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L’appel de Cthulhu

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Manga de Gou Tanabe
Ki-oon (2020) -Enterbrain (2019), one-shot, n&b.

bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour leur confiance.

Pour ce qui est de l’édition je vous renvoie au premier billet sur cette collection d’une qualité unique!

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En héritant de son grand-oncle, Francis Thurston est loin de se douter du récit dans lequel il va plonger en rangeant les affaires du décédé. L’archéologue avait en effet pendant des années suivi la piste d’un mystérieux culte monstrueux aux ramifications mondiales. Un culte relié à une entité fantastique: Cthulhu…

Les éditions Ki-oon continuent avec la régularité d’un métronome à nous proposer plusieurs fois par an une nouvelle adaptation de Lovecraft par le mangaka Gou Tanabe. Après les très réussies Montagnes hallucinées, Dans l’abîme des tempset La couleur tombée du ciel, on attaque l’ouvrage fondateur, déjà proposé avec les incroyables illustrations de François Baranger l’an dernier. La comparaison entre ce dernier, doté de très puissantes images couleur en grand format et le manga aux dessins très particuliers de Tanabe est très intéressante puisque l’on passe d’une simple illustration à une véritable adaptation. Et sur ce plan le manga marque des points en profitant de la force du récit construit en poupées gigognes avec des récits dans les récits. L’auteur se plait ainsi, comme sur l’Abîme des temps, à nous promener dans des ellipses temporelles brutales que les faciès très proches des personnages n’aident pas à distinguer. Comme remarqué sur les précédents albums, les limites de l’auteur deviennent des forces en créant un malaise dans cet univers où l’on sent la folie proche et où les lois de la physique et de l’espace-temps n’ont plus lieu. Assez compacte cette histoire centrée sur le cœur du Mythe, le grand Cthulhu dormant dans les profondeurs de la cité engloutie de Rlyeh, nous fera voyager au cœur de l’action car pour une fois les faibles scientifique ne sont que spectateurs de récits où les policiers et marins affrontent directement des sectes d’adorateurs démoniaques du Grand Ancien. Les visions cauchemardesques sont toujours aussi fortes, moins organiques que précédemment, mais l’illustration de l’univers années trente est fort réussie.L'Appel de Cthulhu - BD, avis, informations, images, albums - BDTheque.com

Sans temps morts, sautant entre plusieurs récits rappelant les architectures des Montagnes hallucinées (la fin dans la cité de Rlyeh), les changements de personnalité de l’Abîme ou la chasse de la secte dans le bayou de Louisiane, l’intrigue est d’une grande richesse en nous révélant progressivement la nature de ce culte essaimé à travers la planète. En forme de porte d’entrée dans le Mythe, vous pourrez ensuite aller découvrir la nature de ces entités en lisant les autres ouvrages qui développent d’autres races très anciennes. L’appel de Cthulhu est pour moi le plus accessible, le plus riche et le plus central des ouvrages de la collection et si vous ne devez en lire qu’un c’est sans doute celui-là.

Publiée dans le désordre par l’éditeur français, la collection de ces magnifiques adaptations doit encore voir paraître Celui qui hantait les ténèbres et le Cauchemar d’Insmouth (dernier paru). On ne sait si l’auteur compte passer le reste de sa carrière sur l’intégralité de l’œuvre de Lovecraft, mais il y a du choix pour de futurs albums…

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Dans l’abîme du temps

esat-west

Manga de Gou Tanabe
Ki-oon (2019), one-shot, n&b.

bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour cette découverte.

couv_374328Les éditions Ki-oon continuent leur adaptation des manga de Gou Tanabe sur Lovecraft avec une qualité éditoriale toujours aux petits oignons: couverture simili-cuir (… que j’aurais préféré couleur cuir comme pour les Montagnes Hallucinées), cahier couleur en début d’ouvrage, titres de chapitres en anglais et français. Une courte bio de l’auteur et de Lovecraft est proposée en fin d’ouvrage. Seule remarque, qui était difficilement corrigeable par l’éditeur français (comme pour le précédent ouvrage) les bulles n’ont pas de queue, aussi il est parfois malaisé de savoir qui parle lorsque plusieurs personnages se côtoient dans une case.

Alors qu’il donne un cours d’économie à l’université, le professeur Peaslee est victime d’un malaise. Il reprends connaissance… cinq ans plus tard et découvre qu’il a été victime d’une amnésie aussi longue, pendant laquelle son esprit a eu accès à des visions monstrueuses. A l’orée de la folie, soutenu par son seul fils aîné, il entreprend de comprendre ce qui lui est arrivé et d’où lui viennent ces visions dantesques…

Résultat de recherche d'images pour "dans l'abime du temps tanabe"Étonnante série que ces adaptations de Lovecraft par un mangaka que je n’aurais sans doute pas lu sur un autre sujet… Au premier abord j’avais tiqué sur les visages lors de ma lecture de la précédente adaptation. C’est le style du dessinateur et il ne changera probablement pas, aussi soit on s’y fait soit il s’avérera compliqué de continuer. Assez statiques hormis lors des séquences de sidérations (fréquentes dans le fantastique), ces personnages étaient difficiles à identifier dans le décors antarctique. Ici c’est moins problématique car nous sommes pour l’essentiel dans des décors de la Nouvelle Angleterre, des maisons et de l’université. Surtout les personnages sont réduits à Peaslee, son fils Wingate, quelques médecins et, surprise, le professeur Dyer. Cette présence (je ne sais pas s’il est cité dans la nouvelle originale) indique donc très rapidement que nous nous situons dans la suite chronologique et le même espace-temps que les Montagnes hallucinées. C’est une très bonne idée puisque cela permet de structurer les ouvrages de Tanabe comme une série à suivre, avec la révélation progressive du Mythe de Ctulhu.

Résultat de recherche d'images pour "the shadow of time tanabe"Construit en incessants aller-retour entre le voyage psychique de Peaslee dans un futur indicible (le fameux Abîme du temps) et le présent, à mesure qu’il se remémore des passages de son amnésie, l’album alterne pages classiques de l’homme ravagé par le doute, la recherche de ce qui lui est arrivé et de longues itinérances sur fonds noir dans le monde de la Grande race de Yith, laissant libre cours à la force du dessin de l’auteur sur les décors et architectures. Sur ce plan Tanabe a une vraie qualité appuyée sur la bizarrerie des formes pas toujours compréhensibles, ce qui correspond totalement à l’idée des mondes de Lovecraft où la conscience humaine ne peut interpréter ce qu’elle voit. Notamment du fait de trames dont la finesse et la précision sont pour moi du jamais vu. Cette « colorisation » par dégradés tout à fait spécifique au genre du manga Résultat de recherche d'images pour "gou tanabe shadow of time"reste particulière mais dans le domaine on atteint du très haut niveau et cela joue grandement de l’étrange en créant des reflets, des arrondis qui perturbent le regard.

Bien plus que dans les Montagnes Hallucinées racontées sur une ligne très cartésienne, nous sommes conviés à partager l’esprit d’un homme au bord de la folie, ne sachant jamais où ni quand il se situe. Le concept de créatures voyageant psychiquement sur l’espace-temps est assez fascinant et me rappelle l’un des meilleurs films de SF de ces dernières années, le Premier Contact de Denis Villeneuve qui proposait l’idée que le langage pouvait modifier la perception du temps et donc provoquer de fait une sorte de voyage temporel en distordant la réalité par la seule perception. Dès lors Gou Tanabe nous raconte l’histoire de cette race sur le même mode que le précédent ouvrage nous relatait l’histoire de la planète et des Anciens. Il n’est pratiquement pas fait référence aux divinités maudites du Mythe ici. On a une petite impression de redite par rapport à l’histoire précédente mais ce n’est pas très gênant tant l’univers est riche et le récit fluide. Résultat de recherche d'images pour "dans l'abime du temps tanabe"Rassemblée en un seul volume j’ai trouvé cette histoire plus concentrée et de ce fait à la fois plus facile à lire, sans temps morts et dont plutôt meilleure. Les visions ne rivalisent pas avec les incroyables cités noires de l’Antarctique mais les personnages et le récit, moins linéaire, plus intellectuel, sont supérieurs. Juste de quoi nous donner envie de replonger dans le monde de Lovecraft en espérant visiter bientôt la cité de R’lyeh…

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Les montagnes hallucinées #2

esat-west

Manga de Gou Tanabe
Ki-oon (2019), 2 volumes/2 parus, n&b.

J’avais critiqué le tome 1 que vous pouvez trouver ici avec notamment le descriptif éditorial. Entrecoupés de pages noires, les chapitres de l’album sont titrés en français et en anglais. Un court cahier couleur démarre l’un des chapitres centraux qui portent sur l’histoire des Anciens. Une courte bio de l’auteur et de Lovecraft est proposée en fin d’ouvrage.

Après le massacre du camp de Lake le professeur Dyer part à la recherche du seul survivant. Après avoir franchi la crête des immenses montagnes noires, par plus de 7000 mètres, ils découvrent une cité cyclopéenne datant de millénaires avant l’apparition de l’homme sur Terre. Une cité qui les mènera aux portes de la folie…

J’avais été légèrement déçu par le premier volume, notamment sur des dessins par trop imprécis et j’ai été très surpris par la différence avec ce second volume, qui s’explique sans doute par la construction du texte original (très progressif) mais pas uniquement. On sent en effet l’auteur bien plus à l’aide dans le graphisme architectural de la cité(les premiers mirages aperçus dans le premier volumes laissaient présager cela). Mais surtout, cette exploration laisse moins de place aux personnages humains (réduits à deux protagonistes) pour entrer pleinement dans une découverte absolument fascinante et remarquablement bien découpée. Pas un seul temps mort dans cet album que l’on peut découper en trois parties: la découverte de la cité, en plans larges, paysagers, montrant les dimensions incroyables des constructions, un gros passage central très réussi relatant l’histoire des Anciens et des Shoggoth qui nous fait entrer pleinement dans le Mythe de Ctulhu, enfin la fuite des explorateurs (je m’arrête là pour ne pas spoiler l’ »indicible » :).Résultat de recherche d'images pour "les montagnes hallucinées tanabe"

On peut regretter le petit manque d’imagination de Tanabe quand au type de constructions, parfois aux proportions démesurées qui illustrent bien le caractère « non-euclidien » de cette cité, parfois on tombe dans le basique mur en pierres avec voûte en berceau… Ca reste un détail mais toute la force des écrits de Lovecraft reposant sur l’impossibilité de ses visions (par exemple le principe même de la mégalopole par 7000 mètres d’altitude), des architectures que des humains auraient pu bâtir brisent un peu la magie. Néanmoins l’auteur sait semer des liens comme cette tour qui rappelle discrètement les peintures de la Tour de Babel (illustrant la descendance humaine des Anciens!) et ces bas-reliefs qui permettent aux explorateurs de découvrir l’histoire des créatures étoilées.Résultat de recherche d'images pour "les montagnes hallucinées tanabe"

Si le premier tome traînait à démarrer, ici on est dans l’action du début à la fin avec un rythme parfait. On découvre l’incroyable avec nos deux témoins, on apprends ce qu’il est advenu du survivant du camp Lake, tout est résolu jusqu’à la conclusion parfaite et logique. Avec ses références bien placées à nombre d’éléments de la mythologie ctulhienne (du plateau de Leng au Necronomicon en passant par la Ville sans nom des déserts d’Arabie,…), le manga de Gou Tanabe sait titiller notre envie de fantastique et pousse à aller lire les ouvrages de Lovecraft et sans doute ceux à venir du mangaka dans la collection éditée en France par Ki-oon. Très fidèle au texte original, il cite également l’ouvrage mythique Arthur Gordon Pym d’Edgar Allan Poe, qui a en partie inspiré le mythe de Ctulhu. Un ouvrage sans faute qu’il aurait sans doute mieux valu publier en un unique tome et qui mériterait cinq Calvin avec des dessins un peu plus expressifs.

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