****·Comics·Nouveau !

Justice League: la promesse

esat-west

Édition française de la mini-série DC Comics écrite et dessinée par Jim Krueger et Alex Ross. 350 pages, parution le 24/06/2020 chez Urban Comics en édition brochée parue pour la collection été à prix spécial.

Un monde meilleur

Depuis sa fondation, la Ligue de Justice a bâti son intervention sur la promesse d’un monde meilleur, à l’abri des machinations de ses plus féroces opposants. Au fil des décennies, ses membres les plus prestigieux ont contré les sombres desseins des tyrans cosmiques désirant asservir la Terre, et se sont montrés à la hauteur de toutes les menaces qui se sont succédées, sans jamais faillir.

Et si, un jour prochain, les justiciers n’étaient pas à la hauteur du défi qui se présente à eux ? Et si en perdant le combat, ils perdaient tout ? Que se passerait-il alors, qui prendrait le relai ?

Dans cette série parue en 2006, Krueger et Ross imaginent que les vilains, les criminels, tiennent la dragée haute aux héros défaillants et unissent leurs forces pour créer un monde meilleur, en débarrassant l’Humanité des maux qui la meurtrissent. Alors que le monde s’interroge sur ce revirement de Lex Luthor et consorts, les membres de la Ligue, non contents d’être discrédités aux yeux du public, sont méthodiquement attaqués et neutralisés en coulisse. Une fois de plus, Superman, Batman, Wonder Woman et tous les autres vont devoir se réinventer afin de contrer cette nouvelle menace.

 

Idéal corrompu

Justice League of America, Issue 10, pl 22 par Alex Ross - Planche ...Les héros étant ce qu’ils sont, ils vont survivre à ces attaques et se regrouper afin d’en déterminer l’origine, et percer à jour les mesquineries de leurs ennemis. Ce sera l’occasion de retrouver des seconds couteaux et des héros de second plan, montrant ainsi que l’union fait la force, même lorsque l’équipe compte Superman dans ses rangs.

Les auteurs de Earth X et de Paradise X nous donnent encore une fois l’occasion de nous interroger sur le statut de héros. Dans un univers empli de surhommes tout-puissants, comment justifier la faim dans le monde, les guerres, les injustices et les maladies ? C’est un angle très intéressant qui a depuis été abordé dans d’autres œuvres, mais qui bénéficie ici de l’excellente écriture de Jim Krueger.

Les dessins d’Alex Ross (et de Doug Braithwaite) sont bien évidemment magnifiques, et donnent à l’ensemble des douze chapitres un aspect grave et grandiloquent, avec des pauses statuesques qui ont fait la réputation du dessinateur.

La réédition de Justice League : la promesse était donc une excellente idée d’Urban Comics, surtout à un prix aussi attractif. Cependant, une telle aubaine précède forcément des inconvénients, aussi je vous conseille de bien inspecter l’exemplaire que vous achèterez, la reliure des pages est assez catastrophique ! Dommage qu’une facture aussi médiocre accompagne un aussi bel ouvrage.

*****·Comics·La trouvaille du vendredi·Rétro·Un auteur...

Uncle sam

La trouvaille+joaquim

Comic de Steve Darnal et Alex Ross
Semic/Panini (2001/2010), 96., one-shot.

La dernière édition en date est une version deluxe chez Panini, datant de dix ans, qui est peut-être la version française de la Collected édition reliée comprenant trente-deux pages de plus avec des illustrations originales et des textes de contexte. J’ai personnellement la version SEMIC brochée de 2001.

unclesam

Ma récente lecture du plutôt réussi Strange fruit m’a donné envie de me replonger dans les ouvrages du grand Alex Ross, chef de file de l’école hyper-réaliste des comics de super-héros et peut-être le plus iconique des dessinateurs de l’écurie DC. Connu pour ses deux plus grands ouvrages, le mythique (et encyclopédique…) Kindgome Come et donc, cet Uncle Sam. Ce dernier arrive assez tôt dans la carrière de Ross et a le grand mérite de se présenter comme un véritable roman-graphique, relativement court, qui marque le style de Ross avec cette colorisation directe et ce très grand sens de la mise en scène. Surtout, il nous dispense d’un côté kitsch que revêt l’oeuvre d’Alex Ross de part son style, son rattachement exclusif aux héros classiques de DC et au Golden Age.

Uncle Sam - BD, avis, informations, images, albums - BDTheque.comRésumer l’intrigue d’Uncle Sam est ardu mais surtout inutile car il s’agit d’un concept, d’une allégorie visant à faire parcourir par l’Oncle Sam, l’âme de l’Amérique, l’histoire de son pays, des idéaux de la guerre d’indépendance aux renoncements et perversions qui ont abouti à une corruption généralisée des âmes et des esprits… Véritable pamphlet politique d’une même force que les films de Michael Moore, cet album est exigeant (comme tous les ouvrages d’Alex Ross du reste…) en ce que sa narration encrée dans un délire fait d’aller retours entre la mémoire du personnage et ce qu’il observe de nos jours insère alterne pensées et bruits erratiques de ce qui l’entoure. Sous la forme d’un vieux clochard décrépi et halluciné, Oncle Sam subit chaque violence du quotidien comme un choc qui le ramène à ce que devait être l’Amérique et à une déviance qui a finalement commencé très tôt… dès les premières escarmouches avec les anglais! Les auteurs ont un propos très dur sur ce qu’est devenu leur pays et cela a d’autant plus de force que la carrière du dessinateur s’est faite entièrement sur l’iconographie nationaliste des super-héros de l’Age d’Or et leur idéal de justice et de droiture.

Uncle Sam, comics chez Semic de Darnall, RossSi certains passages sont évidents (on assiste à l’assassinat de Kennedy à la Ford Hunger March de 1932 qui vit la police tirer sur une manifestation d’ouvriers Ford ou l’attentat d’Oklahoma city), d’autres nécessitent une bonne connaissance de l’histoire américaine. Chacun prendra ce qu’il peut mais l’essentiel du propos (sublimement mis en images cela va sans dire) reste très clair. Sur la dernière partie Sam entame un dialogue avec sa version féminine, Columbia, incarnant l’Etat, avec la pauvre Marianne française aussi désespérée que lui par ce qu’est devenue sa République ou encore l’ours soviétique aussi mal en point que les autres, avant de rencontrer ce que les américains ont fait de lui, sorte de pendant négatif mettant face à face l’idéal et la réalité du mythe américain…

(Re)lire aujourd’hui Uncle Sam donne une portée assez sidérante lorsqu’on mets en parallèle l’Amérique de Trump, considéré par beaucoup comme la pire présidence de l’histoire du pays, et cet album qui aurait pu sortir aujourd’hui alors qu’il a vingt ans… Cet écart renforce le propos de l’ouvrage qui nous assène que l’Amérique est un mythe mort-né et que les tragiques épisodes de son histoire ne sont pas des incidents mais la logique directe des choix politiques de générations de dirigeants avec la complicité passive d’une population qui préfère lire des BD de super-héros en slip plutôt que de s’interroger sur la manière de reprendre les rennes de ce navire à la dérive…

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1