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Coda Omnibus (avis 2)

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Devant la masse de nos lectures nous nous efforçons avec Dahaka de ne pas doubler nos avis sur les mêmes albums. Lorsque cela se présente soit nous publions un billet à quatre mains soit un second avis rapide qui complète dans le même billet.

Cet album et cette lecture sont cependant suffisamment marquants et particuliers pour justifier un « reblog » que je vais m’efforcer de faire bref. Mais je tenais à vous faire part des multiples émotions et impressions qui m’ont parcouru lors de cette aventure décidément à nulle autre pareil! Le premier billet (de Dahaka donc) est visible ici.

Au premier abord (graphique) je reconnais que j’ai eu du mal à entrer dans cet univers déglingos dont l’effet foutraque est renforcé par la mode décidément tenace de l’autre côté de l’Atlantique à coloriser en mode rétro les planches de comics. Les grands aplats de couleurs criardes nous remémorent les glorieuses heures des Blueberry ou Asterix. On a fait du chemin depuis et ce type de colo me gâche souvent le plaisir, même avec de très grande dessinateurs. Bergara est-il un grand dessinateur? Je ne saurais le dire très franchement, tant il propose tout autant un gros bordel parfois niveau maternelle que de magistrales pages d’une minutie folle. De la technique il en a quand on voit la cohérence de ce bordel. S’il y a une certaine originalité classique dans le design de cette féerie post-apo, ne j’ai pas été marqué hormis par une certaine démesure assez rare et très puissante.

Mais c’est bien le récit et le ton, tout à fait originaux et d’une immense sensibilité, qui m’ont perturbé. Le héros est un barde et le poids de ses récits est imposant, occupant parfois un peu trop l’attention pour pouvoir déchiffrer les pages que l’on a sous les yeux. Il faut prendre le temps dans la lecture des douze chapitres de CODA pour endurer les moments obscures, ultra-verbeux, car tout est cohérent et construit. La mise en abyme du barde narrant la geste de sa dulcinée et de ce monde mort s’installe lentement et atteint sa force sur la fin. De même sur le propos: non il ne s’agit pas du récit épique d’un chevalier avec sa licorne foutraque (celle-ci est bien moins centrale qu’attendu) mais bien d’une grande histoire d’amour passionnée et impossible. Le cœur de l’intrigue (enrobé par un machiavélique plan manipulatoire) est la passion entre ce héros vaguement dépressif et sa femme… particulière: elle est un guerrier berserk d’une race créée par les seigneurs des ténèbres avant leur victoire préambule! On est au-delà de l’effet « bad-ass » puisque cette héroïne d’une grande tendresse avec son « époux » est une combattante à peu près invincible mais dépendante de pulsions naturelles la poussant vers la destruction. Un chéri dépressif disais-je, une chérie bipolaire, cet attelage m’a fait penser au très réussi Mister Miracle qui mettait en scène un héros central mais impuissant et sa chérie Big Barda indestructible.

Soufflant le chaud et le froid, cette grosse épopée regorge de références, de sous-texte, d’un humour second degré très fin et procure de vraies émotions. Pas si souvent en BD! Il est peu probable que vous vous y sentiez en terrain connu et elle mérite franchement de sortir de sa zone de confort pour apprécier une sacrée œuvre d’un auteur, Simon Spurrier qui m’avait déjà franchement impressionné par son écriture et son iconoclasme dans le récent Alienated, rappelant la richesse d’un autre grand, Rick Remender.

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Antiheros

Rufus Stewart
Comic de Kate Karyus Quinn, Demetria Lunetta et Maca Gill,
Urban (2021), 154p., one-shot
La collection Urban Kids vise à introduire les plus jeunes dans l’univers pas si évident des super-héros et des comics en général. Sous des licences plus larges que le seul catalogue DC, Urban propose ainsi essentiellement des on-shot très graphiques mais aussi quelques séries courtes issues des séries d’animations mythiques de Paul Dini. Les  autrices de cet album travaillent habituellement dans la littérature adulte et pour les trois c’est leur premier album de comics.

bsic journalismMerci aux éditions Urban pour leur confiance.

Cette  rubrique vise à présenter un album jeunesse en regard croisé parent/enfants. Mes deux zozo parlent donc d’un album en mode question-réponse, puis vous trouverez en fin d’article mon avis dans un format plus classique. N’hésitez pas à me donner votre avis et idées sur la formule en commentaires!
  • Ma fille c’est « Talia » (c’est un pseudo): à treize ans elle aime beaucoup Buddy Longway, La Rose écarlate, les Mythics, Harmony, les carnets de Cerise, Dragon Ball, FMA ou Flying Witch…

Tout oppose Piper et Sloane, deux collégiennes de Gotham East… hormis le fait que la nuit elles enfilent leur costume de super-héroïnes! Jusqu’au jour où un mystérieux artefact les envoie chacune dans le corps de l’autre! Elles vont être obligées de s’ouvrir l’une à l’autre pour résoudre ce mystère et espérer retrouver leur entièreté…

Salut Talia! Aujourd’hui on découvre deux nouvelles super-héroïnes. Avant toute chose peux-tu nous dire ce que tu connais de l’univers DC et de ses héros? Colors - Sarah SternJ’ai lu Harleen, le Batman de Marini, Wonder Woman année 1, j’ai vu les films du DCEU… Peux-tu maintenant nous présenter Piper et Sloane, le jour et dans leur identité secrète? Piper est une super-héroïne qui essaye d’empêcher les méchants mais avec sa super-force elle casse tout sur son passage  du coup les policiers l’appellent la « Chips au fromage » (par-ce qu’elle aime grignoter) ou le « boulet de démolition ». Elle n’aime pas du tout ces surnoms! A l’école elle a du mal mais le vit plutôt bien mais sa grand-mère trouve qu’elle devrait travailler plus. Son tonton est policier et a affaire à elle le soir sans savoir que c’est Piper. Ses parents sont partis depuis longtemps pour travailler et elle aimerait les revoir, ce qui provoque des sujets de dispute avec sa grand-mère. Sloane est une super-vilaine qui cambriole. Elle a un super-cerveau qui la rend super-intelligente. Elle a une IA qui l’aide, des drones qui obéissent à sa voix. Elle travaille pour son grand-père qui est un truand et par-ce que sa mère ne peut pas travailler mais la maman ne le sait pas. Le jour elle est très forte à l’école mais elle n’a pas d’amis notamment par-ce que sa famille a mauvaise réputation. Est-ce que Batman et les autres héros sont impliqués? Anti/Hero Asks You to Walk a Mile in Someone Else's Secret Identity | DCBatman apparaît rapidement mais il n’intervient pas dans le combat contre l’Ours. Le changement de personnalité est un peu compliqué à suivre, non? Oui! On a tendance à s’y perdre car on ne sait plus qui est qui: elles gardent la même apparence mais le texte change de personnalité. Mais c’est plutôt drôle à lire… Au début on nous présente Piper comme une justicière et Sloane plutôt comme une vilaine. Est-ce que ça se confirme? Après s’être rencontré Piper convainc Sloane que ce n’est pas bien de cambrioler et sa mère essaye de la dissuader de travailler pour l’Ours. Piper de son côté réalise qu’elle doit faire attention à ne pas détruire les biens des autres quand elle intervient  comme le Colibri. Elles réalisent toutes les deux les incidences de leurs actions. Après avoir changé plusieurs fois leurs corps elles réalisent qu’elles peuvent y arriver même là où elles ne sont pas très douées. Merci pour ton avis et à bientôt pour un prochain Avis des kids! Voilà pour Talia… et le vieux qu’est-ce qu’il en dit? Il y a quelques années je cherchais des comics destinés aux jeunes en permettant d’ouvrir cet univers des Batman, Superman et Wonder Woman (mais plus largement des super-héros) à des enfants, sans la complexité inhérente au genre… et j’avais été très surpris en discutant avec des libraires de découvrir que rien n’était réellement prévu pour ce lectorat. Sans doute conscients que toute une génération geek était maintenant parent les éditeurs ont commencé à développer ce genre d’ouvrages en ouvrant comme ici (sur une même stratégie payante que Drakoo en franco-belge) leurs pages à des auteurs qui ne viennent pas de l’univers des comics. Chez DC c’est partiellement rangé dans la très qualitative collection Urban Kids mais cela déborde sur le créneau adolescent ou young adult comme sur la nouvelle héroïne Naomi par exemple.Review: Anti/Hero | LaptrinhX / News Le schéma de ce one-shot prenant place à Gotham dans l’ombre de Bruce Wayne (dont il est fait référence et qui apparaît brièvement) est celui de l’inversion des rôles entre deux personnalités très différentes. Outre le très amusant jeu du qui est qui (pendant toute une partie les deux héroïnes alternent puis ré-alternent, brouillant les pistes pour le lecteur), j’ai été surpris par une autre inversion: l’héroïne « lumineuse » est brise-fer, bordélique et un peu bouboule (pas franchement des marqueurs positifs) quand Sloane est une brillante jeune fille marquée par une vie familiale difficile. Comme sur le Garçon-sorcière on creuse bien plus profondément dans la psychologie des personnages principaux que dans les comics habituels et je pense que ça parlera aux jeunes lecteurs (les personnages sont collégiennes). Surtout la situation sociale et familiale est Anti/Hero — Demitria Lunettadéterminante pour faire comprendre au lecteur pourquoi l’une est du mauvais côté de la loi (un peu comme Batman tiens!) et l’autre est une justicière. Le contexte est très américain avec un aspect ethnique marqué tout comme des familles compliquées (parents absents pour l’une, mère au chômage pour l’autre). Les valeurs mises en avant sont classiques et attendues: la découverte de l’autre, l’amitié, la collaboration. C’est classique mais pas trop appuyé pour éviter la bien-pensance. Graphiquement c’est franchement sympathique avec des dessins simples plutôt colorés qui évitent un aspect dessin-animé plat que l’on trouve dans beaucoup de BD jeunesse. Les personnages des deux héroïnes (et leurs trombines) sont agréables et expressifs, notamment dans les séquences inversées. Au final on passe un très agréable moment qui a la bonne idée de ne pas prolonger au-delà du format one-shot et permettra sans s’engager ni besoin de connaître le background DC, d’entrer dans le monde des héros. note-calvin1note-calvin1note-calvin1 A partir de 7 ans
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Once and future #2

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Comic de Kieron Gillen, Dan Mora et Tamara Bonvillain (coul.)
Delcourt (2021) – BOOM Studios (2020), 134p., série prévue en 3 tomes.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

L’album comprend les chapitres 7 à 12 et commence par un bref résumé du pitch de la série. Il se conclut par les habituelles couvertures des issues originales, une bio des auteurs et un lexique des références légendaires dans lesquelles la série prends sa source. Etrangeté: le titre de volume « vieil angloys » est inséré sur la page de titre qui ouvre l’épilogue… A noter la ligne des trois couvertures des éditions reliées, très élégantes et avec une belle thématique. couv_418078

Le portail a été refermé et la menace semble s’éloigner… mais ce n’est que partie remise lorsque Merlin et ses alliés convoquent une nouvelle légende pour mettre le monde des humains à feu et à sang…

The Science Ninja TurtleC’est souvent le tome deux qui déçoit après des entames tonitruantes… c’est l’inverse ici après un premier volume dont l’intrigue m’avait laissé mitigé. Car les reproches faits disparaissent ici dans un album qui assume enfin le côté totalement gore et action débridée… qui est quand-même ce pourquoi on est là! La coloration arthurienne reste donc dans l’Outremonde avec un Arthur toujours aussi benêt ; si l’on attendait peut-être Merlin (au design tout aussi réussi que ses comparses de la Geste de Camelot) un peu plus présent et central, le prix du méchant le plus charismatique revient à Beowulf, le légendaire guerrier conté dans un poème épique du premier millénaire de notre ère et dont le combat contre le démon Grendel donne le prétexte au scénario de ce tome. Car maintenant que la problématique (qu’on oublie assez vite) et les personnages sont posés, place à la baston avec une mamy Bridgette toujours aussi bavarde et maîtresse dans le lattage de cul d’entité maléfique. Accrochez-vous, les cente-trente pages passent à deux-mille à l’heure! C’est rock’n’roll, ça tranche et les auteurs vont jusqu’à convier des références du cinéma populaire britannique dans un caméo tordant! L’équilibre entre histoire et déconne est toujours compliqué dans des séries de ce type avec l’envie tout de même de faire partager un pan Once And Future #11 — You Don't Read Comicsde la culture mythologique anglo-saxone. C’était un peu trop le cas dans les précédents chapitres et Kieron Gillen peut désormais lâcher la bride à son dessinateur qui se fait plaisir (avec toujours autant de clase et de lisibilité) dans ce qui peut rappeler le cinéma d’horreur foutraque à la Peter Jackson. On enchaîne donc entre les sévices subits par le bellâtre Galaad, le très trapu et pas finaud Beowulf qui aime beaucoup crier très fort qu’il est MECHAAAANT! et la famille Grendel qui a faim et saigne beaucoup (enfin, je veux dire BEAUCOUP!!). Les armes utilisées par mamie MacGuire vont du filament au fusil de sniper en passant par l’inévitable tronçonneuse et la poêle à frire, le tout entrecoupé de bons mots décalés. On se marre bien tout le long et le jeu des acteurs fonctionne à merveille pour donner la réplique à cette héroïne du troisième âge dont on n’a qu’une envie: connaître dans les prochaines années les aventures de jeunesse… Désormais sur d’excellents rails de VHS rayon horreur bis, Once & Future fait un excellent job tant graphique que dialogué. Comme précédemment on regrettera simplement un vide de décors et une colo flashy un peu spéciale que l’envie de B peut justifier de la part des auteurs. Et comme précédemment, le cliffhanger royal étend un univers jusqu’ici un peu restreint en laissant présager un joyeux feu d’artifice sur l’ancestrale terre de Brittany… note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1
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Folklords #1

East and west

Premier tome de la série écrite par Matt Kindt et dessinée par Matt Smith, qui comprend les 5 premiers épisodes du comic initialement publié par BOOM! Studios. Parution en France chez Delcourt le 03/02/2021.

La quête des quêtes

Ansel n’est pas un garçon comme les autres. Alors que tous les jeunes de son âge se questionnent sur la Quête qu’ils choisiront de mener à bien, Ansel connaît déjà la sienne. Pour lui, point de Toison d’Or, ni de trésor caché, ni de dragon, ni princesse à délivrer. Bercé par ses rêves récurrents, dans lesquels il voit un monde étrange, fait de hauts bâtiments, de charriots sans chevaux et d’engins volants, il ne rêve que de quitter son village pour trouver le « Maître-Peuple » et ainsi découvrir ce monde caché.

Tout serait plus simple pour Ansel si son village n’était pas sous le joug autoritaire des Bibliothécaires, une secte qui bannit la simple mention de ce « Maitre-Peuple ». S’il souhaite mener à bien sa quête, et ainsi trouver des réponses, Ansel va devoir braver l’interdit, ce qu’il fera accompagné de son ami elfique Archer. Leur mission va les confronter au secret le mieux gardé du monde, que tous, elfes, trolls ou gnomes, sont loin d’envisager.

Désenchantement du monde

Sur la route, les péripéties vont s’enchaîner pour les deux héros débutants. Peu rompus aux principes de la quête fantastique, Ansel et Archer vont d’abord rencontrer Laide, une force de la nature qui espère rencontrer le prince charmant qui la soulagera du « sortilège » qui la prive de sa beauté. Mais avant de s’en faire une alliée, il leur faudra échapper au tueur qui sévit dans la Forêt…

Rien d’étonnant à ce que l’on retrouve une nouvelle traduction d’une œuvre signée Matt Kindt, tant ce scénariste a su s’imposer grâce à des séries originales et bien pensées (Ether, Black Badge, Mind MGMT). Avec Folklords, il s’empare des contes de fées et de la fantasy (ce qu’il faisait déjà avec Ether dans une certaine mesure) et provoque un effet miroir qui retourne le paradigme habituel. Ici, ce n’est pas un garçon ordinaire qui va découvrir un monde fantastique, mais un garçon issu d’un monde fantastique qui rêve de notre monde.

Matt Kindt plonge donc son héros dans un abîme de perplexité et sème les graines d’une révélation méta comme les auteurs de comics indé aiment en faire depuis un certain temps. En lisant le quatrième chapitre, j’ai eu l’impression de retrouver le concept développé il y a quelques années par Mark Millar dans son controversé Unfunnies. Bien entendu, Matt Kindt y ajoute sa patte en se détournant in extremis de cette conclusion attendue.

Comme de coutume, Kindt sait travailler ses personnages pour les rendre attachants dès les premiers chapitres. Ainsi, Ansel, a-t-il tout du protagoniste sympathique, ayant tout de même suffisamment de particularités pour ne pas devenir générique. L’auteur altère suffisamment les clichés fantasy pour que chaque concept soit original, ce qu’il devra néanmoins faire pour conserver l’intérêt durant la seconde partie.

La partie graphique de Matt Smith apporte une touche efficace de simplicité à la mise en abyme de Kindt. Son trait à des similitudes avec celui de Duncan Fregedo, qui de façon assez ironique, est aussi présent dans la galerie d’illustrations faisant office de bonus.

Folklords est une aventure exploitant des lieux communs galvaudés pour produire un récit inédit et innovant.

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Alienated

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Comic de Simon Spurrier, Chris Wildgoose et André May (coul.)

Hicomics (2020) – Boom! studio (2020), 156p., One-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Hicomics pour leur confiance.

L’édition comprend la traditionnelle galerie de couvertures alternatives et trois pages de recherches graphiques de Chris Wildgoose. Jolie couverture qui reflète bien le sujet Edition sérieuse mais rien de particulièrement notable à mettre en avant.

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Samuel, Samantha et Samir sont trois lycéens abimés qui se sont construit une carapace sociale pour survivre dans le monde, ses normes, ses regards. Lorsqu’ils tombent sur un œuf alien ils se retrouvent soudain connectés les uns aux autres par la pensée. Ils découvrent vite que l’alien leur procure des pouvoirs jouant avec la réalité. Ce qui commence comme un jeu finit par prendre un tour plus dramatique quand les tensions intérieures des adolescents se retrouvent avoir des incidences physiques sur la réalité…

ALIENATED #1-6 (Simon Spurrier / Chris Wildgoose) - Boom! Studio - SanctuaryHicomics est décidément un éditeur particulier. Alors que les éditions Braguelonne (la maison mère) vient tout juste de lancer son label Manga, le versant comics publie peu mais avec un niveau qualitatif particulièrement remarquable dans le registre Indé. Piochant beaucoup chez l’excellent Boom! studio, Hicomics a traduit pas moins de deux lauréats des Eisner Awards 2020, excusez du peu… Avec une portée politique souvent appuyée, leurs comics donnent à réfléchir sur le monde moderne et les évidences dans lesquelles on vit via l’artifice du fantastique.

Ne vous arrêtez pas au pitch de ce magnifique album (des histoires sur les problèmes d’ado mal dans leur peau et d’artefact alien qui donne des pouvoirs on a effectivement déjà vu ça mille fois). Le premier choc (qui demande un peu de concentration) c’est le type d’écriture qui nous balance sans prévenir dans une voix off, celle de Samuel, youtuber sans grande audience qui rêve d’être sélectionné par la star des réseaux, Waxy. Très rapidement (puisque c’est l’idée centrale) les trois protagonistes vont se retrouvés liés par l’Alien et nous livrent leurs pensées avec une couleur différente par personnage. A ce stade la structure des planches se retrouve de plus en plus destructurées à mesure que l’emprise de l’entité sur les esprits tourmentés des ado augmente. Capables de tout, voir ailleurs, créer des objets ou faire disparaître des gens, cet extra-terrestre est encore un bébé avide de connaissance et d’émotions. C’est là toute la subtilité de l’album que de nous présenter l’utilisation de ces facultés toutes puissantes par des ado dans l’âge de la recherche, du doute et de la toute puissance justement, sans que l’on ne sache jamais si ce à quoi nous assistons n’est qu’issu de leur psyché ou influencée par l’alien. Dans un rythme ternaire, les trois personnages se retrouvent l’un après l’autre capable d’assouvir ses envies et ses pulsions, jusqu’au drame.  Ne voyant qu’un bébé alien passif et semblant subir la violence des pensées des humains, le lecteur est placé dans une incertitude permanente de la cause…

PREVIEW: Samantha confronts her ex in ALIENATED #3 - The BeatSam-Sam-Sam sont des ado perturbés qui ne reflètent pas la majorité bien entendu. Sous des airs plutôt cool ils cachent tous trois des failles béantes et pas forcément la solidité pour gérer leur nouveau pouvoir. Au travers de ses trois (anti?)héros, Simon Spurrier profite du récit pour envoyer aux adultes, aux décideurs de violentes charges sur la marche du monde. En phase avec le discours de rébellion adolescente, il pointe Trump au détour d’une case (c’est facile mais rapide) mais aussi la bigoterie de ses compatriotes… comme des migrants, l’addiction des jeunes aux réseaux sociaux et l’absence de personnalité qui les rend dépendants du regard des autres (les likes), etc. Dans leurs failles, les héros ne s’en vautrent pas moins dans un narcissisme de la souffrance et de la vengeance qui rend particulièrement subtile et intéressante cette expérience.

Cette complexité se transpose superbement dans les dessins de Chris Wildgoose, classiques mais très inspirés dans le design et surtout le jeu omniprésent sur la réalité. Tordant et déchirant les cases il n’en garde pas moins une lisibilité remarquable. C’est un tour de force car avec cette narration triple, ces trois voix à la temporalité pas toujours évidente et cette déstructuration de l’image on aurait pu se perdre dans les têtes de Sam-Sam-Sam. Loin de là on est hypnotisés par ces couleurs, ces bulles ouvragées et ces séquences graphiques qui renforcent le texte.

Dans un habillage tout ce qu’il y a de plus classique, Spurrier et Wildgoose nous proposent une fascinante immersion dans le monde des adolescents de 2020, d’une intelligence visuelle folle et empli de réflexions sur un monde fou. Loin de faire la morale ils utilisent le prétexte SF pour nous questionner sur notre égo et notre prise de responsabilité dans une société du regard et de l’irresponsabilité. Puissant, beau et intelligent, un coup de cœur!

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Coda Omnibus

Intégrale de 336 pages comprenant les 12 chapitres de la série Coda, écrite par Simon Spurrier et dessinée par Matias Bergara aux US chez Boom! Studios. Parution en France chez Glénat le 28/10/20.

Once upon a time…

Toutes les bonnes histoires ont une fin, dit-on. Surtout lorsqu’il s’agit d’un compte de fée. Et si, dans cette histoire-là, le Mal finissait par triompher ? Que se passerait-il ensuite ?

C’est ce que est arrivé au monde Hum, barde taciturne et solitaire. Le royaume magique dans lequel il vivait s’est finalement brisé sous les fracas d’une énième guerre, mettant fin à la Magie qui sous-tendait le tout. Ne restèrent alors plus que des ruines et des âmes en perdition, tentant de survivre en donnant un sens nouveau à leurs existences après le désastre.

Toutefois, ce monde englouti par les gravats de sa gloire passée n’est pas le seul problème de Hum. Le barde vagabond est à la recherche de sa bien-aimée, Serka, et d’un moyen de la sauver d’une terrible malédiction. Mais dans un monde où la magie n’existe plus, Hum trouvera-t-il le moyen de préserver son épouse ?

Conte de fous

Brillante idée qu’a eue Simon Spurrier de passer le genre heroic fantasy à la moulinette du post-apocalyptique. En effet, de mémoire de lecteur, il n’y avait pas eu jusqu’ici de croisement entre Mad Max et le Seigneur des Anneaux, alors voir un monde autrefois féérique tomber en déliquescence, au point de transformer ses habitants en pilleurs et en sauvages, est un plaisir tout au long des 336 pages que compte cet omnibus.

Hum, héros solitaire à la jambe de bois, est un parallèle assez évident avec le fameux Max Rockatansky (qui a lui aussi, un handicap à la jambe), et la comparaison ne s’arrête pas là: dans le monde du Guerrier de la Route, la ressource précieuse pour laquelle les survivants s’entretuent est le carburant ou l’eau, selon les opus; Dans Coda, ce sont plutôt les derniers vestiges d’une magie agonisante qui attirent les convoitises. Là où Max et son V8 Interceptor vont souvent devoir défendre à contrecœur une communauté recluse et assiégée, Hum et sa Licorne vont devoir aider Ridegtown, cité fortifiée possédant de quoi produire encore de la magie.

Cependant, comme dans toutes les bonnes histoires, il ne s’agit pas simplement que d’aventures et de baston. Coda, c’est aussi et avant tout, une histoire sur l’amour, et le sens véritable qu’il revêt dans un monde qui a perdu le sien.

Malgré l’aspect monolithique de l’album, le tout demeure très bien écrit, aucun élément ne s’avérant gratuit ni mal employé. Dialogues riches et intuitifs, scènes d’action très fun servis pas les dessins impeccables de l’excellent Matias Bergara, tout est là pour faire de Coda la découverte de cette fin d’année. Amateur de comics, vous auriez tort de passer à côté !

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Once and future #1

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Comic de Kieron Gillen, Dan Mora et Tamara Bonvillain (coul.)
Delcourt (2020) – BOOM Studios (2019), 134p., série prévue en 3 tomes.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

L’album comporte une galerie de couvertures originales (absolument superbes) reprenant le même thème du reflet et un lexique des personnages de la Geste arthurienne afin de s’y retrouver dans une trame un peu touffue et très référencée. cgvoqkyavy

Briggette McGuire s’ennuie profondément dans sa maison de retraite. Lorsqu’elle apprend l’assassinat d’un archéologue sur un chantier, elle file à l’anglaise retrouver son cher petit-fils Duncan pour reprendre une mission qu’elle n’aurait jamais dû arrêter: la chasse aux monstres. Car l’attentat cache le vol d’un artefact à même de ramener une sombre force dont la légende est racontée dans la Geste du roi Arthur…

Once And Future (2019-) Chapter 2 - Page 16Parmi les surprises de cette fin d’année, surgit cette trilogie à la parution très récente puisqu’elle remonte à moins d’un an dans le décidément exceptionnel catalogue de BOOM Studios, déjà à l’origine du génial Skybourne de Frank Cho… qui s’avère très proche dans l’esprit, de ce Once and Future. Le scénariste a plutôt bossé chez Marvel et sur des indé un peu cracra et a plutôt bonne réputation comme The wicked+the divine. Mais le gros plus de l’album est le Costa-Ricain Dan Mora qui avait déjà fait forte impression sur Klaus, variation sur la légende du père Noël et qui propose ici des planches de toute beauté et génialement colorisées par Tamara Bonvillain. Outre les dessins il y a deux bonnes idées pour ce pitch de départ: lancer une mamie super bad-ass qui tchatche sans arrêter de botter des culs de monstres et démons, et retourner le mythe arthurien pour surprendre en donnant des rôles inattendus aux différents protagonistes. Le concept est connu, de faire d’un gentil connu un méchant et de révéler au lecteur que ce qu’on lui a raconté jusqu’ici n’était que contes pour enfants… Ca marche plus ou moins ici. Plus car sur un concept plutôt action et déconne on ne se chagrine pas trop d’une trame un peu facile couvant des ficelles généalogiques assez touffues. Depuis les premières pages qui balancent le gentil petit-fils rugbyman mais conservateur de musée dans les griffes d’une absurde chimère sortie d’on ne sait où on déroule une poursuite du méchant sans guère de répits ni trop le temps de réfléchir si cela a queue ou tête. Le pitch est lancé tôt, le méchant (au design terriblement réussi!) révélé et le scénariste nous balade de Review – Once And Future #1 (BOOM! Studios) – BIG COMIC PAGEportail en portail vers un monde parallèle d’où ne doit surtout pas s’échapper le croque-mitaine (sur le même schéma que le Empress de Millar). Le moins est que la coloration arthurienne devient assez vite un prétexte sommes toutes sympathique mais qui semble assez artificiel. Il faudra voir à la lecture de l’ensemble du triptyque si la suite sait élever une véritable intrigue, le cliffhanger final est pour le moment assez efficace pour laisser le bénéfice du doute. En écho à un scénario qui ressemble beaucoup à un Mark Millar, très fort pour lancer un pitch mais un peu creux dans le fonds, les planches de Dan Mora sont à la fois superbes quand il s’agit de dessiner des personnages, de designer les costumes ou de nous faire rire aux expressions faciales de la famille McGuire, en même temps que franchement vides pour les décores et paysages. En utilisant l’artifice du monde parallèle habillé de couleurs psychédéliques et tout en ombres il s’économise des arrière-plans qui n’en sont pas moins vides. C’est un peu dommage du coup car les planches semblent à moitié remplies et abaissent la qualité générale. Les séquences d’action sont également vaguement décevantes car assez vite expédiées en semblant hésiter entre la vraisemblance (le petit-fils n’a rien d’un action-man!) et le bad-ass total qu’assumait, lui, tout à fait franchement Cho dans sa version de la renaissance arthurienne, le jouissif Skybourne. Et on ne peut pas Once And Future #4 — You Don't Read Comicsaccuser pour le coup le dessinateur, Mora étant tout à fait capable de rivaliser avec le maître sur un album de BD. Il ressort à la lecture de ce premier tome l’impression que les auteurs n’ont pas vraiment su comment développer leur idée de départ ou n’ont su prendre le temps de développer une belle grosse BD non tenue par un rythme de parution classique. A la fois enthousiasmant par plein de côté et frustrant par l’écart entre ce qui pourrait être et ce qui est livré, Once and Future m’a laisse le sentiment mitigé d’un album sur les freins dont les grosses ficelles ne sont pas suffisamment compensées par de bonnes grosses scènes d’action boom-boom. La relation verbale entre les personnage, très réussie ne suffit pas dans un projet taillé pour l’action. Skybourne 1 – Once and Future 0. Suite au prochain épisode… note-calvin1note-calvin1note-calvin1
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Bone Parish #1

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Premier tome de 112 pages, d’une série écrite par Cullen Bunn et dessinée par Jonas Scharf, parue aux US chez Boom! Studios et publiée en France chez Delcourt le 19/02/2020.

Narcotiques nécrotiques

La Nouvelle-Orléans, ses rues bigarrées, son Mardi-Gras, sa cuisine cajun…et ses drogues vaudoues. La Cendre est une nouvelle substance en vogue dans la ville, qui s’arrache à prix d’or à cause des effets étranges qu’elle produit. En effet, toute personne absorbant cette drogue, fabriquée à partir d’ossements humains, ressentira et vivra des instants de la vie du défunt qui a servi à la fabriquer. Ainsi, chaque échantillon produira des effets différents, au-delà de tout ce que peut produire la chimie ordinaire.

On doit l’initiative de ce business à la famille Winters, notamment grâce aux efforts conjoints de Grace, la mère, de Bae, le fils aîné, et surtout de Brigitte, qui détient la recette secrète de cette singulière drogue.

Toutefois, cette irrésistible ascension attire la convoitise de cartels plus ambitieux, mieux organisés, et bien plus agressifs. Que les Winters se préparent, car l’offensive de leurs cupides rivaux risque de faire des dégâts.

Breaking Dead

Cullen Bunn nous plonge d’emblée dans une ambiance glauque, en mettant au centre de l’action une famille criminelle, qui, de par la nature de son activité, doit traiter avec les dealers crasseux de la Nouvelle-Orléans, les clans rivaux et les flics véreux. Mais ce qui fait de Bone Parish un comic singulier, c’est sans doute son pitch de départ, assez osé et redoutablement bien exploité par l’auteur, qui a à sa disposition une infinité de combinaisons possibles et de possibilités à exploiter, si tant est qu’il ose exhumer le bon cadavre.

La dynamique de la famille Winters est également très intéressante et pose des enjeux que le lecteur aura à cœur de suivre dans les prochains tomes. En effet, Grace, la matriarche, est dépendante à la Cendre qui lui permet d’invoquer l’esprit de son défunt mari, ce qui entrave son processus de deuil et l’empêche d’avancer personnellement et diriger le clan à sa manière. Bae, le fils aîné, déplore d’être sous-estimé par sa mère et aimerait avoir plus de poids lors des prises de décisions. Brigitte quant à elle, garde jalousement ses secrets, considérant qu’ils sont sa seule garantie. Tout cet aréopage disparate doit pourtant œuvrer de concert pour poursuivre l’activité familiale et faire face à tous ses antagonistes. Y arriveront-ils ?

Coté graphique, Jonas Scharf offre un trait réaliste avec un grain particulier, à la manière d’un Doug Mahnke, d’un Trevor Hairsine ou d’un Brian Hitch. Notons que la colorisation signée Alex Guimaraes y est pour beaucoup dans la construction de l’ambiance graphique.

Ce premier tome de Bone Parish vous accrochera très certainement, et promet de grandes choses pour la suite !

***·Comics·East & West·Nouveau !

Black Badge

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Roman graphique de 290 pages, réunissant les 12 épisodes de la série écrite par Matt Kindt et dessinée par Tyler Jenkins, parue initialement aux US chez BOOM! Studios, publié en France depuis le 04/03/2020 aux éditions Futuropolis.

Charlie et ses drôles de drames

Les organisations occultes et les agents secrets foisonnent dans les œuvres de fiction, que l’on parle du SHIELD, du BPRD, de Mission: Impossible ou du Kingsman. Elles sauvent invariablement le monde de catastrophes diverses au prix de nombreux sacrifices, la rédemption du monde étant leur seule récompense.

Et si une de ces organisations se dissimulait sous des atours simples, voire improbables ? Et si une confrérie inoffensive aux yeux de tous façonnait notre monde en secret ? Et si…les Scouts étaient de redoutables espions ?

C’est la prémisse choisie par Matt Kindt pour Black Badge, où il raconte le parcours de Kenny, Cliff, Mintz et Willy, jeunes membres de la division secrète éponyme, dont le rôle consiste à mener à bien des missions de sabotage, d’exfiltration ou d’assassinats sous couverture. Leur jeunesse est leur meilleur atout: en effet, qui se soucierait d’une bande d’adolescents, et a fortiori, qui les penserait capables de telles actions ?

Cependant, Black Badge doit faire face à des menaces bien plus insidieuses et subversives que les terroristes lambdas qu’ils affrontent ordinairement. Au cours de leurs missions, les jeunes scouts vont croiser le chemin d’autres cellules occultes, aux ambitions perfides. Mais, en matière d’espionnage, la réalité n’est bien souvent qu’un voile qui dissimule d’autres vérités, ce qui va forcer nos héros à remettre en question leur crédo.

Les Quatre Scout-tastiques

Matt Kindt nous plonge dans un monde dangereux et opaque, reprenant avec habileté la triste thématique des enfants-soldats. Comme c’était le cas dans la réalité, les protagonistes sont des orphelins ou des jeunes que l’on a soustraits à leur foyer, pour les conditionner et les envoyer prendre des risques au nom des adultes.

Nos audacieux Black Badges, tels les X-Men du Professeur Xavier, sont donc de dévoués soldats, conditionnés qu’ils sont à de pas questionner les ordres. C’est pourtant là le propre de la jeunesse, aussi nos héros vont-ils progressivement dévoiler le mystère qui entoure leur unité de Scouts, au fil des missions et des épreuves rythmées par les douze chapitres. La lecture qu’a Kindt du jeune soldat que l’on sous-estime m’a fait penser à celle qu’avait Ed Brubaker concernant Bucky, l’acolyte de Captain America lors des flash-backs de la saga du Winter Soldier.

Graphiquement, on doit reconnaître à Tyler Jenkins une constance certaine sur presque 300 pages. Les couleurs qu’il emploie, posent un filtre rétro sur cette aventure aux tons et aux circonvolutions parfois désuètes, fleurant bon les récits d’espionnages de la grande époque.

Si vous aimez les récits à tiroirs, les faux-semblants et le camping derrière les lignes ennemies, alors Black Badge est fait pour vous !

***·BD·Jeunesse·Nouveau !·Service Presse

The storyteller: Sorcières

Rufus Stewart

Cette rubrique vous présente un album jeunesse en regard croisé parent/enfants. Mes deux zozo parlent donc d’un album en mode question-réponse, puis vous trouverez en fin d’article mon avis dans un format plus classique.

  • Ma fille c’est « Talia » (c’est un pseudo): à onze ans elle a aime beaucoup Buddy Longway, La Rose écarlate, les Mythics, Harmony, les carnets de Cerise, Dragon Ball ou Flying Witch…

Anthologie de légendes
Kinaye (2019) – Boom Studio (2016), 126 p. couleur.

bsic journalismMerci aux éditions Kinaye pour cette découverte.

couv_376333Comme pour le précédent de la collection, l’ouvrage comporte quatre histoires avec pour chacune une bio et une page d’intentions des auteurs et la couverture originale. En matière de bonus, comme très souvent dans les comics, on est bien plus maigre que sur le premier tome, avec seulement quelques planches noir et blanc. Ici ce n’est pas trop gênant du fait de l’explication systématique des auteurs en début d’histoire.

C’est la semaine Halloween Talia et on va donc parler de sorcières! Peux-tu me dire en deux mots ce que tu as retenu de ce nouveau Storyteller par rapport à celui dédié aux dragons?

Dans les deux albums on a quatre histoires de différentes régions du monde et d’époques différentes. Sur cet album il y a deux histoires avec des formats particuliers, avec des textes dans les images et une où les pages sont inclinées par rapport à la lecture habituelle.

Justement les formats des quatre histoires sont très originaux. Peux-tu m’en parler?

Résultat de recherche d'images pour "storyteller sorcières"La première histoire n’est pas vraiment une BD, c’est plus un conte. Le texte est très différent, il suit la trace du dessin, nous oblige parfois à tourner le livre. La police est aussi très différente, elle est dessinée et peut changer à chaque mots. J’ai bien aimé ces pages…

Visuellement laquelle des histoires as-tu préféré? Et par rapport aux dessins du Storyteller: Dragons?

La première et la quatrième pour les dessins et la manière de raconter l’histoire. La dernière aussi est bien dessinée même si certains personnages le sont moins, peut-être volontairement pour les rendre méchants. La dernière m’a fait penser à l’histoire matriochka et aux contes russes.

Et les sorcières, finalement sont-elles méchantes ou gentilles? Quelle relation ont-elles avec les humains?

Dans la plupart on croit qu’elles sont méchantes et en fait ont des raisons. Seule Baba-Yaga est totalement méchante et ne pense qu’à elle. Elles sont souvent amoureuses d’un humain.

Il y a pas mal de références à des mythes, des films et personnages des contes. En as-tu reconnu certains?

La Baba-Yaga et Cendrillon dans la quatrième histoire. Il y a le Maître des brumes de Tomi Ungerer aussi sur l’histoire de l’Ile et la légende de Tir Na Nog.

Pour finir je me demande si finalement dans cet album les sorcières ne sont pas plus des représentantes de la Nature que des êtres maléfiques?

Oui c’est vrai. La sorcière des neiges fait venir le froid et les tempêtes et les humains n’y sont pas adaptés. Le seigneur de la forêt veut protéger la foret des humains. A l’inverse dans l’histoire de l’île fantôme elles ont besoin de l’humain et ses histoires pour reconstruire leurs cités.


Voilà pour le retour de la choupette… et le vieux qu’est-ce qu’il en dit?

  • L’oie magique et le maître de la forêt:

Cette première histoire est un peu particulière puisqu’elle adopte plus la forme du conte jeunesse illustré que de la BD. S’il y a bien quelques bulles, l’essentiel du travail de l’auteur porte sur une mise en page et en texte impressionnants. J’aime toujours quand le texte prends une dimension graphique dans les BD et c’est absolument le cas ici (…on pense d’ailleurs au boulot qu’a dû représenter la traduction d’un tel album!). Si les dessins sont superbes, l’histoire de cette princesse protégeant son frère d’une sorcière avec en fonds le conflit entre civilisation humaine destructrice de la Nature et peuple magique des forêts est un peu alambiquée avec une continuité logique parfois difficile à suivre. C’est dommage car cela risque d’être un peu compliqué pour de jeunes lecteurs. L’univers enfantin et du conte sont en revanche parfaitement rendus, avec une mention spéciale pour le design du roi de la forêt!

  • La sorcière des neiges:

Format très original à nouveau avec une histoire en format à l’italienne avec un aspect estampes puisque cela se passe au japon. J’ai bien aimé le dessin et le thème de l’amour impossible entre humain et être surnaturel. L’histoire la plus solide et intéressante.

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  • L’Ile fantôme:

Je crains pas mal ce genre de dessins aux traits épais… Hormis cela l’histoire de cet Résultat de recherche d'images pour "storyteller sorcières"homme arrivé sur l’île d’Avalon, hors du temps, et du pouvoir de l’imaginaire humain pour construire la réalité de cet endroit (thème qui rejoint le concept global du Petit peuple vivant de l’imaginaire) est plutôt intéressante et parlera sans difficulté aux enfants. Probablement l’histoire la plus exotique du recueil, qui peut ouvrir les jeunes sur les mythes celtiques.

  • Vassilia la belle:

Une variation sur le mythe de la sorcière Baba-Yaga, ici une affreuse exploiteuse un peu bête, dans une histoire mélangée avec la jeune fille maltraitée par sa belle-mère et ses filles. Des concepts connus des enfants et faciles à lire donc. On perd un peu le côté Nature et Sorcière mais les dessins sont très sympa et le personnage de Baba-Yaga est toujours sympa à voir.


Globalement j’ai préféré ce recueil à celui des dragons. Peut-être plus simple d’approche pour les jeunes et graphiquement un ton au-dessus.

A partir de 8 ans

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