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Wonder Woman: Dead Earth

Récit complet en 176 pages, regroupant les quatre premiers épisodes de la mini-série écrite et dessinée par Daniel Warren Johnson pour le Black Label de DC Comics. Parution en France le 27/11/2020 chez Urban Comics.

After the End

Le Black Label est une collection particulière de DC Comics, qui se concentre sur des récits hors-continuité mettant en scène les personnages les plus populaires de la Distinguée Concurrence. Parmi les plus récentes publications en France, on trouve Batman White Knight, et sa suite, Curse of the White Knight, Batman: Last Knight on Earth, et le très remarqué Harleen.

Cet opus nous amène dans un monde post-apocalyptique. Wonder-Woman, la farouche mais bienveillante princesse amazone, se réveille d’un sommeil long de plusieurs siècles, pour émerger dans les ruines d’un monde ravagé par les radiations. Les quelques survivants doivent lutter pour trouver de l’eau et de la nourriture, et n’évitent qu’à grand peine les Haedras, créatures monstrueuses qui écument les plaines irradiées.

Perturbée par son réveil, Diana n’a plus aucun souvenir des évènements et ses pouvoirs ont grandement décliné. Parviendra-t-elle à survivre suffisamment longtemps pour rassembler les bribes de son passé et faire la lumière sur le grand cataclysme qui a englouti la planète ?

Mad Diana: the Amazon Warrior

Voici donc la célèbre amazone propulsée dans un univers tout à fait millerien, avec son lot de dangers, de microcosmes guerriers hiérarchisés et de monstres cannibales. Le récit de Johnson, que l’on avait déjà vu officier sur du post-apo avec Extremity, nous donne à voir une Diana loin des clichés fanservice auxquels elle est parfois confinée, pour se concentrer sur ce qui fait l’essence du personnage crée autrefois par Marston.

Mue par un amour inconditionnel pour l’engeance humaine contre laquelle on l’a pourtant longtemps mise en garde, et bien que mise face aux échecs cuisants de ces derniers, Diana va voler au secours des survivants et les rassembler sous sa protection. Mais bien évidemment, ce qui était mauvais alors est devenu pire depuis l’apocalypse, ce qui confrontera notre héroïne à des désillusions quant à son sacerdoce.

Les révélations iront bon train à chaque chapitre, levant peu à peu le voile sur une vérité qui ébranlera irrémédiablement notre amazone.

Daniel Warren Johnson réussit un coup de maître en nous servant un récit à la fois amer et plein d’espoir, qui met l’accent sur les qualités intrinsèques de la guerrière amazone tout en la passant à la moulinette. Une petite bombe, expression qui prend tout son sens après lecture de l’album !

****·BD·Nouveau !·Rapidos

Kong Crew #1 (album)

Comic de Eric Herenguel
Ankama (2019), 54 p. + cahier graphique. 1 vol. paru

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour leur fidélité.

2805_couvL’ouvrage est paru en format comics (2 vol.) aux éditions Caurette. Vous trouverez sur le lien ma critique des deux premiers épisodes en version noir&blanc comics. La série est prévue en trois albums couleur et il me semble que la pré-publication (destinée au marché anglosaxon avant tout) en format comics est prévue pour la suite, ce qui permet notamment à Eric Herenguel de se faire plaisir avec tous les abords de la BD à base de goodies d’aviateur et de journaux pulp. Sachant que cette ambiance participe grandement au plaisir de la lecture, on ne peut que l’y inciter!

Comme à son habitude l’éditeur Ankama prends soin de son album avec la traditionnelle tranche toilée que je trouve toujours aussi élégante, une très évocatrice couverture (… qui risque de frustrer plus d’un lecteur étant donnée la grande timidité de Kong dans ce premier volume…) avec vernis sélectif sur le titre et un très élégant design d’aviation en quatrième de couverture. L’auteur a en outre inséré (comme son comparse Pétrimaux) en tout début d’ouvrage une jolie page toute prête et habillée pour la dédicace. A l’heure où nombre d’auteurs sont lassés du principe même de la dédicace cela montre qu’Herenguel reste attaché au contacte des lecteurs. En outre un cahier graphique final très chouette nous permet de nous régaler les yeux et de lire quelques explications de l’auteur mais aussi de découvrir qu’une série animée est prévue! L’album  Caurette sort également une édition de luxe N&B en fin d’année. J’ajoute sans sourciller un Calvin pour l’édition aux trois donnés à l’album comics.

Résultat de recherche d'images pour "kong crew herenguel"Je vous laisse lire la critique sur le lien en haut pour l’histoire elle-même, mais j’ajoute que la version couleur apporte beaucoup au déjà très bon dessin (j’aime toujours les dessinateurs encrés), notamment par-ce que Herenguel est l’un des meilleurs coloristes selon moi, avec une technique qui semble tout à fait traditionnelle. Si vous aimez la bonne humeur, le ping-pong verbal, le pulp et les flying-jacket, courez lire cette fausse suite de King Kong qui ni vu ni connu pourrait même finir par être un des cartons de ces prochaines années.

 

 

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***·BD·Comics·Nouveau !·Service Presse

Kong Crew #2

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Comic de Eric Herenguel
Caurette Editions (2019), 56 p., anglais.

bsic journalismMerci aux éditions Caurette pour cette découverte.

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J’ai publié en fin d’année dernière une chronique du projet et du premier volume pour mon partenariat avec le site de comics Superpouvoirs. Ce deuxième épisode complète ce qui sera le premier volume au format BD classique et qui sortira en couleurs et en français en fin d’année chez Ankama. La série est prévue en six parties, soit trois volumes franco-belges. Caurette est un éditeur français spécialisé dans l’édition d’ouvrages du prodige Kim-jung Gi et de art-book vers le monde anglophone, ce qui explique cette édition étrange au format comics et an anglais d’une BD française. Dans l’esprit on reste bien dans du comic pulp, Eric Herenguel partageant avec Nicolas Petrimaux l’envie de développer un objet et un univers global. L’épisode comprend une préface de l’auteur, la BD (qui reprend la pagination à la suite du précédent), une pub de l’éditeur pour les  bouquins sur Kim-jung Gi et l’annonce de l’édition luxe n&b à sortir chez Caurette en fin d’année.

Manhattan est un no-man’s land, une terre rendue à une nature inextricable que seule peut survoler l’escadrille de pilotes Kong Crew. Kong? Oui, car après l’évasion du singe géant Kong et son combat sur l’Empire State building la population de la presqu’île a dû être évacuée. Depuis on ne sait presque rien. Pourtant, deux explorateurs ont décidé de pénétrer la zone interdite alors qu’un des pilotes de la Kong Crew s’écrase au milieu des immeubles et va découvrir un univers au-delà de l’entendement…

L’image contient peut-être : 1 personneThe Kong Crew c’est une grosse envie de Pulp d’Eric Herenguel, un hommage aux BD d’aventure des années 50, remplies de dinosaures, d’aventuriers et de beaux engins chromés. Sur ce plan c’est une vraie réussite, l’auteur se régalant à nous proposer une galerie de personnages tous archétypaux et de scènes épiques. Le premier volume présentait les protagonistes et le contexte avant de lancer directement l’action. Le second pourra sembler piétiner un peu du fait de ce découpage artificiel et cet effet sera sans doute atténué à la lecture de l’album complet. Étrangement le personnage principal est relativement absent, l’épisode faisant la part belle aux deux explorateurs bavards qui vont visiter les tunnels de New-York et découvrir la présence de redoutables dinosaures. Ce sont eux qui apportent le plus d’aventure et de mystère à cette histoire, avec cette flore qui se développe à une vitesse prodigieuse et leur confrontation avec ces étranges soldats équipés de lance-flamme…

De Kong on parle finalement peu également après l’attaque très brutale du premier épisode qui a fait s’écraser le héros. En revanche Herenguel nous propose ici de vraies visions fantastiques, en seulement quelques cases il parvient à instaurer une atmosphère totalement fantasmée, des images délurées sorties de l’imaginaire d’un dessinateur qui se fait plaisir. Le risque est toujours grand qu’une vision ne suffise pas à produire une histoire. La structure d’une BD en deux tomes est d’en garder trop sous le coude. C’est un peu le cas ici et hormis quelques révélations courtes et quelques planches à la très forte évocation visuelle (dont l’incroyable page 50!) on garde une envie d’action grand format, de Kong, de mitraille et d’avions hurlant. Eric Herenguel applique le principe « Alien » (montrer le moins pour monter en tension) comme celui de Hitchcock (meilleur est le méchant meilleur est l’histoire). Cela doit produire son effet sur l’ensemble de l’histoire.

La lecture reste fluide et a ses moments de bravoure, ainsi que la révélation d’une méchante très réussie. La seconde partie d’une histoire en quatre est toujours compliquée en ce qu’elle nous fait attendre la suite. On peut dire que la frustration est atteinte et que l’on a encore plus envie d’en savoir sur ces mystères qui ne sont qu’effleurés en 54 planches. Et de gager qu’il y aura sans doute de quoi développer une série au-delà des deux albums prévus si le succès est au rendez-vous.

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**·BD·Mercredi BD

Le cœur des amazones

BD du mercredi
BD de Géraldine Bindi et Christian Rossi
Casterman (2018), 156 p. monochrome.
9782203093768

L’ouvrage est très copieux, très dense, avec un format large et une maquette harmonieuse reprenant une typographie de type Grèce antique. La couverture est intrigante bien qu’elle ait pu être plus attirante.

Alors que les grecs assiègent Troie, une horde de femmes guerrières enlève des soldats. Ce sont des amazones, clan de femmes isolées dans une forêt insondable et fonctionnant dans un régime matriarcal qui semble proche du paradis. Mais les cœurs peuvent diverger des coutumes lorsque les hommes font irruption dans ce monde clos…

Le cœur des amazones est clairement un ouvrage féministe, écrit par une femme, et dont l’esprit initial  (en bien plus sérieux) est proche de celui de Mondo Reverso, la farce de Bertail sortie cette année. Image associéeMais si l’idée est une réflexion sur la place et le rôle de la femme dans nos sociétés, ici on est tant graphiquement que dans le traitement, dans quelque chose de beaucoup plus réaliste, voir pesant. L’album a beaucoup fait parler de lui cette année, notamment quand à l’épaisseur du projet, qui a nécessité un très gros travail. Sur ce point je donnerais une première réticence. L’histoire telle qu’elle est traitée ne justifiait pas à mon sens un album si volumineux, qui du fait de la place dont il dispose, ne cesse de faire des aller-retour géographiques ou entre les personnages, avec une impression de redondance. L’intrigue est longue à se mettre en place, avec  en somme trois parties: l’enlèvement des hommes et la découverte de cette société idéale, le problème de la reine, interdite d’amour tant qu’elle n’a pas trouvé de sang royal, la crise et l’irruption du fantastique. Dans ce cadre l’album nous fait assister à un nombre important de rapts et confrontations entre les hommes et les femmes, qui auraient gagné à être simplifiés. Le message, intéressant, est bien celui du risque de l’isolationnisme et de l’individu face à un système idéologique contre Nature. Les amazones sont des femmes et ont besoin de sexe et d’amants. On aurait pu nous présenter cette société comme homosexuelle (cela aurait été cohérent) mais cela n’a pas été le choix des auteurs qui les montre comme frustrées et dépendantes de l’homme et de leur fragilité, sous des couverts de guerrières impitoyables.

L’histoire décolle avec Achille, dont le look un peu 70’s est étrange, comme d’autres  personnages aux allures d’amérindiens ou le fait de présenter les personnages nus sur la quasi totalité de l’album. On comprend le concept d’une époque pré-historique où les dieux et les héros sont encore parmi nous, proche des mœurs grecques sans pudeur et d’un aspect tribal que les auteurs ont voulu donner à cette peuplade. Mais très basiquement, comme pour un album de SF présentant des personnages en uniformes similaires, au fil des 150 pages on tombe dans une certaine banalité graphique, d’autant que le dessin de Rossi (volontairement ou non) n’apporte rien de sensuel aux formes nues. Son style de dessin donne également une certaine statique que je trouve dommage, surtout que sa maîtrise anatomique du mouvement est sans aucun accroc. Question de goûts. Le sépia en lavis est évidemment très esthétique mais le fait que seuls les premiers plans soient ainsi texturés (parfois toute la case, sans que l’on sache pourquoi là et pas ici), laisse un certain nombre de cases étonnamment épurées voir non finies.

La meilleurs partie  de cet album – qui confirme pour moi que les auteurs auraient dû assumer une histoire mythologique symbolique – est à compter de l’irruption du fantôme Chiron (je vois renvoie à l’excellente série d’Edouard Cour Heraklès qui explique très bien qui est qui). Les dialogues deviennent drôles par moment, relâchant une ambiance lourds et faisant respirer le scénario. La multiplicité des protagonistes se retrouve simplifiée à des éléments archétypaux qui aident à raccrocher le lecteur: la reine révolutionnaire, l’ancienne conservatrice, la shaman en lien avec les esprits… Cela permet de faire enfin évoluer un débat sans fin sur la place des hommes et d’évacuer le contexte troyen qui ne justifie pas de revenir souvent dans l’histoire.

Vous aurez compris que j’ai été déçu par cet album qui avait été présenté comme très réussi. Je n’ai pas pris beaucoup de plaisir ni graphique ni textuel, tout en reconnaissant le très gros boulot qu’il a représenté. Le projet me semble bancal et finalement n’arrive pas à toucher son but. Le message politique est caché, le féminisme est relatif (j’ai trouvé l’album de Bertail beaucoup plus percutant et profond sur ce plan). Je m’attendais à une analyse ethnographique de cette société comme peuvent le faire Bourgier et David sur l’exceptionnelle série Servitude… Il est possible qu’il s’adresse à une sensibilité féminine (je l’ai déjà constaté sur certains albums), mais personnellement le temps passé dans cet univers d’amazones pourtant attirant m’a laissé stoïque. Dommage.

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