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Misfit City

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Premier tome de 112 pages de la série Misfit City, écrite par Kirsten « Kiwi » Smith, Kurt Lustgarten, dessiné par Naomi Franquiz et mis en couleur par Brittany Peer, paru le 14/02/2020 aux éditions Kinaye. Série finie en 2 deux volumes.

bsic journalism merci aux éditions Kinaye pour leur confiance.

Il arrive que certaines œuvres cultes, celles ayant marqué des générations, doivent leurs succès à leur format, leur prémisse de départ, ou encore aux archétypes qu’elles utilisent. Les films et séries cultes des années 80 ne font évidemment pas exception, et en y regardant de plus près, on peut discerner certains archétypes récurrents, notamment dans les œuvres mettant en scène des groupes.

Par exemple, il y a dans chaque groupe un leader, (Luke Skywalker, Hannibal Smith, Captain America, Venkman…) parfois volontaire, parfois réticent, un rebelle (Han Solo, Futé, Iron Man, Spengler…) qui contrebalance souvent les caractéristiques du leader, un génie (le duo C3PO-R2D2, Looping, Bruce Banner…) frêle mais intelligent, et un costaud (Chewbaca, Barracuda, Thor, Zeddemore…). On peut également trouver parfois un archétype dont le trait principal et la Féminité (Princesse Leïa, Black Widow…). Même un film comme les Goonies ne semble pas échapper à la règle: Mickey le leader, Bagou le rebelle, Data le génie et Choco le costaud.

Misfit City se veut une série à la fois nostalgique et moderne, reprenant ces archétypes de façon à les dépoussiérer façon 21e siècle par une astucieuse mise en abîme.

Cannon Cove est une petite bourgade portuaire quelque peu morose, où la vie ne semble pas trépidante. Le seul intérêt qui semble pouvoir être porté à la ville est du au fait qu’elle fut le lieu de tournage d’un célèbre film des années 80, The Gloomies, raison pour laquelle quelques touristes viennent encore souiller les côtes lors de leurs pèlerinages geeks.

Au milieu de ce marasme, Wilder (leader), Macy (rebelle), Dot (génie), Edwina (costaud), et Karma (féminin), tentent de survivre à l’ennui tout en esquivant les ennuis inhérents à la vie de lycéennes. C’est alors que disparaît le Capitaine Denby, figure locale quasi folklorique, qui lègue au musée de Cannon Cove un mystérieux et imposant coffre, dans lequel les adolescentes vont découvrir rien de moins qu’une carte au trésor. La réalité est-elle sur le point de dépasser la fiction ?

Toute ressemblance…

La scénariste Kirsten Smith, dont la masterpiece n’est autre que La revanche d’une blonde, nous sert ici ce qui faisait déjà le sel des Goonies il y a 30 ans: un groupe de jeunes se languissant dans une bourgade américaine, une chasse au trésor balisée par des indices, des codes à décrypter, la mélancolie à l’approche des séparations, et des bad guys qu’il faut distancer.

Le tout est rehaussé par les inévitables références au film culte que l’auteur s’est amusée à pasticher. Le groupe d’héroïnes, bien qu’archétypal, n’en demeure pas moins tout à fait complémentaire, crédible, et donc attachant, ce qui montre que les archétypes, lorsqu’ils sont bien utilisés, ne se transforment pas nécessairement en clichés.

Naomi Franquiz est une excellente dessinatrice, dont le style cartoon sied parfaitement à l’ambiance de l’histoire.

On suit donc avec délectation les péripéties de Wilder et compagnie jusqu’à un cliffhanger plutôt prévisible mais bien amené. Une œuvre tout public divertissante, à lire !

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Ma fille, mon enfant.

Récit complet en 96 pages, écrit et dessiné par David Ratte, parution le 05/02/2020 aux éditions Grand Angle.

bsic journalismMerci aux éditions Grand-Angle pour leur confiance.

Au milieu des failles temporelles, des orcs et autres apocalypses programmées, il est parfois salutaire de reposer un peu les pieds sur Terre pour se pencher sur les sujets qui agitent nos sociétés au quotidien. C’est ce que nous invite à faire David Ratte au travers de l’élégant album Ma fille, mon enfant.

Pas de ça chez nous

Chloé est une adolescente parmi d’autres à qui la vie semble sourire. Certes, elle a raté son bac, mais elle n’en demeure pas moins une jeune fille espiègle et pleine de vie. On peut dire que ses relations familiales sont épanouissantes, même si elle doit souvent composer avec le caractère atrabilaire de sa mère, Catherine. Cependant, l’unité de la cellule familiale sera mise à mal lorsque Chloé affichera ce que Catherine considère comme une grave offense, une transgression impardonnable: elle sort avec Abdelaziz, jeune homme issu de l’immigration. Mère et fille vont alors s’opposer, puis se déchirer, jusqu’à ce que leur lien périclite.

Racisme pas si ordinaire

Toute la délicatesse de Ma fille, mon enfant réside dans son traitement du sujet omniprésent qu’est le racisme, non pas dans ses coups d’éclats dramatiques, mais plutôt dans son expression la plus sournoise, celle du quotidien, fait de petites remarques assénées au détour d’une pause café ou de préjugés élaborés au sein du foyer. David Ratte dépeint des personnages sincères, utiles, et touchants par leur réalisme, qui se débattent avec tout ce qui divise actuellement notre société.

Catherine, dépeinte comme une femme acariâtre, déballe au fil de l’album tous les travers qu’entraîne l’idéologie raciste dans le discours d’une personne. L’auteur du Voyage des pères n’hésite pas à convoquer tous les items en lien avec l’islamophobie et le racisme en général (le copain arabe « intégré » servant de fausse caution morale, les idées reçues sur la culture et la religion, Charlie Hebdo, les caricatures…) tout cela pour mener à un triste constat: alors que Catherine pense protéger sa fille de ce qu’elle considère comme une menace, elle ne fait que s’aliéner son enfant, jusqu’à détruire complètement leur relation.

Toutefois, au travers des épreuves de la vie que David Ratte impose à ses personnages, Catherine sera amenée à reconsidérer ses priorités, sans forcément, d’ailleurs, recalibrer son système de valeurs ni ses préjugés au passage. Ce faisant, l’auteur montre que l’espoir existe, bien qu’il exige un travail de longue haleine auprès de chaque génération.

Ma fille, mon enfant, de David Ratte, est une chronique édifiante sur le thème du racisme, traité par le prisme d’une relation mère/fille. A lire !

BD·Mercredi BD·Nouveau !

Une soeur

BD de Bastien Vivès
Casterman (2017), 208p.

9782203147164

Bastien Vivès est un auteur qui prend de la place et Casterman la lui donne dans ce gros volume sobre et élégant. Rien de particulier à dire côté édition sinon que le titre (doté d’un vernis sélectif) et la couverture, pourtant simplissimes, touchent juste.

Antoine, 13 ans, va en vacances dans la maison de famille habituelle. Avec son petit frère Titi cela s’annonce calme comme chaque année. Mais apparaît Hélène, la fille d’amis de ses parents, 16 ans, qui va passer l’été avec eux. Commence une découverte entre sensibilité et tentations adolescentes, loin des parents, loin du frère. Une sœur?

Résultat de recherche d'images pour "une soeur vivès"J’ai découvert Bastien Vivès sur Polina (depuis adaptée au cinéma), fascinant croquis d’une apprenti danseuse, dont la subtilité du traitement m’a littéralement fasciné. Le dessin de Vivès, très épuré, n’est pourtant pas ce qui m’attire le plus en graphisme, mais la pertinence de sa technique et le sentiment général de profondeur restent assez uniques dans la BD actuelle. Polina jouit de la même force, sur un tout autre sujet. Il y a très peu de dialogues chez cet auteur et son style lui permet de nous toucher au plus profond de notre ressenti intime, de notre mémoire collective, lorsqu’en deux coups de feutre il croque un regard qui ne nécessite pas de dialogues, une expression complexe d’Hélène entre tentation et inquiétude. Le dessin est toujours un art fascinant quand il montre une image très précise en ne faisant que l’évoquer. On touche à l’impressionnisme…

Mais il n’y a pas que le dessin chez Vivès. Le personnage d’Hélène fascine autant le lecteur que le personnage principal. Consciemment ou pas, l’auteur lui donne des poses, des expressions, des silences issus du Lolita de Kubrick. Le lien entre les films est indéniable pour moi, hormis que le personnage masculin est totalement différent. La jeune fille a ce mystère divin, cette Eve à la fois intrigante, tentatrice, accompagnant, fidèle,… Résultat de recherche d'images pour "une soeur vivès"La subtilité des non-dits fait que tout le long on alterne comme Antoine, ne sachant pas si elle est avec lui, manipulatrice ou sincère? Une sœur ou une amoureuse? Une proche ou une aventure de vacances? La fragilité d’Antoine (tiens, dessinateur comme l’auteur…) est également très bien montrée, sur un rythme langoureux, estival.

Ce que j’avais beaucoup aimé sur Polina (que je vois comme un anti-Black Swan) c’est la capacité à intéresser par une véritable intrigue totalement dénuée de pathos. Il n’y a pas de mal dans le monde de Vivès, juste la vie, faite d’irrégularités, d’incompréhensions. Des personnages pures qui tentent d’entrer en contact, de jeunes gens qui apprennent la vie doucement. Deux-cent pages de beauté. Et un sacré trait.

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Cet article fait partie de la sélection de22528386_10214366222135333_4986145698353215442_n, cette semaine hébergée chez les  Mo’.

Caro l’a chroniqué également