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Bill Finger, dans l’ombre du mythe.

Le Docu du Week-End

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Roman graphique de Julian Voloj et Erez Zadok
Urban (2022), 184 pages, one shot.

bsic journalism

Merci aux éditions Urban pour leur confiance

Il y a trois ans le scénariste Julian Voloj proposait une très intéressante biographie de Joe Shuster, co-créateur de Superman reconnu sur le tard et désormais légalement annoncé sur chaque album de Superman. Dans ce passionnant ouvrage on découvrait notamment un système éditorial où de jeunes auteurs se soumettaient naïvement en cédant l’intégralité des droits de leurs personnages, habitude ancrée pendant longtemps et pratique qui fut mise à mal lorsque les comics devinrent un phénomène de masse. On y croisait Bob Kane, créateur de Batman qui semblait déjà très accroché à ses intérêts financiers…

https://www.avoir-alire.com/local/cache-vignettes/L672xH924/18_bill_finger_00-2-09ae8.jpg?1655299307Alors que Joe Shuster et Jerry Siegel gagnèrent leur crédit sur les albums de Superman en 1978 après des procès et un effet certain des films de Richard Donner, l’histoire est toute autre pour Bill Finger, le scénariste de Bob Kane qui ne fut crédité qu’à titre posthume en 2015 après une campagne de sa petite-fille et le militantisme du biographe Marc Nobleman dont l’enquête a fortement inspiré cet album. Le parallèle entre les deux albums écrits par Julian Voloj est très intéressant en permettant de comparer les similitudes et les différences entre les histoires de deux scénaristes restés dans l’ombre de leur personnage des décennies durant.

Si ses homologues de Superman se sont débrouillé seuls pour contester la première cession de leurs droits faits alors qu’ils étaient très jeunes, Bill Finger fut un auteur renfermé qui ne sut jamais revendiquer ses droits et dont abusa Bob Kane qui utilisa des nègres toute sa carrière durant. L’album ne dit pas clairement que le dessinateur écarta cyniquement ses collègues, expliquant qu’il était très doué pour négocier les contrats et que sa mise en avant permit à ses collaborateurs de vivre décemment. Décemment mais anonymement. Il s’agit donc ici d’une histoire d’honneur plus que d’argent.

Bill Finger : dans l'ombre du mythe. Une reconnaissance tardive. -  Superpouvoir.comL’autre intérêt de l’album repose dans sa forme qui suit une enquête à double période (la chronologie de Bill Finger et l’enquête de nos jours par Nobleman), avec une mise en abyme du biographe vis à vis du personnage de Batman. Les lignes se croisent ainsi et l’ouvrage revêt une forme de thriller très originale. Si graphiquement les planches d’Erez Zadok sont très agréables, elles restent artistiquement parlant moins puissantes que le travail de Thomas Campi sur Joe Shuster.

Si on pouvait craindre la réutilisation d’une recette qui marche, ce volume est un petit miracle qui permet de créer un diptyque cohérent et très différent. La lecture des deux albums est vivement conseillée pour tous ceux qui aiment les comics en permettant de découvrir les coulisses de la création et le statut des auteurs, sujet toujours très prégnant.

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Aïda

Histoire complète en 200 pages écrite et dessinée par Sergio Gerasi. Parution en France chez Ankama le 15/04/2022.

Merci aux éditions Ankama pour leur confiance.

Détresse virginale

Aïda, ce n’est pas qu’un opéra de Verdi. C’est aussi une jeune femme prise dans un tourbillon de détresse existentielle, dont on va suivre le parcours qui la mènera à l’accomplissement et à l’émancipation. Étouffée par une mère qu’elle ne voit pourtant que très peu, incertaine quant à son avenir et incapable de se détacher de son passé, Aïda passe son temps à écouter ses amis Ludo et Tancrède s’épancher sur leurs faux problèmes d’enfants gâtés. Côté études, ce n’est pas la joie non plus car elle peine à avancer dans la rédaction de son mémoire. En attendant, Aïda parcourt la ville, pour voir le monde à travers l’objectif de son appareil photo.

Pour Aïda, les photos ne mentent pas. Elles montrent le monde tel qu’il est, avec ses failles et ses atours, mais toujours avec authenticité. Pour fuir ses problèmes, il suffit à Aïda de retirer ses lunettes, et laisser sa myopie lui cacher le reste. Mais fuir ce qui ne nous plaît pas ou ce qui nous cause du souci, ce n’est pas une bonne façon d’avancer dans la vie, en tous cas, pas si l’on veut aller quelque part. Aïda ne dort plus, elle ne mange plus, et pourtant, elle continue d’être écrasée par le poids de son corps.

C’est dans cet état de stagnation mortifère qu’Aïda fait la rencontre, presque par hasard, d’un mystérieux groupuscule de marginaux, se faisant appeler The Virus. Cette bande de joyeux drilles s’est donné pour mission de larder le contrat social en dénonçant certaines de ses hypocrisies, à travers des actions mi révolutionnaires, mi artistiques, savamment orchestrées et mises en scènes. Petit à petit, ces actions prennent de l’ampleur et commencent à défrayer la chronique. Aïda pense avoir enfin trouvé le sujet de son mémoire, mais elle pourrait en fait avoir trouvé bien plus que cela. Peut-être que ce Virus est en réalité le remède à tous ses problèmes.

This Revolution will not be televised

Run, girl, run

Sergio Gerasi frappe fort avec cet album. Grâce à une héroïne extrêmement attachante, il parvient à traiter de thèmes sociétaux qui peuvent paraître éloignés les uns des autres, mais qui forment pourtant un tout cohérent dans le récit. La mal-être existentiel vécu par Aïda a quelque chose de très millenial, cette génération confrontée aux affres d’un monde moderne en perte de sens, exposée à un flot d’informations toujours croissant et en même temps à la perte de confiance dans les institutions et dans l’avenir. Malgré les écueils évidents de ce type d’approche, qui aurait pu verser dans le spleen forcé et malhabile, l’auteur parvient à rendre palpable et crédible la détresse de sa protagoniste, et à nous embarquer dans un parcours initiatique très bien structuré et sans temps mort.

Avec pudeur mais sans misérabilisme, il trouve même les ressources pour évoquer des troubles sérieux et souvent mal compris comme l’anorexie et la dépression, et catalyse le changement chez son héroïne au travers des actions concrètes de ce groupe révolutionnaire, qui fait penser à un mélange entre Banksy et les Anonymous. Sur le plan graphique, impossible de ne pas être séduit par le traitement radical des couleurs, qui répond tout à fait au thème de la photographie, dont Aïda est adepte, ainsi qu’à sa vision déformée par la myopie.

On trouve même au fil des pages une mise en scène inventive, qui permet d’accentuer le ressenti et les émotions d’Aïda, qui étouffe sous les injonctions de sa mère et sous le poids d’une vie trop étriquée.

Écriture maîtrisée, graphismes assumés et couleurs magnifiques, moi je dis que ça vaut bien 5 calvin.

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Jukebox Motel #1: la mauvaise fortune de Thomas Shaper

La BD!

Premier tome d’un diptyque écrit par Tom Graffin, adapté de son roman éponyme. Marie Duvoisin au dessin et à la couleur, parution le 28/04/21 aux éditions Grand Angle.

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Merci aux éditions Grand-Angle pour leur confiance.

Contre mauvaise fortune bon cœur

Pour réaliser son rêve, Thomas Shaper a dû s’affranchir des attentes paternelles, et a quitté son Québec natal pour aller vivre à New York étudier aux Beaux-Arts. Son père, qui espérait que son fils reprendrait l’exploitation familiale, était loin d’approuver ce voyage, forçant Thomas à partir sous l’opprobre de ceux qu’il aime.

Une fois l’amertume passée, Thomas se jette à corps perdu dans la peinture, et fait la rencontre de Joan, dont il tombe éperdument amoureux. A force de travail, Thomas finit par attirer l’attention d’Andy Warhol himself après un coup d’éclat graphique, ce qui le propulse sous le feu des projecteurs, à son grand désarroi.

Pris dans l’engrenage nauséabond du marché de l’art, Thomas reçoit une forte somme d’argent en acompte, en échange de dix nouvelles toiles. Des billets verts plein les bras, incertain de sa capacité à reproduire l’exploit qui l’a fait connaître, Thomas décide de faire un break, et prend la route vers la Californie.

Apparemment destiné à croiser des célébrités, Thomas fait une nouvelle rencontre fortuite, avec rien de moins que Johnny Cash ! Le chanteur, désabusé lui aussi par le succès, a taillé la route, à la recherche d’un endroit où se retrouver. Pris d’une amitié soudaine, ou simplement d’humeur joueuse, Cash met au défi Thomas de trouver pour lui ce « diable d’endroit« , ce havre pour les âmes en peine.

I walk the house

Comme nous le disions, Tom Griffin adapte lui-même son roman éponyme, grâce au concours de Marie Duvoisin. Nous plongeant dans les affres du processus créatif et des angoisses propres aux artistes, l’auteur nous fait traverser les tourments de son protagoniste, au travers duquel il est permis de penser qu’il s’est projeté lors de l’écriture.

L’ascension fulgurante de Thomas est un parallèle évident aux nombreux artistes qui ont sombré peu de temps après leur accès à la notoriété. Jukebox pose donc une question essentielle et paradoxale de la vocation artistique: et après ? Quelle finalité accorder au geste de création artistique ?

Au cours de l’histoire, Thomas est en effet confronté à cet épineux problème: comment dompter l’inspiration authentique ? Incapable de peindre sur commande, Thomas choisit la fuite, afin de se trouver, et de régénérer cette partie de lui qu’il sacrifie à chaque fois qu’il peint une toile. Il en va de même pour Johnny Cash, qui recherche cette étincelle perdue, cette volonté de chanter avant tout pour lui et non plus pour courir après l’approbation du public.

Jukebox Motel nous interroge donc sur une composante essentielle de la création artistique, et mettant en lumière le paradoxe entre création authentique et mercantilisation de l’art.

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Joe Shuster, un rêve américain

Le Docu du Week-End

 

Roman graphique de Julian Voloj et Thomas Campi
Urban (2018), 184 pages, one shot.

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joe-shusterL’album comprend 158 planches, une préface, une post-face du scénariste expliquant le projet et une vingtaine de pages de références et citations de différentes cases de l’album. Il s’agit d’un véritable roman graphique qui n’est pas lié à l’éditeur DC mais lancé par Julian Voloj  qui a recruté l’italien Thomas Campi pour l’occasion. La dimension documentaire est évidente et c’est ce qui rend l’album passionnant, avec la post-face qui détaille l’enquête du scénariste et l’aspect très documenté du livre. L’ouvrage a été lu en numérique, je ne peux donc commenter la fabrication par l’éditeur français Urban.

Deux jeunes américains installés avec leurs familles à Cleveland vont inventer un mythe en même temps qu’un genre éditorial dont la popularité est aujourd’hui mondiale: Superman et les super-héros! Le récit est fait au travers du dessinateur, jeune juif dont la famille a émigré récemment au Canada et qui rêve de faire de la BD. On apprend comment son ami Jerry Siegel invente Superman et son histoire, comment ils parviennent dans un premier temps à vivre de leur création avant de constater qu’ils se sont fait manipuler par un éditeur cupide qui les laissa ensuite dans une quasi-misère!…

Résultat de recherche d'images pour "joe shuster campi"Comme souvent c’est le graphisme qui m’a fait venir à cet album improbable, et c’est l’histoire qui m’a passionné! Une histoire humaine, les auteurs derrière le mythe. La chronique d’une époque, l’Amérique des années 30-40, le monde de l’édition de comics de l’intérieur, où l’on croise certains Stan Lee ou Bob Kane, où l’on apprend mille détails peu connus sur la réalité de ces héros de l’imaginaire (comme après exemple le fait que Bob Kane co-créa Batman en s’accaparant toute la gloire, auteur qui avait les pieds sur terre et que le dessinateur Campi n’hésite pas à comparer à son Joker…). C’est une histoire dramatique que l’on lit. Après les premières années de jeunes rêveurs, très vite la réalité des froids capitalistes les rattrape et les écrase: on leur vole leur création par un contrat trop vite signé, qui cède l’intégralité de la propriété du personnage à l’éditeur, de façon perpétuelle! De jeunes naïfs ont commis l’erreur de leur vie et alors que le créateur de Batman et d’autres auteurs aujourd’hui réputés deviennent rapidement très riches, eux passent une vie de rigueur, Siegel hanté par ce vol et Shuster rattrapé par des problèmes de santé et de vue. Ce n’est finalement que grâce à la sortie du film de Richard Donner et de l’argent que le studio Warner s’apprêtait à engranger que les deux auteurs sont finalement reconnus comme les créateurs de Superman et mis hors du besoin, à soixante ans passés… Une histoire incroyable que personnellement je ne connaissais absolument pas et qui donne beaucoup de précisions sur le fonctionnement d’un monde éditorial qui n’a sans doute pas tellement changé de l’autre côté de l’Atlantique. La question du droit d’auteur est essentielle et la situation chez l’Oncle Sam explique la fréquence des rappels des auteurs des personnages, chose moins courante chez nous.

Résultat de recherche d'images pour "joe shuster campi"Côté dessins Campi aborde deux techniques entre le récit de Shuster et l’époque récente. Le scénariste souhaitait représenter la vieille Amérique de l’Age d’Or dans un graphisme proche des tableaux de Hopper et son dessinateur y parvient parfaitement en offrant des planches très belles, colorées et esthétiques. L’élégance très rétro nous immerge dans une époque utopique où les valeurs semblaient simples et raccord avec l’idéal d’auteurs perdus dans leurs imaginaires. Résultat de recherche d'images pour "joe shuster campi"L’album nous montre aussi beaucoup de références qui ont permis d’aboutir à Clark Kent ou à Superman: Harold Loyd, les immeubles de l’époque, Moïse et les BD pulp de science fiction de l’époque… mais aussi des planches originales très rares des autres créations du duo.

L’album est gros mais se lit d’une traite, passionnant de bout en bout en nous présentant autant la démarche créative, l’amitié de deux gamins des années 30, le marché du comics et l’argent qu’il génère… on a le sentiment d’avoir absorbé une histoire du comic américain aussi facilement que le visionnage d’un documentaire animalier. Le travail de Julian Voloj a du être très conséquent et accouche d’un grand album que je vous invite très vivement à vous procurer, que vous soyez amateur de comics ou non.

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Le caravage

BD du mercredi

BD de Milo Manara
Glénat (2015-), 52 p., 2 vol parus, série finie.

Couv_351631Couv_241292A l’occasion de la parution du tome 2 de conclusion de cette histoire dessinée par le maître Manara j’ai entrepris la lecture du double album dans son intégralité. Si j’admire le talent de l’artiste italien, comme beaucoup sa bibliographie m’a déçu et je ne parle que des albums non érotiques. La saga ultra violente de Jodorowsky sur les Borgia dépeignait les mêmes lieux (Rome et l’Italie) un siècle avant où Manara reprenait déjà ses thématiques graphiques à la fois fascinantes et redondantes: la plèbe, les ruines de la Cité, les paysages de l’Italie, la violence et la crudité de la vie. Peu attiré par le sujet je profite de l’occasion pour découvrir un double album apaisé où l’on découvre les mœurs de l’époque mais aussi beaucoup le quotidien artistique, le travail des peintres de la Renaissance que l’on n’a jamais aussi bien vu en action.

Michelangelo Merisi arrive à Rome en provenance de Milan après une formation dans l’atelier d’un disciple du Titien. Jeune homme fougueux, ambitieux, son talent est rapidement repéré par un cardinal humaniste qui tente de le protéger de son envie de vérité qui le mets en danger face à deux ennemis: l’intégrisme de la foi et les souteneurs des prostituées qu’il utilise comme modèles…

Les BD sur le Moyen-Age ont ceci de fascinant qu’elles ont souvent un côté naturaliste qui dénote totalement avec les images d’Épinal ou de la Fantasy anglo-saxone. Elles permettent en outre de mettre en lien une vie quotidienne crue et simple avec des œuvres ou événements mis sur des piédestal dans les musées ou narrés par la Geste historique officielle. A ce titre l’album de Milo Manara sur le Caravage ressemble à la magnifique trilogie de Luigi Critone sur François Villon, où l’on retrouvait en outre un style graphique italien de paysages vaporeux (visuels qui inspirent aussi Marini sur sa série Scorpion). Il y a beaucoup de similitudes dans le traitement de ces deux personnages, grands artistes inspirés et hommes simples, soumis à des pulsions violentes qui les entraînent dans des déboires judiciaires. Seule l’admiration de puissants seigneurs humanistes les sauve de leurs démons. La violence des époques, la sexualité et la corruption de sociétés basées sur la force  et la religion sont dépeintes dans ces deux séries.

Dans Caravage les deux albums sont relativement distincts, et c’est ce qui rend la série intéressante. Si les décors romains occupés par des foules besogneuses ont déjà été illustrés par Manara dans d’autres BD, le second album intitulé « Grâce » (dans l’attente de la grâce judiciaire du Caravage suite à son combat du premier album), se déroule dans le sud, entre les territoires lumineux du château de Malte et les villages de Sicile. Quand le premier volume se situait au cœur du pouvoir et des arts, la suite nous dépeint une société d’ordre militaire, celle des chevaliers de Malte, et montre combien ce monde de la Renaissance tout juste échappé du Moyen-Age est morcelé, éloigné et illustre l’absence de Nation italienne à l’époque. Le découpage est un peu abrupte avec une continuité assez décousue et des deus ex machina qui indiquent que Manara reste un grand dessinateur avant d’être un grand scénariste. Mais l’histoire est intéressante et prends par moment la forme de récits d’aventure et de cape et d’épée de par la propension violente du grand peintre. L’auteur a la bonne idée de ne pas faire de sa série  un précis d’histoire de l’art qui aurait étouffé la vision épique. Avec un premier tome plus porté sur l’acte de création et un second plus aventureux, la lecture s’enchaîne très légèrement.

Le Caravage - Tome 2 de Milo ManaraLes dessins ne sont pas les plus précis qu’ait réalisés Manara mais son style est toujours aussi clair, esthétique et ses colorisations rendent parfaitement des ambiances toutes particulières, celle des paysages méditerranéens ou des intérieurs du XVII° siècle, avec nombre de citations graphiques de Piranese et d’autres peintres de la Renaissance. La plèbe permet au dessinateur de montrer les belles formes habituelles de ses demoiselles, mais sans excès, restant sur son sujet. Les expressions faciales en revanche sont réellement très percutantes.

Manara s’est toujours intéressé à la création et l’histoire de l’art (le Giuseppe Bergman critiqué sur ce blog portait déjà sur le sujet). Sa description de l’homme Caravage plus que du peintre permet un récit populaire d’une époque fascinante. Très équilibrée, sa série est probablement l’une des plus intéressantes et accessible de la bibliographie du maître de l’érotisme, associant intérêt graphique, historique et artistique. Il est bien dommage que Glénat n’ait pas anticipé la publication d’une intégrale augmentée pour les fêtes de Noël tant Caravage ferait un très beau cadeau.

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Ces jours qui disparaissent

BD de Timothée Le Boucher
Glénat (2017), 192 p.

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Album qui a fasciné pas mal de critique, atterri dans la plupart des sélections des BD de l’année, du coup je l’ai attrapé à la bibliothèque:

Lubin est un artiste, acrobate, un peu immature mais heureux dans sa vie. Puis il constate qu’un autre lui prends possession de son corps, d’abord un jour sur deux puis de plus en plus. Comment va-t’il gérer, admettre cela? Son entourage? Est-ce inéluctable et surtout, à mesure que cela évolue, ne risque-t’il pas à terme de disparaître complètement?

Gros album avec beaucoup de séquences muettes, illustrant le passage des jours, de plus en plus rapide, de plus en plus chaotique. Structure des cases assez rectilignes, assez classique, comme le dessin de l’auteur, très ligne claire avec des aplats de couleurs peu nuancés. Je reconnais la qualité de cette BD qui, malgré sa pagination importante se lit bien, rapidement, sans ennui. De même le traitement en mode thriller de cette relation à son moi invisible, bien mené. Je dirais que techniquement cet album est irréprochable.

Pourtant il ne m’a pas touché, que ce soit au niveau du dessin ou au niveau de l’histoire. D’abord par un côté très lisse du graphisme qui ne me parle pas. J’adore Juillard, les albums de Vivès, pourtant très épurés et parfois proches de Le Boucher, me touchent, j’y perçois une sensibilité qui ne me paraît pas ici. De même pour le scénario, trop linéaire, trop sombre (hormis les dernières planches qui, enfin, un peu tard, proposent une touche poétique). Cette couverture reflète bien cette impression lisse, informatique. En outre l’album est souvent présenté comme fantastique, ce qu’il n’est pas. C’est un roman graphique de forme thriller psychologique qui pourrait se rapprocher d’un Hitchcock et proche de ce qu’à fait Marietta Ren sur Phallaina, la BDfilée numérique sortie il y a quelques temps. Il y a une inquiétude inéluctable qui est assez désagréable pour le lecteur, une tension. On pourra aimer cela mais personnellement je n’ai pas eu grand plaisir à lire cet album. encore une fois c’est subjectif et je comprend que beaucoup aient pu l’apprécier. Timothée le Boucher est un vrai auteur et sait faire de la BD. Il progresse en outre graphiquement entre ses albums. Mais son style n’a pour moi pas assez de caractère et je ne comprend pas ce qu’il a voulu faire, dire, avec cet album. Bref, je suis resté à l’extérieur.

Les billets de Noukette / Mo / Maël Caro / Faelys / Mon petit Carré jaune Jérôme / Yvan/ Moka.

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