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Fausses pistes

La BD!BD de Duhamel
Grand Angle (2021), 76 p, one-shot.

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bsic journalismMerci aux éditions Grand-Angle pour leur confiance.

Son nom est Jake « wild faith » Johnson, il est Marshall de Woodstone. Il fait régner la loi dans l’Ouest sauvage… En fait il n’est que l’adjoint de son frère Morgan, et un fieffé fils de p… Frank incarne la légende et il va découvrir l’histoire réécrite à la gloire du mythe américain. Cela fait quinze ans qu’il est le Marshall. Quinze ans ça fait vieux au pays des coyotes et Frank ne sait plus trop dans quelle réalité il évolue…

Fausses pistesBruno Duhamel est de ces auteurs qui attirent une sympathie par leur entièreté, leurs doutes et le recul permanent qu’il accordent à leur œuvre. Ce qu’on appelle un auteur. Depuis qu’il est passé au statut d’auteur complet sur Le retour il impressionne par sa maîtrise de l’art séquentiel et par la variété de ses sujets tout en restant dans un écosystème de personnages au caractère bien trempé. Toujours porté sur des marginaux et proie au doute identitaire, il baisse d’un ton dans le registre de l’humour au vitriol pour nous proposer une envie d’Ouest sauvage en même temps que de regard acide sur le mythe américain et sur sa population. En créant ce personnage d’acteur de show western il crée tout au long de l’album en effet de miroir entre le passé sanglant fait de crapules devenues shériff par la simple apposition d’une étoile au veston, de généraux génocidaires et de citations indiennes inventées. Envoyé en voyage touristique Frank se retrouve confronté à des spécimen de l’Amérique sur lesquels la finesse de l’auteur impressionne. Loin de vouloir pointer le vilain militaire trumpiste confronté à la gentille guide mexicaine et aux sympathiques retraités bio il tire un peu sur tout le monde, retranchés dans leur habit bien pensant plus ou moins assumé. La vulgarité de Vegas nous saute aux yeux comme la beauté des paysages de la vallée de la mort.

Fausses pistes : les difficiles vies d'une légende de l'Ouest - Bubble BD,  Comics et MangasSi l’élégance des dessins (et surtout des couleurs) est désormais connue et repérable dans un découpage et un format d’album spacieux, la qualité des dialogues impressionne! Avec une aisance évidente, Duhamel claque ses répliques comme des morsures de pistolet ou de crotale en nous faisant enchaîner la lecture avec un plaisir continu. Le quasi-double format se lit très rapidement et on regrette presque d’arriver à la conclusion tant la galerie de personnages nous donne envie de rester en famille. Si le héros est moins marquant que les précédents personnages de Duhamel, son histoire n’en est pas moins touchante. Plus profond que ses autres albums, moins farceur,  Fausses pistes nous fait passer par différents univers, différents sujets avant de prendre la forme, dans sa dernière partie, d’un thriller (jamais trop sérieux tout de même) assez haletant. Ne tombant jamais dans la facilité, l’auteur profite de chaque scène pour trouver un décalage soit drôle soit critique avec une exigence qui fait sa marque de fabrique. Celle d’un auteur dont on peut acheter les albums les yeux fermés.

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Doggybags One Shot #4: Dirty Old Glory

La BD!

Histoire complète en 97 pages, écrite par Mud et dessinée par Prozeet. Parution le 23/04/2021 au sein du Label 619 d’Ankama.

La survie du plus fou

D.O.G nous plonge dans une Amérique ravagée par une nouvelle guerre civile. Après l’élection contestée du président Holster, le pays s’est embrasé dans les flammes de la dissension jusqu’à ce que six états proclament leur sédition. Cet acte à conduit le président à ordonner une intervention armée, qui a rencontré une forte résistance.

Parmi les milices encore actives, se trouve Chuck Hudson, qui a réuni autour de lui une communauté de survivants grâce à ses connaissances pointues en matière de survie. En effet, Hudson est ce que l’on nomme un « prepper« , un individu se préparant assidument à la chute des institutions et à la défaillance des structures étatiques, qui exposeront fatalement les individus à la loi du plus fort et à des dangers constants.

Parmi ses partisans les plus fervents, on trouve l’équipage du Pin-Up, un tank lourdement armé qui défend les dissidents contre les troupes du Président: Carl, Enapay, Ben, Pulp et Fritz. Lorsqu’une mission de sauvetage tourne mal, les cinq combattants vont se retrouver piégés dans leur tank, sous une montagne de débris. Commence alors pour eux un huis clos éprouvant, durant lequel chaque heure écoulée diminue d’autant leurs chances d’être secourus. Sous la pression, les personnalités vont se révéler, les secrets jalousement gardés par chacun vont refaire surface, avec des conséquences, on s’en doute, dramatiques.

What you are in the dark

Dans un pays qui s’est effondré, il n’est pas étonnant de croiser des femmes et des hommes aux destins brisés. Cependant, les apparences sont proverbialement trompeuses: les âmes les plus torturées ne sont pas celles que l’on croit. Les jours s’écoulant au sein du cercueil blindé, les failles de chacun vont se faire jour, et l’enjeu de la survie va bientôt éclipser les idéaux politiques et la camaraderie redneck.

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L’album s’ouvre sur une séquence d’action nerveuse et brutale qui donne le ton de l’album: une logique inique et cruelle, qui ne donne pas aux personnages ce qu’il leur faut, mais au lecteur ce qu’ils méritent. A l’image de sa conclusion, tout aussi cruelle et retorse, et qui s’inscrit dans la droite lignée de la collection Doggybags. Sur le plan graphique, Prozeet fait un excellent travail, qui oscille entre traitement réaliste de la violence et outrance caricaturale. Mud, vis à vis du scénario, puise encore une fois dans son vivier d’idées américaines pour créer un contexte dystopique glaçant de plausibilité. La tension du huis clos peut retomber par moments du fait des flash-back qui entrecoupent le calvaire de nos anti-héros, mais l’angoisse demeure présente sur l’ensemble de l’album malgré tout.

Dirty Old Glory mêle donc huis clos et dystopie pour livrer un nouvel album coup de poing dans l’escarcelle de Doggybags.

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Ennemis # 2: Blanc

La BD!

Dernier tome de 56 pages du diptyque de Kid Toussaint et Tristan Josse, parution chez Grand Angle le 28/04/21.

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Merci aux éditions Grand-Angle pour leur confiance.

La revanche des incapables

Alors que la Guerre de Sécession fait rage entre les États de l’Union et les États Confédérés, le Colonel Cooke, de l’Union, charge son homme de confiance, le Lieutenant Kaine, de mener un escadron ayant pour mission de capturer Jeb Stuart, officier confédéré dont les troupes harcèlent l’Union.

Cependant, le Colonel Cooke a omis de mentionner à Kaine que son escadron ne serait composé que de cinq soldats, et pas des foudres de guerre. Ainsi le valeureux nordiste embarque-t-il avec Livingstone, dandy égotiste, le robuste Noto, porté sur la boisson, Kaverin, artificier mutique, l’atrabilaire Reilly, et le jeune Watkins. Il y a des missions qui ressemblent à des missions-suicides. Et d’autres qui SONT des missions suicides.

Lors du premier tome, le scénariste distillait des indices et des pistes, laissant penser qu’aucun des membres de l’équipe n’était digne de confiance. En effet, chacun d’entre eux a un vécu singulier, et a quelque chose qui pourrait, ou pas, le lier au camp adverse.

Fidèle à la méthode employée dans le premier tome, KT utilise donc de nombreux flash-back afin d’entrecroiser les destinées de ces pieds-nickelés en tunique bleue. A première vue, il n’en ressort pas un sentiment de complétude, comme c’est le cas dans les bons récits chorals, mais plutôt d’heureux hasard.

L’action n’en demeure pas moins intéressante, notamment grâce au face-à-face final entre nos héros et les forces confédérées. Les sous-titres des deux albums, Blanc et Noir, laissaient entendre une éventuelle inversion de point de vue, mais il n’en est rien, l’attention est bel et bien maintenue sur Kane et sur ses hommes.

On parlait plus haut d’un final spectaculaire, mais on déplore qu’il ne se fasse qu’au prix de la résolution de certaines des sous-intrigues, qui sont expédiées en fin d’album, comme on le voit souvent sur un format de 56 planches.

Le diptyque s’impose néanmoins comme une aventure sympathique et débrouillarde, mêlant action et suspense.

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Shanghaï Red

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Histoire complète avec Christopher Sebela au scénario, Joshua Hixson au dessin. Parution en France le 21/04/2021 aux éditions Hicomics.

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Merci aux éditions Hicomics pour leur confiance.

L’enfer n’est rien face à la femme qu’on a shanghaïée

Molly « Red » Wolfram est une femme marquée par la vie à plus d’un titre. Après le départ de son père, Red a du assumer seule le rôle du soutien de famille, veillant sur sa mère et sa sœur tandis qu’elles faisaient route vers Portland. La particularité de la jeune femme est que pour subsister aux besoins des siens et intimider d’éventuels prédateurs, elle a pris l’habitude de se grimer en homme, se faisant appeller Jack.

Un soir où « Jack » alla noyer ses turpitudes dans l’alcool, il fut piégé par des hommes peu scrupuleux qui l’ont drogué, et emmené contre son gré sur le Bellwood, un navire où Jack et d’autres ont travaillé de force deux années durant. Après tous ces mois d’infernale navigation, le capitaine du Bellwwod laisse une alternative à ses marins captifs: débarquer à Shanghaï et rentrer par leurs propres moyens en Amérique, ou poursuivre leur odyssée déplaisante sur le bateau, cette fois sous contrat.

Ce choix ne satisfait pas du tout Jack/Red, qui choisit une troisième option: se rebeller et massacrer tout l’équipage, à l’exception des autres esclaves. Désormais maîtresse de son destin et capitaine de son âme, pour paraphraser Henley, Red se met en tête de regagner Portland pour retrouver sa famille, et obtenir sa vengeance contre ceux dont l’avidité l’ont condamnée à ces deux ans de supplice.

Red is raide

La vengeance et la double identité sont décidément deux items narratifs complémentaires tant on les retrouve en fiction (Le Comte de Monte Cristo et ses adaptations, par exemple). Comme beaucoup d’autres œuvres auparavant, Shanghaï Red choisit la voie sanglante comme catharsis pour son héroïne aux deux visages, qui va trancher, empaler, brûler ses ennemis les uns après les autres sur le chemin qu’elle s’imagine devoir emprunter.

Car en effet, après avoir vu la dévastation causée par son absence, Red ne concevra alors plus qu’un tonitruant massacre en guise de vengeance, seule façon pour elle d’obtenir réparation pour le grief subi sur le Bellwood.

L’histoire nous embarque rapidement dans cette épopée vengeresse, dans laquelle l’auteur donne à voir une Amérique corrompue et violente, tout juste sortie de la Conquête de l’Ouest. On peut toutefois regretter que la dichotomie entre Red et Jack ne soit pas davantage exploitée au service de l’intrigue. Elle est certes mentionnée et évoquée longuement au cours du récit, mais ne sert pas vraiment d’élément moteur pour ce dernier, car si l’on y réfléchit, l’intrigue se serait déroulée sensiblement de la même manière si Red était restée Red. L’alter-égo Jack est donc une bonne idée, mais sous-exploitée dans l’ensemble.

En revanche, la prose et les dialogues de Sebela sonnent rudement juste, chose suffisamment rare pour être mentionnée. Les dessins de Hixson, quant à eux, donnent aux texte une manifestation sombre, grâce à des enrages lourds et des palettes de couleur savamment choisies. Côté édition, on peut s’interroger sur l’utilité de mettre en avant le lettreur de la version originale, tout en sachant que la version française-pas terrible, avouons-le-est venue détricoter son travail.

Shanghaï Red est un récit de vengeance amer et sombre, qui noie les tourments de son héroïne dans un tourbillon de sang et une prose talentueuse.

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Year Zero #1

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Album de 110 pages comprenant les cinq volumes de la mini-série Year Zero, écrite par Benjamin Percy et dessinée par Ramon Rosanas. Parution en France chez Panini Comics le 17/03/2021.

Dur, dur d’être un zombie

En cette période pour le moins singulière où chacun de nous est un survivant, Panini Comics a jugé opportun de lancer deux nouveaux albums sur le thème de la pandémie. Cet argument de vente, certes opportun, d’en comporte pas moins des promesses de frissons, et, pourquoi pas après tout, de bonnes lectures.

Dans ce Year Zero, nous allons suivre les mésaventures d’un certain nombre de protagonistes, répartis dans le monde et ayant chacun leur manière d’affronter cette fin du monde.

Sara Lemons est en mission dans le cercle polaire, afin d’étudier les couches glaciaires. Elle espère y trouver un remède aux maux qui agitent notre siècle, qu’ils soient climatiques, énergétiques, sociétaux ou médicaux.

A Mexico, Daniel Martinez, jeune orphelin des rues, fait ce qu’il peut pour survivre et échapper aux cartels qui ont tué sa mère, convaincu qu’il survit par la grâce divine.

Saga Watanabe, lui, tue des gens pour vivre, principalement à Tokyo. Il exécute un dernier contrat censé lui offrir une porte de sortie, une retraite bien méritée avec l’amour de sa vie.

Fatemah Shah, quant à elle, vit en Afghanistan, où elle sert d’interprète et d’informatrice aux soldats américains.

B.J. Hool, enfin, est un américain moyen, un survivaliste nihiliste qui a passé sa vie à se préparer à ce genre d’événement.

Comment ces gens très différents vont-ils réagir lorsque les morts vont se relever, victimes d’un pathogène qui en fait des zombies anthropophages ? La réponse est simple: plutôt mal. Mais ça n’empêchera aucun d’eux de poursuivre ses objectifs ou de s’en trouver de nouveaux, car la vie, au contraire de la mort, n’a rien de permanent et évolue sans cesse.

Vaut mieux vivre avec des vrais morts qu’avec des regrets

Il apparaît assez vite après le premier chapitre que ces protagonistes ne sont pas destinés à se rencontrer. Oublions-donc tout de suite la perspective d’un récit choral ou de survie à la Walking Dead. Chacun des protagonistes possède sa propre ligne narrative, qui ne croise à aucun moment celle des autres, excepté celle de Sara Lemons, qui se déroule un an avant la pandémie, et qui influe donc sur le reste.

Les sauts et ellipses entre les différents personnages dynamise le rythme du récit mais donne également une sensation de survol, l’auteur se concentrant sur l’essentiel de sa narration sans étoffer davantage certains points qui auraient mérité de l’être.

Year zero - BDfugue.com

Le point de vue interne des protagonistes reste tout de même très intéressant, chacun d’entre eux ayant des croyances et un vécu qui définissent leur vision du monde, et nécessairement, leur réaction face l’apocalypse zombie. Saga Watanabe et Daniel Martinez recherchent la vengeance, tandis que Fatemah cherche l’émancipation et la rédemption. BJ Hool quant à lui, a vécu isolé toute sa vie et ne découvre que maintenant l’intérêt de créer du lien avec une autre personne.

Le parcours de Sara, qui sert de préquel, a des relents de The Thing (la base polaire, une créature sortie de la glace) mais n’exploite malheureusement pas le vivier horrifique que recèle cette prémisse, du fait des ellipses et du peu de temps consacré à cette partie. Le reste des trames individuelles est ô combien classique, hormis sans doute celle du nerd survivaliste qui tombe amoureux, qui comporte son lot d’ironie et d’humour grinçant.

Year Zero vous sera sans aucun doute un peu survendu par Panini Comics en raison du contexte pandémique, mais pas d’affolement: nous ne sommes pas en présence d’un incontournable du récit de zombies, même si l’exécution reste bonne et agréable à suivre. A priori, un deuxième volume est sorti aux US et ne devrait pas tarder à traîner des pieds jusqu’ici pour tous nous dévorer.

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Ennemis #1: Noir

La BD!

Premier tome de 48 planches d’un diptyque écrit par Kid Toussaint et dessiné par Tristan Josse, avec Vera Daviet à la couleur. Parution le 03/03/2021 aux éditions Grand Angle.

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Merci aux éditions Grand-Angle pour leur confiance.

Une Guerre Si Vile

Alors que la Guerre de Sécession fait rage entre les États de l’Union et les États Confédérés, le Colonel Cooke, de l’Union, charge son homme de confiance, le Lieutenant Kaine, de mener un escadron ayant pour mission de capturer Jeb Stuart, officier confédéré dont les troupes harcèlent l’Union.

Cependant, le Colonel Cooke a omis de mentionner à Kaine que son escadron ne serait composé que de cinq soldats, et pas des foudres de guerre. Ainsi le valeureux nordiste embarque-t-il avec Livingstone, dandy égotiste, le robuste Noto, porté sur la boisson, Kaverin, artificier mutique, l’atrabilaire Reilly, et le jeune Watkins. Il y a des missions qui ressemblent à des missions-suicides. Et d’autres qui SONT des missions suicides.

Les Dix petites tuniques bleues du Sécession Express

Comme si cela ne suffisait pas, il s’avère que l’équipe de Kane comporte très certainement un traître, fidèle aux confédérés et à la fameuse Cause Perdue. Au fil des pages, chacun des protagonistes aura donc droit à un portrait, dressé par les autres soldats de la compagnie du Colonel Cooke, nous révélant leur potentiel de traitrise. Cependant, au cœur d’une période aussi troublée, avoir des liens avec l’autre camp est presque inévitable et ne saurait être une preuve de sédition…à moins que ?

Ce début d’année voit le scénariste Kid Toussaint s’imposer avec pas moins de trois albums parus à quelques jours d’intervalles (Absolument Normal, Love Love Love et Ennemis). Pour celui-ci, l’auteur s’empare du contexte historique de la guerre de Sécession pour construire une aventure autour d’un aréopage de marginaux disparates comme on les aime généralement en fiction (qui en est généralement très friande, pensez à la Ligue des Gentlemen Extraordinaires, Armageddon, les Sept Mercenaires, Inglorious Bastards, Gardiens de la Galaxie, etc). Avec le thème de la taupe infiltrée, KT ajoute en sus un peu de mystère, façon Agatha Christie. Y-a-t-il bien un traître dans l’équipe ? Le sont-ils tous ? Le second album devra nous apporter la réponse.

Le thème choisi par l’auteur permet d’explorer une nouvelle fois les ramifications de l’esclavage au sein de la nation américaine et la dichotomie entre le Nord industrialisé et le Sud plus agricole donc plus dépendant de la main d’œuvre contrainte. Une guerre civile est avant tout une guerre fratricide, la Civil War n’est pas en reste puisqu’elle a causé pas moins de 750000 morts, déchirant des familles et des états en deux.

Côté graphique, Tristan Josse, dont c’est le deuxième album, se débrouille très bien en jonglant entre un style caricatural et des scènes au ton plutôt grave/violent.

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Undiscovered Country #1

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Premier tome de 192 pages, réunissant les 6 premiers numéros de la série écrite par Scott Snyder et Charles Soule, dessinée par Giuseppe Camuncoli. Parution le 06/012021 aux éditions Delcourt.

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Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Mutated States of America

Après de nombreux revers subis aux 20e et 21e siècles, les États-Unis d’Amérique ont unilatéralement décidé de la fermeture complète de leur territoire. Frontières, communications, tout fut subitement clos lors d’un évènement que le reste du monde, 30 ans après, nomme le Scellage. Depuis, les spéculations vont bon train alors que le pays le plus puissant du monde n’a plus donné signe de vie, retranché derrière un mur gigantesque qui couvre tout son littoral.

Pendant ce temps, le monde a été ravagé par un virus nouveau dénommé l’Azur, qui a forcé les deux grandes puissances, l’Alliance Euro-africaine et la Zone de Prospérité Panasiatique, à conclure une alliance instable pour éviter la catastrophe. En effet, les USA ont formulé un message cryptique pour inviter les deux blocs à leur envoyer une délégation, à qui ils donneront le remède à l’Azur…

Undiscovered Country #3 - Read Undiscovered Country Issue #3 Page 19

Terra Incognita ou Terra Non Grata ?

Le Dr Charlotte Graves, qui est sur le front sanitaire depuis deux ans au détriment de sa santé, est recrutée sans tarder parmi un aréopage hétéroclite afin de se rendre sur ce territoire désormais inconnu. Elle y retrouve son frère, le major Daniel Graves, avec lequel elle est brouillée depuis la disparition de leurs parents en Amérique. Le reste du groupe, deux diplomates rivaux, un héros de guerre, une journaliste et un expert complotiste de la culture américaine, s’embarque donc avec les deux frangins en quête du remède miracle. Mais ce qu’il les attend sur le nouveau-nouveau continent dépasse de loin ce qu’ils auraient pu imaginer… Les murs furent-ils érigés pour empêcher le reste du monde de pénétrer, ou pour empêcher la folie américaine de s’y déverser ?

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Après avoir marqué le Chevalier Noir, Scott Snyder s’attaque cette fois à un univers crée de toute pièce avec la complicité de Charles Soule. Imaginatifs, les deux compères installent dans ce premier tome le contexte géopolitique, avant de s’attaquer au microcosme déjanté qu’est devenue l’Amérique. Non sans rappeler Mad Max et son fameux wasteland empli de fous furieux sanguinaires régis par la loi du plus fort, Undiscovered Country nous fait le coup de l’excentrique métaphore de l’histoire des USA, en reprenant de nombreux symboles et thématiques chers au pays de l’Oncle Sam.

Bien qu’elle soit parsemée de quelques lourdeurs nécessaires (il ne faut hélas pas lésiner sur l’exposition avec un univers aussi complexe), la narration de ce premier tome embarque le lecteur en même temps que les personnages, avec qui il va découvrir l’étrange mutation de ce pays autrefois glorieux. L’idée de faire des USA, pays qui fut autant salué (WW2) que critiqué (Vietnam, Afghanistan, Irak) pour ses interventions extérieures, une enclave impénétrable est délicieusement ironique. Ce renversement de paradigme offre ici des possibilités de satire déguisée qui ne sera pas pour déplaire aux lecteurs en quête de sens et de sous-textes. Attention toutefois, les lecteurs trop perspicaces pourront vite déceler ça et là les foreshadowings insérés par les auteurs quant au mystère derrière le Scellage.

Le thème de la pandémie, s’il est étrangement d’actualité, sert surtout à installer une pression supplémentaire grâce au fameux compte à rebours. L’habillage post-apocalyptique que l’on doit principalement à Giuseppe Camuncoli, connu pour ses travaux arachnoïdes chez Marvel, est à la fois surprenant et franchement fun (des requins qui rampent, sérieusement ?).

Undiscovered Country fait donc une entrée remarquée en ce début d’année. Une fois les bases posées grâce à quelques inévitables séquences d’exposition quelque peu pondéreuses, le reste de l’intrigue se révèle palpitant, et promet une odyssée désaxée et palpitante !

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Ellis Island #1: Bienvenue en Amérique !

Premier tome de 56 pages, d’un diptyque écrit par Philipe Charlot et dessiné par Miras. Parution le 30/09/2020 aux éditions Grand Angle.

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Merci aux éditions Grand Angle pour leur confiance.

Terre d’écueils

En 1907, Tonio est un jeune idéaliste, débarqué en Amérique grâce au soutien des habitants de son village sicilien. Étant enfant, son infirmité lui a évité les travaux manuels et lui a permis de rester étudier à l’école, lui donnant ainsi accès à de meilleures fonctions. De plus, il a appris l’anglais auprès de Nadia, belle jeune femme qui a aussi ravi son cœur.

Comme tous les immigrants de cette époque, il doit transiter, avec son compagnon de traversée Giuseppe, par Ellis Island, là où il sera fixé sur la durée de son séjour américain. Toutefois, les choses ne se passeront pas tout à fait comme prévu pour le jeune immigrant. Alors que son entrée a été validée par les services fédéraux de l’immigration, il intervient pour sauver la mise à Giuseppe, auprès d’un agent qui remarque sa claudication, critère qui justifie d’ordinaire le rejet d’un candidat…

Giuseppe et Tonio se retrouvent donc déboutés, attendant leur réembarquement vers la Sicile. Mais la chance ne sourit pas forcément qu’aux audacieux, sinon, l’Amérique n’existerait pas. Vito, un avocat peu scrupuleux car/et sicilien, a repéré le potentiel de Tonio, grâce à sa maîtrise de l’anglais, peu commune chez les immigrants. Aussi lui propose-t-il de travailler pour lui sur l’île, le temps que son propre dossier soit réglé.

Soucieux de ne pas décevoir tous ceux qui ont placé leurs espoirs en lui, Tonio se voit contraint d’accepter la proposition. Durant de longues semaines, il sert donc de rabatteur à Vito, qui s’adonne allègrement à un trafic d’influence auprès des immigrants, voire, à de l’extorsion pure et simple. Jusqu’où ira Tonio pour réaliser son rêve américain ? Ressortira-t-il américain d’Ellis Island ?

Rêve Amer(icain)

Depuis ses fondations mythifiées, l’Amérique fascine le Vieux Monde. Alors que le reste du monde s’engouffrait dans le marasme, les États-Unis prospéraient, forts d’un dynamisme propre à la jeunesse, tant et si bien que des millions de personnes, Ulysse des temps modernes, ont tenté leur propre Odyssée vers cette terre pleine de promesse.

Ellis Island tome 1 - BDfugue.com

Tonio ne fait ici pas exception. Son fardeau à lui est d’ailleurs plus lourd à porter, puisque de nombreuses personnes se sont sacrifiées pour l’envoyer là-bas, y faire fortune et en faire profiter le village en retour. Le jeune sicilien se sent donc responsable, avec le succès pour seule option.

De la même manière qu’un Dennis Nash, héros du film 99 Homes, Tonio l’ingénu va devoir se compromettre pour préserver son rêve d’une vie meilleure. Comme lui, il est victime d’un système qu’il va par la suite contribuer à imposer à des gens comme lui. La victime, devenue bourreau, l’arnaqué devant arnaqueur.

L’histoire de Philippe Charlot porte en elle toute la symbolique d’Ellis Island, comme lieu de passage obligé, sorte de purgatoire avant le paradis promis par la grande dame de bronze. On y voit la joie, l’opportunité d’une vie nouvelle, mais également la désillusion, le désespoir, les rêves brisés et les compromis que l’on est prêts à faire pour les maintenir en l’état. Le second tome nous donnera-t-il à voir un Tonio inévitablement corrompu par son séjour sur l’île ?

Réponse sous peu, avec toujours les superbes dessins de Miras !

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Ghost Kid

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Histoire complète en 78 pages, écrite et dessinée par Tiburce Oger, parue le 19/08/2020 chez Grand Angle.

Merci aux éditions Grand-Angle pour leur confiance.

True Grit of the Taken

La fin du 19e siècle nord-américain a marqué la fin d’une ère, celle des grandes conquêtes et du règne hégémonique du Colt. Ambrosius Morgan est une relique de ces temps reculés, qui assiste de loin à l’avènement de la civilisation, exilé au fin fond d’un ranch perdu dans le Dakota du Nord.

Old Spur, comme on le surnommait, n’est plus dans sa prime jeunesse mais n’a pas lâché la rampe pour autant. Trainant péniblement sa carcasse, il ressasse le bon vieux temps avec ses compères d’antan tout en s’occupant du bétail de Miss Fitzpatrick.

Un jour d’hiver, Morgan reçoit une lettre. Lui qui n’a personne et vit seul depuis des lustres, est bien surpris par cette missive. Le vieux cow-boy le sera encore plus lorsqu’il découvrira que cette lettre émane d’une certaine Ana Saint James, une femme qu’il aima jadis et qui lui apprend qu’il est père d’une fille, nommée Liza Jane.

Ana est désespérée car Liza Jane a disparu depuis plusieurs mois, lorsqu’elle et son époux sont partis sur la route de San Diego afin de s’y établir. En dernier recours, la mère éplorée, désormais veuve, se tourne vers cet amour de jeunesse à qui elle a caché la vérité, pour retrouver la jeune femme.

Le choc est double pour Old Spur, qui décide sans tarder de reprendre la route pour retrouver la trace de cette fille qu’il n’a jamais vue. Mais cette impromptue remontée en selle ne sera pas de tout repos pour notre héros, qui va au passage régler quelques comptes et traverser bien des péripéties.

On the road again

Avec ce Ghost Kid, le talentueux Tiburce Oger revient à ses premières amours et il nous le fait savoir. L’auteur de Gorn et des Chevaliers d’Émeraude concocte un western sage et contemplatif, avec au centre un vieux briscard attachant dont on peut aisément saisir les motivations.

La traversée est lente, et composée de magnifiques tableaux, des plaines enneigées du Dakota aux déserts brulants du Mexique. Malgré cette temporalité, le sentiment d’urgence est là, présent, et l’incertitude quant au sort de Liza Jane investit progressivement le lecteur dans la quête de Morgan, qui mêle la détermination d’un Bryan Mills à la rugosité pleine d’amertume et de rhumatismes d’un Rooster Cogburn.

Il aurait été peut-être plus haletant de maintenir un flou plus important et un doute plus ambigu vis à vis du Ghost Kid éponyme, dont on ne doute finalement pas longtemps de l’existence réelle. Cela n’enlève rien à la qualité de la relation que met en place Tiburce Oger tout au long de l’album.

Son dessin est saisissant tant sur les plans larges, aux cadrages impeccables, que sur les cases plus intimistes, magnifiées par l’aquarelle. Les amateurs de western trouveront assurément dans Ghost Kid tous les ingrédients d’une bonne histoire !

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Doggybags 15: Mad In America

Quinzième album de la série d’anthologie du Label 619 des éditions Ankama. 120 planches réparties sur trois récits, avec RUN et Peter Klobcar au scénario, Jérémie Gasparutto, Ludovic Chesnot et Klobcar au dessin. Sortie le 29/05/2020.

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour leur fidélité.

 

I had a nightmare

L’Amérique est une nation jeune, mais dont l’histoire recèle suffisamment de strates morbides pour alimenter les histoires les plus acerbes et les plus critiques. RUN et son Label 619 régurgitent ici les lieux communs des pulps et du courant Grindhouse, pour mettre en exergue le pan le plus sombre de l’histoire des États-Unis d’Amérique: le racisme, qui remonte jusqu’aux racines mêmes de cet empire hégémonique.

En effet, les États-Unis se sont bâtis grâce à des vagues successives d’immigration, à commencer par les Pionniers, et ont , comme d’autres nations dont ils ne sont finalement qu’un transfuge, tiré leur prospérité en grande partie grâce à l’esclavage des femmes et des hommes noirs dont les ancêtres avaient été extraits de leurs terres natales africaines.

Bien que l’esclavage fut aboli après la Guerre Civile, il n’en demeure pas moins que de nombreux états américains, les perdants de la guerre, ont conservé en leur sein un esprit revanchard, une défiance systématique envers le pouvoir fédéral, et bien évidemment, un racisme non dissimulé envers les citoyens noirs. Lorsqu’on construit une nation sur des bases aussi gangrénées, il n’est pas étonnant d’assister encore aujourd’hui, à des conflits sociétaux, voire à des violences.

L’autre pan historique amenant la controverse, et sur lequel ce Mad In America repose, est le rapport des États-Unis aux armes. Là encore, l’explication se retrouve dans la genèse de ce pays qui s’est construit sur la conquête et la violence, les nouveaux habitants ayant longtemps conservé le besoin de se défendre dans un vaste pays où le pouvoir bénéfique et régulateur de la Loi a eu bien du mal à s’imposer. Le droit de porter et d’utiliser des armes est inscrit dans le Second Amendement de la sacro-sainte Constitution Américaine, si bien qu’encore aujourd’hui, il est pratiquement impossible à tout dirigeant politique, tout Président qu’il fût, de contrevenir ou même d’espérer abroger cet amendement en s’opposant aux tous-puissants lobbies des armes. C’est notamment ce qui explique le nombre élevé de tueries de masse aux États-Unis. Conjuguez ces deux phénomènes (oppression des afro-américains et disponibilité des armes) et vous obtenez des rivières de sang, qui pour le coup, a toujours la même couleur, quelle que soit la personne qui le verse.

Pulp Frictions

La première histoire de ce numéro 15 de Doggybags Manhunt, nous plonge dans l’enfer marécageux du bayou de Louisiane, un soir où Sidney se retrouve, et c’est un euphémisme, en fâcheuse posture. Pris en chasse et capturé par deux rednecks, il est sur le point d’être pendu, dans ce qui s’apparente vraisemblablement à un lynchage en bonne et due forme. Toutefois, on le sait, dans le bayou, rôdent des créatures à mêmes de transformer les rednecks eux-mêmes en proie, et Sidney va devoir une fois de plus courir pour sauver sa vie.

La seconde partie, Conspi-racism, traite à la fois du racisme et de l’insidieuse thématique du complotisme. Après une nouvelle tuerie de masse dans une église, le médiatique Alex Jones, gourou abreuvant ses millions de followers de théories conspirationnistes, concocte une nouvelle sortie haineuse pour dénoncer ce qu’il pense être une manœuvre du gouvernement américain pour abroger le 2e Amendement. C’est sans compter sur l’inspecteur Witko, qui, las que ces élucubrations influencent néfastement son fils, décide de prendre les choses en main.

La troisième et dernière partie de cette anthologie s’intitule Héritage et met en scène une vengeance, comme héritage mortifère de l’histoire de l’Amérique profonde.

Les trois histoires ont en commun un ton décomplexé, des traits graphiques exagérés, confinant parfois à la caricature. Le but est sans doute de confronter le lecteur à ce qu’il y a de plus vil dans la Bannière Étoilée, et, conformément au cahier des charges de Doggybags, les auteurs n’hésitent pas à appuyer leur propos à grand renfort de gore et de violence déchaînée.

Cette quinzième excursion fantasmée dans l’horreur bien réelle du racisme en Amérique tient ses promesses, un pierre de plus à l’édifice du Label 619.