****·BD·Mercredi BD·Nouveau !

Paris 2119

BD du mercredi
BD Zep et Dominique Bertail
Rue de sèvres (2019), 72 p. One shot.

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Très joli livre chez un éditeur, Rue de Sèvres, qui soigne ses productions. Une biblio des auteurs est présente en fin d’album et la citation de quatrième reflète parfaitement l’intrigue… au contraire de la couverture, plutôt réussie mais complètement à côté du sujet. Enfin bon, l’objet d’une couverture est d’attirer le lecteur et sur ce plan c’est efficace, la technique de Bertail faisant des étincelles. Le titre en revanche me laisse sans voix, je croyais que seuls les séries Z SF des années 70 utilisaient encore cela… pourquoi ne pas l’avoir tout simplement appelé Transcore? Une version luxe est éditée, avec un cahier graphique de 8 pages et une colorisation différente de l’album « normal », au lavis bleu habituelle de Bertail.

En 2119 l’humanité a tenté de solutionner la surpopulation et le problème climatique par l’invention de la téléportation. Désormais chacun peut se déplacer instantanément n’importe où sur Terre. Tristan, lui est un nostalgique du XXI° siècle et se méfie de Transcore. Lorsqu’il est témoin d’un meurtre la réalité de son monde semble se dérober sous ses pieds…

Résultat de recherche d'images pour "bertail paris 2119"J’ai découvert Dominique Bertail sur Ghost Money, sa formidable série d’anticipation avec Thierry Smolderen (déjà au scénario de la fabuleuse série Gipsy avec Marini). J’y avait beaucoup aimé son trait, alliance d’hyperprécision SF et d’artisanat parfois tremblotant. Surtout sa technique de colorisation en lavis bleuté donne une atmosphère unique à ses planches, d’un professionnalisme redoutable. Sur cette dernière on retrouvait également comme point commun avec Paris 2119 l’esprit de l’Anticipation: la transposition de thèmes hyper-actuels dans un futur pas si éloigné et qui laisse loin le romantisme du Space-Opera. Comme sur les albums de Fred Duval on a affaire à un monde à la fois utopique (par les formidables outils technologiques utilisés aussi quotidiennement que nos smartphones ou enceintes Bluetooth) et dystopique dans la situation catastrophique d’Etats policiers utilisant les réseaux omniprésents pour maintenir un ordre social où les laissés pour compte pourrissent dans les bas-fonds des Cités alors que la situation climatique est apocalyptique.

L’intrigue est assez proche de celle de Klon que j’ai chroniqué l’an dernier, dans une filiation K.Dickienne évidente. La grande difficulté de la SF est qu’elle pose souvent de passionnants pitch sans savoir les résoudre. C’était un peu le problème de Klon, que réussit à éviter le scénario de Zep que je n’attendais pas à ce niveau de finesse. On retrouve dans Paris 2119 la subtilité de l’approche de Minority Report: proposer autant une intrigue paranoïaque rondement menée qu’un univers formidablement décrit et poussé. Le nombre de détails et éléments de contexte donnent véritablement corps à ce monde réaliste en s’appuyant sur un paysage parisien corrigé par le siècle mais très reconnaissable et qui aide à rapprocher ce temps du notre. Je dirais que c’est Bilal qui a ces dernières années présenté le plus de propositions de ce type mais avec ses mêmes autour du terrorisme que l’on ne retrouve pas ici. Zep a l’intelligence de se concentrer sur son unique sujet en se focalisant sur son personnage principal, très réussi dans son archétype. Cela grâce au trait de Bertail qui se passionne pour les designs futuristes, costumes et personnages toujours très différents.

Résultat de recherche d'images pour "bertail paris 2119"C’est l’autre force de cet album, le design. L’élégance des concepts, dans un thème littéraire qui pousse au crime du mauvais goût, est permanente et contrairement à Klon donc qui virait par moments dans le kitsch, c’est bien le dessinateur qui donne vie à ces rues et couloirs de métro. On se passionne comme jamais à parcourir ces endroits connus et habillés à la mode de 2119, à transposer nos visions de 2019 dans cette extrapolation fascinante pour qui aime la Science-fiction. Tous les éléments visuels ne sont pas expliqués, laissant un peu de poésie graphique agrémentée de quelques citations (la casquette du chevaucheur d’Arzach).

Tout se lit avec grande facilité, malgré quelques rebondissements exactement placés dans le déroulé et les quelques séquences d’action sont très pêchues, tout cela étant la marque de deux auteurs en maîtrise totale de leur art. Et si la chute fera débat je la trouve personnellement très réussie, à la fois intelligente, logique et pleine d’espoir (… avec encore, une citation à Blade Runner cette fois). Paris 2119 est au final une vraie réussite que je n’attendais pas et qui me donne bien envie d’aller rattraper mon retard sur les albums de Zep-scénariste. Mon premier coup de cœur de ce début d’année, qui frôle les cinq Calvin!

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L’avis de Sambabd.

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Sushi et Baggles #9

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Demokratia #1

Résultat de recherche d'images pour "demokratia tome 1 manga"Demokratia suit en 5 volumes l’expérience de deux chercheurs japonais, l’un en robotique, l’autre travaillant sur un algorithme permettant la prise de décision collaborative qui vont donner vie à un androïde qui sera piloté par des utilisateurs anonymes inscrits sur le site web du projet. Par un programme informatique alliant majorité et minorités, les internautes vont faire évoluer le robot dans le monde réel, le faire parler, se déplacer, en bref, agir presque comme un humain! C’est le grand intérêt de ce court manga que de donner forme via l’anticipation à des projets qui existent déjà dans le monde réel (la démocratie participative internet est utilisée par nombre de communautés dont beaucoup autour du logiciel libre et la robotique japonaise a déjà commercialisé plusieurs androïdes d’aide à domicile aux diverses fonctions).

Niveau dessin c’est correcte sans être renversant et avec une assez faible ambition. L’histoire traite autant des promoteurs du projet, des interlocuteurs du robot que des internautes, avec comme souvent dans les manga une approche sociologique de la misère sexuelle et affective de nombre de citadins nippons. Ce n’est pas le côté qui m’intéresse le plus, mais je pousserais pour voir si les idées concernant la démocratie internet vont plus loin que les premières idées fort intéressantes de ce premier tome.

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Dr. Stone 4 (Boichi)

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Les aventures de Senku continuent avec une avancée vers la « civilisation scientifique » à vitesse grand V! Le dernier volume a vu la découverte de l’électricité, ce quatrième commence par la fabrication du verre afin de pouvoir développer la chimie à même de soigner la prêtresse du village. J’aime toujours autant l’aspect vulgarisation scientifique en manga mais les passages qui cherchent à développer une pseudo intrigue restent assez lourdingues de même que l’humour très particulier japonais.

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Moonshine #2

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bsic journalismEn relisant mon billet du premier tome je me dis que j’ai peut-être été un peu dur sur le dessin, car j’ai pris pas mal de plaisir à lire ce second volume (série à suivre), jouant beaucoup sur les ombres et lumières en transposant cette fois l’intrigue en Louisiane où le personnage principal a été évacué en train après le final du premier tome. Attrapé par la patrouille il se retrouve forçat sur les routes ensoleillées du sud américain. Ce changement de couleur permet d’explorer d’autres thèmes de la période de la Depression: la violence toujours, les sales gueules et le comportement absolutiste des geôliers. On se demande un peu tout le long où le scénariste nous emmène et malheureusement on termine l’album en se disant que l’intrigue n’a guère avancé… pour ce qui concerne Lou. Car ce qui intéresse les auteurs semble plutôt être une guerre occulte entre créatures de la Nuit et mystérieux personnages qui semblent savoir s’y prendre pour éliminer les lycans. L’histoire avance en alternance entre Lou perdu au bagne et le clan Holt où l’on en apprend plus sur l’origine des animorph.

Moonshine est une lecture agréable avec une réelle identité graphique proche de Frank Miller et de vraies fulgurances. L’atmosphère est là, visqueuse, vaguement malsaine, violente (ou carrément gore). Le dessinateur a de vraies lacunes concernant les visages mais est particulièrement efficace dans les ombres chinoises et les séquences de terreur…. Sans révolutionner le genre elle sait nous accrocher, même si l’intrigue avance bien peu dans ce second tome et l’on espère que les auteurs sauront nous proposer une véritable fin sans nous laisser au milieu du gué.

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***·BD·Rapidos

Renaissance #1: les déracinés

BD du mercrediBD de Fred Duval et Emem
Delcourt (2018), Série Renaissance T1.

Fred Duval est le grand Manitou de la SF d’anticipation. Depuis des années il propose régulièrement des ouvrages et des séries qui sont toujours rattachées à l’histoire ou au principe même de l’anticipation et de son « et si… ». Uchronies, dystopies, anticipation sont des variantes d’un principe: utiliser des variations pour parler d’aujourd’hui.

C’est ce qu’il fait dans sa nouvelle série (courte) avec le dessinateur de la saga Carmen Mac Callum, le talentueux Emem (qui a remplacé Gess, dessinateur d’origine). La couverture vraiment réussie et intrigante a beaucoup fait parler d’elle et la communication efficace (avec une couverture au texte « extra-terrestre » par exemple) donne très envie de savoir ce que sont ces extra-terrestres.

Résultat de recherche d'images pour "renaissance emem"Le travail de préparation graphique est conséquent. Ce n’est jamais évident en SF tant le mauvais goût et le déjà-vu peuvent très vite pointer le bout de leur nez… Ici pas de faute de goût même si le choix assez classique d’un univers E.T. très coloré peut paraître facile. Le projet étant une BD SF grand public les auteurs n’ont vraisemblablement pas cherché à déranger mais plutôt à assurer un design classieux, aidé par la jolie patte du dessinateur. Le plus intéressant visuellement repose sur la science des visiteurs et notamment les vaisseaux asymétriques.

Le grand intérêt de cet album est de nous proposer à la fois une inversion (les humains sont colonisés en tant qu’êtres inférieurs) et une projection de l’interventionnisme onusien et occidental sur notre monde actuel. Dans une Terre dévastée par les catastrophes climatiques issues (on ne suppose) de l’action débridée du capitalisme industriel et mercantile, une civilisation supérieure vote l’intervention (dans le cadre d’un protocole très stricte), afin de sauver la civilisation humaine car elle dispose d’un élément particulier qui pourrait enrichir toutes les espèces: la capacité artistique des humains. Ce premier tome est très linéaire bien qu’il superpose l’intrigue en cours avec un long flashback expliquant comment le protagoniste extra-terrestre en est venu à participer à ce corps expéditionnaire.

Résultat de recherche d'images pour "renaissance emem"Le contexte planétaire est très proche de l’univers pessimiste et cynique de Travis/Carmen Mac Callum. Deux familles humaines seront les témoins de l’intervention et aux premières loges des écueils d’une préparation naïve. Duval touche là les déboires des interventions américaines mal préparées en mode « zéro morts » et où la violence basique à l’arme blanche peut remettre en cause l’armée la plus moderne en attaquant au moral. Malgré leur supériorité scientifique et technique absolue, les envahisseurs doutent de la pertinence de leur arrivée, de l’accueil sombre qui leur est réservé malgré leur pacifisme affiché… On ne peut forcer une population malheureuse à être secourue. C’est en substance cette constante que Fred Duval nous rappelle avec cet album hautement politique qui donne envie de connaître la suite.

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Travis #13: serpent à plume

BD du mercrediBD de Fred Duval et Christophe Quet
Delcourt (2018), Travis tome 13, série en cours, arc 4.

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La série Travis a déjà vingt ans et clôture avec Serpent à plumes le quatrième arc narratif de la série, après les Cyberneurs (tomes 1 à 5), Le Hameau des Chênes (tomes 6 à 7) et le cycle de l’eau (8 à 10). A savoir que chaque cycle est disponible dans une intégrale, bonne formule pour apprécier la série et que tout les éditeurs devraient proposer généralement. La couverture est réalisée depuis le tome 11 par un autre que Christophe Quet, ce que je trouve dommage car ce dernier a produit dans la série de très belles couvertures et que cela trompe toujours un peu le lecteur, même si l’illustration de Nicolas Siner (que j’aimerais retrouver comme illustrateur sur une série BD…) est magnifique.

Enfermés dans un bunker de l’UNESCO où se trouve la preuve de la collusion entre une IA et les cartels de la drogue, Travis et ses compagnons vont devoir échapper à la horde de robots tueurs qui les encerclent en même temps qu)aux redoutables tueurs à gage envoyés à leurs trousses. Pendant ce temps Pacman et son puissant employeur discutent avec le Président des Etats-Unis de la réalité de la menace des cartels sur les intérêts des multinationales au Mexique… Business as usual!

Résultat de recherche d'images pour "travis serpent a plume"Fred Duval est l’un de mes scénaristes préférés car il a su, discrètement mais avec constance, construire un univers cohérent de SF d’anticipation aux enjeux à la fois techniques et hautement politiques, de la bonne SF qui parle au futur des problèmes d’aujourd’hui. Non content d’être un très bon metteur en scène (déjà sur le cultissime 500 fusils avec le comparse Vatine). Si ses séries reprennent souvent les mêmes thèmes (y compris sur le récent et réussi Renaissance), l’univers partagé de Travis/Carmen MacCallum est ce qui illustre le mieux cette volonté de réalisme dans un monde où la technologie est réaliste et où les multicontinentales et l’ultra-libéralisme a gagné…

Dans l’arc mexicain qui s’achève les auteurs, à la manière d’un Lupano, parviennent à nous rappeler la rébellion du Chiapas du sous-commandant Marcos des années 90 au sein d’une BD SF d’action à grand spectacle! C’est tout l’intérêt de l’anticipation que de permettre à la fois au dessinateur de se faire plaisir par des designs futuristes tout en parlant de l’hyperactualité, la quasi totalité des inventions scientifiques de la série provenant de techniques existantes aujourd’hui et les idées thématiques prenant leurs sources dans les problématiques actuelles. Résultat de recherche d'images pour "travis serpent a plume quet"Si les méchants de ce volume peuvent sembler un peu décevants, l’intrigue techno-géopolitique est toujours aussi redoutable et pointue chez Duval, les dialogues entre Pacman et le président étant le genre de choses que l’on relit pour être certain d’avoir saisi les tenants et aboutissants. A ce titre, je vous suggère de reprendre votre lecture au début de l’arc (Les enfants de Marcos), voir carrément le cycle de l’eau pour vous remémorer les influences de l’IA Dolly sur le scénario de ces derniers tomes. C’est ce que j’aime dans cette série, cette complexité d’intrigues solides qui reprennent toujours les mêmes fondamentaux et habillées par la technologie design et l’action la plus débridée.

La petite déception  viens du dessin de Quet… Rassurez-vous, il est exactement au même niveau que sur les précédents albums et maîtrise toujours parfaitement les scènes d’action rapide, très lisibles malgré les angles de caméra parfois gonflés. Résultat de recherche d'images pour "travis serpent a plume quet"Mais justement, son dessin n’a que peu évolué depuis le premier Travis et j’aurais aimé une progression technique ou des expérimentations chez cet auteur que je trouvais prometteur. Certaines petites faiblesses passent en début de carrière, moins après vingt ans. Il reste que j’ai toujours un faible pour ses personnages, leurs visages, le design général de cet auteur pour lequel j’ai une petite tendresse graphique.

Serpent à plume est un bon cru dans une série dont seul l’arc du Hameau des chênes était un peu faiblard par son ampleur. Travis reste une série qui maintient une qualité très élevée au fil des ans et qui ne voit aucun essoufflement tant le scénariste parvient à tisser des liens entre ses albums et à introduire de nouveaux personnages et problématiques à suivre régulièrement. Ici se termine pour notre héros l’enfer mexicain avant de rempiler dans sa chasse aux IA et aux capitalistes affreux pour encore de longues années probablement.

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*****·BD·Cinéma

Série: Occupied

Série d’Erik Skjoldbjærg et Karianne Lund,
(2015-2018) 2 saisons de 8 épisodes (44 minutes/épisode). Une troisième saison est commandée.

Résultat de recherche d'images pour "occupied saison 2"On savait que les scandinaves étaient bons dans le genre policier et que leurs séries télé étaient de qualité, notamment grâce à un gros travail de défrichement d’Arte. La série politique danoise Borgen (3 saisons) sortie il y a quelques années s’est hissée parmi les plus importantes fictions politiques tout pays confondu (que je mets personnellement sur le même pied que West Wing ou plus récemment Baron Noir). L’esthétique particulière de ces fictions et la qualité des acteurs (la plupart des acteurs de Borgen ont depuis fait carrière au cinéma) sont pour beaucoup dans le succès de ces créations, mais il faut reconnaître également une vraie maîtrise des techniques scénaristiques et une audace qui sont pour moi le signe d’une assimilation de l’efficacité américaines avec une liberté européenne dans le traitement. La série Occupied, dont on parle peu et à l’audience étonnamment modeste, avait été une bonne surprise sur sa première saison sortie en 2016. La seconde saison diffusée en début d’année et que je viens de terminer montre une très grande maturité et pousse encore plus loin la maîtrise sur tous les plans du drama, si bien qu’elle est désormais l’une des meilleures fiction politique jamais créée et probablement l’œuvre inspirée de l’univers de Tom Clancy la plus réussie.

Résultat de recherche d'images pour "occupied saison 2"Dans un futur proche, alors que le premier ministre écologiste norvégien annonce l’arrêt de l’exploitation du pétrole et le lancement par son pays d’une nouvelle technologie de production énergétique, la Russie fait un coup de force avec l’appui de l’Union Européenne, dépendante du pétrole et du gaz norvégiens. Cette occupation froide, faite de pressions et de coups clandestins divise les norvégiens sur l’attitude à tenir, entre collaboration avec le puissant voisin et résistance…

La première qualité d’une bonne série est de ne pas traîner en longueur. Même les plus adeptes de ce format finissent par se lasser des vraies-fausses pistes et des intrigues qui s’étalent sur des saisons entières. Le principe du feuilleton est le cliffhanger et la progression qui donne envie d’enchaîner les épisodes. Les scénaristes d’Occupied ne recherchent pas nécessairement le gros suspens de fin d’épisode, en revanche ils excellent dans la progression dramatique, remarquablement déroulée sur l’ensemble des huit épisodes (le format idéal a mon avis). Si la première saison comportait quelques longueurs autour de certains personnages (la restauratrice russophile) dont l’on attendait de comprendre l’intérêt, cette seconde n’en a absolument pas, toute accaparée sur la complexe nuance entre le droit et le terrorisme, entre la loi et la vengeance, entre intérêt personnel et intérêt de l’Etat. A ce titre, elle est une série résolument engagée puisque outre aborder sans détour une Union européenne semi-dictatoriale (on est dans une anticipation… mais ô combien réaliste!) elle traite des motivations des responsables politiques  (pour eux ou pour le pays?) mais également de hauts fonctionnaires. Du juge au responsable des services de renseignement, chacun y va de son ambiguïté.

Résultat de recherche d'images pour "occupied saison 2"Il en est de même pour les russes. Bien entendu, du fait du sujet, la série peut être vue comme russophobe. Pourtant beaucoup de choses sont crédibles dans les relations entre les deux pays et les personnages russes sont beaucoup plus subtiles que les apparences pourraient montrer. Le terrorisme est réel et l’ambition pour une grande puissance militaire de protéger ses intérêts dans une région que beaucoup peuvent percevoir comme faisant partie de sa sphère d’influence justifie certaines attitudes. Surtout, la série montre bien la bascule subtile entre la collaboration constructive et la trahison nationale. Ainsi il n’y a (presque) pas de méchant dans la série tant tout le monde pourrait développer un argumentaire pertinent sur ses choix.

Résultat de recherche d'images pour "occupied saison 2"Enfin, la radicalité géopolitique qui fait des liens avec beaucoup de situations que nous voyons dans les journaux est très forte. Jesper Berg passe ainsi du statut de premier ministre à celui de chef de gouvernement en exile, terroriste en fuite et activiste réfugié… La Catalogne, Julian Assange, bien des exemples montrent que ces revirement peuvent survenir très vite. La série pourrait être résumée par cette assertion d’un personnage qui explique que De Gaulle et Mandela ont été des terroristes avant d’être de grands chefs d’Etat… tout dépend  qui détient le pouvoir et détermine ce qui est juste. La légitimité est toute subjective et ce rappel est salutaire de nos jours où le mythe libéral d’un Droit d’essence quasi divine qui s’imposerait naturellement à tout un chacun.

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En bonus un entretien avec Hubert Védrine, ministre des affaires étrangères de Lionel Jospin.

**·BD

Bob Morane renaissance

BD de Luc Brunschwig, Aurélien Ducoudray et Dimitri Armand
Le Lombard (2015-2016), 2 vol parus de 55p.

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Je n’ai jamais lu de Bob Morane que je ne connais que par la chanson d’Indochine… La reprise de la série avec le dessinateur du très réussi Sykes était l’occasion pour moi de découvrir ce personnage, aidé par une couverture du premier tome vraiment chouette.

Après avoir sauvé le futur président du Nigéria, Bob Morane, brillant idéaliste rompu aux zones de guerre devient son conseiller spécial, chargé de mettre en oeuvre un ambitieux plan d’éducation des populations nigérianes grâce à une technologie d’apprentissage neural. Mais alors que des attentats brutaux attisent les tensions, les motivations du président et de sociétés françaises deviennent plus troubles et obligent l’Aventurier à remettre ses convictions en question.

Résultat de recherche d'images pour "bob morane renaissance armand"Malgré un a priori plutôt positif, j’ai été assez déçu par les deux premiers albums sensés former un premier cycle alors qu’ils ne clôturent rien mais ressemblent plutôt à une introduction au personnage. Le problème c’est que tout va beaucoup trop vite pour un album introductif à un personnage mythique. Je ne sais pas si Bob Morane à été modernisé ( il est ici un idéaliste archidiplomé et engagé pour des raisons humanitaires dans les casques bleus) mais si l’environnement géopolitique est assez contemporain, l’introduction d’une part non négligeable de SF ne prends pas vraiment. J’attendais plus de la BD d’aventure à la Largo winch et ici Bob Morane est totalement trimballé par le scénario sans aucune décision ni réflexion de sa part. Du coup, si l’on peut s’intéresser à une intrigue d’anticipation proche de ce que produit Fred Duval dans la collection Série B Delcourt, le personnage nous laisse assez distants. C’est dommage car le scénario est assez ambitieux, mais j’ai éprouvé du mal à identifier cette BD entre différents genres, ce qui empêche d’être véritablement happé. Sur un thème proche, le Katanga de Fabien Nury, plus faible niveau graphique, est beaucoup plus réussi dans le traitement de la relation politique entre Occident et pays africains.

Résultat de recherche d'images pour "bob morane renaissance armand"Niveau dessin, si le trait très encré de Dimitri Armand collait parfaitement à l’ambiance western de Sykes, on alterne ici entre certaines cases très inspirées, notamment au niveau des visages et beaucoup d’autres assez lambda avec des arrière-plans délaissés. Je ne suis pas sur que l’on puisse reprocher grand chose à Armand (son travail reste plus que correcte) hormis que son style ne s’accommode pas vraiment avec des atmosphères futuristes. Les hésitations graphiques que je notais sur Sykes sont toujours d’actualité et la technique de l’illustrateur à peu progressé depuis, ce qui est étonnant. On dira que c’est inégal.
Du coup il est peu probable que je continue une série qui a mon avis aura du mal à attirer des lecteurs ignorants de la série originelle. Un coup dans l’eau pour le Lombard.

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