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Marius #2

La BD!
BD de Serge Scotto, Eric Stoffel et Sebastien Morice
Grand Angle (2019), 56 p., série finie en deux volumes. Trilogie marseillaise prévue en trois diptyques.

bsic journalism

Merci aux éditions Grand-Angle pour leur fidélité.

Magnifique édition et très belle maquette que celle de la collection Pagnol des éditions Grand-Angle, avec une fois n’est pas coutume un nouveau cahier documentaire bien fourni de cinq pages centré sur les adaptations cinématographiques de la pièce agrémentées de nombreuses images de l’auteur et des films. L’ouvrage s’ouvre à nouveau sur une préface du petit-fils de Marcel Pagnol et un résumé de l’épisode précédent. Rien à redire, c’est beau, bien fait, ça mérite un Calvin.

BD MARIUS

Malgré de très belles images et un travail extrêmement sérieux de Sébastien Morice j’avais été moyennement conquis par le premier volume de Marius, qui se conclut ici avant d’enchaîner sur deux albums pour Fanny puis deux autres pour César – on est donc parti avec grand plaisir pour encore quelques années en compagnie de cette belle équipe d’auteurs! Il est toujours compliqué de lire et de critiquer une adaptation d’œuvre dans un autre format sans avoir lu l’original. Je serais donc bien incapable de détricoter les apports des auteurs de la BD par rapport au matériau original hormis l’évidence (confirmée par le dossier documentaire) que l’adaptation cinéma avec Raimucar plusieurs versions en langues étrangères ont vu le jour en simultané – a beaucoup influencé la vision graphique.

Marius - 2. Marius 2ème Partie | BdphileEtonnamment, cette seconde partie est assez différente de la première, beaucoup moins linéaire et partant, beaucoup plus surprenante de par une construction comportant plusieurs ellipses temporelles qui créent un vrai suspens sur les décisions de Marius et de Fanny. Le premier volume avait posé simplement la problématique d’une fille amoureuse d’un jeune homme lui-même attiré par le vent du large marin. L’amour des deux semble sincère bien que pudique et l’affaire semble tracée pour un dénouement heureux. Or le second tome joue brillamment avec le lecteur qui alterne les séquences sans jamais vraiment savoir qui s’impose à qui et quel enjeu prendra le dessus. Le tout coupé par quelques séquences avec les deux parents et surtout, cette magnifique, truculente, tordante partie de cartes qui fait exploser l’art de la répartie théâtral pour notre plus grand plaisir!

Graphiquement, dès la couverture l’inspiration de Sebastien Morice est évidence, présentant les deux personnages en miroir par rapport à la couverture du premier tome. La qualité et la précision de la reconstitution des décors avait été signalée dans la première critique. Or il n’y a pas que le documentaire mais la finesse des dessins dans les moindres détails que n’explique pas la seule vue 3D préparatoire. Je le dis souvent, ce qui distingue les beaux albums des grands albums Captureréside dans le détail, ces vis, ces tuiles, ces lattes de plancher, tout ce qui distingue un décors a peu près d’un décors qui nous immerge. Et sur ce plan Morice réalise un travail de titan qui mettrait presque au second plan les personnages, pourtant très réussis. Si la technique du dessinateur breton éclate pleinement (et je ne parle pas des couleurs auxquels il nous a habitué depuis de nombreux albums), mes réserves sur l’expressivité des personnages tombent avec des visages qui n’hésitent ici pas à aller vers la farce, le cartoon parfois. Le dessinateur semble être plus à l’aise, plus naturel dans ses personnages. Peut-être un confort acquis après un premier album, toujours est-il que tout coule naturellement, vrai, beau, drôle.

Vous l’aurez compris, ce second tome fait monter un niveau déjà très bon, vers l’excellence. Comme public lambda j’ai pris énormément de plaisir à la fois littéraire, comique, dramatique et visuel à la lecture de ce diptyque qui m’a permis de découvrir la qualité de l’œuvre originale et donné très envie, outre de poursuivre les prochains ouvrages BD du trio bien évidemment, de visionner les films et pourquoi pas prolonger vers le texte de Marcel Pagnol.

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Spirite tome 1: Tunguska

La BD!

Premier album de 56 pages, écrites et dessinées par Mara, parution le 01/10/2020 aux éditions Drakoo.

Esprit(s) de contradiction

Ian Davenport est un jeune homme malhabile mais passionné par son travail. Parcourant les rues de New York avec son mentor Boris Voynich, il étudie et répertorie un genre tout particulier de créature: les spectres.

En effet, ces derniers existent bel et bien, et peuvent être observés pour peu que l’on soit dûment équipé. Ian et Boris les ont même catégorisés en dix classes différentes, en fonction de leur capacité à se manifester dans le monde matériel.

Malheureusement, le passé mystérieux de Boris finit par le rattraper, et Ian assiste ainsi, impuissant, à l’assassinat de son mentor par une singulière silhouette surgie du passé. Ce n’est que le début des ennuis pour le jeune spiritologue. D’autres éminences du domaine sont tuées, toutes reliées d’une façon ou d’une autre à la même expédition, celle qui suivit la célèbre explosion de Tunguska.

Who you gonna call ?

Désespéré, Ian se tourne vers la police pour résoudre ces meurtres. Cependant, il subit la mauvaise réputation de sa discipline jugée fantaisiste et ne récolte que du mépris de la part des forces de l’ordre, qui haussent les épaules sans écouter ce que le pauvre homme a à dire.

C’est alors qu’il fera la rencontre de Nell Lovelace, jeune journaliste qui vit dans l’ombre de sa brillante mère. Employée à contrecœur dans la rubrique paranormale d’un journal sans envergure, Nell, sceptique, voit dans l’histoire de Ian l’occasion de se faire remarquer par un scoop tonitruant, et se voit déjà félicitée pour avoir résolu une série de meurtres. La jeune reporter embarque donc le spiritologue en détresse pour une aventure qui promet d’être dangereuse.

Pour cette rentrée 2020, les éditions Drakoo attaquent fort avec cette nouvelle série fantastique. L’album débute dans le feu de l’action, par un énigmatique flash-back, avant de nous présenter de façon efficace les différents protagonistes de la série. Le ton est léger, en revanche les enjeux restent suffisamment sérieux pour que l’on soit pris dans l’histoire. On appréciera notamment que l’auteure évite l’écueil habituel voulant forcément présenter les revenants comme hostiles, et qu’elle préfère plutôt les développer sous un jour plus neutre, voire plus bienveillant.

Le graphisme de Mara fait ici des merveilles, son trait s’approprie avec grâce l’ambiance et l’architecture du New York des années folles (même si l’histoire est sensée se dérouler durant la Grande Dépression). Ses personnages sont tous très bien designés et expressifs, rendant la lecture d’autant plus agréable pour ce premier tome. Le tout porte une patte très particulière renvoyant aux codes de l’animation 2D.

Spirite est un album beau et efficace, une très belle sortie à ne pas manquer !

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Marius #1

BD du mercredi
BD de Serge Scotto, Eric Stoffel et Sebastien Morice
Grand Angle(2019), 56 p., série en deux volumes.

bsic journalism

Merci aux éditions Grand-Angle pour leur fidélité.

Résultat de recherche d'images pour "marius morice"A l’initiative d’Eric Stoffel et Serge Scotto, la collection Marcel Pagnol en BD a vu le jour en 2015 et propose d’adapter l’oeuvre de l’écrivain marseillais. Onze albums sont déjà parus et la trilogie marseillaise dessinée par Sebastien Morice qui travaille pour la première fois sans son comparse Didier Quella-Guyot commence avec ce Marius, bonne occasion de profiter des superbes dessins, couleurs et lumière du dessinateur du Facteur pour femmes pour découvrir ce classique de la littérature française. L’album suit la ligne graphique de la collection et comporte une préface de Nicolas Pagnol (petit-fils ), un cahier graphique avec de supermes images préparatoires du dessinateur et des explications deux scénaristes sur le travail d’adaptation, enfin un récapitulatif des albums parus dans la collection.

Marius tient le Café de la Marine avec son père César… qui le trouve empoté et pas très professionnel dans le métier. Fanny n’a d’yeux que pour le beau Marius mais, courtisée par le riche Panisse s’efforce de rendre le jeune homme jaloux. Dans la torpeur marseillaise chacun pavane et discute à l’ombre des platanes une anisette à la main…

Résultat de recherche d'images pour "morice marius"Je n’ai jamais été très attiré par les adaptations littéraires, aussi c’est clairement Sebastien Morice, dessinateur découvert comme beaucoup sur le Facteur pour femmes, qui m’a amené à lire cet album. J’ai une tendresse pour son travail et notamment sa colorisation très lumineuse, lumière qui a dû jouer dans la proposition de l’éditeur de travailler sur l’univers de Pagnol. Pourtant l’auteur était sceptique, d’une part de partir sur une série (hormis Papeete 1914 en deux volumes il n’a fait que des one-shot), d’autre part car cette adaptation d’une pièce de théâtre est assez éloignée de ses habitudes et particulièrement difficile à mettre en image tant elle repose sur les dialogues et les espaces fixes. Pour celui qui nous a régalé de paysages insulaires, des landes bretonnes et de nature, cet album urbain a été une sacrée prise de risque, une mise en danger artistique comme on dit et rien que pour cela on peut le remercier car cela démontre un auteur qui évite le ronronnement.

… quand on fera danser les couillons tu ne sera pas à l’orchestre.

TMM_colo_Double_page_T1_extraitCet album est surprenant car c’est assez peu une BD… Les habitués de Morice seront perturbés par un découpage qui ne mets pas en valeur ses qualités en serrant le cadrage sur les seuls personnages et quelques plans de Marseille où le dessinateur peut se faire plaisir. Pourtant on ne peut pas dire qu’il ait chômé pour reconstituer la place et le vieux port à l’aide de documents d’époque et de structures 3D qui lui permettent de tourner sa caméra avant de dessiner ses scènes. Sur le plan documentaire (et j’ai ressenti que c’était cet aspect qui avait dû attirer Sebastien Morice) c’est une réussite. En revanche sur une adaptation théâtrale assez grandiloquente je ne suis pas certain qu’il soit le dessinateur le plus adapté, plus à l’aise dans les postures et la technique que dans les expressions des visages. Il en ressort une impression que le dessin apporte peu au texte.

Bonne mère, c’est un meurtre, mais c’est lui qui l’a voulu! Adieu Panisse!

Résultat de recherche d'images pour "morice marius"Est-ce dû au dessin ou au projet lui-même, je ne le sais pas. Car le texte, pour beaucoup repris mot pour mot de la source de Pagnol, est truculent, drôle, rythmé comme un ping-pong de comédie. On se plaît à voir ces personnages qui nous rappellent bien évidemment Asterix dans leur énormités et leurs abus. L’histoire est simple, simplissime, le cadre étroit, on est bien au théâtre. Les auteurs tentent bien par moment d’élargir le panorama sur les voiliers partant au Levant mais la totalité de leur intrigue reste centrée sur Panisse, Marius et Fanny. Si le plaisir de lecture est indéniable et les images jolies, mettre du théâtre en BD reste un exercice incertain. Ce diptyque aura le mérite de faire découvrir ou redécouvrir l’œuvre de maître Pagnol et peut être vu comme un acte pédagogique. Pour le reste le carcan de l’adaptation pour les scénaristes et le dessinateur les aura peut-être un peu trop freiné dans l’expérimentation et l’apport original. A voir si le second tome s’émancipera un peu de la pièce.

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****·BD·Nouveau !

Bootblack #1

BD de Mikael
Dargaud (2019), 1 volume/2 paru, 54 p./volume.

couv_368280mediathequeLa couverture est (comme le précédent diptyque de Mikael) très réussie, à la fois efficace, révélatrice de l’album et très esthétique. La couverture du second album est déjà réalisée et montrée en quatrième de couverture. L’ouvrage comporte plusieurs illustrations en doubles pages réalisées pour des librairies. Très beau design de titre enfin, qui prolonge celui de Giant. On sent la grande implication de l’auteur sur la réalisation matérielle de l’ouvrage. A noter que sans en être la suite, Bootblack s’inscrit dans le même univers que Giant et forme une nouvelle chronique populaire de la New-York de la Grande Dépression.

Al enterre ses camarades de combat tombés sous les balles allemandes. Il se remémore sa jeunesse délinquante dans les rues de New-York, entre policiers, mafieux, clans de nationalités différentes et antagonistes… et l’amour qui va le tirer vers le haut. C’est la chronique de l’Amérique naissante, celle des cireurs et des grattes-ciels…

Résultat de recherche d'images pour "bootblack mikael"Contrairement au précédent double album de l’auteur, la référence assumée de Bootblack est Il était une fois en Amérique de Sergio Leone. Sacré monument qui a dû faire douter un moment Mikaël tant il est risqué de s’émanciper d’une telle mythologie. Pourtant l’auteur parvient à installer un univers visuel, une atmosphère très particulière où l’expérience acquise sur Giant joue très certainement: j’étais un peu resté sur ma faim à la lecture de ce dernier dont l’histoire m’avait paru finalement un peu faible au regard des ambitions affichées et de la portée historique, quasi documentaire qu’affichait la référence à la photo si réputée des ouvriers sur une poutre. Ici il n’en est rien et dès l’ouverture sur le champ de bataille de la seconde guerre mondiale l’on sait que nous aurons droit à une chronique au passé, à une histoire originale. Cela a le double avantage de nous impliquer avec un personnage plus fort que le mystérieux et mutique Giant et de coupler la période avec son personnage. Il est vrai que ces quelques années au sortir de la Prohibition ont une force fascinante, entre l’imagerie de la Grosse pomme avec ses gratte-ciels, ses fumées permanentes et ses communautés européennes en cohabitation, la pègre, les clubs et surtout cette multitude de personnages aux parcours plus ou moins cabossés et qui souhaitent s’en sortir, souvent de façon illégale à une époque où la Loi est souvent celle du plus puissant et du plus corrupteur.

Résultat de recherche d'images pour "bootblack mikael"L’histoire prends donc comme chez Leone la forme d’une bande de gamins des rues dont un, le héros, est un romantique qui tombe amoureux d’une fille pas faite pour lui. Les conflits entre ambition, amour, amitié seront omniprésents… Mais la comparaison s’arrête là puisque le dessinateur ne reprend pas l’idée de la bande de potes dont on suit la progression. Ici le centre est Al et son amour adolescent que l’on sent mener vers un drame. La structure du récit avec un début, une fin et un intermède montrant son engagement dans l’armée maintient une tension en nous faisant comprendre que toutes ces petites scènes de cireurs de rue débrouillards déboucheront dans le second tome sur l’explication de cette bascule vers l’horreur de la guerre… qui reste néanmoins très lointaine dans le premier volume.

Résultat de recherche d'images pour "bootblack mikael"La grande réussite de Mikaël est sans conteste cette retranscription du lieu et du moment, qui le fascinent. La technique n’a que peu évolué et l’on reste dans les tons marrons-sépia et les ombres imposantes des précédents albums, avec des trognes que je trouve toujours un peu rapidement dessinées et mal caractérisées. L’auteur gagnerait à accentuer le réalisme de ses visages car pour ce qui est des décors fourmillant de détails et des cadrages très cinématographiques c’est du tout bon, du niveau de l’excellent Blue Note. Je parlais d’atmosphère, présente au travers de fumées, de flaques, de tous ces petits détails qui font ressentir la saleté, le froids, l’humidité de New-York et de cet univers juxtaposant grandes fortunes se disant américaines et populace dite « européenne » brûlant dans les incendies de taudis ou quêtant un boulot dans le froid. Ce n’est pas le propos de l’auteur mais cela ne peut que nous envoyer un échos à notre époque où certains font le tri entre « de souche » et migrants. L’Histoire n’oublie jamais de nous rappeler à nos choix de société et l’immersion dans l’album de Mikaël sera très pertinente sur ce plan.

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****·BD·Mercredi BD·Nouveau !

Zaroff

BD du mercredi
BD de Sylvain Runberg et François Miville-Deschênes
Le Lombard-Signé (2019), 76., one-shot.

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© Runberg/Miville-Deschênes chez Le Lombard

L’album de Runberg et Miville-Deschênes est une suite d’une nouvelle de Richard Connell et non du film adapté qui lui a valu la gloire. Il a été proposé par le dessinateur à son scénariste de Reconquêtes, avec l’envie de traduire graphiquement les impressions ressenties à la lecture du texte. Le lien avec le texte d’origine est à la fois très fort (l’album comporte une longue introduction rappelant les événements précédents) et étiré notamment par la fin qui annonce une probable extension (j’y reviens). Comme d’habitude chez Signé, nous avons un très bel album (je ne suis pourtant pas super fan de l’illustration de couverture qui semble pourtant avoir été envisagée très vite) agrémenté d’un joli cahier final avec découpage du scénario, commentaires du dessinateur sur ses croquis préparatoires et explications de développement du scénariste. Du tout bon au niveau éditorial.

L’échec de Zaroff sur sa précédente chasse à l’homme l’a laissé dépressif. Réfugié avec ses hommes sur une nouvelle île, il découvre un jour une caméra devant le portail de son fort: la fille d’une de ses victimes a décidé de se venger et lance une chasse dont la proie n’est autre que la sœur et les neveux du comte. La situation chasseur/chassé semble s’inverser. Mais une fois sur le terrain, qui sera le prédateur le plus féroce?

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© Runberg/Miville-Deschênes chez Le Lombard

François Miville-Deschêne fait partie de ces dessinateurs qui teasent beaucoup sur les réseaux sociaux et cette peinture de couverture, étrange avec ce vert et le look du comte circule depuis plusieurs mois, créant une envie certaine. Surtout depuis que j’ai découvert l’auteur en feuilletant en librairie l’intégrale de la saga d’antic-fantasy Reconquêtes, album qui m’a conquis autant par son scénario que par son graphisme quasi parfait. Car le dessinateur québécois est probablement l’un des plus techniques de la BD franco-belge. Juste pour vous prévenir: la lecture des pages de Zaroff ne souffrent d’aucun défaut esthétique! Concernant Sylvain Runberg je l’ai découvert sur la formidable série SF Warship Jolly Roger et je retiens deux choses: d’une part sa capacité à s’adjoindre la collaboration d’excellents dessinateurs, d’autre part l’imprévisibilité de ses scénarios, ce qui les rend très intéressants.

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© Runberg/Miville-Deschênes chez Le Lombard

N’ayant ni lu ni vu La chasse du Comte Zaroff le projet n’avait aucune raison de m’attirer. Pourtant il se justifie par lui-même dans cet étonnant équilibre que les auteurs parviennent à insuffler à leur album, qui jouit de la mythologie du personnage avec la liberté d’une intrigue originale. Ou plutôt une revisitation. Un peu comme ce qu’a fait Abrams sur StarWars7 en remakant Un nouvel espoir.  Du coup on passe les premières pages à se concentrer pour comprendre la chronologie des évènements précédents et le who is who. Je vous épargnerais une recherche internet inutile: hormis Zaroff et les personnages présents dans l’introduction tout ce que vous verrez dans l’album est original. Pourtant il s’insère avec fluidité et l’on a vraiment l’impression que tout cela est issu de l’ouvrage original. Cela s’appelle un background et Runberg est très doué pour développer ce hors champ qui donne une consistance à toute bonne histoire.

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© Runberg/Miville-Deschênes chez Le Lombard

Mais le cœur de l’ouvrage est l’aventure, avec une recette simple: un méchant (très) charismatique, une bande de bandits très armés avec à leur tête une héritière contestée par ces machos irlandais, un environnement naturel plein de pièges, d’animaux sauvages et de décors grandioses,… Soyons clairs, le vrai héros de l’histoire est Zaroff et les auteurs se cachent à peine de leur envie de nous narrer ses prouesses. Il est un monstre mais est chassé par des bras cassés pas forcément plus vertueux. Fiona (la chasseuse) est également réussie avec son guide brésilien, sorte de crocodile Dundee. Mais la donzelle au caractère bien trempé reste dans l’ombre de ce que cherchent à nous narrer Runberg et Miville-Deschênes: ce génie du mal est invincible pour peu qu’aucun tiers ne vienne fausser ses plans. On réalise ainsi progressivement que l’enjeu n’est pas de savoir si Zaroff va s’en sortir mais plutôt combien d’irlandais survivront…

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© Runberg/Miville-Deschênes chez Le Lombard

L’île est un décors improbable mais grandiose, avec des formations géologiques incroyables et des panoramas qui semblent presque issus de mondes Fantasy. Surtout, le dessinateur se régale dans ses palettes de couleurs, ses décors de jungle, ses falaises, ses arrières plans aussi détaillés que les personnages, il semble à l’aise partout. Du fait de l’histoire on peut ressentir une légère monotonie d’environnement mais l’action et la qualité du trait font que l’on n’a pas le temps de s’ennuyer une seconde. Disons pour chipoter que la partie graphique est légèrement moins impressionnante que sur ses derniers albums, mais cela reste techniquement parfait, notamment dans ces visages et expressions, tous spécifiques et totalement crédibles. Un sacré artiste.

Zaroff est typiquement le genre d’album au sujet minimaliste mais que la seule réalisation (sans faute) propulse au rang de blockbuster de la BD. Quand un album vous permet de découvrir deux grands artistes, vous donne envie de lire le texte d’inspiration et vous régale les yeux, il est difficile de résister. Si vous aimez l’aventure et les beaux dessins de style classique, courez, Zaroff est peut-être déjà derrière vous…

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… et allez lire le super entretien que propose le site Branchés Culture!

***·BD·Mercredi BD

Giant

BD du mercredi
BD de Mikael
Dargaud (2017-2018), série terminée en 2 tomes, 54 p./volume.

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J’avais vu passer à sa sortie ces très belles couvertures inspirantes, montrant le travail des noirs de l’auteur et le contexte de la grande Dépression à New-York. Ayant lu auparavant l’excellent Blue Note portant un peu sur le même thème (la destinée d’un costaud mystérieux dans le New-York de la Prohibition) je me suis laissé tenter par cette série aux très bons échos presse et dont la fausse suite, Bootlack, sort ce printemps chez le même éditeur.

Dans la Dépression il y a des hordes de chômeurs et d’immigrants attirés par les feux de l’Amérique, mais il y a aussi des riches qui mènent une course aux plus hauts grattes-ciel. Cela fait de l’emploi, dangereux mais rémunérateur et crée des sociétés d’ouvriers rassemblées par nationalité. Parmi eux il y a « Giant », l’irlandais quasi muet. C’est son histoire qui nous est contée…

Résultat de recherche d'images pour "giant mikael"Le problème avec les BD dont on parle beaucoup c’est qu’on attend un chef d’oeuvre à chaque fois. C’est parfois le cas, mais la plupart du temps on a « juste » de très bonnes BD… C’est un peu ce qui se passe avec ce diptyque Giant qui emprunte un chemin déjà très balisé, celui de la Dépression américaine dont l’iconographie a été allègrement diffusée par la photo et le cinéma. Difficile ensuite de trouver un élément qui justifiera cette énième vision, tant ces plans de gamins jouant dans le jet des bouches d’incendie, ces ouvriers en salopettes trop grandes et ces villes entre noir et miroir font partie de l’imaginaire collectif!

L’ouvrage commence d’ailleurs sur ce cliché mythique d’ouvriers déjeunant sur une poutre suspendue pendant la construction du Rockfeller Center et c’est le point de départ de cet album qui vise à nous conter les dessous de l’image: qui était le photographe, qui étaient les ouvriers, quelle était leur vie et le pourquoi de leur arrivée à New-York. En prenant pour focus un colosse mystérieux, l’auteur instaure un mystère nécessaire au déroulement de sa photographie. L’homme qui manie le pistolet pneumatique destiné à enfoncer les rivets est de celui que l’on ne titille pas. Il sait être protecteur avec son nouveau partenaire d’équipe, un jeune idéaliste beau parleur, pour peu qu’on ne lui pose pas de questions sur son passé. C’est à ce moment que l’on découvre une correspondance avec Mary-Anne, une irlandaise restée au pays et dont les lettres indiquent une grande proximité. Mari? Frère? Le lecteur est titillé par de nombreuses questions que Mikaël délie subtilement tout au long de ses deux tomes. Sur ce plan le scénario est très habile et parfaitement rythmé.

Résultat de recherche d'images pour "giant mikael"Côté dessin j’ai été un peu déçu en comparaison de l’album de Mickaël Bourgoin, dont le trait est plus organique, plus râpeux et reflète ces espaces sales d’une Amérique à peine sortie du tiers-monde. Intrinsèquement il n’y a rien à reprocher à Mikaël, qui propose des planches aux beaux plans très encrés, suffisamment proches de nos attentes sans tomber dans le fan-service. Simplement, comme dit plus haut, il arrive après beaucoup de très bons travaux et pour comparer à l’album précédent on constate sans doute la différence entre un auteur autodidacte et un autre formé à Emile Cohl…. le diable est dans les détails.

Giant propose une bonne histoire, une époque et un lieu passionnants, dispose de bons dessins et de deux couvertures très marquantes. Il rate néanmoins l’excellence par un petit manque d’originalité, par une touche d’auteur qui permettrait à l’album de dépasser la carte postale. Par de nombreux moments (lorsqu’on aborde la photographe) on n’en est pas loin. Mais ce Giant reste trop longtemps une image, une figure manquant un peu de contenu qui empêche le lecteur de s’impliquer dans sa lecture. Je recommande néanmoins ce diptyque qui est une très bonne lecture pour qui s’intéresse à ce sujet, mais qui n’est pas l’ouvrage majeur dont certains ont parlé.

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****·Graphismes·La trouvaille du vendredi·Littérature·Nouveau !

La trouvaille du vendredi #19

La trouvaille+joaquim
L’appel de Cthulhu
Nouvelle illustrée de Howard Philip Lovecraft et François Baranger
Bragelonne (2017), 64 p.

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Howard Philip Lovecraft est au même titre que Tolkien sur la Fantasy, l’inventeur d’un genre imaginaire, d’un univers visuels et thématique. Si le fantastique existe avant lui, la création d’un Mythe moderne et surtout son influence sur des générations « d’imaginateurs » (cinéastes, illustrateurs, musiciens, écrivains,…) est proprement sidérante et dépasse de très loin la portée propre de ses écrits. C’est bien le pouvoir d’évocation de ses textes qui a fasciné et continue de fasciner ces créateurs qui pour certains ont digéré le Mythe de Cthulhu pour en accoucher autre chose. Le fait que Lovecraft n’ait jamais été adapté au cinéma autrement que par des nanar est illustratif: il y a tellement de Lovecraft dans une multitude d’œuvres que les auteurs doivent se sentir à la fois incapables d’une adaptation « officielle » maisdoivent aussi se demander s’il y a toujours lieu d’une telle adaptation. Comme le fait d’adapter encore la légende arthurienne peut interroger, un univers passé dans l’imaginaire culturel commun n’a plus forcément de raison d’être.

Résultat de recherche d'images pour "cthulhu baranger"En BD les auteurs directement influencés par Lovecraft sont impressionnants: je citerais Lauffray, Ledroit, Bec, Sorel, mais aussi une bonne partie des auteurs américains ayant bossé sur Batman (Gotham, Arkham et son bestiaire rappellent évidemment les thèmes de la folie et du passé enfouis),… Un Godzilla comme un King Kong peuvent être vus comme les enfants de Cthulhu et a peu près tous les réalisateurs fantastiques ont l’univers de Lovecraft en livres de chevet.

La parution chez Bragelone d’une version illustrée et très grand format de la nouvelle initiale « L’appel de Cthulhu » est l’occasion rêvée pour tous les amateurs de fantastique de retourner aux sources, au matériau d’origine. La préface de John Howe (lui-même créateur avec Alan Lee de l’univers visuel du Seigneur des Anneaux, totalement intégré aux films de Peter Jackson) explique parfaitement le pouvoir visuel de ces textes et l’appréciation idéale de François Baranger de ce qu’est le fantastique: improbable, indicible, le Mythe doit rester tapis, esquissé, lointain et nappé de voiles. Les dimensions colossales des lieux et créatures du Mythe ne peuvent être appréhendés dans leur entièreté, comme Lovecraft rappelle sans cesse l’impossibilité de l’homme à cohabiter avec ces forces primaires.

Image associéeAinsi, si le texte (relativement court, environ 18 pages sans les images) pourra faire sourire par le style redondant et insistant d’un vocabulaire de l’impossible et incommensurable, il n’en demeure pas moins très puissant dans son côté épique et archétypal. Et c’est là que les illustrations de Baranger viennent produire un effet démultiplicateur, par leur qualité graphique d’abord (les allergiques à la peinture numérique risque néanmoins d’être frustrés), par leur puissance brute ensuite. L’illustrateur a travaillé comme designer pour le cinéma (l’Attaque des Titans avec le fameux Kraken, les films de Christophe Gans, Harry Potter et pas mal de blockbusters du jeu vidéo) et cela se voit dans les cadrages extrêmement cinématographiques des images pleine page. Le format est très confortable et permet d’apprécier la démesure du Grand Ancien et des structures cyclopéennes dont il sort. Accompagnant le texte sur les premiers chapitres, l’image prends le dessus ensuite en vous transportant littéralement dans un film sur grand écran et laissant imaginer ce qu’un Guillermo del Toro aurait produit sur son projet des Montagnes Hallucinées avec Tom Cruise et en imaginant ce que ses Kaiju de Pacific Rim ou le Godzilla de Gareth Edwards aurait été dans l’univers de Lovecraft.

Image associéeLa force de ce Mythe est de convoquer autant l’aventure dans des terres inconnues à la Indiana Jones que la hantise du fantastique caché et de la conspiration mondiale. Cet ouvrage est vraiment magnifique, de qualité et je ne saurais que le conseiller pour un shoot d’imaginaire pur.

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***·BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

La trouvaille du vendredi #18

La trouvaille+joaquim
BD de Stan et Vince
Delcourt (1993-2003), 9 volumes de 46 p. Série finie. Disponible en trois intégrales.

Série lue pour partie en format papier, pour partie en numérique.

couv_199557Vortex vous emmène dans un retour vers le futur, celui d’une époque où Delcourt et Soleil étaient encore deux éditeurs jeunes et dynamiques qui dénichaient de jeunes auteurs qui allaient former l’armature de ce que la BD franco-belge produira de meilleur dans le genre fantastique (Soleil était alors axé principalement sur la Fantasy et Delcourt sur la SF). L’époque des débuts de Lanfeust, de la première série de Mathieu Lauffray, d’Aquablue (Vatine) et où chez d’autres éditeurs Thorgal commençait juste le cycle de Shaïgan, Largo Winch et Aldebaran naissaient et Bourgeon entamait son cycle de SF…

1937: une expérience militaire s’apprête à bouleverser l’Histoire! Le premier voyage temporel va être lancé… Las, pendant l’opération deux énigmatiques terroristes interviennent et dérobent les plans de la machine avant de s’enfuir à une époque éloignée. L’agent spécial Campbell et la belle Tess Wood vont se jeter à leur poursuite et découvrir le sombre destin de l’humanité à différentes époques…

Vortex fut une série à succès qui lança la carrière du duo Stan et Vince (récemment vu avec Zep sur la BD érotique Esmera). Depuis les deux zozo sont allé faire des albums trash avec Benoit Delepine chez l’Echo des savanes. Leur première série est un peu plus sage mais y pointe déjà (bien qu’il s’agisse d’une série grand public) leur goût pour l’extrême, entre les formes très plantureuses de l’héroïne et de la méchante Ziprinn, les déformations corporelles ou les explosions de cervelles. Si les caractéristiques visuelles des auteurs la démarque du lot, Vortex n’en reste pas moins une BD de SF pulp assez classique dans son scénario et son traitement. A noter que Stan et Vince travaillent réellement à quatre mains, sur l’histoire et les dessins, leur style étant pratiquement interchangeable (ils se partagent d’ailleurs le dessin sur les premiers albums avant de travailler réellement en doublon sur la suite).

Résultat de recherche d'images pour "vortex stan vince"Le premier intérêt de cette série est son concept de départ: les quatre premiers albums forment une même histoire croisée vue du point de vue de Tess Wood ou de Campbell. Cela permet des contorsions cérébrales pour le lecteur afin de suivre la ligne temporelle de l’intrigue avec des séquences identiques vues d’autres plans… en outre les modifications du continuum espace-temps arrivent bien entendu très vite, provoquant des paradoxes tels que l’apparition de deux Campbell! Je ne vais pas spoiler plus loin mais perso j’adore ces histoires de voyage dans le temps et toutes les hypothèses qui en découlent. Comme on est dans une série 100% pulp, les incohérences ne posent pas de problème. Je remarque que la série devait vraisemblablement se clôturer à la seconde saison et a été prolongée sur une troisième époque dans le Londres victorien steampunk qui a sa propre unité et pourra se lire séparément, même si l’on n’a pas lu le début de la série.

Les héros sont donc des super-clichés: Campbell est l’archétype du super agent-secret blond, musclé, increvable et vaguement macho. Tess est une femme des années 40 à la fois bombe sexuelle ne se laissant pas faire et faible créature soumise aux aléas des intrigues. Le méchant veut évidemment dominer le monde et tuer à peu près toute la population au passage, les créatures mécaniques sont souvent des arachnoïdes tout droit sorties de la SF des années 50 (genre « guerre des mondes ») et le futur voit une société orwellienne où une élite riche écrase une plèbe œuvrant dans des mines pour le bien de leurs maîtres. Le dessin de Stan et Vince est parfois brouillon dans les plans larges mais les visages sont très réussis et le tout porte globalement la marque des séries de BD d’aventure classiques entre Jacques Martin, Jacobs et les pulp américains. On a par contre une évolution graphique à la troisième époque, dû notamment il me semble à de la colorisation numérique qui adoucit les traits assez hargneux des auteurs. Un saut qualitatif également puisque le dessin, correcte sur l’ensemble et très bon par moment, devient beaucoup plus régulier et de qualité sur le dernier cycle. Encore une fois c’est cliché, daté, rétro, mais terriblement sympathique! En outre, les couvertures sont vraiment superbes et plongent totalement dans cet univers avant d’avoir ouvert les albums.

L’intrigue est un peu tordue et se résume essentiellement à une course poursuite pour sauver Tess puis pour attraper le méchant. Si la première époque se déroule dans une unité de lieu (le futur), la suite promène les héros sur plusieurs époques pour revenir à l’origine du problème et permettant de voir dinosaures, Adolf Hitler ou les Egyptiens… En passant, les auteurs abordent de nombreux thèmes autour du démiurge prométhéen (les religions, la création de l’homme, l’influence de l’Histoire) ce qui, sans être d’une originalité folle, enrichit ce récit d’action et d’aventures. Résultat de recherche d'images pour "vortex stan vince"L’on sent à mesure de l’avancée de la lecture que le scénario initial a probablement été modifié en fonction du succès de la série puisque d’une histoire de conspiration politique assez poussée dans les premiers tomes, l’on dévie ensuite vers un apocalypse scientifique beaucoup plus global et du pure cyberpunk victorien sur la troisième époque. Vortex respire la vitesse, que ce soit dans la dynamique du dessin ou dans l’enchevêtrement des intrigues. On aurait sans doute apprécié que les auteurs s’engouffrent encore plus dans les problématiques de paradoxe temporel et prolongent le concept des aventures croisées des deux héros (qui est exploité en début de série et en fin). Mais la série reste un excellent moment d’aventure rétro, honnête dans son ambition et toujours percutante dans ses visuels même s’ils n’ont rien de révolutionnaire. Je gage que cette lecture, si vous vous laissez tenter vous donnera envie de (re)découvrir la bonne SF Delcourt des années 90’s et d’observer les débuts d’auteurs aujourd’hui confirmés. Vortex démontre que lorsque les auteurs français se lancent dans du pulp les comics n’ont plus grand chose à nous apporter…

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