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Après l’enfer #2: le bayou d’oz

La BD!
BD de Damien Marie et Fabrice Meddour
Bamboo (2020), 56 p., série en 2 tomes.

bsic journalismMerci aux éditions Bamboo-Grand Angle pour leur confiance.

L’album s’ouvre sur un résumé de l’épisode précédent et se conclut sur un passionnant cahier documentaire et graphique de 8 pages précisant les références et le contexte de la série et la réalisation graphique. Une édition aux petits oignons qui mérite à Calvin.

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En pénétrant dans le Bayou, Alice et Dorothy entrent dans un autre monde, obscure, peuplé d’êtres décharnés et d’animaux sauvages, l’univers du vaudou où s’affrontent les hommes de la reine de cœur et ceux de la Mambo Glinda, un refuge pour les noirs comme pour les adeptes du Klan. Là, la jeune Alice va se découvrir un pouvoir capable de retourner les dominations, pour peu qu’elle arrive à apaiser ses démons intérieurs…

Après un premier album très psychologique qui proposait une vision graphique très monochrome visant à rendre une ambiance de fin du monde assez dépressive, ce second et dernier est assez différent en ce qu’il change de style en changeant d’environnement. La petite fille apeurée devient centrale dans cette relation avec le Chapelier (qu’on imagine son violeur) et l’itinéraire magique va faire d’elle la véritable héroïne de l’histoire. Les auteurs voulaient aborder la thématique du Vaudou, très intéressante dans cette période de libération des esclaves et de reconstitution de mondes séparés, la société tribale et magique du Bayou, l’armée blanche du Klan d’un autre côté. Cette immiscion de la magie permet d’aborder le monde des esprits, des Loa, à même de résoudre le trauma des protagonistes.

Capture d’écran du 2021-01-10 10-23-05La structure de l’album est bien plus simple en ce qu’elle reprend la chasse invisible dans un labyrinthe où Dorothy et ses protecteurs ne voient rien venir. Damien Marie (qui a proposé dernièrement le très bon 300 grammes) utilise sa culture cinématographique pour citer des références inattendues mais qui font mouche. Cette base référentielle plus axée sur la culture populaire que sur l’histoire ou le cinéma classique permet d’entrer dans ce qui pourrait à première vue ressembler à un patchwork casse-gueule. Associer en effet Le magicien d’Oz, Alice au pays des merveilles, Alien et Apocalypse now pourrait sembler très aventureux. Or ça fonctionne et avec une grande lisibilité du scénario et une relative simplicité des schémas narratifs on se passionne pour nos deux héroïnes.

Un peu moins inspiré graphiquement que le premier volume même si l’affinage de la technique d’encrage améliore la qualité générale, Le bayou d’Oz conclue logiquement et de manière tout à fait maîtrisée un projet très ambitieux  sur la résilience et la liberté individuelle. Un diptyque inattendu qui confirme un scénariste à suivre après cet excellent diptyque.

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Tracnar & Faribol #1

Jeunesse

BD de Benoit du Peloux
Bamboo (2020), 86 p., one-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Bamboo pour leur confiance.

Une bien belle édition avec ce large format qui propose une impression de grand qualité avec un dessin crayonnés-aquarelle pas simple à rendre. Très joli logo-titre  avec un en-tête qui promet une série. Un très joli cahier graphique de 8 pages termine l’album. Un habillage général qui mets en appétit et mérite un Calvin.

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Il était une fois au royaume d’Arican, un roi tombé veuf sous les charmes de la belle Perfidy. Celle-ci captura l’âme de la jeune princesse Felicity à qui était promise la couronne. Voilà que tout était bien… jusqu’à ce qu’elle croise sur son chemin deux coquins, voleurs et bandits, le loup Tracnar et le renard Faribol, bien loin de se douter qu’ils allaient rien de moins que sauver le royaume…

Tracnar & Faribol (Vagabondage en contrées légendaires #1) • Benoît Du  PelouxLe ton est donné est connu: le campagnard Benoit de Peloux avait très envie de conter une aventure entre Perrault et Rabelais, au pays des rois et des reines mais aussi des brigands et des parleurs, des cuisiniers et des lingères. Mais ce n’est pas parce que tout ceci est familier qu’il est facile de le raconter à nouveau. Surtout, intéresser petits et grands comme l’ambitionne Peloux n’a rien d’évident. Et pourtant ce premier album d’une série qui va sans aucun doute se poursuivre au vu de sa qualité plaira au lecteur adulte comme aux jeunes.

Pour cela il y a d’abord les dessins, aquarelles sur crayonnés, superbes et précis tant dans les couleurs chatoyantes du château que dans la forêt enneigée et les terriers enracinés. L’auteur, habitué au dessin animalier sur les séries Zoé et Pataclop ou Triple Galop dans l’écurie Bamboo est parfaitement à l’aise avec les trombines caricaturales et grimaçantes de ses animaux anthropomorphes. La recette de Disney marche autant dans Blacksad qu’ici et la caractérisation animalière des tempéraments fait rire les adultes et comprendre rapidement aux enfants à qui ils ont affaire. Les aventures de Tracnar et Faribol donnent lieu bien entendu à moultes cabrioles, cascades et combats à coups de cruchons et de broche à cochons… Rabelais (ou Kaamelot!) n’est donc jamais loin tant les deux énergumènes recherchent plus la bonne pitance qu’un hypothétique trésor. Car les gens du peuple se contentent de peu et connaissent la valeur du concret…

30 Millions d'amis...la Bd Animalière / Tracnar et Faribol Vs. Richard au  pays des livres magiques - Conseils d'écoutes musicales pour Bandes  DessinéesLa bonne idée de Peloux repose sur cette fusion entre la princesse, jeune fille mal élevée et agaçante et Faribol, le renard peureux et malin. Par des péripéties que vous découvrirez la princesse se retrouve à parler par la voix du renard ce qui donne lieu à moultes quiproquos et situations décalées bien drôles. La progression dramatique est remarquable et la lecture se passe à une vitesse folle tant les séquences s’enchainent logiquement et avec fluidité, sans aucune faute de gout. Car outre la qualité technique et la bonne idée de faire se dérouler l’aventure en hiver (permettant ainsi une économie non négligeable de moyens pour créer des décors pourtant fort jolis), l’auteur propose un design remarquable tant dans les costules que dans le style des personnages. Encore une fois ce n’est pas parce que l’on croque un récit moyenâgeux que l’aspect général coule de source. Ici tout semble à la fois connu et original. Le trait léger y est sans doute pour beaucoup mais l’on a vu beaucoup d’autres histoires si proches de Walt Disney ou hésitant sur le réalisme. Le dessinateur est clairement à l’aise avec l’univers qu’il a créé et son envie transparaît dans le carnet graphique où il raconte les étapes de création, ses hésitations et ce qu’il faut s’attendre à trouver dans de prochains albums.

On sort de ce conte totalement enchanté, le sourire aux lèvres, les yeux caressés par ces si jolies planches et l’on n’a qu’une envie, de retourner dans le terrier de Faribol déguster un fumeux gigot…

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Ghost Kid

bsic journalism

Histoire complète en 78 pages, écrite et dessinée par Tiburce Oger, parue le 19/08/2020 chez Grand Angle.

Merci aux éditions Grand-Angle pour leur confiance.

True Grit of the Taken

La fin du 19e siècle nord-américain a marqué la fin d’une ère, celle des grandes conquêtes et du règne hégémonique du Colt. Ambrosius Morgan est une relique de ces temps reculés, qui assiste de loin à l’avènement de la civilisation, exilé au fin fond d’un ranch perdu dans le Dakota du Nord.

Old Spur, comme on le surnommait, n’est plus dans sa prime jeunesse mais n’a pas lâché la rampe pour autant. Trainant péniblement sa carcasse, il ressasse le bon vieux temps avec ses compères d’antan tout en s’occupant du bétail de Miss Fitzpatrick.

Un jour d’hiver, Morgan reçoit une lettre. Lui qui n’a personne et vit seul depuis des lustres, est bien surpris par cette missive. Le vieux cow-boy le sera encore plus lorsqu’il découvrira que cette lettre émane d’une certaine Ana Saint James, une femme qu’il aima jadis et qui lui apprend qu’il est père d’une fille, nommée Liza Jane.

Ana est désespérée car Liza Jane a disparu depuis plusieurs mois, lorsqu’elle et son époux sont partis sur la route de San Diego afin de s’y établir. En dernier recours, la mère éplorée, désormais veuve, se tourne vers cet amour de jeunesse à qui elle a caché la vérité, pour retrouver la jeune femme.

Le choc est double pour Old Spur, qui décide sans tarder de reprendre la route pour retrouver la trace de cette fille qu’il n’a jamais vue. Mais cette impromptue remontée en selle ne sera pas de tout repos pour notre héros, qui va au passage régler quelques comptes et traverser bien des péripéties.

On the road again

Avec ce Ghost Kid, le talentueux Tiburce Oger revient à ses premières amours et il nous le fait savoir. L’auteur de Gorn et des Chevaliers d’Émeraude concocte un western sage et contemplatif, avec au centre un vieux briscard attachant dont on peut aisément saisir les motivations.

La traversée est lente, et composée de magnifiques tableaux, des plaines enneigées du Dakota aux déserts brulants du Mexique. Malgré cette temporalité, le sentiment d’urgence est là, présent, et l’incertitude quant au sort de Liza Jane investit progressivement le lecteur dans la quête de Morgan, qui mêle la détermination d’un Bryan Mills à la rugosité pleine d’amertume et de rhumatismes d’un Rooster Cogburn.

Il aurait été peut-être plus haletant de maintenir un flou plus important et un doute plus ambigu vis à vis du Ghost Kid éponyme, dont on ne doute finalement pas longtemps de l’existence réelle. Cela n’enlève rien à la qualité de la relation que met en place Tiburce Oger tout au long de l’album.

Son dessin est saisissant tant sur les plans larges, aux cadrages impeccables, que sur les cases plus intimistes, magnifiées par l’aquarelle. Les amateurs de western trouveront assurément dans Ghost Kid tous les ingrédients d’une bonne histoire !

****·BD·Jeunesse

Harald et le Trésor d’Ignir #2

Jeunesse

Second et dernier tome de la série écrite par Matthieu Brivet et dessinée par Antoine Brivet. 46 planches, parution le 08/01/2020 chez Bamboo Éditions.

La 13e guerrière

La vie n’est pas simple chez les Vikings. Entre les raids et les festins, ils doivent fréquemment repousser les cavaliers Magyars et se soustraire à toutes sortes de créatures magiques, en espérant conserver la faveur des dieux.

Harald en a fait la regrettable expérience, après avoir dérobé le joyau du trésor d’Ignir, redoutable dragon des mers dont le courroux n’a pas tardé à s’abattre sur son village. Pour récupérer son bien, Ignir a lancé sur le roi Dagmar, le père d’Harald, une sournoise malédiction qui le tue à petit feu.

Afin de le sauver et apaiser la colère du monstre, le jeune Viking va se lancer à la poursuite du joyau, dérobé par les brigands hongrois qui sillonnent les terres du Nord. Alors qu’Harald fait feu de tous bois en s’alliant avec une habile guerrière orientale pour retrouver le trésor perdu, la reine Silke, éplorée par la malédiction de son époux Dagmar, doit néanmoins protéger le trône de certaines convoitises.

Epic System

Matthieu Brivet utilise à bon escient le folklore et la mythologie nordiques pour créer un univers à la fois engageant, cohérent et varié. En effet, il joue la carte de la diversité en ajoutant à l’univers froid et rude des Vikings une touche subtile de différence et d’acceptation, sous la forme de l’envoûtante guerrière Sayaline, qui vient de la chaude cité Bagdad pour récupérer le joyau.

Ainsi dans ce second tome, alors que l’on pourrait s’attendre à un choc des civilisations, l’auteur nous surprend avec des regards bienveillants et curieux portés par chacun des protagonistes sur une culture qui leur est étrangère. Loin d’affliger l’œuvre d’une vision naïve, ce procédé nous rappelle que l’Humanité n’a finalement jamais prospéré que dans les échanges et la collaboration.

L’intrigue du diptyque reste donc bien ficelée, et sert très justement le dessin d’Antoine Brivet, qui donne corps à cet univers grâce à un trait assuré et lisible et des couleurs maîtrisées.

Une belle collaboration fraternelle que ce Harald et le Trésor d’Ignir, à lire sans hésitation !

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Les sisters #14: juré, craché, menti!

BD de Cazenove et William
Bamboo (2019), 48p., série en cours.

bsic journalismMerci aux éditions Bamboo pour leur fidélité.

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Le quatorzième album des Sisters propose quarante-trois histoires d’une page chacune avec pour thème assez bien respecté les mensonges de Marine, la petite « sister ». L’intérieur de couverture est dessiné et les deux dernières pages présentent des pub pour les albums jeunesse de chez Bamboo. A noter qu’outre les nombreuses adaptations en roman, albums issus de la série TV et autres goodies que l’éditeur est très fort pour développer, les deux auteurs ont transposé leurs deux personnages dans une série super-héroïque à la manière du Spif le spationaute de Calvin et Hobbes.

J’entends parler de la série Les sisters par ma fille (Talia qui participe aux rubriques l’Avis des kids) depuis pas mal de temps et profite de la sortie du dernier tome pour plonger dans cet univers de sales gosses qui rappelle bien sur Calvin et Hobbes, le Petit Spirou ou encore les Gnomes de Troy. A l’origine le dessinateur William croquait les bêtises de ses filles sur son blog, ce qui est devenu une BD puis un dessin-animé très populaire. La série est centrée sur les deux filles, Wendy la grande collégienne et Marine (ce qui fait W et M Résultat de recherche d'images pour "les sisters 14 juré craché"comme Mario et Wario…) la petite peste qui passe son temps à déformer la langue et à énerver sa grande « sister ». On est donc sur le format classique de l’humour avec une scène par page. Ce qui m’a marqué, outre l’humour évident, ce sont les références permanentes, tant aux BD des auteurs (la série Tizombi) qu’à la BD dans son ensemble. On trouve par exemple des figures familières dans le parc où se promènent les filles (un petit garçon et son chien roux et un autre blond avec un tigre…. ça ne vous rappelle rien?) et les coins supérieurs des pages sont habités par Puduk, le doudou de Marins qui vit des aventures parallèles et muettes à la manière de la coccinelle de Gotlib.

Alors après quatorze albums à recycler un concept c’est parfois redondant mais le format court évite l’essoufflement et si les dessins sont vraiment agréables et m’ont surpris par leur maîtrise, les blagues familières font mouche chaque fois notamment pour tous les parents qui y verront sans aucun doute une part de leur quotidien. L’univers familier autour des licornes ou du pied nu de Marine participent au plaisir de lecture. Généralement dans ces séries au long cours tant que les auteurs se font plaisir ça marche, et avec les Sisters ça semble être le cas!

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Marius #1

BD du mercredi
BD de Serge Scotto, Eric Stoffel et Sebastien Morice
Grand Angle(2019), 56 p., série en deux volumes.

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Merci aux éditions Grand-Angle pour leur fidélité.

Résultat de recherche d'images pour "marius morice"A l’initiative d’Eric Stoffel et Serge Scotto, la collection Marcel Pagnol en BD a vu le jour en 2015 et propose d’adapter l’oeuvre de l’écrivain marseillais. Onze albums sont déjà parus et la trilogie marseillaise dessinée par Sebastien Morice qui travaille pour la première fois sans son comparse Didier Quella-Guyot commence avec ce Marius, bonne occasion de profiter des superbes dessins, couleurs et lumière du dessinateur du Facteur pour femmes pour découvrir ce classique de la littérature française. L’album suit la ligne graphique de la collection et comporte une préface de Nicolas Pagnol (petit-fils ), un cahier graphique avec de supermes images préparatoires du dessinateur et des explications deux scénaristes sur le travail d’adaptation, enfin un récapitulatif des albums parus dans la collection.

Marius tient le Café de la Marine avec son père César… qui le trouve empoté et pas très professionnel dans le métier. Fanny n’a d’yeux que pour le beau Marius mais, courtisée par le riche Panisse s’efforce de rendre le jeune homme jaloux. Dans la torpeur marseillaise chacun pavane et discute à l’ombre des platanes une anisette à la main…

Résultat de recherche d'images pour "morice marius"Je n’ai jamais été très attiré par les adaptations littéraires, aussi c’est clairement Sebastien Morice, dessinateur découvert comme beaucoup sur le Facteur pour femmes, qui m’a amené à lire cet album. J’ai une tendresse pour son travail et notamment sa colorisation très lumineuse, lumière qui a dû jouer dans la proposition de l’éditeur de travailler sur l’univers de Pagnol. Pourtant l’auteur était sceptique, d’une part de partir sur une série (hormis Papeete 1914 en deux volumes il n’a fait que des one-shot), d’autre part car cette adaptation d’une pièce de théâtre est assez éloignée de ses habitudes et particulièrement difficile à mettre en image tant elle repose sur les dialogues et les espaces fixes. Pour celui qui nous a régalé de paysages insulaires, des landes bretonnes et de nature, cet album urbain a été une sacrée prise de risque, une mise en danger artistique comme on dit et rien que pour cela on peut le remercier car cela démontre un auteur qui évite le ronronnement.

… quand on fera danser les couillons tu ne sera pas à l’orchestre.

TMM_colo_Double_page_T1_extraitCet album est surprenant car c’est assez peu une BD… Les habitués de Morice seront perturbés par un découpage qui ne mets pas en valeur ses qualités en serrant le cadrage sur les seuls personnages et quelques plans de Marseille où le dessinateur peut se faire plaisir. Pourtant on ne peut pas dire qu’il ait chômé pour reconstituer la place et le vieux port à l’aide de documents d’époque et de structures 3D qui lui permettent de tourner sa caméra avant de dessiner ses scènes. Sur le plan documentaire (et j’ai ressenti que c’était cet aspect qui avait dû attirer Sebastien Morice) c’est une réussite. En revanche sur une adaptation théâtrale assez grandiloquente je ne suis pas certain qu’il soit le dessinateur le plus adapté, plus à l’aise dans les postures et la technique que dans les expressions des visages. Il en ressort une impression que le dessin apporte peu au texte.

Bonne mère, c’est un meurtre, mais c’est lui qui l’a voulu! Adieu Panisse!

Résultat de recherche d'images pour "morice marius"Est-ce dû au dessin ou au projet lui-même, je ne le sais pas. Car le texte, pour beaucoup repris mot pour mot de la source de Pagnol, est truculent, drôle, rythmé comme un ping-pong de comédie. On se plaît à voir ces personnages qui nous rappellent bien évidemment Asterix dans leur énormités et leurs abus. L’histoire est simple, simplissime, le cadre étroit, on est bien au théâtre. Les auteurs tentent bien par moment d’élargir le panorama sur les voiliers partant au Levant mais la totalité de leur intrigue reste centrée sur Panisse, Marius et Fanny. Si le plaisir de lecture est indéniable et les images jolies, mettre du théâtre en BD reste un exercice incertain. Ce diptyque aura le mérite de faire découvrir ou redécouvrir l’œuvre de maître Pagnol et peut être vu comme un acte pédagogique. Pour le reste le carcan de l’adaptation pour les scénaristes et le dessinateur les aura peut-être un peu trop freiné dans l’expérimentation et l’apport original. A voir si le second tome s’émancipera un peu de la pièce.

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BD du mercredi
BD de Duhamel
Grand Angle (2019), 72 p, one-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Bamboo pour cette découverte.

couv_371312La couverture hautement énigmatique ne nous dit pas si l’on a affaire à un délire sur le Loch Ness ou sur Internet mais donne bien envie d’ouvrir l’album, avec ses tons bleus que semble apprécier l’auteur. Ce dernier a inséré en début et fin d’ouvrage différents textes humoristiques présentant les avertissements « légaux » avant de lire l’album ou un florilège de pages web absurdes illustrant son propos sur Twi(s)tter. De petits bonus qui ne vont pas jusqu’au cahier graphique ou dossier mais sont bien agréables et prolongent l’immersion. Ça mets en bouche et j’aime ça.

Doug MacMurdock vit seul sa maison au bord d’un Loch écossais. Il est misanthrope et photographe amateur en mal de reconnaissance. Le jour où il décide de publier sur le réseau social Twister le cliché improbable d’une créature inconnue son monde bascule dans le grand maelstrom d’un monde médiatique en effervescence…

Résultat de recherche d'images pour "nouveau contact duhamel"J’ai découvert Bruno Duhamel sur Le retour, formidable biographie d’un artiste fictif revenant sur son île natale de Santorin. J’ai prolongé le plaisir sur son précédent album Jamais, jouissive rébellion d’une vieille aveugle refusant de quitter sa maison sur le poinds de effondrer avec la falaise… Avec cet auteur on est en terrain connu et l’on retrouve avec son Doug le même caractère bien trempé, un peu anarchiste, un peu violent, à la répartie cinglante et aussi prompt à se mettre dans la crotte que de conspuer les bassesses du genre humain. Certains auteurs nous lassent en donnant l’impression de recycler leur concept thématique et graphique; ce n’est pas (encore) le cas de Duhamel, notamment par-ce que sa passion se ressent à la lecture, avec une énergie que seul un Wilfried Lupano transmet aussi bien dans ses BD. J’avais déjà fait le lien entre les deux auteurs sur le personnage de Madeleine dans le précédent album et ici on prolonge cette proximité d’univers comme jamais: radicalité du personnage, trognes poilantes (le militaire cerné, j’adore!), propos politique subversif… les deux auteurs sont assurément cousins!

Aucune description de photo disponible.Graphiquement c’est très maîtrisé. Son style, issu du dessin d’humour, a évolué depuis quelques albums en s’affinant doucement vers plus de réalisme. S’il aime toujours autant nous pondre des trognes et regards très expressifs, tout est précisément dessiné, premiers comme arrières-plans avec un soucis du détail remarquable et des couleurs vraiment agréables. Duhamel est en outre un excellent scénariste qui gère son découpage très efficacement en jouant sur les césures de case, de page et ellipses qui accentuent les scènes drôles. Il semble tenir à se référer aux bibles de la BD d’humour puisque après le poissonnier d’Asterix dans Jamais, il nous introduit une scène de lama cracheur directement issue de Tintin.

Résultat de recherche d'images pour "nouveau contact duhamel grand angle"Duhamel est totalement dans le comique de situation, qui fonctionne absolument sur les deux premiers tiers de l’album. Dès que le héros disparaît pour nous montrer les conséquences de sa publication sur Twister on perd un peu l’effet comique pour quelque chose de plus attendu avec l’hystérie collective qui prends les différents groupes militants, avec un message plus ciblé sur Twitter. Du coup, si l’on comprend la nécessité de rentrer dans le cœur de son propos la machinerie comique se grippe un peu, ce qui m’empêche de laisser le cinquième calvin de notation que j’envisageais un long moment. On n’est donc pas loin du chef d’oeuvre sur la première partie, grâce à une succession de scuds verbaux et la constance du personnage à assumer son radicalisme. Si vous adorez le Pierrot des Vieux fourneaux précipitez-vous en écosse pour tâter la barbe de Doug. Si Madeleine est sa sœur, Doug est son fils spirituel!

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Après l’enfer

BD de Damien Marie et Fabrice Meddour
Bamboo (2019), 54 p., série en 2 tomes.

bsic journalismMerci aux éditions Bamboo-Grand Angle pour cette découverte.

couv_368329La couverture de cet album et le pitch l’ont envoyé directement sur ma page des albums les plus attendus… Elle va également illico dans mon top annuel 2019 catégorie Couverture tant cette image et le design du titre marquent et donnent terriblement envie de lire l’album! Bravo global pour cette composition à la fois esthétique et efficace… avec le risque que l’envie donnée ne soit pas totalement récompensée (j’y reviens plus bas). Hormis cela rien de particulier niveau éditorial.

La Guerre a duré quatre ans. Après un demi-million de morts et une politique de conquête sauvage de l’Union, le Sud est ravagé. Après cet enfer nombre de femmes se retrouvent seules dans ce qu’il reste de leurs grandes propriétés. La Loi n’existe plus et permet à des bandes de d’anciens soldats de mener des raids à la sauvagerie inouïe. Rescapées de ces massacres, Dorothy et la jeune Alice vont tenter de se reconstruire entre un monde mort et un imaginaire qui peut leur permettre une certaine résilience. Bientôt elles rencontrent des hommes. Abîmes, fuyant, semblant rechercher la même chose qu’elles. Mais peut-on leur faire confiance?

Résultat de recherche d'images pour "meddour après l'enfer"Damien Marie est une véritable découverte pour moi, n’ayant rien lu de lui et découvrant sur cet album un véritable talent d’écriture comme de découpage. Cette histoire n’était en effet pas simple à développer et très piégeuse. Les histoires de survivants de la guerre, les horreurs de la Guerre de Sécession, ont été beaucoup traités, de même que les variations plus ou moins pertinentes et réussies sur les classiques de la littérature imaginaire. Ici Dorothy et Alice font bien évidemment référence aux pays des Merveilles et d’Oz. L’intelligence de l’auteur est d’utiliser subtilement les références sans tomber dans des liens forcés. Car son histoire est originale et n’a pas vocation à reprendre celles de Lewis Carol et de Lyman Frank Baum. Elle sert de vecteur pour comprendre le traumatisme de la petite fille et son refuge dans un monde imaginaire apaisé. Par moments Marie pose un chat (que l’on suppose de Cheshire), un chien ou un Chapelier… qui restent des habillages, des coloration pour ce qui est le récit dramatique d’une fille violée après le massacre de sa famille. L’Enfer du titre est cette Amérique des Etats du Sud dont les yankees cherchent à se venger en déchaînant les atrocités partout. Comme s’il ne devait rien rester de cette culture certes esclavagiste mais réelle.

L’enfer s’est construit jour après jour, livrant le Sud à la cendre…

La qualité première de cet album est donc ce réalisme qui ne cherche pas à atténuer la dureté des évènements mais sait subtilement suggérer l’indicible, que ce soit graphiquement, par un découpage inventif et élégant (comme cette flaque en première page qui crée un miroir entre deux mondes) ou par le texte très agréable. Sous la forme d’une pseudo-chasse à l’or de soldats rebs blessés et démobilisés qui rencontreront les deux filles, les auteurs nous montrent des gueules cassées, des humains ayant vécu les uns le front et les mutilations, les autres la barbarie de l’arrière, qui ne souhaitent qu’à trouver la paix. Le chêne de l’histoire est Dorothy, que Fabrice Meddour prend plaisir à dessiner et dont l’inspiration a créé cette magnifique couverture. Plus âgée que la fillette, elle est la seule qui semble parvenir à gérer son trauma et réagit dans ce monde ravagé en prenant son destin en main. La galerie de personnages est intéressante, étonnante lorsque l’on s’attend à voir les hommes se défendre de l’agression d’un chefaillon bleu ou lors de la rencontre avec Dorothy. Car si l’aspect de cette équipée reprend les codes du western avec une définition graphique assez simple, ce qui intéresse Marie et Meddour c’est comment on parvient à s’échapper sans tomber à son tour dans la sauvagerie, sans se méfier de tout le monde.

La reine et le chapelier ont trahis les leurs pour rejoindre le sorcier

Résultat de recherche d'images pour "meddour après l'enfer"Pour représenter ce monde d’après, Fabrice Meddour propose des tableaux très élégants, en couleur directe avec des choix monochromes variés selon les ambiances et irruption de couleurs vives par moments. Cela permet d’illustrer un monde terne, où la vie semble s’être échappée, comme un voile dressé par ces survivants sur une réalité trop dure. J’avais découvert cet auteur à la même époque que les premiers albums de Luc Brunschwig, sur Le temps des cendres, où j’avais beaucoup aimé son style. Je suis surpris de voir que les faiblesses techniques de l’époque sont toujours présentes, notamment sur les visages et anatomies en situation d’action. Comme chez Perger ou Nguyen cela s’explique en partie du fait de la technique utilisée (qui exclue pratiquement les encrages) qui rend compliquée une grande précision sur les petites cases. Car Meddour sait pourtant dessiner et propose des planches superbes, sensibles et magnifiquement colorisées. Il n’est pas le plus techniques des dessinateurs BD mais propose un design agréable et qui dégage une certaine élégance. Autre détail dommage: les onomatopées sont étonnamment imprimées informatiquement en contradiction avec l’aspect très artisanal de l’album. Dommage.

Vos cicatrices vous vont bien Hunk…

Sur le premier tome de ce diptyque au sujet très intéressant, sensible et particulièrement bien écrit, les auteurs nous proposent une vision originale de l’après guerre, une histoire de survivants à la fois dure et sensible, un bel objet où l’on ressent le plaisir et l’investissement des auteurs. Je le conseille.

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De mémoire

BD d’Eric Corbeyran et Winoc
Bamboo (2019), 70 p., one-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Bamboo-Grand Angle pour cette découverte.

couv_368652La couverture de cet album et le pitch l’ont envoyé directement sur ma page des albums les plus attendus… Elle va également illico dans mon top catégorie Couverture tant cette image et le design du titre marquent et donnent terriblement envie de lire l’album. Bravo global pour cette composition à la fois esthétique et efficace… avec le risque que l’envie donnée ne soit pas totalement récompensée (j’y reviens plus bas). Hormis cela rien de particulier niveau éditorial.

Nick est hypermnésique. Il possède une mémoire totale: il se souvient de tout, n’oublie rien. C’est handicapant et l’oblige à organiser sa vie sous ce qui ressemble à des TOC, le rendant particulièrement instable professionnellement et émotionnellement. Un jour il est enlevé, pour ses capacités hors norme…

Résultat de recherche d'images pour "winoc de mémoire"Eric Corbeyran fait partie des vieux briscards du scénario de BD. Il connait son métier et nous propose avec De Mémoire une histoire remarquablement ficelée sur un pitch redoutable. Tout dans cet album tend vers le thriller, de la couverture au déroulement progressif, structuré entre maintenant et l’enfance, avant l’accident que nous montre la couverture. Or s’il en a les habits cet album n’est pas un thriller mais plutôt la chronique d’une vie compliquée pour cet homme qui a perdu son père très jeune et doté de capacités que beaucoup voient comme un super-pouvoir mais que lui tente plutôt de gérer en en atténuant les effets. Sorte de chronique psychologique, De mémoire évite tout ce qui pourrait l’amener vers une BD grand public. Pourtant de l’action il y en a, que ce soit dans la mise en scène ou l’intrigue même. Mais les auteurs s’attachent plutôt à nous présenter la vie sentimentale de Nick, en couple libre avec sa psychiatre, la seule à même de le comprendre et de l’aider. Cette histoire est touchante car elle évite le misérabilisme très français en nous montrant un homme en pleine possession de ses moyens, que sa spécificité rend aussi fier que compliqué. Nick n’a pas réellement de problématique et c’est peut-être cela qui crée un étrange sentiment d’entre-deux à la lecture. L’on ne saurait dire s’il s’agit d’une volonté de Corbeyran de déstabiliser son lectorat par un traitement assez expérimental (on pense par moment aux rythmes d’un Gibrat sur Léna, sorte de thriller politique contemplatif). Comme en structure juxtaposée, le drame est apporté par la partie Passé, qui remonte jusqu’à nous pour nous révéler en fin d’album l’origine de l’hypermnésie de Nick et en quoi son enlèvement est lié à ses parents.

Clipboard01On ne peut pas dire que cela soit un défaut tant la maîtrise de la progression dramatique, des dialogues et des scènes est évidente et efficace. On a plaisir à voir cet esprit libre changer de job comme de chemise, incapable de s’inquiéter et honnêtement heureux avec sa chérie. Tout en détachement, Nick envoie des réparties décalées que seul le lecteur, complice, peut saisir et qui laissent ses interlocuteurs intrigués. Comme un film de genre à la française, De mémoire casse les codes. Selon le public que l’on est cela n’aura pas le même effet. Personnellement je vois le potentiel d’une grande série SF ou d’un thriller conspirationniste. Les auteurs ont plutôt opté pour une histoire simple, peut-être pas assez ambitieuse malgré les enjeux représentés par les recherches du père de Nick. La capacité de Nick pouvait permettre une revisitation su thème super-héroïque en mode réaliste. Plein de choses passionnantes que l’on n’a finalement pas et qui peut laisser un peu déçu.

Clipboard01Graphiquement, le dessinateur propose d’élégantes planches au trait fin et à la colorisation agréable. Si les personnages sont correctes, la partie technique (arrières plans, cadrage) est très réussie et participe à l’efficacité du récit. Les quelques scènes d’action sont très lisibles et l’album propose plusieurs visions graphiques vraiment réussies.

Cet album est donc un étrange objet qui intrigue surtout quand on sait l’attrait de Corbeyran pour le policier. J’ai été un peu frustré de voir ce potentiel bouclé (très convenablement) en un one-shot. Les lecteurs habitués aux BD psychologiques seront sans doute les plus satisfaits et surpris par ce scénario hybride. Les fans de thriller seront sur leur faim. La lecture n’en est pas moins très agréable, donnant envie d’avancer et sans accroc. Un travail très sérieux qui manque sans doute un poil d’ambition.

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