Comics·East & West·Nouveau !·Numérique

Savage #1

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Comic de Clay Moore, Clayton Henry et Lewis Larosa
Bliss (2018) – Valiant (2016), série en cours.

Traitement habituel chez Bliss: descriptif du contenu et crédits et début d’album, galerie de couvertures et analyse de la répartition du travail entre scénariste, dessinateur, encreur et coloriste en fin d’album. Très jolie couverture « sauvage » qui montre le talent de Lewis Larosa

Il y a quinze ans un avion privé s’écrase sur une île déserte. A son bord la famille d’une célébrité du football. Et sur l’île, une faune sauvage… des dinosaures, mais pas que!

Savage n’aurait pu s’intituler autrement tant l’ensemble du projet est porté par le titre. Avec les deux talentueux dessinateurs habitués de Valiant Lewis Larosa (Bloodshot Salvation) et Clayton Henry (Harbringer wars), Bliss nous propose avec  ce faux one-shot – une suite est annoncée en fin d’album – un exercice de style pour l’enfant qui subsiste dans ces dessinateurs et leurs lectures pulp d’alors… Cet album est la variation de Valiant du thème « dinofighting » ou celui de la terre intérieure qui a fait les beaux jours des BD pulp de la première moitié du XX° siècle et du Shanna de Frank Cho

Résultat de recherche d'images pour "savage larosa"L’histoire est simple et (comme souvent chez Valiant) alternée entre maintenant et avant qui permet de changer de dessinateur. Le trait classique et élégant de Clayton Henry appuie la relative normalité du début et le sentiment de contrôle, et tranche avec les sections de son comparse, utilisant allègrement un découpage atypique pour illustrer la violence, la sauvagerie, la folie du jeune survivant devant déployer d’autant plus de rage pour compenser sa nature humaine face aux féroces reptiles. L’album Rocher Rouge critiqué récemment utilisait également cette technique classique du thème du naufragé sur une île (pas) déserte sur une d’un basculement progressif de la normalité à l’horreur. Le gros point fort de cet album est donc sa partie graphique, vraiment impressionnante, tant par le style des auteurs que par leur capacité à s’adapter pour exploiter totalement le média BD pour transcrire une ambiance qui se passe souvent de dialogues. Les scènes de combat du héros contre les dino sont réellement impressionnantes de dynamisme et de rage, notamment via des cases au détour indispensable au dessin. Je découvre Lewis Larosa après Bloodshot et je crois qu’aucun dessinateur ne m’a autant impressionné dans son découpage depuis Olivier Ledroit.. Le principal regret est que le tome soit si court et ne permette pas de développer la vie sur l’île, l’utilisation des dinosaures (certains passages rappellent le mythique Gon). La partie post-apo avec les hommes est un peu plus faible mais permet une ouverture sur la suite qui permettra de donner une vraie stature à ce projet en le sortant du seul plaisir coupable de dessinateurs qui jouent avec leurs jouets.

Cet album (un peu court) est donc une vraie réussite, sans grande ambition mais qui parvient grâce à une intrigue simple et un découpage général très talentueux à donner de l’enjeu à cette chasse continue et se paie le luxe de poursuivre le jeu, avec on l’espère, la même équipe aux manettes!

Un colloque a eu lieu en 2015 et donné lieu à un magnifique article sur le thème du dinosaure dans l’imagerie populaire, avec des centaines d’images et références.

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BD·Documentaire·Nouveau !·Numérique·Service Presse

Urgence niveau 3

Le Docu du Week-End

 

Comic de Joshua Dysart, Jonathan Dumont, Alberto Ponticelli et Mat Masioni
Bliss (2018), 128 p.

Le scénariste Joshua Dysart et le Programme Alimentaire Mondial (WFP en anglais) de l’ONU ont travaillé de concert pour la réalisation d’une Bande-dessinée témoignant de la situation dans des zones d’urgence Niveau 3, la gradation la plus haute de l’urgence alimentaire dans la classification de l’ONU. L’ouvrage a été prépublié dans le Huffington Post en 2017 et est dédité cet automne en France par Bliss comics, qui a déjà travaillé sur des albums militants avec Love is love. L’album contient une courte bio des auteurs en fin de volume. Du fait de la neutralité politique de l’agence de l’ONU, le récit repose sur des témoignages n’abordant pas du tout la question politique qui sous-tend nécessairement ces crises alimentaires, ce qui est problématique pour l’appréhension du contexte et la compréhension de l’album. Un petit rappel historique pour chacune des trois régions abordées aurait été utile, mais un rapide tour sur Wikipedia vous permettra de combler cette lacune.

L’ouvrage est découpé en trois parties, d’abord sur l’Irak pendant la conquête par Daesh, puis le Sud Soudan, enfin le Tchad, avec comme fil conducteur une membre du PAM qui se retrouve témoin sur les trois zones. Le procédé est habile et permet d’alterner des récits de victimes, les plus poignants mais sans accroche pour le récit, et cet œil extérieur qui nous fait pénétrer comme occidentaux dans la réalité du décalage entre nos existences et ces zones détruites.

Résultat de recherche d'images pour "urgence niveau 3 ponticelli"Si les dessins sont correctes sans plus, le traitement documentaire est fort en nous faisant monter une certaine émotion, dès les premières pages lorsqu’une famille irakienne se voit privée de ses deux enfants, enlevés par des barbares de Daesh. Le récit reste pudique sans cacher pour autant le destin de cette fillette violée et vendue pour être mariée à l’étranger… L’ouvrage montre par ses dessins des choses dont on entend (un peu) parler mais qui restent sans visages, sans réalité, lointaines. Le fait de savoir qu’il s’agit de témoignages réels et de les voir incarnés même au crayon, mets une boule au ventre. Les trois histoires, bien que reliées, abordent des problématiques différentes et parviennent à toucher, parfois à peine, un nombre de questions important.

Si l’histoire irakienne est pour moi la plus forte (et la plus dure), les deux autres nous permettent de (re) découvrir des guerres ou des famines quasi oubliées. Je me suis pris à me documenter pendant la lecture de l’album sur la situation des dix dernières années au Soudan: entre guerre civile, islamisme, scission en deux Etats, interventions étrangères,… tout cela est fort complexe et il est délicat de se contenter de ne lire que la BD et le sujet des déplacements de populations et de la famine. On voit là la difficulté de l’exercice, de parler de l’activité du Programme Alimentaire Mondial, de rappeler au monde la situation dramatique de ces zones, de ne pas aborder les questions politiques tout en expliquant le contexte… Résultat de recherche d'images pour "urgence niveau 3 masioni"Du reste l’album insiste souvent sur l’activité d’agents du PAM dont le rôle est justement d’enregistrer les situations, les témoignages, afin de mobiliser les opinions publiques occidentales et leurs gouvernements sur la nécessité de financer ces programmes.

Le troisième récit suit un jeune américain frais diplomé qui voit se confronter son monde naïf et la réalité dure de l’Afrique. Au travers de ce personnage c’est la question des enlèvements qui est abordée. Pas mineure, loin de là, mais moins impliquante pour le lecteur.

Au final je vous encourage très vivement à soutenir cette initiative de BD militante (il n’y en a pas tant que ça!) qui vous fera ouvrir les yeux sur ces drames et surtout à soutenir les ONG (comme MSF dans le récit du Photographe) qui travaillent courageusement dans ces régions.

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Bloodshot salvation

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Comic de Jeff Lemire, Lewis LaRosa et Mico Suayan
Bliss (2018) – Valiant (2017), 144 p., comprend les volumes 1-5.

bsalvation_1_couv_recto_rgb-600x923J’ai  lu récemment l’intégrale Bloodshot et je précise qu’elle est suivie par deux séries: Bloodshot Reborn (relaunch) et Bloodshot USA, que je n’ai pas encore lues. Salvation fait suite à ces derniers et bien que leur lecture ne soit pas indispensable (on ne sent aucun manque grâce au travail du scénariste Jeff Lemire). La lecture du one-shot The Valiant est également intéressante mais plus par soucis chronologique que par ce qu’il apporte à Salvation. L’éditeur Bliss explique de toute façon cette chronologie comme d’habitude sur ses albums. Pour plus de précisions je vous renvoie vers le camarade de l’antre des psiotiques qui s’est fait une spécialité de l’univers Valiant fort bien décrit.

Le Projet Rising Spirit qui a donné naissance à Bloodshot n’est plus. Ray Garrison est désormais libre et vit une vie paisible avec sa femme et sa petite fille. Mais le père de sa compagne, un dangereux gourou sudiste ne compte pas abandonner sa progéniture, ce qui va obliger Bloodshot à reprendre les armes…

Résultat de recherche d'images pour "bloodshot salvation"Pour aller droit au but, cet album est une sacrée claque qui confirme tout d’abord que la ligne graphique des relaunch des comics Valiant est d’un niveau très élevé qui place l’éditeur clairement au dessus de ses deux concurrents Marvel et DC sur ce plan. Si la salve donnée sur X-O manowar était pour moi inégale, ce n’est clairement pas le cas ici et on se trouve au niveau de qualité de Rapture, c’est à dire sans aucune planche réellement décevante. Deux illustrateurs officient, dans des styles très différents et de façon organisée puisqu’ils décrivent chacun l’une des deux trames temporelles de l’album (maintenant et le passé). On a donc une cohérence graphique totale sur les deux narrations parallèles et c’est très plaisant. Lewis LaRosa notamment, s’est fait la main sur des couvertures (très belles) des précédentes séries Valiant (Bloodshot, Harbringer ou X-O Manowar) et son style colle de près à celui des autres relaunch. Outre la qualité technique indéniable il produit des cadrages vraiment sympa et cinématographiques avec de larges cases qui déroulent la lecture. Du coup ce tome se lit assez vite mais avec grand plaisir.

Sans titre.jpgLa très bonne idée de Lemire (qui pose très vite des liens avec l’univers Shadowman du monde des morts et le one-shot Rapture) est d’annoncer la mort de Bloodshot. Malin puisque ce personnage est depuis le début immortel, on se retrouve donc tout de suite avec deux anomalies: Bloodshot a eu une fille dotée des mêmes pouvoirs que lui et donc, Bloodshot est mort. Comment? C’est ce que va expliquer la série avec de premières révélations en fin de tome. L’autre élément sympa c’est la découverte que Bloodshot n’était pas tout seul à être équipé de nanites! Dans l’intégrale Bloodshot on avait déjà entre-aperçu la bande de bidasses dotés du fameux rond rouge… qui reviennent dans la trame du futur de cet album. Idem avec un chien qui semble avoir subi le même traitement aberrant que le super-chien de superman… un peu WTF mais ce n’a pas d’incidence sur l’histoire alors on oublie (cela est certainement relaté dans Reborn ou USA). Enfin, le méchant se nomme Rampage, un golgoth contaminé par les nanites et dont la trame du présent nous relate la naissance avant l’affrontement prévisible.

Résultat de recherche d'images pour "bloodshot salvation"Je ne sais pas si c’est le fait d’avoir manqué une étape mais j’ai beaucoup apprécié le vent de renouveau qu’apporte ce volume aux constantes de l’univers Bloodshot et sa mise en danger à trois niveaux: d’abord le fait d’avoir une famille, ensuite l’apparition d’un méchant digne de ce nom (le seul à l’avoir mis en difficulté jusqu’ici était rien de moins que Toyo Harada, le psiotique le plus puissant du monde), enfin une menace directe sur ses pouvoirs que je ne révélerais pas ici. Last but not least, une petite pincée de politique est apportée avec ce sud Redneck fanatique décrit via la secte du paternel et qui annonce du gros bourrinage dont le héros à le secret. Ce rafraîchissement doit donc beaucoup au scénariste, dont j’avais noté le travail très équilibré sur The Valiant et sur Descender. Salvation est du coup l’une de mes meilleures lectures Valiant pour l’instant et maintient un niveau très élevé des publications récentes de l’éditeur, avant des sorties très alléchantes comme Savage (du même dessinateur) en fin d’année et le relaunch de Shadowman (dont les premières planches sont superbes) en 2019. Je sens que je deviens accro…

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Un autre avis sur comics have the power.

 

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Divinity #2-3

esat-westComic de Matt Kindt et Trevor Hairsine,
Bliss (2016) – Valiant (2015), 127 p., contient les épisodes 1-4.

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Pour qui a lu le tome 1 de Divinity la fin pouvait laisser entendre un format one-shot. Les auteurs ont su prolonger cet épisode qui peut donc se lire seul, en changeant le traitement et les thématiques sur le tome 2, créant plus qu’une série en trois volumes, trois one-shot ayant leur identité propre et liés très intelligemment par le principe du temps modifié comme je vais vous l’expliquer. Pour la question éditoriale, reportez-vous à ma critique du tome 1, les deux autres volumes sont du même acabit, avec des couvertures chaque fois plus belles et du contenu making of réellement conséquent.

Résultat de recherche d'images pour "divinity 2 valiant"Divinity 2 fait donc intervenir Mishka, une des trois cosmonautes envoyés vers l’Inconnu par les soviétiques et qui revient sur Terre désolée de la disparition de l’idéal communiste et bien décidée à rebâtir une temporalité où l’URSS a perduré. Si la dimension émotionnelle et intérieure d’Abram Adams prédominait dans le premier volume, ici l’affrontement idéologique entre les deux êtres supérieurs se déroulera dans le temps, basculant sans cesse d’une réalité à une autre, où l’URSS a conquis le monde /où l’URSS a disparu. La dimension politique assumée est surprenante dans cet album qui fait intervenir Staline, Gorbatchev et Poutine et assume la réflexion sur le conflit idéologique entre l’égalitarisme et l’individualisme. Matt Kindt reste distant quand à la critique habituelle de l’empire soviétique dans les comics américains. S’il montre des clochards et la soupe populaire cela n’est pas sans parallèle avec le cynisme des personnages américains et le nationalisme impérialiste des généraux fait face à des dirigeants incontrôlables de firmes militaro-industrielles américaines dans l’univers Valiant. Aucun jugement du scénariste donc, mais plutôt une mise en perspective à laquelle nous n’avons pas l’habitude et qui est vue au travers du prisme d’un soldat idéal voué fait et cause à sa patrie et revenant dans un monde où sa raison d’être n’est plus.

Résultat de recherche d'images pour "divinity 2 hairsine"L’affrontement (très graphique, avec par exemple cette incroyable planche en forme de livre) sera donc plus conceptuel que physique entre les deux Divinity (comment pourrait-il en être autrement avec de tels pouvoirs?), Abram tentant de convaincre Mishka qu’elle a le droit d’avoir ses propres espoirs et d’aimer. Dans ce volume les héros Valiant sont quasi inexistants car dès le début Divinity rappelle que lui seul peut s’enfermer dans une « prison ». S’il semble avoir gagné à la fin, il nous est fait subtilement comprendre que lorsque le temps est modulable, un rien peut le modifier et  que de profonds changements peuvent ne pas avoir été perçus…

Ainsi Divinity 3 est intitulé Stalinverse: il s’agit clairement d’une uchronie permettant aux auteurs de s’amuser et d’inviter d’autres auteurs de personnages Valiant pour la récréation. Dans ce volume, sans lien directe ou évident avec les précédents, l’Union soviétique a conquis le monde et les héros Valiant sont des héros soviétiques. Hormis quelques nœuds de rébellion, rien n’échappe à la mainmise de la grande Russie. Cette uchronie permet de nombreux renversements, à la fois graphiques (l’épisode isolé sur le Kommandar Bloodshot est superbement mis en image par Clayton Crain avec un design totalement fou) et scénaristiques, inversant gentils et méchants. Résultat de recherche d'images pour "divinity 3 hairsine"Contrairement aux précédents volumes, on a ici une Union soviétique en empire du mal totalitaire et aucune réflexion sur les deux systèmes et les raisons de l’adhésion des héros à ce régime dictatorial. Cela devient plus manichéen et c’est dommage. Les quatre chapitres de Divinity 3 sont intercalés avec des one-shot sur la naissance (en mode dystopique) des héros, Archer & Armstrong, Bloodshot, X-O Manowar ou Shadowman mais aussi des personnages moins connus comme Babayaga… Ces épisodes assez sympa coupent le récit et je trouve que l’éditeur aurait du les regrouper à la fin de l’histoire Divinity.

Paradoxalement, alors que j’attendais beaucoup de ce troisième volume (et que j’adore les uchronies), il est le moins réussi de la série même si le récit Divinity réussit à retomber sur ses pieds très élégamment avec une parabole entre les pouvoirs démiurges des Divinity, des auteurs de BD et de l’imaginaire des livres, faisant de cette série une jolie pépite dans le catalogue Valiant qui en outre ne nécessite pas de connaître le catalogue de l’éditeur. Une suite à cette saga, nommée Eternity, sera publiée en octobre et je l’attend avec impatience.

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Divinity #1

esat-westComic de Matt Kindt et Trevor Hairsine,
Bliss (2016) – Valiant (2015), 127 p., contient les épisodes 1-4.
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Un des premiers albums publiés par Bliss comics, Divinity comprend 3 tomes de 4 parties et des couvertures parmi les plus somptueuses que j’ai vu depuis que je lis des comics… Le tome 1 comprend de nombreux suppléments en fin de volume dont une galerie de couvertures alternatives, un long (et tout à fait passionnant) commentaires de fabrication détaillant le rôle de l’illustrateur, de l’encreur, du coloriste et du lettreur dans un travail vraiment collectif comme on en voit peu en France. Enfin, comme toujours chez cet éditeur, un sommaire, une page de contexte de la série et une page de guide de lecture pour placer la série dans l’univers Valiant.

En 1960 les soviétiques envoient dans une fusée secrète un homme vers une destination inconnue, en un voyage qui doit durer trente ans. Il reviendra doté de pouvoirs divins, capable de plier le temps et la matière. Comment va réagir l’humanité face à cette nouvelle entité. Menace? Les héros de la Terre, Aric, Ninjak, Gilad et Livewire sont envoyés pour vérifier cela…

Résultat de recherche d'images pour "divinity hairsine"Lorsque j’ai découvert les comics Valiant je suis tombé sur les planches et les couvertures de cette série très spéciale et mes yeux ont pleuré. La puissance évocatrice de ces peintures est tout bonnement fabuleuse et fort heureusement ne se limite pas aux couvertures (contrairement à une pratique malheureusement fréquente dans l’industrie du comics). L’illustrateur Trevor Hairsine produit sur l’ensemble des pages de la série une partition sans faute et il est saisissant de voir (grâce aux bonus) une BD où aucun des apports (encrages et couleur) ne dénature le dessin d’origine. Une véritable alchimie aboutissant sans doute à la série la plus belle du catalogue Valiant. La maîtrise technique de l’illustrateur est sans faute, le découpage des pages et des cases est exigeant et inspiré par des thématiques graphiques issues du scénario (les formes de Divinity et de son module spatial), enfin le design général inspiré des costumes spatiaux de la guerre froide est très original. Le travail graphique sur le passage du temps (thème central de l’album) accompagne vraiment la lecture et la renforce. Les auteurs de comics sont souvent ambitieux, au risque d’être compliqués, ici le scénario et le dessin (et sa structure) se répondent de façon vraiment réussie.

Résultat de recherche d'images pour "divinity hairsine"Le scénario, donc, est complexe dans une intrigue simple, résumée en début d’article. C’est donc bien le traitement qui fait sa force avec ces pouvoirs quasi absolus de Divinity, dont l’arrivée sur Terre reprends la thématique de Superman (comment réagir face à un être tout puissant susceptible de détruire l’humanité si l’envie le prenait?) en la prolongeant. Car en outre d’être a priori invincible, le personnage contrôle le temps et la matière en proposant de rendre les gens meilleurs, si nécessaire en faisant revenir les morts ou en métamorphosant êtres et objets. Comment déterminer ses motivations et comment réagir face à ce qui peut changer le cours de l’humanité? Fidèles à eux-même les dirigeants humains vont être très terre à terre et craintifs en envoyant les héros de l’univers Valiant (tiens, Bloodshot n’est pas là, pourquoi?). L’introduction de ces personnages familiers est sympathique même si aussi anecdotique que dans The Valiant où face à l’Ennemi leurs pouvoirs apparaissent dérisoires.

Image associéeLa difficulté réside dans une narration en voix off tantôt au passé tantôt au futur, nous faisant comprendre que Abram Adams, celui qui deviendra Divinity est à la fois maintenant, avant et après. C’est déroutant en même temps que très stimulant en illustrant l’état dans lequel il est et la difficulté à saisir le monde quand la trame temporelle est devenue non linéaire. Cela peut nécessiter une seconde lecture pour bien saisir toutes les subtilités. L’auteur a l’intelligence d’apporter à cette histoire SF un peu philosophique des concepts archétypaux comme la filiation et l’amour de celle qui a été laissée (comme pour Captain America, revenant alors que tous ses proches sont morts). Cela renforce le côté dramatique et l’intérêt pour ce type touchant qui a abandonné l’amour pour la patrie et l’inconnu et se retrouve incapable de rattraper le temps malgré ses pouvoirs.

Ce premier tome est donc un sans faute qui laisse en suspens l’intrigue et donne très envie d’enchaîner.

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East & West·Guide de lecture·Nouveau !

Bloodshot – intégrale

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Comic collectif,
Bliss (2018) / Valiant, 904 pages.
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La très grosse intégrale (50€ les 900 pages, on peut dire que c’est rentable!) de Bliss comics comprend les séries Bloodshot, Harbringer wars, Bloodshot & H.A.R.D corps et un épisode d’Archer et Armstrong. L’agencement des séries permet de suivre au mieux l’intrigue croisée entre différentes publications. Personnellement je ne suis pas fan de celle choisie quand on connaît la qualité de ce qu’ont produit des illustrateurs de renom (genre Esad Ribic…), mais bon, c’est une histoire de goûts. Très chouette travail d’éditeur qui fait oublier les quelques coquilles de relecture. A noter que l’album contient le crossover Harbringer wars que j’avais critiqué ici, mais la version de cette intégrale est plus complète. Enfin, pas moins de 70 pages de planches n&b, de couvertures alternatives, croquis etc et comme d’habitude en fin d’ouvrage un guide de lecture ordonné pour progresser dans les publi Valiant. Du tout bon.

Résultat de recherche d'images pour "bloodshot"Cette intégrale est sans doute ce que j’attendais, ce qui me manquait depuis ma première lecture d’un album Valiant. Ce qu’il y a de frustrant dans les comics c’est l’impression d’avoir toujours loupé un épisode tant les fils sont éparpillés en une multitude de publication. C’est le cas chez Valiant donc, mais avec le gros avantage d’un univers plus restreint, d’un nombre de héros moindre et par conséquent d’une possibilité de proposer un fil conducteur. Et bien ce fil conducteur c’est cette intégrale, qui réussit le pari de nous faire rencontrer progressivement, étape par étape les différents protagonistes de l’univers Valiant: le Projet Rising Spirit (une black op américaine qui a mis en place notamment le supersoldat Bloodshot), la fondation Harbringer du psiotique (mutant) Toyo Harada, le H.A.R.D. corp (des soldats modifiés pour recevoir des capacités spéciales et envoyés contrer les mutants de Harbringer). Ne sachant pas jusqu’ici par où commencer mes lectures Valiant, je peux vous l’annoncer: c’est par Bloodshot qu’il faut démarrer.

Résultat de recherche d'images pour "bloodshot"Outre cette démarche pédagogique appréciable, le personnage de Bloodshot est vraiment chouette à suivre. Sorte de mélange de Wolverine (pour le côté bourrin increvable) et XIII (pour l’amnésie et la manipulation de l’armée), on apprend finalement assez vite que sa véritable identité n’est pas le sujet de la série: le projet PRS et le supersoldat Bloodshot sont anciens ; la problématique est finalement plus celle de la part d’humanité restant (on se rapproche de Ghost in the shell) et de la capacité vengeresse de ce monstre envers ceux qui l’ont exploité. On a bien sur le côté fun et assez crado du bonhomme qui se fait démanteler et prends des balles en pleine poire sans jamais mourir. Mais ce sont les motivations et la psychologie relationnelle de Bloodshot qui le rendent original et intéressant à suivre, dans une intrigue somme toutes assez bourrin et simple (une chasse à l’homme et assaut des forteresses des grands antagonistes de Valiant). Le personnage est devenu un électron libre, un tueur au passé sans âme découvrant l’humanité dans un monde où il n’y a ni cause juste ni héros. Du tout puissant Harada au PRS en passant par le H.A.R.D corps (équipe d’humains optimisés grâce à des capacités empruntées aux psiotiques, centrale dans l’intrigue de Bloodshot), tout le monde justifie ses exactions et ses morts et personne n’est sympathique.

Résultat de recherche d'images pour "harbinger wars"L’intrigue suit des sauts temporels (en avant/en arrière) mais retombe toujours sur ses pattes et l’on sent juste un besoin de se plonger dans la foulée dans l’intégrale Harbringer pour combler la seule petite lacune de l’intrigue.

Graphiquement comme d’habitude chez Valiant une ligne cohérente est tenue avec maximum trois styles graphiques et aucun mauvais dessinateur dans le tas. C’est plutôt joli, toujours précis avec quelques planches vraiment fortes visuellement. Les encrages sont très réussis notamment et les (nombreuses) séquences d’action sont très efficaces. Étant donné le sujet, les scènes sanglantes voir gore sont assez fréquentes, âmes sensibles s’abstenir.Présenter un Bloodshot en lambeaux n’est pourtant pas l’objectif des scénaristes qui visent plutôt à développer ses relations tantôt avec des psiotiques (Harbringer wars), tantôt avec des humains (HARD corps).

Résultat de recherche d'images pour "bloodshot HARD corp"A la fin de la lecture on pourra avoir un petit sentiment d’inachevé (un peu comme pour la série XIII) car peu de révélations sur le passé de Bloodshot sont venues. C’est me semble-t’il plu l’objet de la suite Bloodshot Reborn et Bloodshot Salvation, dessinée par l’excellent illustrateur de X-O Manowar , que Bliss vient de sortir.

Si vous voulez tous les détails de l’univers Valiant je vous invite à aller jeter un œil à l’antre des psiotiques, blog dédié à ces comics.

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Secret Weapons

esat-westComic de Eric Heisserer, Raul Allen, Patricia Martin et Adam Pollina
Bliss (2018)/ Valiant (2017), 144 p., cahier graphique.

couv_332550Secret Weapons est (de ce que j’ai lu) le plus fourni en documents de fin de volume: outre des couvertures alternatives (alors que le design général du livre est partie intégrante du projet), de nombreuses et longues interview des auteurs de la BD, ainsi que les désormais habituelles planches noir-et blanc. Le texte introductif est en revanche un peu évasif sur le contexte général de l’histoire et on en apprend finalement plus pendant la lecture que par cet éditorial. Mais sincèrement on peut difficilement de mander plus comme bonus.

Autrefois jeunes talents convoités par la Fondation Harbringer de Toyo Harada, trois jeunes psiotiques ont été abandonnés et désormais pourchassés par un mystérieux tueur. Livewire, l’une des plus puissantes psiotiques en rupture de ban avec le chez de Harbringer se mets sur la trace de ces jeunes gens dans le but de les protéger et d’en faire une véritable équipe…

Secret Weapons #0, Nikki's Story, Valiant Entertainment Writer: Eric Heisserer Artist: Adam Pollina Cover Artist: Raul Allen, Veronica Fish, Sibylline Meynet, Sija Hong, Adam PollinaLorsque l’on commence un one-shot de Valiant se pose la question du public ciblé. J’ai commencé il y a peu mon immersion dans cet univers (très sympathique au demeurant) et commence à repérer certains personnages clés, mais suis loin de maîtriser toutes les interactions. Je suis donc encore un lecteur novice et je peux dire qu’à ce titre j’ai bien apprécié Secret Weapons. Cela signifie que le scénario permet à lui seul d’apprécier l’album comme un vrai one-shot en donnant suffisamment d’infos (notamment dans les deux prologues dédiés à Nikki et Owen) pour apprécier le contexte général. Plus que cela, ces séquences donnant un aperçu de mêmes scènes de différents points de vue intrigue et donne envie de lire les albums consacrés à Harbringer et les psiotiques. A noter que le scénariste est celui du film Premier contact de Denis Villeneuve, dont l’intelligence m’avait marqué.

Ce qui donne un intérêt réel à ce comic c’est son humour et son aspect décalé: le choix de raconter l’histoire de mutants recalés dotés de pouvoirs tout à fait pourris, est gonflé et permet de se concentrer sur autre chose que des affrontements apocalyptiques auxquels l’industrie du comics nous a malheureusement trop habitués. Nikki communique avec les pigeons, Owen fait apparaître des objets tout à fait inutiles (genre parapluie ou aspirateur…), Avi se transforme en statue et le quatrième comparse fait briller les objets… on a vu plus impressionnant comme héros! On assiste donc à des combats totalement second degré mais aussi à des personnages qui assument leurs capacités et se débrouillent pour contrer les menaces, qu’elles viennent de Harada ou du tueur, une sorte de cyborg végétal, croisement entre Groot et Robocop. https://i.kinja-img.com/gawker-media/image/upload/t_original/upv9zmpgyb3dh85a9qvt.pngCe méchant est à mon sens la seule faute de goût des auteurs, son design n’étant pas particulièrement heureux.

Le dessin du duo espagnol adopte une sorte de ligne claire transposée dans l’univers SF de Valiant et surtout rehaussée de tonalités chromatiques calées sur chacun des personnages. On va donc passer de séquences à dominante rose pour Nikki à d’autres vertes ou bleu-gris. Cette esthétique est vraiment réussie et donnent à l’objet global un véritable intérêt graphique (les traits en eux-même sont très sympa également mais comme toute ligne claire, assez sobres). A cela s’ajoute un découpage très réussi utilisant beaucoup de successions de cases verticales provoquant des effets de ralentis ou de comique de situation. Mention spéciale enfin aux deux épisodes « #0 » sur les deux personnages principaux et notamment celui sur Nikki qui enchaîne des cases pleine largeur en mode « plan fixe » sur Nikki qui nous relatent l’année passée, du lycée à la fondation Harbringer et l’apparition de ses pouvoirs. Outre le découpage, on plonge donc directement dans la naissance d’un psiotique et c’est très intéressant.

Résultat de recherche d'images pour "secret weapon valiant"D’un album qui semblait d’une assez modeste ambition, on aboutit ainsi à un projet qui aide le nouveau venu à pénétrer en douceur dans l’univers Valiant, crée une familiarité avec des personnages et un dessin soft qui pourra même intéresser les non férus de fantastique. Un joli bouquin assez tendre, loin du bruit et de la fureur d’un Bloodshot et autres Harbringer wars. Cela donne une autre vision de ces histoires et parfois cela fait du bien.

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