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L’Ogre Lion #1: Le Lion Barbare

La BD!

Premier tome de 56 pages, écrit et dessiné par Bruno Bessadi. Parution le 19/01/2022 aux éditions Drakoo. La première édition comporte un cahier graphique de recherches de 8 pages. Série prévue en 3 tomes.

bsic journalism

Merci aux éditions Drakoo pour leur confiance!

Le Lion est fort ce soir

Dans un monde peuplé d’animaux anthropomorphes, le jeune Wilt, qui a été arraché à sa famille par une congrégation fanatique adoratrice du Dieu Cornu, fait la rencontre fortuite d’un féroce lion, qui pris de folie, s’est jeté du haut d’une falaise. Alors que le camp est attaqué par une meute de loups sanguinaires, le lion se relève et change de forme, pour devenir une bête à cornes tout à fait similaire au dieu cornu.

Ce monstre, un esprit vengeur qui sème la mort parmi les carnivores, se nomme Bakham Tyholi et a pris le lion pour hôte car sa condition toute particulière d’esprit n’est pas compatible avec l’atmosphère du monde physique. On devine aussi dans ce choix d’un hôte carnivore la volonté de le faire souffrir et de lui faire expier ses crimes.

Wilt, qui souhaite échapper à la servitude et retrouver sa famille, a tôt fait de convaincre le lion de cheminer avec lui vers le Sud, afin de retrouver leurs foyers respectifs. Mais le lion, qui se nomme Kgosi Bombataa Begazi, ne se rappelle plus grand chose de son passé. Hanté par des cauchemars où ils voient les siens mourants, Kgosi ne sait plus comment il en est arrivé à errer dans les contrées du Nord, et redoute même d’apprendre la vérité. Notre duo enfant/badass (confère cet article sur une précédente publication Drakoo) prend donc la route du Sud et va commencer à braver les différents obstacles qui vont se dresser, au fil des trois tomes de la série.

O Wimoé, O Wimoé

On aborde cet Ogre Lion avec une première impression étrange, teintée d’une pointe d’inquiétude. En effet, on constate d’emblée que l’univers posé par l’auteur prend la direction de l’anthropomorphisme. Or, cette voie a récemment été explorée avec Sa Majesté des Ours, puis avec Les 5 Terres, on peut donc facilement imaginer que les trois trajectoires narratives vont se télescoper dans un grand fracas de redite et de redondante redondance.

A l’occasion des premières pages, on distingue déjà des influences notables, comme l’inénarrable Conan le Barbare, au travers notamment de son héros badass et taciturne, violent et muni d’une grosse épée (être un lion, c’est bien connu, ça ne suffit pas). L’auteur ajoute les fameuses cartes du Passé Mystérieux et de l’Amnésie Karmique pour donner du corps à son protagoniste et inciter le lecteur à en chercher davantage. On pense aussi par moments à Elric, torturé par son épée (ici le démon cornu).

L' Ogre Lion - vol. 01/3 | DRAKOO

Et il faut dire que cela fonctionne, même si la dynamique entre Wilt et Kgosi paraît forcée par moments. Le côté attachant et l’expressivité assez Kawaï du petit chevreau accrochent d’emblée et permettent au héros de s’attirer par la même occasion notre sympathie. Le passé sanguinaire de ce Lion Barbare nous a rappelé les origines du Savage Dragon , personnage de Image comics qui lui aussi, commence sa série avec une amnésie et finit par découvrir qu’il était auparavant un tyran impitoyable et sadique. Ce tome se présente comme une constitution de compagnonnage, avançant vite pour réunir autour du lion ceux qui le rendront sans doute humain au travers de drames à venir.

On peut donc prédire sans trop se tromper que Kgosi traversera, durant les deux prochains tomes, une crise identitaire, qui verra ses deux personnalités s’antagoniser à la lumière de ses actes passés et de son comportement présent. Il est possible, à ce titre, que Kgosi redevienne momentanément un méchant avant de compléter son arc narratif par une belle petite rédemption des familles, ou en tout cas qu’il renie celui qu’il était autrefois.

Le déroulement de l’intrigue en lui-même ne contient pas d’aberration, et permet même d’exploiter adroitement l’amnésie du héros, qui rencontre d’anciennes accointances et des ennemis, qui complotent contre lui alors qu’il ne se rappelle pas d’eux ni des différends qui les opposaient. Que ce soit au travers des croquis préparatoires ou

L'Ogre Lion: fantasy classique mais fantasy épique - Bubble BD, Comics et  Mangas

des différents éléments présentés ici observe un background riche avec un excellent potentiel… qui interroge seulement sur le curseur de violence et de crudité que vise Bessadi. Pour le moment on reste assez accessible malgré les irruptions sanguinolentes du démon mais les influences du projet pourraient le pousser vers quelque chose de plus adulte…

En résumé, on a avec cet Ogre Lion un album bien rythmé, construit certes sur des archétypes bien connus et des mécanismes déjà éprouvés, mais qui fonctionne tout à fait, porté par un dessin remarquable qui donne envie de lire une version Noir et blanc tant les encrages sont travaillés. Issu de l’école Lanfeust mag, Bruno Bessadi a maturé sa technique (que l’on trouvait déjà très agréable sur l’Amazing Grace dont on attend la suite ce printemps) qui est ici dans le haut du panier avec notamment une minutie qui fait vivre son univers et donne envie de s’arrêter sur les cases.

Evitant les pièges nombreux de ce projet, l’auteur réussit son pari avec talent (tant dans l’écriture que dans le dessin) en proposant une belle aventure fantasy référencée et grand public. Et du coup on attend de lire la suite avec impatience.

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Amazing Grace #1

BD d’Aurélien Ducoudray, Bruno Bessadi et Fabien AlquierGlénat (2019), 91p., série en cours, collection Grindouse.

Après l’Agent que nous a présenté Dahaka mardi, on continue dans la nouvelle collection pop de Glénat avec un récit post-apo à la fois tendre et courageux.

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La couverture reprend l’esthétique crado Grindhouse popularisée par les films de Tarantino et de laquelle de plus en plus d’éditeurs proposent une collection dédiée. Vernis sélectif sur le titre et bonus très fournis de pas moins de 44 pages incluant des interviews des deux auteurs, des croquis et une série de recherches très intéressantes pour la couverture. De jolis albums aussi léchés c’est toujours sympa et ça met dans de bonnes conditions pour découvrir l’album.

On ne sait pas ce qui a provoqué la fin du monde, mais la première incidence a été la naissance d’enfants différents, semblant appartenir à une autre espèce humaine… Grace est de ceux-la. Petite fille elle aime les histoires qui lui raconte son papa, tout en cachant une force et une rage démesurée, animale… Dans ce monde d’après où l’homme est un loup pour l’homme, ce papa et cette petite fille vont essayer de survivre en gardant leur humanité…

Amazing GraceJ’avais eu de très bons échos de ce gros album sorti l’été dernier et pour cause, avec ses faux airs de La route (le film traumatisant  avec Viggo Mortensen) il arrive à créer quelque chose d’original dans le genre très fourni du post-apo dévasté. Commençant sur un chantier du bâtiment alors que le père court assister à l’accouchement de sa femme, l’album nous propulse ensuite très vite dans les jours d’après. Le projet vise à transposer un amour filial et paternel inconditionnel dans un monde où les haines et les pulsions de rejet individualiste ont repris le dessus. Ce premier tome ne nous présente ainsi pas réellement d’intrigue mais plutôt des séquences nous permettant tantôt de découvrir la nature de la fillette, tantôt d’éprouver les relations humaines lorsque l’autre devient monstrueux, surtout quand c’est votre progéniture qui est concernée! Les décors sont surtout ne nature dévastée mais lorsque le duo arrive dans l’hacienda d’un cultivateur d’oranges on se prend, rendus paranoïaques, à attendre le loup dans cette bienveillance surprenante. Dans le monde de chaos apparu les humains peuvent-il rester humains ou se comportent-ils tous comme des bêtes… en rejetant ces enfants qui leur font miroir par leur apparence monstrueuse?  nous questionne sur laquelle de l’apparence ou du comportement est le plus monstrueux en même temps que sur les principes civilisationnels qui distinguent l’homme de l’animal: le père rappelle sans cesse la loi primordiale à sa fille, on ne tue pas! Manière de tirer l’identité duale de sa fille vers son côté humain… alors que les autres s’en exonèrent.

Graphiquement c’est très propre. Bruno Bessadi, dans un style très comic à la fois précis et caricatural a adopté (comme il l’explique dans l’interview) une technique non encrée dont les effets de crayons permettent de contrebalancer les couleurs très franches. Ce qui surprend le plus c’est la taille des cases, énormes, proposant un découpage de trois à cinq cases maximum par planche. On n’est pas habitué à une telle aération et cela nous permet de profiter du style très agréable du dessinateur.

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