*****·BD·Nouveau !

Le château des étoiles (Gazette) #17-18-19

La BD!

BD d’Alex Alice
Rue de sèvres (2021), cycle III, volume 2.

Après le dernier album relié je reprend la série en format Gazette sur ce qui constituera le dernier volume de ce cycle. Consultez le précédent billet pour une explication sur le montage compliqué des dernières gazettes, le #19 revenant à l’édition classique avec plus de pages du Château après la fin des Chimères de Vénus.

Sept mois se sont écoulés depuis la rencontre avec l’Empereur et l’incarcération de Séraphin… Alors que l’Exposition interplanétaire de Paris s’ouvre, les Chevaliers de l’Ether ont mis en place un plan pour contraindre les dirigeants européens à intervenir pour le sort des populations martiales…

LE CHÂTEAU DES ÉTOILES – TOME 6 | Rue de SèvresCes trois derniers épisodes confirment le sentiment précédent: en revenant sur Terre les Chevaliers de l’Ether renouent avec ce qui avait tant plu sur le premier cycle lunaire! Les intrigues techno-coloniales colorées de rivalités historiques entre Prusse et France, l’aspect uchronique et steampunk avec ce paradigme ethérique qui en bouleversant les bases physiques permet une infinité de séquences originales. Appuyé sur une grande galerie de personnages tout relativement complexes, Alex Alice arrive à ne pas se diluer en restant concentré sur une intrigue relativement simple et linéaire qui prend la forme d’un braquage.

Le contexte de l’exposition universelle parisienne donne lieu à des panorama gigantesques et incroyablement précis où l’auteur se régale à recréer la ville lumière dans son nouveau monde. L’abolition du problème de la gravité installe des escouades de dragons « volants » aux quatre coins des pages en oubliant de rendre ces soldats d’élite de Napoléon III idiots. Du coup les séquences d’action sont particulièrement dynamiques et tendues. A ce titre, contrairement à nombre de BD où le temps ne semble jamais avoir d’effets sur les organismes, Seraphin semble ici devenu presque adulte, déployant sa musculature devant une Sophie vaguement impressionnée et n’hésite pas à affronter à l’épée ses adversaires coriaces.

Le château des étoiles : Gazette N° 17.... de Alex Alice - Album - Livre -  DecitreArticulé autour de trois groupes (Sophie et Loïc le breton gueulard – la journaliste et l’officier prussien – Seraphin), l’opération de libération de la princesse martiale (en notant un nouveau jeu de langue d’Alice qui refuse de parler de « martien » comme pour confirmer la spécificité de son uchronie) se retrouve tout à fait épique et prenante. L’exotisme des paysages martiens trouve son pendant dans celui des technologies mises en œuvre par les forces impériales et colorent avantageusement la résolution de l’intrigue.

Le fait de voir réapparaître l’impératrice d’Autriche qui souhaite retrouver son roi Ludwig permet de retisser des liens avec les débuts de la série. Alors que la conclusion et les textes annexes commencent à évoquer Mercure et Jupiter, l’on réalise que la conquête du système solaire par les empires du XIX° siècle ne fait que commencer. Ce cycle est l’un des tous meilleurs de la saga en revenant à une simplicité scénaristique qui allie aventure, géopolitique et SF ambitieuse. Les équilibres entre personnages sont encore bien mobiles, permettant d’envisager encore bien des épisodes, tant Alex Alice semble se passionner pour cet univers, même s’il doit y passer encore une partie de sa carrière. Avec autant de panache et un héritage vernien si brillamment endossé on ne peut que dire oui!

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****·Comics·East & West·Nouveau !

We only find them when they’re dead #1

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Comic de Al Ewing, Simone Di Meo et Mariasara Miotti (coul.)
Hicomics (2021) – Boom! (2020), 144 p., série en cours.

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Merci aux éditions Hicomics pour leur confiance.

Nous sommes en 2367, le Vihan II est un vaisseau nécropsique comptant quatre membres d’équipage. Nous étions en 2323, le Vihan était un vaisseau nécropsique comptant quatre membres d’équipage… Entre maintenant et hier, voici l’histoire du capitaine Georges Malik, hanté par son passé, et son équipage qui comme ses confrères prélève la dernière ressource: la viande de corps gigantesques qui apparaissent soudainement dans l’espace. Les règles sont strictes et pour ceux qui voudraient s’en extraire, c'(est la mort qui s’annonce…

Voyageur (Le) (par Al Ewing et Simone Di Meo) Tome 1 de la série We only  find them when they're deadAuréolé d’aperçus sublimes, d’une notoriété importante et d’une mise en avant exceptionnelle de la part de l’éditeur Sullivan Rouaud, WOFTWTD nous arrive dans une édition reprenant la classique maquette Hicomics. Petit regret lorsque l’on voit les sublimes cover originales et leur logotitre immense mangeant l’illustration. La couv française est certes très jolie mais manque de la percussion de l’œuvre originale…

We only find them nous conquièrt immédiatement dès les premières pages d’une beauté spatiale froide et colorée à la fois. Ces dessins dans un style totalement issu de l’Animation chatoient et impressionnent par les très nombreux effets optiques (floutés, déformations, brillances,…) que certains trouveront gadget mais qui participent totalement à l’esprit de proposer un album de la qualité d’un Anime sans la perte graphique qui l’accompagne généralement dans ce genre de cas. Tout le long on est ébahi par la pureté des couleurs et la force de l’atmosphère d’un espace hostile. Noyés dans une pénombre éclairée par les écrans et rayons multiples de cet univers, on est transporté dans un space-opera intimiste et familial, celui d’un équipage qui comble difficilement la tragédie familiale de ce capitaine au look de pirate.Simone Di Meo a Twitter: "Paula Richter. It was fun create this character  design. @Al_Ewing wrote a great character. From WE ONLY FIND THEM WHEN THEY'RE  DEAD. Pre-Order at your local comic

Beaucoup de très belles BD oublient la nécessité d’une bonne histoire, ce qui n’est pas le cas ici. Avec sa construction en aller-retours entre trois époques et sa ritournelle de narration les auteurs densifient leur univers graphique d’un aspect littéraire fort élégant. Et chose remarquable pour un comic (genre plutôt habitué à la sur-complexification) l’histoire est relativement simple et permet ainsi d’apprécier le découpage sophistiqué sans se perdre.

WE ONLY FIND THEM WHEN THEY'RE DEAD #1-7 (Al Ewing / Simone Di Meo) - Boom!  Studio - SanctuaryMais venons en à l’originalité du background qui est sans doute ce qui fascine le plus: dans un univers techno très poussé des équipages se ruent sur des corps de « dieux » morts apparaissant dans l’espace et proposant des morceaux de viande de différents choix selon la partie repérée. Cette chasse est fortement règlementée et surveillée par un corps de limiers impitoyables qui éliminent immédiatement tout vaisseau débordant de son quotas ou tentant de s’échapper. Autrefois Georges Malik a dû faire un choix dramatique au sein de son équipage familial… dont il est le dernier représentant. Aujourd’hui capitaine sombre mais respecté, il va devoir assumer sa responsabilité dans la survie de son groupe entre règlement de compte avec leur limier de faction et nécessité de subvenir à leurs besoins. Histoire simple mais parfaitement tendue donc.

Si ce premier tome met en place une histoire torturée, le background n’évolue guère qu’en toute fin sur un cliffhanger très efficace dans une atmosphère qui rappelle le danger d’un 2001 l’Odyssée de l’Espace ou d’un Alien. Avec ce risque omniprésent, les interactions se font essentiellement par radio, proposant de belles joutes verbales où excelle le scénariste Al Ewing. Des « Dieux » on n’en verra que des bouts, en fonds de texte de même que les vaisseaux mystérieux du fait d’une gestion de l’éclairage hypnotisante. Tout à fait manipulatoire, le scénario nous capte du début à la fin en nous envoûtant par les planches fascinantes. A la réserve que l’on ne sait encore que peu de chose de l’aspect fantastique (ou cosmogonique) de cette histoire qui emprunte plus à la chasse à la baleine et au manga Drifting Dragons qu’à Star Trek, We only find them réussit haut la main son passage en donnant très envie de lire une suite certainement aussi structurée que cette ouverture.

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***·BD·Nouveau !·Numérique

La fin des Irin #2

Webcomics

Webcomic de Robert MacMillan, Wouter Gort, Laura R. Peinado et Arsenyi Popov
2021 – publication hebdomadaire les mercredi.

https://lastoftheirin.com/?lang=fr

Pour la présentation du projet vous pouvez consulter le billet traitant du premier tome.

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Le combat entre Yahweh et Baal dure depuis des millénaires. Issus des étoiles et d’une civilisation hautement technologique, ces êtres ont jeté leur dévolu sur la Terre à une époque où les autochtones étaient encore primitifs. Jusqu’à la mort du fils prodigue Marduk, tué par une épidémie de variole. A travers l’espace et le temps, c’est à une lutte universelle entre le bien et le mal, entre les frères ennemis et leurs descendants que nous sommes amenés à assister. Une lutte qui prends la Terre et ses habitants comme terrain de jeu…

irin1Changement de braquet pour ce second opus de La fin des Irin puisque à mesure que l’on avance l’histoire se simplifie à l’aune d’un trait bien plus BD et moins bluffant avec le changement de dessinatrice, Laura R. Peinado. Les planches restent très agréables, notamment la mise en couleurs numériques et le découpage est très dynamique (ça tombe bien puisque ce volume est bien plus axé action que le précédent). Simplement face à la technique impressionnante de Wouter Gort on revient à quelque chose de plus habituel… mais moins froid aussi. Disons que les visages et anatomies peuvent parfois laisser à désirer, mais c’est contrebalancé par d’autres grandes qualités de l’artiste espagnole. En outre la quantité de pages à dessiner peut justifier une baisse d’exigence compréhensible.

Si graphiquement le changement de style passe très bien et si l’intrigue est moins nébuleuse, la difficulté de  scénario reste en revanche bien présente, rendant la lecture compliquée. L’intrigue elle-même étant plus linéaire (en bref, un braquage suivi de course-poursuite) cela permet de rester accroché, mais il est fort dommage que ce montage cryptique, notamment dans l’enchaînement des dialogues qui manquent parfois de suivi, empêchent de se plonger totalement dans cette belle aventure SF. irin3Car après avoir posé un background touffu l’auteur nous propose via l’héroïne bad-ass Anahita de découvrir la collaboration entre les puissances humaines et les propriétaires de la Terre, autour de la protection d’un coffre antédiluvien. Tout cela permet d’introduire les canons des récits conspirationnistes avec agence paramilitaire secrète et secte financière d’Illuminati. On passe donc de la SF intello exigeante à du blockbuster grand public, pour notre plus grand plaisir. Je précise que l’ouvrage a été lu en fichier pdf, sans le support des très nombreux et explicatifs à-côtés du site web. C’est  (pour rappel) une des spécificités de ce webcomic que de reposer énormément sur le hors champ qui se révèle presque indispensable pour apprécier les subtilités de l’univers et de l’histoire. Ce qui questionne un futur format album qui nécessitera impérativement l’insertion du glossaire dans le bouquin…

L’une des forces de la série est sa radicalité, qui n’hésite pas encore une fois à virer gore et sexy, et en introduisant cette fois l’humour via un personnage de militant altermondialiste débarquant dans une chasse occulte. La présence de séquences historiques (à l’époque d’Alexandre et des papes Borgia) n’apporte pas grand chose à l’intrigue et ont même plutôt tendance à obscurcir le récit, qui prends son élan dès que l’on rentre dans le feu de l’action après le premier tiers. Plus compacte, plus linéaire, plus action, l’histoire devient alors fort sympathique, bardée de ses artefacts technologiques, avant de se diriger vers l’Espace…irin2

Projet très ambitieux à la réalisation imparfaite, La fin des Irin fera fantasmer tous ceux qui ont vu, subjugués, le chef d’œuvre des Wachowski Jupiter Ascending, et interroge sur une fin qui ressemble à une conclusion finale en précipitant la résolution longtemps laissée cryptique. C’est un style mais aussi un manque d’expérience assurément, l’auteur n’ayant a priori jamais publié de BD auparavant. Il reste quoi qu’il en soit un des plus important projet de webcomic qui ait vu le jour.

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***·BD·Nouveau !·Service Presse

Sweet Home

On continue de découvrir l’excellente collection Grindhouse de Glénat. Vous trouverez sur le blog les critiques de la plupart des albums précédents (rechercher « grindhouse »).

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Histoire complète en 128 pages, écrite par Sébastien Viozat et dessinée par Kieran, parue le 24/06/20 dans la collection Grindhouse des éditions Glénat.

Merci aux éditions Glénat pour leur confiance.

Alone with the Psycho

Il arrive parfois que les apparences soient trompeuses, si bien que l’arroseur se révèle être l’arrosé, le dominant s’avère finalement être dominé, et que le chasseur se transforme subitement en proie.

Sur les routes de Californie, un trio infernal écume les routes, une horde de policiers à ses trousses. Zack, Sally et Ethan viennent de commettre un braquage aussi fructueux qu’audacieux, mais qui les as laissés en mauvaise posture: Ethan a reçu une balle, et saigne abondamment sur la banquette arrière, promettant à leur équipée sauvage une fin prématurée.

C’est bien connu, la loyauté chez les bandits n’entrave que ceux qui daignent s’en embarrasser. Devant cet écueil, Zack décide de se délester du couple et laisse ainsi Ethan et Sally au bord de la route sans autre forme de procès. Il revient maintenant aux amants criminels de se trouver une issue rapidement avant que la cavalerie ne débarque. Demandez, et vous recevrez, voilà qu’une luxueuse voiture croise leur route. Sally et Ethan vont prendre le quadragénaire débonnaire en otage et investir sa demeure pour se cacher quelques temps. Mais ont-ils fait le bon choix ?

Beware the nice ones

Très vite, les amants terribles vont s’introduire chez Gareth Campbell, son épouse Judith et sa fille mutique Britney, et imposer leur loi, tandis que le Shérif Wendell et son adjoint Chet vont remonter leur piste, une idée de vengeance derrière la tête. Que feront nos braqueurs amateurs lorsqu’ils s’apercevront que les Campbell n’ont de mondain que l’apparence ?

Pour nous livrer ce Sweet Home, Sébastien Viozat puise dans sa passion pour le cinéma de genre, notamment tarantinien, et met ainsi en scène une délicieuse histoire de gangsters et de psychopathes, les deux étant ici distincts, ce qui n’est évidemment pas toujours le cas chez l’ami Quentin.

L’alternance entre le huis clos périlleux et la chasse à l’homme revancharde du shérif donne au récit un rythme appréciable, dans lequel la mort peut surgir à n’importe quel coin de table. Le suspense inhérent à la prémisse est très bien exploité par l’auteur, qui se paye bien sur le luxe de glisser ça et là quelques petites références à la filmographie de son réalisateur fétiche.

Le thème de l’album permet d’explorer l’hypocrisie des sociétés modernes, dont le séduisant verni cache bien souvent l’ignominie sous bien des formes.

Le scénariste joue dans Sweet Home la carte de l’anti-héroïne au travers de Sally, jeune braqueuse roublarde et sans scrupule qui est sensée trouver grâce aux yeux du lecteur. Le seul bémol, à mon sens, est qu’elle n’y parvient que tardivement , et par contraste avec les Campbell. Cela relève sans doute de la volonté de l’auteur, qui souhaite bousculer les attentes du lecteur, néanmoins, j’ai mis un certain temps à m’investir émotionnellement dans le personnage de Sally, pressé que j’étais de voir les choses dégénérer.

Le dessin de Kieran démarre l’album sur les chapeaux de roues et colle parfaitement à l’ambiance Grindhouse. Sweet Home nous fait donc la sanglante démonstration qu’il faut compter avec cette collection !

***·BD·Jeunesse·Nouveau !·Service Presse

Les Artilleuses #1: le vol de la sigillaire.

La BD!
BD de Pierre Pevel, Etienne Willem et Tanja Wenisch
Drakoo (2020), 46 p.  volume 1/3.
Disponible en édition classique et collector.

bsic journalismMerci aux éditions Drakoo pour leur confiance.

couv_386154La série s’insère dans l’univers du Paris des Merveilles de Pierre Pevel, publié chez la maison mère de Drakoo, Braguelonne. La maquette de couverture est très élégante en jouant a fond le style art-déco avec ces arabesques en vernis sélectif qui présentent les trois personnages et l’ambiance générale. Couverture très efficace avec un design de titre portant la mention du Paris des Merveilles lui aussi rehaussé d’un vernis, comme sur la tranche et la quatrième. L’éditeur indique dès la couverture la tomaison de la série, ce que j’apprécie toujours. Enfin, pour cette édition l’intérieur de couverture (identiques) propose une carte postale de Paris. Une édition augmentée est sortie en même temps – là aussi j’aime quand le lecteur a le choix entre les différentes éditions au moment de la sortie sans l’impression d’être touché dans son impatience avec des sorties d’éditions étalées et poussant à tout acheter. Du tout bon pour l’édition et sans doute que la version collector (qui comporte un dos toilé, un ex-libris et un cahier graphique de huit pages pour quatre euros de plus) aurait obtenu un Calvin pour l’édition.

Les Artilleuses, de retour d’une escapade au Nouveau Monde, entrent en action par un retentissant braquage à la Banque de Paris et de Broceliande. Depuis que l’Outremonde a été découvert, les humains côtoient fées, ogres et dragons dans le Paris de la Belle époque… mais si la magie nappe ce nouveau contexte, les grosses pétoires et explosifs tout ce qu’il y a de plus classiques restent ce qu’on a trouvé de mieux pour faire sauter un coffre. Et n’en déplaise aux Brigades du Tigre, les Artilleuses sont très douées pour cela!

Résultat de recherche d'images pour "les artilleuses willem"Mon entrée dans les créations du nouvel éditeur Drakoo porté par le célèbre Arleston (le scénariste de Lanfeust de Troy) avait mal commencé avec un premier tome de Danthrakon que j’avais trouvé particulièrement faible… Fort heureusement cette nouvelle série relève très bien le niveau en proposant une nouvelle série (courte, probablement prévue en cycles si le succès suit) qui comporte tout ce que j’aime dans les mondes imaginaires: de l’historique teinté d’uchronie et de steampunk.

Très clairement la grande force de cet album est la richesse de son background qui se ressent dès la première page. Ce n’était pas gagné tant le travail de romancier et de scénariste BD n’est pas le même et la tentation de vouloir mettre tout son monde dans quelques planches pouvait mener Pierre Pevel à la surcharge. Ce n’est pas le cas et le scénariste sait n’utiliser que le nécessaire en laissant dans le hors-champ et les allusions tout ce qui n’a pas lieu d’être représenté. Il en ressort une grande consistance et cohérence de ce monde dont on ne saura sans doute encore pas grand chose au terme des trois albums prévus mais dont les personnages, la chronologie et le Résultat de recherche d'images pour "les artilleuses willem"design général sont particulièrement alléchants. Comme souvent dans les albums réussis, l’autre point fort porte sur les personnages, ces artilleuses très sympathiques, notamment la fée au style gavroche empruntant vaguement à Loisel dans ses formes et son style parigot. Leur interaction fonctionne à merveille même si l’action tonitruante nous permet peu de les connaître.

L’intrigue suit un simple braquage réalisé pour un commanditaire puissant et visant un artefact encore mystérieux. Comme pour les personnages secondaires, on est dans le très classique, connu mais très efficace. L’insertion de la fantasy dans le Paris Années folles permet de décaler les archétypes en calquant le même modèle que le font les séries Résultat de recherche d'images pour "les artilleuses willem"anthropomorphiques: donner un aspect physique aux caractères des personnages. Etienne Willem a d’ailleurs réalisé précédemment beaucoup de séries de ce type (notamment le réputé Epée ardenoise) et son passage au semi-réaliste se fait très bien grâce à ces créatures fantastiques. Très porté sur l’action, ce volume introduit un soupçon de steampunk et de connaissances historiques comme la référence aux Brigades du tigre. Le tout est rehaussé de couleurs fort agréables sous les pinceaux de Tanja Wenish.

Ce premier tome des Artilleuses est une vraie bonne surprise dans un registre jeunesse qu’il faudrait tempérer tant les dialogues parfois coquins et certaines séquences assez violentes le destine plutôt à un public pré-ado. Assumant un côté bourrin (bad-ass diraient certains) et porté par un univers que l’on a envie de découvrir plus avant (et qui donne envie de lire les romans), le vol de la sigillaire est une vraie réussite qui confirme totalement l’intuition d’Arleston de confier à des romanciers les scénarios de ses albums. Une série que l’on a envie de suivre avec grand plaisir.

A partir de 12 ans.

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***·BD·Rétro

Comment faire fortune en juin 40

BD de Fabien Nury, Xavier Dorison et Laurent Astier
Casterman (2015), 120 p.
Comment faire fortune en Juin 40

Gros volume a couverture et papier épais. Pas très qualitatif mais vu le prix et la pagination il n’y a pas arnaque. La couverture est très efficace et donne bien le ton. Je note que Nury est assez fort pour inspirer des couvertures très percutantes dans ses albums. La BD est inspirée d’un roman (comme indiqué en couverture) et surtout est la transposition d’un scénario de film non réalisé intitulé « Omaha Beach » (… vous verrez pourquoi en toute fin d’album!).

C’est la déroute! L’armée française a été défaite et les allemands s’apprêtent à débarquer à Paris. Très précautionneuses, les autorités ont fait évacuer l’or de la Banque de France. Tout? Non… Deux tonnes ont été oubliées… ce qui mets une bande d’escrocs et de criminels sur le casse du siècle: dans une France sans État, sans armée ni police, attaquer le fourgon chargé de rapatrier ces derniers lingots  à l’autre bout de la France sera une partie de plaisir! Mais c’est sans compter sur la morale très peu patriote d’un certain nombre de fonctionnaires français…

Résultat de recherche d'images pour "comment faire fortune en juin 40"Comment faire fortune en juin 40 est un album 100% Nury et Dorison n’apparaît que par-ce qu’il bosse avec son comparse depuis longtemps et que sa maîtrise des ficelles scénaristiques sont reconnues, une sorte de Script doctor en somme, comme il aime à se définir dans ses activités de cinéma. Attention, le fait de titrer en gros avec le nom d’Astier est a mon avis un peu malhonnête de la part de l’éditeur car l’illustrateur n’est pas franchement connu du grand public et l’homonymie avec le célèbre Alexandre Astier entraînera sans doute des ventes trompeuses…

Ceci étant dit, l’album a donc tout de la pâte de Fabien Nury, formule reconnaissable et efficace depuis pas mal d’années: les années 40, une bande de pieds nickelés sans morale, un sous-texte politique, une zone grise de l’histoire entre méchants et gentils. Tout cela rappellera Il était une fois en France et Katanga par exemple. La comparaison est évidente et sa formule marche chaque fois sans vraiment lasser, le principal défaut de cette BD étant qu’elle n’est pas d’une folle originalité, mais ceci est compensé par une très bonne maîtrise scénaristique et surtout sur le point fort des scénarios de Nury: les personnages. Ils sont archétypaux, vilains, bêtes, mais vraiment bien pensés comme attelage de pieds nickelés dans une France en déroute. Car l’historien Nury n’oublie dans aucun de ses albums de titiller là où ça fait mal, dans les bassesses et les heures les moins glorieuses de l’histoire nationale. Résultat de recherche d'images pour "comment faire fortune en juin 40"C’est à mon sens ce qui fait le plus de ses albums. Cela a aussi un verso plus compliqué (comme sur Katanga): au-delà de la dénonciation, le scénariste ne va pas très loin dans l’analyse et cela peut devenir un problème lorsqu’il mets en scène des ordures qu’il se garde de dénoncer. Ce n’est pas dérangeant ici car nous avons affaire à une farce, mais cela reste une tendance lourde de sa bibliographie…

Sur le plan du dessin Astier fait le job croquant des tronches compréhensibles par le très grand public. Le style est tout de même proche de l’ancienne école Spirou, ce qui dénote selon moi avec l’histoire assez adulte. L’illustrateur n’est pas toujours très précis et le papier épais n’aide pas à affiner son trait, mais sa maîtrise reste très correcte.

Au final on a un album calibré pour marcher dès la couverture mais qui n’a pas vocation à être tête de gondole non plus. Un cinoche grand public plutôt rigolo où l’on aime repérer le prochain traître avec une vague inspiration chez Lautner. Dans un esprit assez proche Il faut flinguer Ramirez est cinq catégories au-dessus. Mais vous passerez un bon moment tout de même.

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