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Kill 6 Billion Demons

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Premier tome de la série écrite et dessinée par Tom Parkinson-Morgan. Parution en France chez Akileos le 06/10/2021.

C’est la fête au McGuffin

La jeune Allison n’a peut-être pas une vie facile, mais au moins ce soir, elle va prendre un peu de bon temps. Résolue à perdre sa virginité, elle s’acoquine avec son petit copain Zaid, qui n’a rien d’un foudre de guerre mais qu’elle aime quand même. Alors que le maladroit Zaid s’échine à la déshabiller, dans un de ces moments gênants que l’on a tous vécu (n’est-ce pas, hein ? hein ??), Allison voit la réalité se déchirer autour d’elle et une horde de démons débarquer d’un portail dimensionnel.

Non, non, allez-y, faites comme si j’étais pas là.

La horde semble poursuivre un étrange chevalier en armure, qui, juste après avoir été décapité, lui insère dans le crâne une boule lumineuse qui fragmente son corps telle une fractale. A son réveil, Allison constate que son petit-ami a été happé dans une dimension infernale par des démons, dont elle est elle-même prisonnière.

Accrochez-vous, puisque cette partie du pitch est, assez étonnamment, la plus facilement compréhensible. A partir de là, Allison va découvrir Trône, la ville gigantesque au centre du Multivers, jonchée des cadavres de divinités antiques, et peuplée de milliards de créatures, parmi lesquelles des démons abjects et des anges pour le moins étranges. Allison découvre qu’elle est désormais la détentrice de la Clé des Rois, un artéfact à l’infinie puissance, objet de convoitises depuis que les sept derniers dieux se sont divisés et se sont répartis les 777 777 univers composant le Multivers.

La jeune femme, perdue dans ce mortel bazar, va se retrouver sous la protection de « Chaîne Blanche » (son véritable nom est « Chaîne Blanche 82 née du néant qui revient pour soumettre le mal »), un Ange gardien de la Paix, qui va tenter de déterminer pourquoi la Clé des Rois s’est retrouvée dans le crâne d’une jeune humaine.

Weird is the new black

L’aventure de Kill Six Billion Demons a commencé en 2013 sous la forme d’un webcomic, ce média alternatif et décomplexé qui a permis à de nombreux auteurs de se faire la main tout en popularisant leurs travaux. Le phénomène ayant pris de l’ampleur, c’est Image Comics qui se positionnera sur le travail de Tom Parkinson-Morgan. Cette BD quasi inclassable se révèle faire en réalité partie d’un genre à part entière, un genre tout particulier puisqu’il se définit essentiellement en opposition par rapport à ses précurseurs: le New Weird.

Alors que la SF, le fantastique et l’horreur ont pris leur essor et se sont codifiés au cours du 20e siècle, la fin du 20e et le début du 21e ont vu un courant d’auteurs chercher à s’affranchir de ces codes, qui entre temps, étaient devenus des clichés pour certains. Il en a résulté un genre en soi, visant à détourner les lieux communs et les codes de la SF, de la fantasy, et autres, sans nécessairement verser dans la parodie.

On retrouve K6BD tout à fait dans cette veine, avec un concept de départ assez classique (une jeune femme doit plonger dans un univers infernal pour sauver son petit-ami: tiens, tiens, un pitch familier et récent), voire même un peu cliché (celui du « Je meurs, prends mon McGuffin« , que l’on peut voir par exemple dans Green Lantern, Saint Seya, Gundam, L’Incal, Casablanca, Le Cinquième Élément, Harry Potter…). Ces clichés seront néanmoins rapidement détournés, et mixés avec d’autres éléments, pour donner un tout délirant et baroque à souhait.

Attention, cependant, les amateurs d’intrigues ordonnées et de dialogues ciselées risquent de sombrer dans la folie à la lecture de cet album. Cela a l’avantage de refléter l’état de confusion dans lequel se trouve Allison face à ce monde inconnu, mais cela peut également noyer le lecteur, sous des répliques cryptiques qui frôlent parfois le non-sens.

Je ne parle pas seulement ici des tartines d’exposition qui nous sont servis à grands renforts de monologues, mais du délire ambiant, inhérent à ce type d’univers. S’agissant de l’exposition, on sent bien que l’auteur s’est senti tiraillé entre la nécessité de livrer les bases de son univers et le risque d’assommer les lecteurs avec. Par exemple, lors de la tirade de l’Ange sur les origines du Multivers, l’auteur insère des vannes visant à mettre en abîme le risque de perdre son auditoire avec ce genre de procédé.

Si l’on ne peut pas résolument classer cette série comme parodique, on ne peut pas non plus s’empêcher de déceler un certain degré de pastiche, comme dans les interludes récitant des psaumes de YINSUN. Ces textes, absurdes sur la forme, se révèlent grandement subversifs sur le fond, ne sont ni plus ni moins qu’un middle finger à tous les grands courants religieux et textes sacrés.

Petite touche toute personnelle, j’ai apprécié la représentation faite des anges, du moins dans leur apparence véritable, qui fait référence directement à leur description dans l’Ancien Testament. Le reste des dessins, s’ils peuvent souvent traduire la créativité débridée de Parkinson-Morgan, frisent parfois avec l’amateurisme, ou du moins dans ce qui peut souvent se voir dans certaines BD semi-pro.

Le tout conviendra certainement aux amateurs d’univers violents et déjantés, voire WTF. Attention toutefois au prix, qui peut être considéré comme prohibitif étant donné le format.

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Karmen

BD du mercredi

BD de Guillem March et Tony Lopez (coul.)

Dupuis (2020), 160p. one-shot.

L’ouvrage est proposé en grand format, de ces paginations des gros one-shot généreux permettant un graphisme libéré. L’intrigue est découpée en quatre parties à la pagination décroissante et se conclut par un cahier graphique de… trois pages. Il est surprenant que l’auteur n’ait pu fournir plus de matériau à compter du moment où un cahier était proposé. La couverture est très percutante avec ce design très réussi du personnage de l’ange sur un beau rouge vif. Un petit texte de présentation en quatrième de couverture n’aurait pas été de trop. Édition honnête qui aurait pu être plus travaillée pour accompagner ce très original projet.

couv_385071Catalina est une introvertie. Systématiquement déçue par ses relations, elle se concentre sur son amitié d’enfance avec Xisco, beau ténébreux qui collectionne conquêtes et déceptions amoureuses. Un jour elle décide d’en finir…

Encore un digne représentant d’une Ecole espagnole qui ne cesse de ravir nos pupilles! Avec vingt ans de carrière, le majorquin Guillem March propose avec Karmen sans doute son plus ambitieux travail graphique. L’espagnol a travaillé sur de nombreuses publications DC souvent sur des personnages féminins, souvent teinté d’érotisme. Projet aussi étrange, surprenant que personnel, Karmen reprend (en version féminine) le thème de l’excellent Essence de Benjamin Flao, celui de l’ange venu accompagner une âme pendant les quelques micro-seconde qui séparent la vie de la mort…

Qui dit projet de dessinateur dit graphisme généreux et très clairement la première qualité de cet ouvrage est sa liberté totale. L’auteur prend prétexte de ces heures de libération de l’âme, cette pérégrination de Catalina dans la cité ensoleillée accompagnée par l’ange contestataire Karmen pour donner libre cour à sa virtuosité et à ses envies. On observe ainsi la jeune femme vaguement grassouillette parcourir le monde, croiser ses contemporains dans le plus simple appareil, déviant les lois de la gravité quand elle comprend que seule sa volonté la limite dans ce nouveau plan d’existence. Les cases sont larges, les pages souvent pleines et le cadrage donne le tournis en  proposant des cadrages improbables par-ci en eye-fish, par-là accompagnés de formes en surimpressions… tout cela est hautement imaginatif et magnifique. Le modèle Manara est bien sur présent avec cette justification toute relative de montrer l’héroïne nue sous toutes les coutures avec un petit côté voyeur mais absolument pas vulgaire ni érotique. Le sexe féminin n’est jamais montré malgré certaines vues vertigineuses et l’on sort de l’album avec la vague impression d’avoir parcouru des travaux de graphisme anatomiques ou un carnet de paysages urbains. C’est beau, c’est précis, c’est inspiré… pour le dessin.Karmen - La Loutre Masquée

L’histoire, elle, est moins enthousiasmante. D’abord par-ce que l’on a déjà vu cela. March apporte certaines idées intéressantes sur le couple, l’amitié, les relations sociales, et nous accroche un peu tardivement lorsqu’il accélère sur le monde des anges en envoyant Karmen parlementer au sein de l’Administration des âmes. Comme je le constate souvent, ce genre de gros projets tire son essence dans des envies graphiques de leurs auteurs. Cela comble les amoureux du dessin mais ne suffit pas forcément à convaincre le grand public sur une intrigue qui aurait été plus forte en la condensant en un format plus classique de moins de cent pages. Hésitant entre une chronique amoureuse (sans que l’on ne voit la vie qui a mené Catalina à cette décision radicale) et un trip fantastique, l’auteur se fait plaisir de façon irrégulière. Le premier « cahier » (de soixante-dix pages) est clairement trop gros et étouffe la narration malgré le plaisir visuel. La seconde moitié de l’album est beaucoup plus rythmée et propose une progression narrative dont la chute (une sorte d’épilogue) fait presque regretter ce qui aurait pu être un diptyque avant/après.Éditions Dupuis (@EditionsDupuis) | טוויטר

Il ressort de cette lecture un sentiment étrange, une grande sympathie pour ces personnages, un grand plaisir de lecture frustré par une idée inaboutie d’un auteur qui a un peu délaissé l’histoire en draguant le lecteur par les formes de sa belle plus que par une tension dramatique.

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L’ange aux ailes de lumière, l’intégrale

BD du mercredi

Série en deux tomes, écrite par Harry Bozino et dessinée par Carlos Magno, adaptée de l’œuvre de Julia Verlanger. Premier tome de 46 planches paru le 28/08/019, second tome de 48 planches paru le 25/03/2020 aux éditions des Humanoïdes Associés.

bsic journalismMerci aux Humanos pour leur confiance.

 

Vers l’infini…et l’au-delà

badge numeriqueDans un lointain futur, l’Humanité a accompli un exode vers les étoiles, s’établissant sur de nouvelles planètes après avoir débarqué d’immenses arches stellaires. Cependant, cette conquête ne s’est pas faite sans heurts, et de nombreuses arches furent perdues dans le cosmos.

La Confrérie des Étoiles, conglomérat des nouvelles sociétés humaines, s’est donné pour but de fédérer à nouveau cette diaspora intergalactique, après avoir acquis la vitesse supra-luminique lui permettant de rejoindre les coins les plus distants du cosmos.

Cependant, certains pionniers, une fois débarqués sur leur nouvelle terre promise, ont du faire avec les moyens du bord, consentir parfois à des sacrifices, si bien qu’au fil des générations, les colons n’ont pu fonder que des sociétés régressives et oublié leurs origines terrestres.

Jatred , le protagoniste, est issu d’un de ces mondes, où il vivait en esclave. Récupéré par la Confrérie, il s’est non seulement affranchi mais en est devenu un agent, un cadet, de ceux chargés d’établir le contact avec les colonies perdues. Pour sa première mission, il se voit affublé de l’arrogante Valika pour partenaire. La collaboration ne s’annonce pas facile entre le fougueux « rétro » et l’élitiste cadette.

A la recherche des origines

Sitôt arrivés sur leur nouvelle affectation, la planète Vaeroya,, les deux novices vont découvrir un monde en proie aux divisions et aux conditions hostiles d’un monde qui refuse de se laisser apprivoiser. Les colons de Vaeroya, étrangers aux coutumes terriennes, voient d’un mauvais œil l’irruption de la Confrérie des étoiles chez eux, alors même qu’ils luttent depuis aussi loin que remonte leur mémoire collective contre des démons ailés résidant dans l’hémisphère hostile de la planète. Comme toujours en temps de crise, les extrêmes y voient l’opportunité d’asseoir leur influence, ce qui exacerbe les tensions.

Jatred, mu par un idéalisme juvénile, va sauver une habitante promise à l’échafaud, cette dernière ayant commis le crime de fricoter avec un démon, autrement appelé par certains un « ange aux ailes de lumière ». Ce sera le début de péripéties qui amèneront les cadets à la découverte de la genèse des colons.

Jatred, mu par un idéalisme juvénile, va sauver une habitante promise à l’échafaud, cette dernière ayant commis le crime de fricoter avec un démon, autrement appelé par certains un « ange aux ailes de lumière ». Ce sera le début de péripéties qui amèneront les cadets à la découverte de la genèse des colons.

Harry Bozino a ici la lourde tâche d’adapter l’univers des Planètes Orphelines, une saga-fleuve chroniquant par divers prismes le devenir d’une Humanité conquérante des étoiles. Le résultat est très plaisant, aboutissant à une intrigue compacte mais présentant l’avantage de ne pas souffrir de temps mort. Contrairement à ce que laissait présager le premier tome, et conformément aux poncifs de la SF, les personnages ne sont pas mis de côté au profit d’une intrigue plus grande dont ils seraient les simples pourvoyeurs. Au contraire, il y a une dynamique entre eux dont on perçoit la progression. Le format en deux tomes empêche bien sûr de s’appesantir sur leur psychologies, toutefois, la lecture de l’ensemble rend le tout cohérent.

Le dessin de Carlos Magno sied tout à fait au genre SF, car le style réaliste permet de poser des décors et des vaisseaux crédibles. Ses personnages, si on peut reprocher certaines postures figées, sont agréablement représentés et caractérisés. En outre, le dessinateur brésilien semble mieux maîtriser les plans larges et les panoramiques que les plans rapprochés.

Encore une fois, les Humanos ajoutent une œuvre de science-fiction efficace à leur ligne éditoriale, une série courte mêlant aventure, exploration spatiale, intrigue politique et fable sur l’égalité et la solidarité.

*****·BD·Graphismes·La trouvaille du vendredi

La Trouvaille du vendredi #10

 

La trouvaille+joaquim

Résultat de recherche d'images pour "alberto varanda"Aujourd’hui je vais vous parler d’un auteur (génie?) dont on ne parle pas assez je trouve, et pour cause, son rythme de publication (du fait de sa technique et de son exigence) est très lent: Alberto Varanda.

Étonnamment c’est un des auteurs que je connais depuis le plus longtemps puisqu’il avait illustré des jeux de rôle à l’époque où j’en faisais, notamment Bloodlust (écrit par le duo de scénaristes BD Ange) , fortement inspiré des romans de Robert E. Howard et de l’univers graphique de Frank Frazetta. Je ne connais pas sa première BD (remontant à 1994 quand même!) mais immédiatement on est frappé par sa maîtrise des contrastes, parfois proches du travail d’un Frank Miller (Sin City sort en 1994). Après une expérimentation en couleurs directes (technique qui Résultat de recherche d'images pour "alberto varanda"ne lui correspond pas a mon avis…), paraît le méconnu Bloodlines (scénarisé par Ange, comme tous ses albums BD jusqu’à Elixirs), excellente BD au croisement entre X-files (le FBI et la conspiration) et Akira (les pouvoirs des enfants) fixe son style de personnages, proches de l’école Vatine, ses encrages puissants et son gout pour l’architecture. A cette époque il publie assez régulièrement, mais la minutie de son style, très chronophage, va ensuite l’orienter vers l’illustration et la BD jeunesse. Ayant étudié l’architecture il livre des planches totalement ahurissantes, surtout à une époque où le numérique n’existe pas et ne permet pas de zoomer les dessins.

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Le dessin de Varanda s’apprécie encré et sans couleurs, mais aussi par ses crayonnés où l’on peut voir les lignes de fuite et la technique de ses panoramas architecturaux où il cherche la difficulté, la précision, la minutie. De l’art gothique flamboyant en BD! Malheureusement il s’arrête le plus souvent sur le premier album des séries qu’il commence (Paradis perdu, Chronique des chevaliers dragons), dont les éditeurs ont le nez de publier chaque fois une version grand format NB.Résultat de recherche d'images pour "alberto varanda" La série Elixirs le ramène à de la BD plus classique (de l’héroïque-fantasy à la sauce Arleston) mais les trois albums parus s’étalent sur rien de moins que 8 ans, de quoi élimer la patience des lecteurs. La série reste pourtant très correcte et certaines planches, malgré la mise en couleur, nous laissent la mâchoire par terre.  Finalement Varanda doit être pris plus comme illustrateur que comme auteur de BD, ses albums étant un luxe permettant de s’immerger dans des dizaines de planches à la fois et qu’il vaut mieux prendre comme des one-shot. Travaillant depuis plusieurs années sur un mystérieux album, « la mort vivante » scénarisé par Olivier Vatine et dont les premières illustrations (qui peuvent rappeler les illustrateurs américains comme Gary Gianni) ont été publiées très récemment (pour une sortie en aout), cet artiste complet a expérimenté différentes techniques liées de près ou de loin à son album, comme la sculpture ou la peinture à l’huile. Pour moi Varanda est un artiste de la trempe d’un Travis Charest, générant énormément de frustration mais doué d’un gigantesque talent qui rendent leurs rares productions très précieuses.

 

Le site de l’artiste pour pleurer toutes les larmes de son corps…

Et quelques illustrations…
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