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Eternel Hiver

BD de Rafael Vargas et David Munoz,
Glénat comics (2018), 128 p., N&B.

couv_328660Glénat propose avec sa collection « comics » Flesh and bones, des récits one-shot de série B axés horreur et dotés de couvertures très alléchantes. Le format est celui des comics mais pour le reste on est bien dans la tradition BD européenne. Christophe Bec, désormais plus scénariste que dessinateur et participant à un nombre impressionnant de projets (… pas toujours avec la qualité malheureusement) est une des chevilles ouvrières de la collection.

Pour Eternel Hiver ce sont deux auteurs espagnols qui officient et c’est une de leurs premières publications grand public. Cela a une incidence sur le niveau d’exigence qui est celui d’un premier album d’auteurs débutants. Le scénario, très classique comporte ainsi quelques maladresses en matière d’enchaînement et de rythme; Résultat de recherche d'images pour "eternel hiver munoz"le dessin est lui loin d’être honteux et comporte quelques très belles visions, plutôt encrées. Mais la technique reste hésitante sur des détails techniques, des visages, des anatomies, qui rendent l’ensemble sympathique mais loin des canons professionnels. Personnellement je suis toujours plus tolérant sur des dessins moyens de débutants (un certain Ronan Toulhoat était dans cette catégorie il y a pas si longtemps) que sur ceux d’un auteur confirmé. Ce qui est surprenant c’est la longueur de l’album pour une histoire plutôt simple. Le format imposé par la collection entraîne ainsi une dilution de l’intrigue avec nombre de redondances. Les bonnes idées existent pourtant, a commencer par le retournement de l’origine des vampires qui sont vus comme des créatures divines… C’est original et entraîne quelques réflexions en sortant le lecteur de ses habitudes sur le genre vampirique. Malheureusement cela ne va pas beaucoup plus loin que cela et hormis le plaisir manifeste des auteurs (le scénariste a officié essentiellement sur des histoires de vampires) de se placer dans un Moyen-Age obscure et neigeux, l’album fait du surplace.

Un album courageux mais à réserver aux fanatiques d’histoires de vampires médiévaux et à ceux qui veulent donner un coup de pouce à des auteurs en début de carrière.

 

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BD·Guide de lecture·La trouvaille du vendredi·Rétro

La trouvaille du vendredi #2

La trouvaille+joaquim

La Trouvaille c’est un trésor que vous avez gardé dans votre mémoire, une pépite de votre bibliothèque et qui mérite d’être offerte à l’appétit de vos lecteurs. Une pause de fin de semaine hors du brouhaha des publications récentes…


Hariti

BD de Igor Szalewa Et Nicolas Ryser
Glénat (2001-2004), 3x46p.

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Dans l’Afrique des légendes, des fétiches et de la magie, la sorcière Hariti, stérile, va tout faire pour connaître l’amour maternel. Mais son pacte avec les puissances ancestrales est risqué. Si elle est prête à tous les sacrifices, les dieux l’entendent-ils ainsi?

La série de Ryser et Szalewa, injustement méconnue, propose d’entrer dans une Afrique entre croyances traditionnelles et vaste cosmogonie fondatrice. Car au travers du personnage archétypal de la sorcière Hariti (qui a des ressemblances avec Karaba, la sorcière de Kirikou, qui a pu influencer les auteurs ici) c’est bien le mythe originel de l’enfantement du monde, de l’Homme et du peuple africain qui est proposé. Les décors nous emmènent du pays de cocagne interdit aux hommes à l’arbre aux fruits défendus et le monde des esprits. Les sortilèges peuvent ôter la conscience aux rois et les corps fusionner avec les racines. Cet univers, bien que très coloré sous les pinceaux magnifiques de Nicolas Ryser (dont c’est la première BD) est sombre, rocailleux, fait d’épines et des traits torturés d’une Hariti vieillissante au travers des trois albums qui s’étirent sur une vingtaine d’années.

hariti3L’intrigue est par moment difficile à suivre (notamment dans le tome 1) en raison de sauts temporels ou d’action assez brutaux. Cela peut être vu comme une faille du scénario ou comme une volonté de s’inscrire dans le récit mythique où le temps n’a pas de valeur, pas de norme. La relation entre la fille et la marâtre, la jalousie exclusive et l’amour ambigu sont montrés avec subtilité derrière ces cases  à la force tribale. Mais le personnage central demeure celui de la sorcière Hariti: rarement un anti-héros aussi sombre aura été assumé de la sorte et bien peu de choses permettent au lecteur de s’y attacher! Elle fait le mal, revancharde, puissante, tenant tête à des divinités décidément dures avec les hommes. Et si l’amour entre les Adam et Eve de l’histoire peut laisser un fil positif à cette légende, l’ensemble reste résolument pessimiste, comme dans la plupart des mythes de l’humanité…

Le trait de Ryser est volontairement exagéré, les corps déformés semblent chercher à reproduire les figures des fétiches de bois, créant une atmosphère propice à dérouler cette histoire. Dans Hariti pas de fausse pudeur d’ailleurs, les hommes sont le plus souvent nus et parés de quelques bijoux et bracelets, ce qui permet à l’auteur de travailler ses corps magnifiquement.

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Les arrière-plans souvent en peinture directe sans encrages peuvent paraître parfois un peu brouillons en regard des superbes personnages. L’ensemble nous transporte pourtant dans un imaginaire africain, fait d’aridité, de villages de terre et de forêts piquantes et asséchées.

Hariti est une excellente surprise aux superbes graphismes chatoyants qui montrent un illustrateur de caractère et une grande lisibilité des cases. Histoire primordiale que l’on voit peu en BD (l’Asgard de Dorison et Meyer possédait également cet élément mythologique fascinant), Hariti est un projet qui mérite de s’y arrêter, œuvre d’un travail original, sincère, talentueux et qui m’a fait découvrir un illustrateur que je vais essayer de suivre sur sa série Les derniers Argonautes.

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