branchés culture.

BD·Nouveau !·Rapidos

L’étoile du matin

BD d’Eric Giacometti et Philippe Franck
Dupuis (2017)

51cj62bgxujl-_sx380_bo1204203200_Largo est la dernière grande série de Van Hamme à voir le maître quitter les commandes. C’est aussi sa série qui a le mieux traversé les années (par-ce que la plus récente? ou du fait du format très pertinent de cycles en deux albums?), le milliardaire en blue jeans ayant bien mieux vieilli que ses comparses Thorgal et Jason MacLane. Le risque était grand, surtout que Van Hamme a quitté le bateau sur un excellent diptyque et le premier véritable amour de son héros… Deux ans après (je crois que c’est la première « rallonge » de l’éditeur sur une  série habituellement annuelle), que donne Eric Giacometti aux textes?

Bonne nouvelle, l’humour très percutant de la série est toujours présent, très proche de ce que faisait l’auteur originel. Les dessins sont toujours aussi acérés (mais là dessus je n’était pas inquiet) même si Frank devrait penser à diversifier ses blondes, que l’on a décidément bien du mal à distinguer…

L’histoire commence directement à la suite du précédent cycle, ce qui est nouveau il me semble et je pense un peu dangereux: la force des Largo est de prendre le temps de 92 planches pour nous raconter une histoire unique vaguement liée aux autres, ce qui nous fait échapper aux effets collatéraux des séries à rallonge et permet un véritable renouvellement à chaque cycle. Ici on voyage du Mexique altermondialiste à la Suisse en passant par le siège de Chicago et la Russie. Les sidekicks Simon et Freddy sont toujours fidèles au poste, les méchants très sanglants. On ne sais pas grand chose de l’intrigue après la dernière page mais on a l’habitude que tout se dénoue au deuxième volume. Business à usual en somme et la transition se passe remarquablement bien, c’est bien l’essentiel. Le petit bémol: je trouve que les élucubrations financières sont un peu moins légères et pédagogiques qu’avant, au risque de désintéresser le lecteur grand public habituel. Giacometti devra faire un petit effort d’assouplissement. Mais je dois dire qu’après la lecture de ce 21° tome, franchement rien n’incite le lecteur habituel à abandonner la série.

Autres critiques:

sur Blog brother