****·BD·Nouveau !·Service Presse

Astra saga #2

image-9
BD de Philippe Ogaki et collectif.
Delcourt (2022), 54p., série en cours, 2/7 tomes parus.

couv_453282

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance!

L’an dernier l’auteur des Mythics marquait les esprits avec le premier tome d’une trilogie SF très ambitieuse transposant dans le futur les mythes nordiques et l’esthétique napoléonienne impériale.

Astra Saga (tome 2) - (Philippe Ogaki) - Science-fiction [BULLES EN VRAC,  une librairie du réseau Canal BD]Si le premier volume cochait toutes les cases grâce notamment à une lisibilité scénaristique et une gestion de l’action parfaitement calibrée, le second tome a tendance à nous perdre à force d’aller-retours temporels. Prenant la forme d’un gros flashback nous menant à la grosse bataille spatiale qui ouvre le premier volume, la concentration demandée pour suivre les personnages, resituer leurs raisonnements et interactions (jusqu’à nous envoyer le méchant tantôt casqué tantôt découvert au point que l’on ne sait plus si son statut a été officiellement révélé ou non…) est assez fatigante. Le principe de l’épisode rétroactif est connu et fonctionne, pour peu qu’il ait sa propre linéarité. Ici on a le sentiment d’être dans une Inception, avec plusieurs trames temporelles. Était-ce volontaire dans une optique de retranscrire une relativité du temps liée à la structure de l’Espace-Temps très particulière de ce monde? Toujours est-il que cela complique la lecture pour pas grande chose et fait perdre de vue les grandes qualités par ailleurs de cette série.

Astra Saga tome 2 - BDfugue.comCar techniquement on reste sur le très haut niveau du volume précédent, avec cette envie évidente de batailles navales stratégiques qui flattent les rétines et restent faciles à suivre malgré la quantité d’éléments à l’image. Petite frustration concernant les adversaires: le noble séide de la créature antédiluvienne peine à apparaître et l’adversaire impérial inspiré des Ottomans n’est visible que via quelques soldats et vaisseaux. L’esthétique aurait mérité d’être transposée en SF et l’on aurait aimé voir des joutes politiques du côté des adversaires. Passons.

Ce volume suit donc ce héros bleu qui gravit les échelons de l’armée grâce à des capacités qui semblent lui permettre de résister à l' »épice » de ce monde, ce fluide issu de dépouilles antiques, ce sang qui donne son titre à l’album. Astra Saga T02 de Agnès Loup, Philippe Ogaki, Sanoe, Arturo Perez orts,  Guduf - Album | Editions DelcourtAlors que l’on découvre la source de ce fluide on est surpris par un scénario pas si manichéen lorsqu’il semble indiquer que cette guerre ancestrale qui a donné naissance au monde actuel ne s’est peut-être pas déroulée pour les raisons invoquées et suivant le déroulé connu… De quoi titiller notre curiosité plus loin dans l’idée d’une révélation sur la source des Mythes, sujet toujours passionnant. Heureusement, l’auteur indique un projet en sept tomes, ce qui laisse du temps pour recadrer un peu ces quelques réglages et surtout développer un univers foisonnant au potentiel énorme.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

*****·BD·Nouveau !·Service Presse

Astra saga #1

BD du mercredi
BD de Philippe Ogaki
Delcourt (2021), 54p., série en cours.

couv_432441

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance!

Des éons après le Ragnarök qui vit s’affronter les Ases aux titanesques géants, l’empire galactique s’est hissée sur les ruines fumantes des trois réalités. Dans ce système féodale organisé autour d’une complexe diplomatie entre grandes maisons le destin des jeunes princes n’est pas forcément plus envieux que celui des orphelins de la plèbe. Lorsqu’un croiseur spatial renfermant un précieux chargement est attaqué se révèlent des forces issues de l’ancien temps et bien décidées à reprendre leurs droits sur l’univers…

Coup de coeur! (1)

Le space-opera, tout le monde en a plein la tête et fantasme dessus, et pourtant on a presque autant de déceptions que d’albums du genre… Sans doute parce que comme toutes les envies graphiques, on oublie souvent que toute bonne histoire se doit d’avoir un fond. Et l’on pouvait craindre avec Astra Saga soit un projet jeunesse aux inspi manga soit une énième série Delcourt qui ferait passer la forme avant le fond. Or c’est tout le contraire puisque ce premier tome nous colle d’entrée de jeu une claque inattendue où dès l’intérieur de couverture on comprend que le projet est vaste…

Là où certains se seraient contentés de transposer le Ragnarök dans l’espace, Philippe Ogaki (formé à l’école du scénario par un certain Fred Duval, summum de l’intelligence dans la BD SF) ne prend que cette inspiration pour reconstruire un espace original appuyé sur une base historique et cosmologique solide. On comprend la citation de l’Or du Rhin de Wagner, on saisis aussi une envie de stratégie galactique issue du manga Les Héros de la galaxie mais aussi de complexesastrasaga - Explore | Facebook relations dynastiques tout droit empruntées à notre XIX° siècle européen. D’ailleurs le formidable design SF vaguement steampunk arrive à s’inspirer des costumes de dragons impériaux de Napoléon en les rendant diablement classes dans le vide spatial et leur aspect futuriste. Appuyé sur un outil 3D qui lui permet de composer avec précision de dantesques confrontations navales en orbite planétaire, Ogaki nous plonge d’office en grand écran dans un rêve de geek totalement immersif et remarquablement composé qui nous rappelle l’orgie de l’introduction de StarWars Episode III…

De l’action il y en a à revendre dans ce premier tome d’Astra Saga, mais également des dialogues ciselés et élégants autour de personnages bien construits. On navigue ainsi entre cette trame principale autour de l’attaque d’une flotte renfermant un trésor, et plusieurs trames alternatives suivant de jeunes nobles que le destin va faire s’émanciper des rails familiaux. A l’heure de la sortie de la nouvelle adaptation de Dune on ressent bien entendu l’influence élégante du chef d’œuvre de Frank Herbert au travers du cet équilibre féodal entre Empereur et seigneurs plus ou moins éloignés du Centre, alors que les voies de navigation spatiale (sur un concept très inintéressant, vous verrez) rendent les échanges capricieux. Que ce soit cette escouade de dragons bad-ass surgie au début de l’histoire ou ces jeunes héros que le caractère bien trempé nous donne envie de suivre, on se fait balloter avec plaisir entre plusieurs intrigues liées, plusieurs environnements très différents et réunis dans une envie d’esthétique grandiose par l’auteur et qui rappelle le chef d’œuvre méconnu des Wachowski, Jupiter Ascending. (sur lequel a travaillé l’immense designer George Hull… avant de participer au Dune de Villeneuve).

Saga épique impériale entre Wagner et Dune, la nouvelle série de Philippe Ogaki est un choc SF aussi bien écrit qu’esthétique et a tout pour devenir une des grandes séries spaceop des prochaines années. ne boudez pas votre plaisir et lancez vous à l’assaut des étoiles!

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1