BD·Service Presse·Nouveau !·Rapidos·***

Shaolin #3: colère aveugle

La BD!
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BD de Di Giorgio, Looky et Luca Saponti (coul.)
Soleil (2023), 48p., couleur, série finie en 3 volumes.

bsic journalismMerci aux éditions Soleil pour leur confiance.

 

La BD regorge de courtes séries de qualité qui semblent destinées aux bacs d’occasion à cinq balles. La faute à la profusion de sorties sans doute. Très mal présentée, la trilogie Shaolin s’avère n’être finalement qu’un prologue, ce qui permet de comprendre un peu mieux l’étonnante construction chaotique des albums et de son héros totalement insignifiant sur les cent-cinquante pages parues…

A cette première étape on voit se confirmer une grande cohérence dans la qualité comme dans les défauts des auteurs. Je ne reviendrais pas sur la partie graphique qui m’a parue très réussie et confirme le statut d’auteur à suivre pour Looky, porteur notamment d’un design en fantasy asiatique particulièrement attrayant en fusionnant l’exotisme fantastique des grandes saga à la Conan avec l’esprit extrême-oriental. Même s’il est plus à l’aise dans les panorama et scènes de batailles (donnant à certaines planches un esprit Warhammer du plus bel effet) que dans les gros-plans, le dessinateur apporte un vrai plus à cet univers avec ses encrages conséquents et un instinct de mise en scène sans faute.

Après une mise en place assez péchue bien que mystérieuse sur le tome un, une orientation vers l’action avec la fort réussie guerrière Yuki (qui ressemble plus à une héroïne que Nuage blanc), ce volume de « conclusion » développe de grandes batailles au sein d’une montagne enneigée avec un traitement chronologique qui laisse perplexe. Car à force de garder le mystère de Nuage blanc dans l’ombre et d’ouvrir de petites portes à chaque album le scénariste agace un peu en refusant de nous révéler qui sont les personnages importants, qui sont les méchants, qui sont les héros. La trame principale est pourtant révélée avec ce roi maudit qui abusa du pouvoir de l’Arme tombée du ciel et ce obscure confrérie chargée de cacher cet artéfact. Mais si la chasse à laquelle se résume l’album est claire et très lisible, les interactions et rôles restent bien brumeux, voir incohérents par moments. En annonçant plus clairement une saga en plusieurs cycles l’éditeur aurait permis d’apprécier cette brique introductive pour ce qu’elle est. A défaut il prend le risque de rater son lectorat et d’avorter une série qui a un vrai potentiel. Avec des défauts certains sur le plan de sa construction mais beaucoup d’atouts dans sa manche, Shaolin mérite de poursuivre les aventures de Nuage blanc (… et de Yuki!) et d’attirer votre curiosité.

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***·BD·Nouveau !·Service Presse

Total Combat, round 1

La BD!

Premier tome du diptyque crée par Jack Manini, parution le 03/03/2021 aux éditions Grand Angle.

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Merci aux éditions Grand Angle pour leur confiance.

T’ar ta gueule à la récré

Jimmy Perez est un jeune homme à l’avenir prometteur. Pratiquant assidu des Arts Martiaux Mixtes (MMA), il s’entraîne ardemment sous la houlette de son coach, aux côtés de son ami Esteban. Les deux compères sont mus par une saine émulation qui les pousse à se dépasser pour s’attirer les faveurs de Jazlyne, la fille du coach.

L’entraîneur sent que le moment est venu pour ses poulains de jouer dans la cour des grands. Toutefois, seul le meilleur d’entre eux pourra disputer un match dans l’octogone face à l’ancien champion Brent Duty. Suite à un concours de circonstances, c’est Jimmy qui s’y colle, et crée la surprise en terrassant Duty dès le premier round. L’ascension ne fait que commencer pour le jeune Pérez…

Bien qu’il ne puisse pas partager sa joie avec son Grand-père, qui ne doit rien savoir des prouesses martiales de son petit-fils adoré, Jimmy peut néanmoins savourer sa victoire dans les bras de Jazlyne, si tant est que le coach accepte de leur donner sa bénédiction.

Malheureusement, le bonheur sera de courte durée pour le jeune combattant. Terrassé non pas par les poings d’un adversaire transpirant, mais par une méningite foudroyante, Jimmy va frôler la mort pour n’émerger qu’après un long coma qui l’aura privé d’une partie de ses fonctions psychomotrices. A son réveil, il apprend que Jazlyne a succombé au même mal, et que son grand-père a tout perdu en essayant d’assumer les frais médicaux.

Rocky bat le boa

D’outsider à challenger, Jimmy a fini par dégringoler au statut d’underdog, dans une situation pire qu’au départ. Ses capacités d’antan envolées, Jimmy doit réapprendre à marcher, à parler, bref, à vivre. Mais avec le soutien de son grand-père, le jeune homme prouve qu’il n’est pas qu’un combattant dans la cage, c’est aussi un bagarreur de la vie, qui prend les problèmes un par un en leur cassant les rotules.

Le jeune Perez, armé de sa seule volonté, apprivoise de nouveau son corps, mais cela ne veut pas dire qu’il toujours ce qu’il faut pour être champion. Qu’à cela ne tienne, le Papy va remotiver son petit en lui révélant une partie de ses origines: il a le combat dans le sang, car son père, et son père avant lui, étaient des champions de Ju-jitsu brésilien, discipline qui domine le game lorsqu’on parle de MMA. Jimmy, qui découvre une nouvelle facette de l’ancêtre, s’entraîne avec lui, apprenant les arcanes d’un nouvel art. C’est alors que, poussé par la nécessité de faire bouillir la marmite, Jimmy rencontre un mécène fortuné amateur de combats en cage, qui va faire de lui son nouveau poulain.

Jack Manini livre ici un diptyque solo centré autour de sa passion pour le MMA. Vous vous en douterez, la thématique du jeune combattant sous-estimé, voire mésestimé, a déjà été traitée dans des films devenus cultes, et d’autres à la facture et à l’intérêt un peu moins certains. Toujours est-il que les films traitant du MMA sortis à ce jour ne se sont pas encore démarqués…

Le pari de Jack Manini n’était donc pas gagné d’avance, et l’auteur savait certainement qu’il lui faudrait miser sur une intrigue solide et un protagoniste attachant pour gagner l’adhésion du public. Il commence par la rivalité amoureuse en enchainant ensuite avec une brève romance pour finalement faire dégringoler son héros et le priver de tous ses espoirs: une tactique qui a fait ses preuves lorsqu’il s’agit de gagner du capital sympathie. Instinctivement, on a donc envie de voir Jimmy se relever et revenir dans l’octogone après avoir dépassé les pires obstacles.

Car là est le premier intérêt de cette première partie: confronter la figure du combattant à l’une de ses pires craintes, celle de ne pas être à la hauteur, celle d’être dépossédé de la force qui le définit en tant qu’être. Jimmy fait face assez dignement, et se remet d’ailleurs assez (trop?) rapidement de sa convalescence. Le cliffhanger de fin a un caractère surprenant, mais perd en vraisemblance lors d’une seconde lecture, à moins que l’auteur ait prévu son coup pour expliquer logiquement ce qu’il lance en fin d’album.

Graphiquement, Manini maîtrise son découpage, offrant des scènes de combat fluides qui n’ont rien à envier à des mangas comme Free Fight. En conclusion, Total Combat, malgré un titre un peu kitch et un pitch assez risqué, s’en sort avec les honneurs notamment grâce à la sympathie attirée par le personnage principal.

****·BD·Nouveau !·Service Presse

Les Lames d’Ashura

Histoire complète en 180 pages, écrite et dessinée par Baptiste Pagani. Parution le 29/01/2021 aux éditions Ankama.

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Merci aux  éditions Ankama pour leur confiance.

Les Larmes de la Chourave

Le vaste territoire de Kalandra a été modernisé par l’apparition du transport ferroviaire. Reliant des régions jusque-là isolées, le train a permis des échanges commerciaux autant que culturels favorisant l’essor du pays. Cependant, si les villes ont prospéré, les steppes ont continué d’accueillir les désœuvrés et des troupes de brigands se sont mises à écumer les rails pour dévaliser les wagons de passagers et de marchandises. 

Parmi les Lames d’Ashura, on ne trouve que des femmes, à l’exception d’Osman, l’un des enfants de la matriarche qui a donné son nom à la troupe. Pillardes sauvages et expérimentées, les Lames font trembler les armateurs de trains de tout le pays. Toutefois, malgré leur réputation de farouches pirates des rails, les Lames sont à l’aube de leur plus grand schisme, une discorde meurtrière qui mettra chacune d’entre elles à l’épreuve. 

Parmi les héritiers potentiels d’Ashura, on trouve donc Osman, qui ne rêve que de quitter les steppes pour rejoindre une troupe de danseurs, Shota, au caractère spartiate et inflexible, et enfin Ikari, baroudeuse bravache et impétueuse. Le schisme prendra forme lorsque Ashura, souhaitant partir avec les honneurs avant de laisser les rênes à l’une de ses filles, va mettre sur pied une attaque ambitieuse visant une icône religieuse en or. 

Pour Shota, fervente adepte du Tigre Blanc de Duraga, c’en est trop: se retournant contre sa mère, elle provoque un putsch matricide qui aura de lourdes conséquences sur l’avenir du clan.

Alors on danse

A première vue, l’intrigue des Lames d’Ashura est en trompe-l’œil.  L’on pourrait croire le scénario centré sur Osman et son ardent désir de quitter la piraterie pour devenir danseur et vivre son rêve. Ici, pourtant, point de Billy Elliot: les camarades/sœurs d’Osman portent toutes d’emblée un regard, au pire, amusé, au mieux, admiratif sur les talents du jeune homme, qui les divertit soir après soir grâce à ses prouesses. 

L’auteur choisit donc de se départir d’une source d’opposition qui aurait pu justifier à elle seule une histoire et consacre avant tout son exposition à la découverte de l’univers fictif de Kalandra, sorte de melting-pot de plusieurs influences indo-asiatiques.

Loin de mettre le focus exclusif sur Osman, le récit devient rapidement choral, tentant de retracer les parcours fracassés de la fratrie d’Ashura, dont les membres vont s’entre-déchirer dans une thématique tout à fait shakespearienne. Alors que le pitch initial promet à Osman un conflit de loyauté, entre sa passion et sa famille, à aucun moment le jeune danseur androgyne n’a à faire de choix cornélien entre ces deux items d’égale importance pour lui, ce qui relègue finalement la passion d’Osman à un second plan, forçant Baptiste Pagani à compter en priorité sur les lignes externes d’antagonisme, à savoir la guerre entre Shota et Ikari. 

En revanche, si l’accomplissement du rêve d’Osman (intégrer la troupe du Samsara) se fait sans belligérance, il conserve un certain prix pour le héros, ce qui nous laisse penser que l’auteur n’a pas complètement perdu de vue ses thématiques. On regrette néanmoins le caractère somme toute passif du brigand-danseur, qui subit la plupart des événements durant la grande majorité de l’album (excepté lors du final où il fait un choix important).

D’un point de vue graphique, Baptiste Pagani assure avec brio une partition maîtrisée dont on perçoit sans peine l’empreinte nippone. On s’étonnera simplement dans certaines cases d’un trait plus « relâché« , sans doute du à la charge de travail importante que représente un album solo. 

Grâce aux Lames d’Ashura, Baptiste Pagani confirme son talent d’auteur complet, même si cet album laisse le lecteur sur sa faim quant aux conflits plus intimes qu’il aurait pu développer pour gagner en profondeur. 

***·Comics·Nouveau !

The shaolin cowboy #3

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Comic de Geof Darrow et Dave Steward (coul.)
Futuropolis (2020) – Burlyman (2004-2007) – Dark Horse (2015-2018), 3/3 albums parus.

Pour l’historique de publication je vous renvoie au billet des deux premiers tomes. Ce dernier ouvrage confirme le magnifique travail éditorial de Futuropolis. Contrairement aux deux précédents, celui-ci se concentre exclusivement sur de la BD et n’ajoute qu’une grosse galerie d’illustration originales en fin d’ouvrage (avec notamment un dessin de maître Moebius!).

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Laissé pour mort après son combat contre la horde de zombies, le Shaolin Cowboy doit pourtant se resaisir  car le Roi Crabe le recherche activement et la vie du Shaolin cowboy dissolue dans les affres de la matérialité lui a créé beaucoup d’ennemie. Beaucoup…

Comme il va être compliqué de constituer une collection pas trop chaotique avec cette série TOTALEMENT chaotique de Geof Darrow… Si le premier volume est ce qui s rapproche le plus d’une BD (et donc très clairement si vous ne devez investir que dans un tome c’est celui-là), si le second est un exercice de style, comme un carnet d’exercices anatomiques (… mais avec des zombies!), ce troisième et dernier volume, relativement proche de la parution originale, est un pahmplet contre une Amérique abhorrée, l’Amérique des rednecks, du smartphone, de la vulgarité… l’Amérique de Trump. Et comme d’habitude, avec son influence Métal Hurlant, sans aucune retenue et un mauvais goût affirmé, Darrow se met au niveau de sa cible et envoie du pâté. L’histoire est simple: le Shaolin Cowboy est en très mauvais état et va devoir se tapder deux derniers adversaires pour en finir: un cochon géant ninja dont le Cowboy a tué la mère et le Big Boss, le crabe shaolin, décité à se venger… Comme l’histoire on s’en fout, elle pourrait bien continuer éternellement comme nous l’indique la fin. Bref.

Si cet album se suit plus facilement que le second, il est un poil décevant niveau combat arès un meurtre de vautour digne du héros. Car Darrow a surtout envie de se défouler sur une Amérique dépeinte comme un immnse tas d’immondices parcouru par des enseignes de magasins de cul et habité par des beaufs tatoués et bardés d’armes. Tout est dégueulasse sur ces planches toujours monstrueuses de détails… Le grand n’importe quoi se poursuit donc mais en un poil moins classe que sur le premier où les chorégraphies avaient sommes toutes de la gueule! Ici l’amusement vient de la critique omniprésente pour un pays qu’il rejette en masse et à la grosse Bertha. Du coup les Comic The Shaolin Cowboy: Who'll Stop the Reign? issue 2derniers combats semblent un peu futiles par rapport à ce qu’on a pris dans les dents jusqu’ici. Alors ok le cochon est énorme et lance des pets toxiques (oui, oui!) et S.C. joue du nunchak’ avec deux clébards aux pattes en couteaux (hum…), mais question action Darrow a fait mieux.

On ne peut pourtant pas dissocier cette trilogue superbement éditée par Futuropolis et mise en couleur par Dave Stewart tant chaque volume reflète à la fois une envie de l’auteur et revêt un aspect très différent. Les amoureux du graphisme et de la radicalité de l’auteur prendront un immense plaisir à parcourir cette odyssée (Darrow parle de ballade sur la longue interview qu’il a donné au site 9° art et que je vous invite vivement à lire pour comprendre le personnage). Les moins fans pourront donc en rester au premier tome déjà bien foutraque et, donc, le meilleur.

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***·BD·Nouveau !·Service Presse

Shaolin #1: l’enfant du destin

La BD!
 
BD de Di Giorgio, Looky et Olivier May (couleur).
Soleil (2020), 48p., couleur, 1/3 volumes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Soleil pour cette découverte.

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Le monastère des sept royaume abrite une communauté de jeunes moines shaolin passant leur journées à l’entraînement. Nuage blanc est persécuté parce qu’il est étranger, orphelin… et parce que ses visions le rendent inquiétant pour les autres élèves! Il va pourtant bientôt apprendre qu’il est lié à une prophétie, alors qu’à l’extérieur de redoutables combattants se mettent en chasse d’un orbe détenteur d’un bien terrible pouvoir…

Cette belle couverture au logotype efficace a attiré mon intérêt alors que je n’ai jamais lu d’album des deux auteurs qui ne sont pas à proprement parler des débutants. Jean-François Di Giorgio a une vingtaine d’albums dans sa bibliographie et reste en terrain connu puisque son nom est rattaché à sa grande série Samurai, série concurrente chez Soleil du Okko de Hub sorti chez Delcourt la même année, à l’époque où les deux maisons se disputaient le secteur de la BD ado et fantastique. Looky est un autodidacte (j’aime les autodidactes parce qu’ils progressent sans arrêt!) qui s’est étrangement spécialisé dans des réinterprétations de contes et histoires célèbres, sans être resté particulièrement fidèle à une maison d’édition. En parcourant des galeries de ses albums j’ai été marqué par l’évolution non linéaire de son style, passé d’un classique de la BD à la Lanfeust à ses débuts à des planches impressionnantes sur la version SF d’Heraklès de Morvan, avant de revenir à une technique plus habituelle.

Cela se ressent en parcourant les planches très agréables de Shaolin, réhaussées par une colorisation plutôt chatoyante grâce à un choix de teintes élégant malgré un aspect final où ressort le numérique. Pour une BD de ce type ce n’est pas dérangeant. Surtout, le gros point fort des planches sont la finesse des décors, qui sont souvent le parent pauvre de la BD à l’heure des fournées pléthoriques hebdomadaires. Looky est très pointilleux sur ses arrière-plans alors que ses personnages sont encrés avec des traits un peu épais et ont d’étonnants problèmes techniques, surtout quand on voit la qualité sur de précédents albums. Très surprenant et assez inexplicable. Attention, la maîtrise générale est de très bonne qualité, les planches lisibles et par moment très agréables mais ces quelques soucis intriguent et rendent les scènes d’action pas aussi percutantes qu’elles auraient dû l’être. Un manque de temps? Sans doute…

Niveau scénario c’est plutôt surprenant puisque ce tome qui n’est pourtant pas avare en action et en révélations sur le contexte enchaîne les expositions d’un certain nombre de protagonistes en laissant à peine connaître le héros et en coupant le récit. Chacune des séquences est très inattendue dans son dénouement et l’on se retrouve vite intrigué malgré le peu de temps laissé à la découverte. Du coup l’album se lit assez rapidement jusqu’à une dernière planche destinée à lancer les aventures de Nuage blanc… que l’on n’aura finalement très peu vu et connu. L’album a ainsi les défauts de ses qualités, avec une réelle originalité dans un déroulé qui sait surprendre (cela n’est pas si fréquent!), un rythme tendu et des personnages qui savent nous accrocher mais aussi l’impression de n’avoir lu qu’un agréable prologue pour une histoire qui doit se conclure dans deux albums. Laissons les auteurs le bénéfice d’une belle exposition plus portée par des personnages secondaires que par un héros absent et profitons des superbes chateaux et paysages proposés par le dessinateur.

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****·Comics·Nouveau !·Un auteur...

The shaolin cowboy #1-2

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Comic de Geoff Darrow
Futuropolis (2020) – Burlyman (2004-2007) – Dark Horse (2015-2018), 2/3 albums parus.

L’histoire éditoriale de cet OBNI est aussi complexe que le dessin de son auteur… Le premier volume de cette édition a été publié chez Burlyman avec une traduction chez Panini en 2008-2009). Le second volume correspond à la suite directe publiée chez Dark Horse (2015). Le troisième volume (à paraître) intitulé « qui arrêtera leur règne? » est également paru chez Dark Horse en 2017. Les éditions reliées des trois volumes sont parues chez Dark Horse (le premier après les deux autres…) et correspondent à cette édition Fututopolis. Le premier volume a été nominé aux Eisner Awards pour la meilleure nouvelle série, meilleur dessinateur, meilleure couleur. Darrow a obtenu un de ses trois Eisner sur ce tome comme meilleur auteur réaliste.

L’édition proposée par Futuro est franchement royale avec de magnifiques volumes au papier épais et du contenu additionnel. Cela aurait été parfait su l’éditeur avait eu la bonne idée d’un texte explicatif au premier volume aidant le suivi sur les trois tomes. On est un peu abandonné dans le cerveau fou de Darrow

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Le Shaolin cowboy parcourt les terres désertes d’une Amérique réactionnaire, déchue et parsemée de créatures improbables. Sur son mulet à casquette bavard et équipé d’un arsenal improbable, il affronte tout ce que le monde fait de timbrés et de démons… pour sauver sa vie. Et la philosophie on y pensera plus tard…

SNEAK PEEK: Darrow's Original SHAOLIN COWBOY Back in Print | 13th ...Geoff Darrows appartient à une mouvance d’illustrateurs nés au mauvais endroit! Avec les Richard Corben (Grand prix d’Angoulême 2018), Simon Bisley et ses peintures barbares dantesques qui ont influencé notamment Olivier Ledroit, l’italien Liberatore , la mouvance ultra-réaliste trash japonaise, et plus récemment les albums d’Eric Powell il fait partie des auteurs en liberté totale dont l’amitié avec Moebius n’est pas anodine tant son travail semble tout droit sorti du magazine Métal Hurlant. Son nom est sorti du cercle des initié en 1999 lorsque les sœurs Wachowski l’embauchent avec les yeux de Chimène pour mettre en place l’univers visuel et le storyboard des films Matrix. Quand on voit la finesse de son travail on les comprend…

Ce double album (j’y reviens) est un trip sous acide, un mélange entre le artbook déchaîné d’un auteur maniaque, le storyboard détaillé d’un film d’animation qui n’existe pas et une grosse farce sacrément gonflée. Ne cherchez pas de message, de sous-texte ou je ne sais quelle vision! Geoff Darrow utilise son Shaolin Cowboy pour latter du gang dégénéré, du zombie, du requin géant et du cadavre possédé… Vaguement frustrant du fait de la structure totalement apocalyptique du « récit », l’ouvrage est d’une générosité graphique folle car l’auteur ne connaît pas la contrainte. Ainsi le second volume, outre un texte de trois pages relatant des évènements potentiellement précédents et une nouvelle de soixante pages en fin d’ouvrage, reprend le récit au travers d’une sidérante séquence de démontage de zombie sur… cent pages! Cent pages muettes de baston virtuose, le plus long plan séquence de l’histoire du cinéma qui n’en est pas un, bref, quelque chose de jamais vu et qui ne sera certainement jamais refait. Gonflé, d’une précision diabolique, un peu lassant au bout de cinquante pages, mais quelle expérience!

Shaolin Cowboy #01 by Geof Darrow | Fumetti

Si le second volume est donc dispensable hormis pour les fana de Darrow et les collectionneurs, le premier est un délire totalement foutraque qui enchaîne les dialogues absurdes avec des personnages débiles à l’aspect surréaliste avant d’entamer des hostilités où le Shaolin cowboy fait parler sa technicité au combat en découpant des tranches de cou au katana, expulsant un cœur d’un coup de paume ou donc entamant une danse mortelle armé de son bâton à double tronçonneuse… Tout au long de la lecture on est sidéré autant par le grand n’importe quoi permanent que par le détail des Le Shaolin Cowboy T3 : Dans les entrailles de la ville (0), comics ...immenses planches qui nous donnent parfois le sentiment d’être dans un album « Où est Charlie » pour adulte. Car Shaolin Cowboy est pour les âmes solides et les adeptes du mauvais goût (il est étonnant que Fluide Glacial n’ait pas cherché à éditer ces ouvrages tant ils correspondent à l’esprit sale gosse de l’éditeur).

Le sourire aux lèvres et émerveillé à la fin du premier tome on est franchement frustré à la fin du second. Le troisième tome à paraître semble beaucoup plus narratif, proche du pamphlet contre l’Amérique de Trump et fidèle au premier. L’éditeur a choisi une étrange stratégie de publication  en deux fournées (les tomes 1 et 2 puis le trois) avec bien peu de communication qui ne facilitera pas la transmission au public d’une œuvre qui nécessite d’être accompagnée. J’espère avoir un petit peu contribué à cet accompagnement tant l’œuvre de Darrow mérite que l’amateur de BD s’y intéresse et tant on a rarement vu un album aussi généreux. Si vous aimez l’esprit Fluide, si vous aimez les zombies, si vous aimez Tarantino, si vous aimez les Monthy Python… foncez!

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