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Monstress t2

Chronique publié comme Superlecteur Iznéo.

dq7funkapfhvy4msz4i698mlock301x450Demi-loup a réchappé à ses poursuivants et fait « connaissance » avec le démon qui l’habite. Elle part en terres arcaniques où d’anciens amis de sa mère lui apprennent qu’elle peut en savoir plus sur son passé et sur le mystérieux masque en se rendant sur l’ile des os…
Monstress est un étonnant alliage du manga (les deux auteures sont d’origine asiatique) et du comics, exploitant un très large format (plus de 160 pages couleur par album) pour développer un univers de magie très original. Si le T1 demandait une grande concentration de part la quantité d’informations sur les factions et sur le monde présenté, le second volume suit une trame plus linéaire et donc plus lisible. Le design général des monstres comme des arcaniques est toujours aussi fascinant, l’illustratrice reprenant le thème des hommes-animaux, avec le plaquage de superbes textures informatiques qui fait la marque visuelle de cette série. Si les arrière-plans et décors sont un peu délaissés comme sur beaucoup de BD américaines et japonaises (du fait de la pagination très volumineuse), nombre de cases voir de pleines pages sont magnifiques, rappelant par moment la foison des BD d’Olivier Ledroit. L’ensemble demande du reste une attention particulière, tant visuelle qu’intellectuelle étant donné que le nombre de textes reste important. Ainsi Monstress s’adresse en priorité aux adultes, ne serait-ce que par la violence de certaines séquences. L’édition française suivant de près l’édition américaine il est probable que les aventures de Maïka demi-loup durent encore quelques années étant donnée la tournure prise par l’histoire à l’issue de ce second volume. Les amateurs de mondes complexes, des mythologies de fantômes et dieux-démons chinois adoreront.

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BD

Shi

BD de Zidrou et Homs
Dargaud (2017)shi-tome-1-au-commencement-etait-la-colere

Fabrication Dargaud classique incluant dans la première édition un cahier graphique présentant le travail sur la couverture. Élégante tranche et 4° de couverture avec indication d’un cycle en 4 tomes (format idéal pour éviter de tomber dans la machine à Cash éditoriale), l’éditeur se calant sur la pratique de Rue de Sèvres, en espérant que cela fasse tache d’huile. La couverture n’est pas la plus manquante du moment mais reste efficace.

L’intrigue de Shi alterne entre aujourd’hui et le Londres victorien, où l’on suit la quête d’une jeune et belle aristocrate fille d’un redoutable militaire de Sa Majesté, pour retrouver une asiatique intrigante que sa route a croisé lors d’une visite à l’exposition universelle… Les auteurs utilisent cette mise en place pour nous dévoiler une haute société centrée sur son succès et écrasant la misère du monde de leur dédain. Une société décadente et flamboyante à la fois, où seule la réussite et le respect des normes sociales ont de l’importance. Le travail ethnographique est fort réussi et l’immersion shi-t-1-au-commencement-c3a9tait-la-colc3a8re-zidrou-homs-bc3a9bc3a9-mortau sein de ces salons brillants est saisissante. L’on est pas loin de ce que propose la série « The Knick » sur ce plan, entre le conservatisme des élite et une modernité explosant dans un empire au faîte de sa puissance. N’attendez pas de savoir de quoi il retourne dans ce tome introductif et laissez vous simplement porter par une description et des dialogues très inspirés et surtout par le trait magnétique de l’espagnol José Homs.

cy7rgkzxgaiizufEncore une découverte ibère qui va alimenter ma théorie de l’école hispanique… Ce dernier a surtout officié sur l’adaptation de Millenium, dont le style m’avait intrigué à l’époque. Je regrettais sur de précédentes critiques de Comics le caractère non fini ou faibles techniquement de pas mal de productions outre-atlantique, et l’on peut sans soucis comparer ici avec une technique irréprochable et des encrages extrêmement élégants. Les arrières-plans et personnages sont détaillés et l’artiste se plait autant à dresser des trognes libidineuses que de charmantes demoiselles dévêtues. Tout ça a du style, de l’élégance, du dynamisme, bref, du talent. Les personnages sont tous extrêmement charismatiques et différents dans leurs traits et Homs nous croque avec une aisance incroyable les mimiques de ses héros. Tout cela nous donne envie de connaître vite la suite d’une série qui a tout pour réussir, probablement bien au-delà du premier cycle annoncé. Bravo les artistes, ça c’est de la BD!

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Fiche BDphile

 

Graphismes·Manga·Rétro

Cyber Weapon Z

Manga chinois d’Andy Seto
Tonkam (1995).

cyberweaponz1_16052004Qui se souvient de Tonkam, le libraire-éditeur de la rue des Ecoles qui œuvra a peu près autant que le grand Glénat pour faire connaître le manga et son univers culturel aux français ? Aujourd’hui absorbé par Delcourt, Tonkam a permis la publication d’auteurs majeurs comme Masakazu Katsura et, donc, Andy Seto sur le manga chinois Cyberweapon Z.

Ce « Manhua » (manga chinois) au titre improbable est une singularité dans l’édition de mangas en France et n’est plus édité aujourd’hui (mais on peut trouver la collection des 10 volumes en occasion sur le Bon coin ou les sites spécialisés). Sa principale qualité (outre sa longueur très raisonnable) repose sur ses graphismes tout en couleur directe (peinture). L’histoire est totalement banale (un traitre attaque le Temple de Shaolin, où sont réunies toutes les connaissances sur l’humanité et défendues par les techniques martiales ultimes…) mais guère pire qu’un Dragonball par exemple. On est dans le manga d’arts martiaux classique où l’on attend plus de beaux combats chorégraphiés qu’un scénario à la Hitchcock…

seto3Sur ce plan donc on en a pour son argent. Le type sait tenir ses pinceaux même si par moment la foison d’effets spéciaux et de couleurs peut gêner la compréhension des cases. Mais c’est flamboyant, ça castagne à coup d’attaques spéciales aux noms improbables et de méchants invincibles. Une très bonne lecture « plaisir des yeux » en somme, une curiosité y compris pour le travail de fabrication très particulier de Tonkam, assez luxueux (rabat souple, pages de papier transparent et plein d’illustrations bonus). Attention cependant, la série étant assez rare, des coquins spéculent et les 10 tomes peuvent atteindre plus de 200€…

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Fiche BDphile

BD·Graphismes·Manga

Le souffle du vent dans les pins

Album illustré de Zao Daocouv_2611002
Mosquito (2016)

Les éditions Mosquito sont un ovni dans le milieu de la bande-dessinée. Association 1901 sur le plan statutaire, tous ceux qui ont eu leurs albums entre les mains savent qu’il s’agit bel et bien d’un éditeur majeur de la BD hexagonale, à travers principalement l’édition de maîtres italiens (Serpieri, Toppi), mais depuis peu également par une ouverture sur la Chine avec en 2012 l’édition de La Vengeance de Masheng et  cette année la découverte d’une maîtresse du pinceau, Zao Dao.

Découvert à Angoulême sur le stand de l’éditeur, cet album n’est ni véritablement une BD ni un album graphique. L’éditeur explique qu’il a (avec l’accord de l’auteur) compilé une série d’illustrations de l’auteure ayant pour thème commun les légendes chinoises, afin d’en faire un récit cohérent avec l’ajout de textes. La conséquence peut être une narration difficile à suivre. Mais la cohérence graphique comble largement cet écueil et l’on est transporté de la première à la dernière page dans l’univers graphique de Zao Dao et des contes chinois, entre Princesse Mononoke et les illustrations « tribales » de Masamune Shirow (de Orion à ses Intron Depot). Attention, il ne s’agit bien entendu pas d’un livre pour enfants puisque les mythologies chinoises sont peuplées de démons, vampires et autres souffleventpins-1créatures démoniaques que le pinceau anime à merveille. La maîtrise des matières, encres et papiers donne un rendu exceptionnel à l’ensemble et l’on oublie bien vite un texte qui devient finalement tout à fait dispensable. Pour peu que l’on présente cet ouvrage comme un Art Book et non comme une BD, aucune hésitation à se procurer ce magnifique album.

Le livre est d’un format large, proche du carré, qui fait la part belle aux panorama et cadrages serrés des visages. La fabrication est solide et le travail d’édition sérieux, avec une impression extrêmement fine (imprimé chez Polygraph print, en Slovaquie), même en posant l’œil sur l’image. L’on souhaiterait une édition de luxe grand format sur papier brut qui trouverait à coup sur son public. L’éditeur semble avoir saisi tout le potentiel de l’auteur puisqu’un deuxième recueil, Carnets sauvages, sort en août.

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Fiche BDphile