East & West·Manga·Nouveau !

Les montagnes hallucinées #2

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Manga de Gou Tanabe
Ki-oon (2019), 2 volumes/2 parus, n&b.

J’avais critiqué le tome 1 que vous pouvez trouver ici avec notamment le descriptif éditorial. Entrecoupés de pages noires, les chapitres de l’album sont titrés en français et en anglais. Un court cahier couleur démarre l’un des chapitres centraux qui portent sur l’histoire des Anciens. Une courte bio de l’auteur et de Lovecraft est proposée en fin d’ouvrage.

Après le massacre du camp de Lake le professeur Dyer part à la recherche du seul survivant. Après avoir franchi la crête des immenses montagnes noires, par plus de 7000 mètres, ils découvrent une cité cyclopéenne datant de millénaires avant l’apparition de l’homme sur Terre. Une cité qui les mènera aux portes de la folie…

J’avais été légèrement déçu par le premier volume, notamment sur des dessins par trop imprécis et j’ai été très surpris par la différence avec ce second volume, qui s’explique sans doute par la construction du texte original (très progressif) mais pas uniquement. On sent en effet l’auteur bien plus à l’aide dans le graphisme architectural de la cité(les premiers mirages aperçus dans le premier volumes laissaient présager cela). Mais surtout, cette exploration laisse moins de place aux personnages humains (réduits à deux protagonistes) pour entrer pleinement dans une découverte absolument fascinante et remarquablement bien découpée. Pas un seul temps mort dans cet album que l’on peut découper en trois parties: la découverte de la cité, en plans larges, paysagers, montrant les dimensions incroyables des constructions, un gros passage central très réussi relatant l’histoire des Anciens et des Shoggoth qui nous fait entrer pleinement dans le Mythe de Ctulhu, enfin la fuite des explorateurs (je m’arrête là pour ne pas spoiler l’ »indicible » :).Résultat de recherche d'images pour "les montagnes hallucinées tanabe"

On peut regretter le petit manque d’imagination de Tanabe quand au type de constructions, parfois aux proportions démesurées qui illustrent bien le caractère « non-euclidien » de cette cité, parfois on tombe dans le basique mur en pierres avec voûte en berceau… Ca reste un détail mais toute la force des écrits de Lovecraft reposant sur l’impossibilité de ses visions (par exemple le principe même de la mégalopole par 7000 mètres d’altitude), des architectures que des humains auraient pu bâtir brisent un peu la magie. Néanmoins l’auteur sait semer des liens comme cette tour qui rappelle discrètement les peintures de la Tour de Babel (illustrant la descendance humaine des Anciens!) et ces bas-reliefs qui permettent aux explorateurs de découvrir l’histoire des créatures étoilées.Résultat de recherche d'images pour "les montagnes hallucinées tanabe"

Si le premier tome traînait à démarrer, ici on est dans l’action du début à la fin avec un rythme parfait. On découvre l’incroyable avec nos deux témoins, on apprends ce qu’il est advenu du survivant du camp Lake, tout est résolu jusqu’à la conclusion parfaite et logique. Avec ses références bien placées à nombre d’éléments de la mythologie ctulhienne (du plateau de Leng au Necronomicon en passant par la Ville sans nom des déserts d’Arabie,…), le manga de Gou Tanabe sait titiller notre envie de fantastique et pousse à aller lire les ouvrages de Lovecraft et sans doute ceux à venir du mangaka dans la collection éditée en France par Doki-Doki. Très fidèle au texte original, il cite également l’ouvrage mythique Arthur Gordon Pym d’Edgar Allan Poe, qui a en partie inspiré le mythe de Ctulhu. Un ouvrage sans faute qu’il aurait sans doute mieux valu publier en un unique tome et qui mériterait cinq Calvin avec des dessins un peu plus expressifs.

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East & West·Manga·Nouveau !

Les montagnes hallucinées #1

esat-west
Manga de Gou Tanabe
Ki-oon (2018), volume 1, n&b.
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Ce manga montre combien un bon travail d’édition met le lecteur dans d’excellentes conditions avant même d’entamer la lecture. Un peu comme une belle illustration de couverture… Ki-oon a sorti la grosse artillerie avec une superbe couverture simili-cuir en effet gravure. Une court bio de l’auteur et de Lovecraft, une introduction au roman original At the mountains of madness, un sommaire et quelques citations en anglais de nouvelles d’Edgar Poe (dont Arthur Pym) pour mettre dans l’ambiance. L’édition respire le respect et mérite un Calvin. Qu’en est-il du manga lui-même?

En 1930 une très importante expédition de l’Université Miskatonic part pour l’Antarctique, équipée d’avions et du matériel dernier cri. Ils vont étudier la géologie et la biologie d’un continent découvert mais pas encore exploré. Très vite les découvertes apportent des révélations improbables au niveau des datations et l’ambition de l’une des têtes de l’expédition pousse à séparer les équipes. Lorsque l’équipe Lake ne donne plus signe de vie après le passage d’une redoutable tempête le reste des hommes part à leur secours et vont découvrir l’indicible…

Résultat de recherche d'images pour "tanabe montagnes hallucinées"Gou Tanabe n’a pas une grosse bibliographie mais a commencé à se spécialiser depuis quelques temps dans les adaptations de classiques, dont Lovecraft.  Il n’est pas le plus technique ni le plus impressionnant des dessinateurs japonais. Pourtant son style réaliste colle avec l’atmosphère résolument classique qui sied aux histoires d’aventures fantastiques de l’époque. La première approche est décevante tant le dessin semble avoir été vu mille fois et le récit d’expédition antarctique nécessite un plus graphique ou scénaristique pour se démarquer. Le rythme des histoires fantastiques est progressif. Celui des Montagnes hallucinées également: après une longue mise en place à la lecture difficile du fait de l’utilisation de trames grossières et du manque de précision du dessin, les premières accélérations de l’intrigue ouvertes par la découverte de strates géologiques à la datation impossible font monter la tension et le rythme cardiaque du lecteur… qui ne décroche plus jusqu’à la fin. Le prologue avait annoncé l’horreur. L’intérêt du manga repose sur l’accumulation de découvertes toutes plus improbables les unes que les autres. Le principe du hors champ et du jeu sur l’anticipation du lecteur fonctionne très bien: l’auteur déroule cliniquement les découvertes des scientifiques et le lecteur s’attend à chaque page à voir surgir un monstre…

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Le mythe de Cthulhu est toujours aussi fascinant dans son jeu des impossibilités scientifiques entraînant à la folie. Dans ce premier tome il n’est pourtant pas question de déviances mentales puisque jusqu’à la découverte macabre du campement (totalement gore et horrible) nous ne faisons face qu’à des constatations rationnelles. L’équipe reste au pied des Montagnes de la folie, que l’on abordera dans un second volume.

Étrangement les limites du dessin de Tanabe, qui posent problème sur les premiers chapitres, apportent un plus dès l’arrivée des Anciens. L’impossibilité physique à représenter ces êtres indicibles (j’adore le vocabulaire hypertrophié de Lovecraft!) est très bien reprise par des dessins sombres, présentant des enchevêtrements impossibles à comprendre visuellement. C’est perturbant mais sert totalement le propos; on imagine dès les pages montrant par mirage la cité cyclopéenne ce que sera le tome deux.

Très respectueux de l’oeuvre originale (sans doute trop), Gou Tanabe sait faire tenir la tension de son scénario en montant progressivement vers l’horreur brutale. Avec un dessin plus précis et moins sombre l’on aurait gagné en qualité mais l’ouvrage réussit à être une très bonne illustration du texte de Lovecraft et fascine lorsqu’il s’agit de représenter ces Anciens.Résultat de recherche d'images pour "tanabe montagnes hallucinées"

Sur le thème de l’expédition polaire vous pouvez retrouver mes chroniques de la BD-photo d’Emmanuel Lepage La lune est blanche et la BD de Boidin Endurance sur l’expédition Shackleton.

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BD·Littérature·Numérique·Service Presse

20.000 lieues sous les mers

BD de Gary Gianni
Mosquito (2018) – Flesk publications (2009), 61 p.

couv_343981L’ouvrage édité par Mosquito reprends l’édition américaine de 2009 en supprimant la préface de Ray Bradburry et en ajoutant une nouvelle  de H.G. Wells illustrée par Gianni. La très belle couverture originale est reprise avec la maquette habituelle de l’éditeur grenoblois.

Je passerais sur l’intrigue que tout le monde connaît pour m’attarder sur le travail d’adaptation de Gianni et la proximité avec le matériau d’origine. Je vous confesse que je n’ai pas poussé le zèle jusqu’à relire l’ouvrage de Jules Verne à l’occasion de cette critique, néanmoins il me semble que l’auteur de l’album a recherché plus une reprise graphique des éditions originales de l’éditeur Hetzel qu’une fidélité totale au roman. A ce titre, le style de Gianni et ses aspirations graphiques correspondent parfaitement aux illustrations des ouvrages originaux et il est assez fascinant d’imaginer que si la BD avait existé à l’époque, nulle doute qu’elle aurait ressemblé à l’adaptation aujourd’hui proposée par Mosquito. Le travail de hachures, les positions héroïques et théâtrales ainsi qu’un design résolument rétro, tout concours à faire de cette BD une adaptation plus qu’une oeuvre originale. Les visions proposées pour l’Atlantide, les forêts sous-marines, l’Antarctique ou  les calamars sont saisissantes et nous replongent dans nos jeunes années.

Résultat de recherche d'images pour "20000 lieues gianni"Gary Gianni était semble-til conscient des lacunes du récit de Verne, terriblement naturaliste et linéaire, au risque de rendre la BD ennuyeuse. L’auteur américain s’est ainsi efforcé de concentrer son ouvrage sur les moments clés et les séquences d’action, plus que sur des personnages plutôt survolés. Il y a ainsi un paradoxe entre une oeuvre passée dans l’imaginaire collectif et dont on attend souvent une nouvelle version redigérée par des auteurs qui y introduiraient leurs propres visions (comme ce projet avorté de film porté par Mathieu Lauffray) et des adaptations fidèles, trop respectueuses, qu’on retrouve le plus souvent. C’est partiellement le cas ici même s’il me semble que certains éléments sont rajoutés, précisée au-delà du texte original. Résultat de recherche d'images pour "20000 leagues gianni"Nos cerveaux ont absorbés tellement d’images de films, d’illustrations, d’adaptations qu’il est difficile aujourd’hui (à moins de faire un comparatif texte en main) de distinguer ce qui vient de Verne et ce qui vient d’autres, jusque dans la personnalité de Némo.

J’ai trouvé cette version résolument agréable à lire et proposant une très bonne synthèse, au point que je la conseillerais volontiers aux CDI afin de pouvoir faire travailler les collégiens dessus. Entendons nous bien, l’intérêt n’est pas que pédagogique, à commencer par le trait classique d’un des meilleurs dessinateurs américains actuels, mais aussi une vraie fluidité de lecture de cette BD d’aventure autour du monde. Cet album respire la passion de Gianni pour cet univers, moins baroque que ce qu’il produit habituellement mais résolument élégant.

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BD·Documentaire·Rétro

Le docu du week-end #1

Le Docu du Week-End
Dans la recherche constante de structurer ce blog et de m’adapter aux visites, j’ai constaté étonné que le dimanche était un jour de bonne fréquentation malgré l’absence de publi ce jour là (pour rappel, les jours des rubriques sont ici.)

J’ai donc demandé sur Facebook des avis sur une nouvelle rubrique du week-end et l’idée de la BD documentaire m’a bien botté! J’en lis peu et ce n’est pas toujours graphiquement intéressant, mais il y a souvent des pépites (comme sur l’album scénarisé par Leila Slimani que j’avais chroniqué cet automne). Du coup j’ai lancé ma prospection et je vous propose le premier billet de ce nouveau rendez-vous: de la BD documentaire avec un travail graphique important et qui reste de la BD !


La Lune est blanche
BD de François et Emmanuel Lepage
Futuropolis (2014), 221 p.

9782754810289

Je suis un grand fan d’Emmanuel Lepage, autant de ses dessins que de sa sensibilité. Pourtant, lorsqu’il a entamé il y a quelques années un virage vers le documentaire illustré je n’ai pas suivi, non par manque d’intérêt mais par-ce que je recherchais de la BD et non du documentaire. La Lune est blanche m’a permis de revenir sur cet a-priori et de refaire mon retard (j’ai lu son Printemps à Tchernobyl à la suite): Lepage, par la qualité de son graphisme et par son intérêt pour l’objet documentaire, illustre justement ce que doit être la BD-documentaire pour attirer à elle un large public en proposant quelque chose de visuel, joli en même temps qu’intéressant.

La Lune est blanche raconte la participation des frères Lepage (François est photographe) à une expédition antarctique de l’Institut Polaire Paul-Emile Victor à bord du navire Astrolabe puis vers la base Concordia située à  plus de 1000 km de la côte du continent et à plus de 3000 m d’altitude (on apprend notamment à la lecture de l’ouvrage que l’Antarctique est un dôme montant à 4800 m!)…

Résultat de recherche d'images pour "la lune est blanche lepage"Futuropolis propose à ses auteurs de grands formats qui permettent de donner leur pleine puissance aux images. La particularité de cet album est qu’il intercale des photo de François au sein d’un récit BD d’Emmanuel. Cela pourrait sembler artificiel, mais outre le fait de rapprocher l’ouvrage du reportage classique (photo), cela met en parallèle les illustrations avec la réalité couchée par l’objectif. Car le travail d’Emmanuel, pour réaliste qu’il soit, reste une vision d’artiste, une vision graphique. Résultat de recherche d'images pour "la lune est blanche lepage"La relative monotonie de la lumière et des paysages lui permettent ainsi d’expérimenter des évocations de textures, de lignes, parfois tout en contrastes, tantôt dans les bleutés des icebergs. On imagine l’artiste avec une feuille blanche à la taille du continent, remplie de nuances infinies sur un même thème, de couleurs et de lignes qu’il n’a sans doute jamais vu… Les éléments techniques (bateau, engins, etc) apportent des touches de couleur vive dans de désert blanc et le dessin permet de les rendre graphiques. Ce qui étonne c’est ce ciel bas, ce gris permanent… que le dessinateur parvient à rendre intéressant par-ce que c’est la réalité qu’il observe, que cela fait partie du voyage. Alors oui, ce livre est magnifique, varié, un régal visuel.

Résultat de recherche d'images pour "la lune est blanche lepage"Il s’agit cependant bien d’un documentaire, récit de voyage au jour le jour et probablement écrit comme cela: l’on suit les frères Lepage des premières évocations du projet aux multiples contretemps qui jusqu’au dernier moment risquent d’annuler leur participation. La tension du dessinateur est palpable, les craintes de la famille aussi. On en apprend beaucoup (avec des passages très pédagogiques) sur le fonctionnement des missions polaires, sur le continent lui-même, sur les saisons… On est dans la peau de l’artiste novice apprenant tel une éponge tout ce qui est nécessaire pour être membre de l’équipage…et pour le croquer. Car une telle expédition ne peut se permettre d’emporter deux bouches inutiles: tout le monde a une fonction et celle d’Emmanuel sera de piloter l’un des engins qui traîneront les conteneurs de la base Dumont d’Urville à Concordia. Tout cela est passionnant et raconté avec un vrai suspens, nous faisant vivre les très nombreuses adaptations au quotidien que nécessite la vie en Antarctique. Emmanuel Lepage hésite, ne sait pas s’il va y arriver, nous fait partager les aspects les plus triviaux  (le mal de mer,…) de la petite communauté de scientifiques et de techniciens embarqués sur le bateau, puis sur l’expédition en engins à chenilles, enfin à Concordia, si près du pôle, mais si loin aussi… Longtemps il ne saura dessiner puisque dehors il n’est pas envisageable de rester mains nues avec son crayon. La grande sensibilité de l’homme évite tout narcissisme à cette histoire qui est une aventure à taille d’homme.

 

Résultat de recherche d'images pour "la lune est blanche lepage"

L’ouvrage, particulièrement complet, prend également le temps de nous relater l’histoire de la conquête du continent blanc, celle des premières expéditions polaires françaises, de l’organisation de la présence permanente, les enjeux stratégiques autant que scientifiques mais aussi les impératifs logistiques, les fenêtres de passage des bateaux depuis la Nouvelle Zélande etc.

Les bons documentaires racontent des histoires humaines, nous enseignent sur des sujets inconnus, nous font voyager. la Lune est blanche est tout cela à la fois. Une très grande réussite, un très beau livre, un très grand auteur.

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BD·La trouvaille du vendredi

La trouvaille du vendredi #1

La trouvaille+joaquim

J’inaugure avec cet album un nouveau rendez-vous du vendredi: une BD un peu ancienne, un peu oubliée et qui vaut la peine d’être ressortie des rayonnages. Le vendredi, avant le week-end, c’est donc le temps de la pause, hors du maelstrom bdiste des éditeurs et de leurs nouveautés…


Endurance
BD de Pascal Bertho et Marc-Antoine Boidin
Delcourt – collection Mirage (2009), 126p.

endurance_82715Roman graphique à grosse pagination (beaucoup de pages sans bulles) et format raccourci classique de la collection (qui édite de très bonnes BD comme Un Océan d’Amour, le singe de Hartlepool ou encore les albums de Chloé Cruchaudet Mauvais Genre et Groenland-Manhattan). Cahier biographique en début d’album et historique en forme d’épilogue en fin d’album. Du bon boulot avec une couverture simple mais intrigante, efficace.

Endurance relate la tentative de traversée de l’Antarctique par l’aventurier Shackleton en 1914, tentative qui se révèle vite un fiasco et une course contre la montre afin de sauver son équipage à des latitudes inhumaines… Une aventure qui va durer trois ans!

Dénichée lors d’une vente de bibliothèque (genre 1€ la BD) j’ai été attiré par la couverture de cette BD, le format, et tilté sur le dessinateur dont j’avais découvert le travail sur la Guerre des Sambres époque 2. 9782756013961_pgSa technique alliant un numérique discret et un aspect crayon gras m’avait beaucoup plu sur Sambre et me fait penser à celui de Cruchaudet sur Groenland-Manhattan. Cette simplicité du trait sur une histoire à la fois graphiquement monotone (peu de lumière, peu de couleurs, peu de reliefs en Antarctique) et nécessitant le dynamisme de l’aventure me semble à la fois pertinente et maîtrisée. Cela se confirme avec l’étonnante précision des traits des visages du grand nombre de personnages qui participent à l’expédition. Dans un environnement qui laisse peu de possibilités d’identification visuelle, le lecteur est rarement perdu, grâce aussi à l’articulation des dialogues.

Les auteurs nous font ainsi participer à une grande aventure bigger than life, telle qu’on les voit au cinéma et dont seule la véracité historique permet de ne pas sombrer dans l’incrédulité. Car très rapidement l’on sait que l’enjeu sera de rentrer vivant et non de traverser le continent! Des mois, des années à parcourir une banquise hostile à pied, avancer de quelques centaines de mètres en plusieurs jours à traîner des barques vitales, à surmonter les cinquantièmes hurlants à cinq dans un esquif, sans jamais capituler. 81gsqvpvaol.jpgLa tension dramatique est assez faible dans cet album qui reflète ce qui a probablement tenu ces hommes debout dans des conditions totalement incroyables: il faut avancer, ne pas réfléchir, un pied puis l’autre. Malgré les quelques informations de date, le temps n’existe plus, l’espace non plus. Tout est blanc, tout est pareil, de la glace, du vent. Seuls les évènements pratiques comptent: le soleil pointe pour permettre d’utiliser le sextant, monter un abri avant la tempête. Les blessures, la faim ne sont pas montrés, seulement certains coups de gueule… Cette BD se lit d’une traite, des préparatifs en Angleterre sans soutien de la société royale de géographie, alors que les navires sont réquisitionnés pour la Grande Guerre, au retour (chût je m’arrête la!).

Endurance (du nom du bateau qui les amena sur le continent vierge) est une vraie réussite qui fait penser dans un autre genre à La lune est blanche d’Emmanuel Lepage (dont le dernier album est chroniqué chez Mo‘).

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