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La plus belle couleur du monde

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Manhua de Golo Zhao
Glénat (2019) 2021, 584 p., one-shot.

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bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

Coup de coeur! (1)

Rucheng est au collège dans une classe d’arts. Peu à l’aise dans les relations humaines, il aime en secret la talentueuse Yun. Autour de lui la vie du collège se passe, faite d’amourettes, de rivalités et de normes sociales imposées par le régime communiste. Tiraillé entre ses idéaux, sa lâcheté et ses émotions, il s’efforce d’être celui qu’il veut être, un simple adolescent dans la Chine des années quatre-vingt-dix…

Plus belle couleur du monde (La) (par Golo Zhao)Je suis très content de pénétrer l’univers coloré du chinois Golo Zhao à l’occasion de ce monumental pavé de plus de cinq cent pages! J’avais découvert l’auteur à l’occasion de mon unique séjour au festival d’Angoulême alors que sa première série La Ballade de Yaya était en cours de publication dans un petit format à l’italienne chez l’éditeur associatif Fei. J’avais immédiatement été scotché par la puissance des couleurs et le professionnalisme de cet auteur présenté sur les stand amateurs du festival. Entre temps l’artiste a beaucoup publié en variant les genres graphiques et les formats, que ce soit sur des séries jeunesses, adultes ou des one-shot, en couleur comme en noir et blanc. Si La meilleur couleur du monde et ses séries les plus populaires sont remarquables par leur aspect Anime (Zhao est diplômé des beaux-arts mais aussi en cinéma) et leur colorisation très agréable, il a montré l’étendue de sa technique dans des découpages et des traitements qui le rapprochent bien plus de la BD franco-belge que du manga.

La plus belle couleur du monde est sans doute le projet le plus ambitieux, le plus personnel aussi, de son auteur. Véritable chronique d’une Chine post-guerre froide, on ressent au fil des pages un certain vécu de Golo Zhao bien que l’époque du récit soit antérieure à ses propres études (Zhao est né en 1984 et trop jeune pour avoir été collégien lors de la sortie de la gameboy pocket). S’inscrivant dans une mode de la nostalgie 1980-90 (notamment au cinéma), le découpage est parsemé de moments, d’objets qui marquèrent cette époque. Si nous français connaissons mal l’histoire récente de la Chine, on ressent les frustrations communes d’une jeunesse désargentée confrontée à des gosses de riches paradant en Nike Air Jordan, prenant d’énormes La plus belle couleur du mondeplateaux à MacDonalds et exhibant leurs discman sony et leurs gameboy. Le principe communiste renforce ce sentiment d’injustice pour le héros en nous montrant les effets de l’ouverture économique où des happy few s’engouffrent pour s’enrichir malgré l’égalitarisme initial du pays. On découvre pourtant une certaine modernité, loin des images misérables que l’occident se plait souvent pour montrer l’URSS et la Chine communiste. En cela l’album est une très belle tranche d’histoire à hauteur d’homme (ou d’adolescent) et pourrait presque se réclamer du documentaire.

L’aspect psychologique est le plus travaillé et le plus intéressant. Monté presque comme un thriller, La plus belle couleur du monde progresse à mesure que Rucheng constate, hésite, lance des hypothèses sur ce qu’il pense avoir vu. Vu à la première personne, le récit est parsemé de réflexions intérieures joliment illustrées par des séquences très drôles destinées à matérialiser les émotions du personnage. L’auteur ne donne jamais de réponses, laissant le collégien à ses conjectures. Nous, lecteur, prospectons également, pris dans un jeu où nous voulons des réponses et impliqués en cela dans un procédé très immersif. Si l’aspect artistique, non négligeable, fait penser à Blue Period (antérieur à cet ouvrage), les côtés réflexifs pourront évoquer le très beau My broken Mariko. Très dur par moment, sur les questions de harcèlement notamment, l’histoire garde pourtant un ton léger parsemé de visions urbaines et végétales avec un aspect contemplatif qui sied parfaitement aux pensées du personnage.

https://www.actuabd.com/local/cache-vignettes/L720xH971/z-012-3d1d0.jpg?1625573153Graphiquement c’est bien évidemment un régal continu. D’abord par ses couleurs très douces et magnifiquement pertinentes, Zhao parvient avec un immense talent à poser des atmosphères que seul le cinéma parvient habituellement à capter. Le caractère cinématographique saute aux yeux avec un sens du découpage, en cadrages très serrés et très grandes cases (entre 2 et 4 en moyenne par page) qui permettent de nous jeter dans ces journées ensoleillées de collège. On ressent le temps passer, le cerveau de Rucheng mouliner sans cesse et les émotions passer sans dialogues, par des regards, des cadrages, des mouvements. Sous un trait qui paraît simple, l’auteur montre une maîtrise technique incroyable, jouant sur les éclairages et les nuances pour donner une véracité étonnante à ses personnages.

Tout cela fait logiquement de La plus belle couleur du monde un franc coup de cœur à la lecture très facile qui ne voit pas passer les presque six-cent pages. Un très beau moment d’émotions, de vérité humaine autant qu’une chronique historique, et l’œuvre de maturité d’un grand auteur.

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****·BD·La trouvaille du vendredi·Littérature·Rétro

Le journal d’Anne Frank

BD d’Ari Folman et David Polonsky
Calmann-Levy (2017), 162p., one-shot.

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Le Journal d’Anne Frank est un monument auquel il est difficile de toucher de par son lien avec la Shoah et l’exceptionnelle émotion que sa lecture procure. Publié par le père d’Anne, rescapé de la Guerre, en 1947 aux Pays-Bas, il est adapté dans les années cinquante au théâtre et au cinéma, avant de voir d’autres adaptations pour les cinquante ans de la mort d’Anne. Les années deux-mille dix voient un renouveau des adaptations à l’approche de l’entrée dans le Domaine-Public du texte. Un conflit juridique commence avec le Fonds Anne Frank, chargé par le père de gérer l’héritage du texte. C’est cette fondation qui commande au réalisateur israélien Ari Folman une adaptation du texte en BD.

Le journal d'Anne Frank - roman graphique de Anne Frank, Ari Folman, David  Polonsky - BDfugue.comPour qui comme moi a lu le livre à l’âge recommandé (à tort), vers douze ans, on ne peut qu’être sidéré par la modernité, la maturité et la qualité d’écriture de la jeune fille qui a treize ans lorsqu’elle se retrouve enfermée, deux années durant, dans une maison cachée en compagnie de ses parents, sa grande sœur, et de deux autres familles. Comme il l’explique dans la passionnante post-face, Folman et son dessinateur commencent l’album de façon très graphique pour progressivement laisser plus de place au texte original sur la fin, à mesure que les réflexions intimes d’Anne deviennent trop complexes à mettre en image. Si l’adaptation proprement dite occupe donc une grosse moitié de ce gros volume, les moments les plus impressionnants, là où on réalise la force du propos, c’est quand on se retrouve ainsi plongé dans ce journal intime d’une fille qui ne semble pas voir la mort arriver mais souffre seulement de ne pouvoir vivre pleinement son adolescence et ses amours naissantes.

D’abord illustratif des derniers jours de liberté de ces gens, l’album nous montre la vie des années quarante aux Pays-Bas, plein de l’humour que dégage Anne en permanence, un sarcasme envers ces adultes si puérils dans leurs exigences matérielles. Probablement enfant précoce, Anne Sandra Marrs+John Chalmers on Twitter: "The annex also really comes  visually alive, more so for us than in the original diary. After reading  the original we went to see the house toanalyse avec une acuité et un détachement fous ses relations avec sa mère, vue très durement, aves sa sœur, la perfection incarnée et avec son père auquel elle voue une admiration excluant tout autre. L’absence de progressivité narrative aurait pu rendre la lecture compliquée. Il n’en est rien grâce à ces planches très libres qui montrent des saynètes de la vie tragique des Frank sans chercher à ajouter de la matière exogène au texte. En cela la fidélité avec le matériau est remarquable et le projet totalement abouti en permettant une facilité d’immersion (par le graphisme) sur un texte dont l’aspect historique voir scolaire pourrait rebuter. Au contraire cette adaptation est pleine de vie, d’une joyeuseté qui semble n’avoir jamais quitté Anne tout au long de sa captivité.

L’immense qualité de cet ouvrage est de donner envie de se replonger dans le texte intégral après avoir été sidéré par la maturité de réflexions (sur elle come sur ses contemporains ) d’une jeune fille qui explose de vie à chaque page. Ce qui rend son destin d’autant plus tragique et émotionnellement profondément touchant.

A partir de 12 ans.

 

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*·Nouveau !

Spider-Man: De père en fils

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Intégrale reprenant les cinq numéros de la mini-série Spider-Man: Bloodline, écrite par JJ et Henry Abrams, dessinée par Sara Pichelli. Parution en France chez Panini Comics, le 17 février 2021.

Appren-Tissage adolescent

Il y a douze ans, l’impensable s’est produit pour Spider-Man: vaincu et mutilé par Cadavérique, un nouvel adversaire qui lui en voulait personnellement, le héros a vu l’amour de sa vie, Mary Jane, périr des mains du monstre. Mortifié par le deuil, Peter s’est éloigné de son fils Ben, qui ignore tout du passé de son père et de la cause du décès de sa mère. 

Ne voyant qu’un père lâche et absent, Ben rumine son mal-être adolescent en rejetant l’image paternelle. Un jour, Ben se découvre de stupéfiantes facultés, similaires à celle du héros arachnéen d’autrefois. Ce sera l’occasion pour l’adolescent d’explorer ses origines et de faire face à son deuil, tout en apprenant le poids des responsabilités. Malheureusement, cette quête initiatique ne fera pas dans la quiétude, car Cadavérique est de retour, plus déterminé que jamais à obtenir ce qu’il désire. 

On ne présente plus JJ Abrams, devenu en quelques années une figure inévitable de la pop culture. Star Trek, Star Wars, Mission Impossible, mais également Cloverfield, le producteur/réalisateur/scénariste a étendu son répertoire jusqu’aux confins de la galaxie Pop, avec plus ou moins de succès. Titillé depuis quelques années par l’envie d’écrire pour la BD, Abrams donne suite à un appel du pied de plusieurs années d’un « senior editor » de chez Marvel pour entamer un récit hors-continuité sur Spider-Man, secondé par son fils Henry. 

Venant d’un auteur prolifique et fin connaisseur du genre, ce récit avait de quoi susciter les attentes les plus élevés en terme de qualité, d’autant plus que l’homme écrit avec son fils un récit évoquant les générations, ce qui promettait une alléchante mise en abyme pleine d’émotion. 

La scène d’ouverture du récit donne le ton en nous faisant assister à une cuisante défaite pour Spider-Man, aux prises avec un colossal homme-cyborg-zombie, qui l’attaque pour des raisons que nous ne connaissons pas encore. Mary Jane est prise entre deux feux, et meurt empalée par le monstre, sans raison apparente. Les funérailles qui suivent sont déchirantes, et permettent d’échanger le point de vue, en passant à celui de Ben, le fils de Peter et MJ. 

Douze ans plus tard, on découvre que Ben a grandi seul avec Tante May, Peter ayant décidé de partir travailler à l’étranger pour le Daily Bugle. Il hait son père pour l’avoir abandonné, et entre dans une phase de rébellion qui le mène à rencontrer Faye Ito. Viendront ensuite les pouvoirs et la découverte qu’en fera Ben avec les aléas prévisibles dans ces situations. 

Le reste du récit sombre ensuite dans la confusion, se concentrant sur une intrigue aux circonvolutions à la fois attendues et déconcertantes. Il y a dans ce De père en Fils un sentiment de dispersion et de futilité qui fait perdre le fil dès le second chapitre. Il est en effet assez difficile, à mon sens, d’écrire des personnages adolescents intéressants tout en évitant l’écueil de les aliéner au lecteur. 

C’est toutefois ce qui se produit ici, car Ben, bien que l’on puisse s’identifier à ses tourments au premier abord, perd vite de sa substance et ne donne alors plus qu’à voir angoisse existentielle et passivité mal employée. Rien n’est juste dans les deuxième et troisième actes, si ce n’est la quête de Ben pour secourir son père, mais même celle-ci est entrecoupée de dialogues maladroits, décousus, et de tartines d’exposition pivotale censées nous éclairer sur les motivations du méchant. 

Le méchant, justement, entre dans la catégorie des « monstres tragiques »  mais ne parvient à aucun moment à émouvoir ni à effrayer, ce qui le rend totalement oubliable. Pire encore, le mystère qu’apportaient les zones d’ombres sur ses motivations, laisse place à la confusion une fois révélées, ce qui tire encore davantage la mini-série vers le bas. Ne parlons même pas de la véritable antagoniste, sorte de boss de fin WTF, qui n’apporte pas grand-chose non plus.

La relation entre Ben et Peter a quelque chose de touchant, en revanche là encore, elle est parasitée par l’intrigue qui peine à tenir debout et un rythme décousu qui ne permet pas de s’attarder réellement dessus.

Le casting semble acceptable à première vue, mais les personnages sont sous-utilisés (Riri Williams) ou employés de façon si maladroite (Tony Stark, Peter Parker) que cela en devient gênant pour la lecture. La palme revient malheureusement à Faye, acolyte/love interest de Ben, qui a tout de la fameuse « Manic Pixie Dream Girl « déjà décrite dans des précédentes chroniques. Certes, elle décrit un intérêt pour les causes sociales qu’elle défend et offre un point de vue intéressant sur le célèbre leitmotiv de Spidey, mais son intérêt semble s’arrêter là, ce qui la réduit à un stéréotype, comme souvent dans des histoires pour les garçons écrites par des garçons, ou encore dans les fan fictions, ce dont relève finalement ce scénario. 

Ce qui ressort de ce fiasco est le terrible gâchis qui est fait des talents de Sara Pichelli, qui fait ici ce qu’elle peut pour rehausser le tout malgré le sabotage en règle des Abrams père et fils. Ce qui est d’autant plus irritant au vu du potentiel que pouvait avoir un comic book écrit par un scénariste et producteur de cinéma.

Spider-Man: De père en fils nous aide au moins à réaliser que talent et succès ne sont apparemment pas liés, en tout cas pas outre-Atlantique. 

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Ninja malgré moi

Roman graphique de 128 pages, imaginé par Ricardo et Adara Sanchez et dessiné par Arianna Florean. Parution le 10 mars 2021 aux éditions des Humanoïdes Associés.

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Merci aux Humanos pour leur fidélité

Dur dur d’être un ninja

Rena n’a pas la vie facile. Victime de phobie sociale, quitter le havre sécurisant du foyer parental est une épreuve qui se répète au quotidien pour elle. A cela s’ajoutent les difficultés inhérentes à la vie d’une adolescente, à savoir les railleries incessantes des bullies et autres contrariétés.

Pour soigner sa phobie, Rena suit une thérapie cognitive qui lui impose de sortir de sa zone de confort par petites étapes, comme lever la main pour s’exprimer en classe ou choisir une activité périscolaire. Un véritable calvaire pour la jeune fille mal dans sa peau, qui n’aspire qu’à être invisible aux yeux d’autrui afin de faire l’économie de la moindre interaction sociale embarrassante.

Un jour, Rena découvre une académie bien singulière, où l’on n’apprend ni le solfège, ni le chant, ni le théâtre, ni toute autre activité qui viendrait à l’esprit pour soigner une phobie sociale, mais une discipline tout à fait singulière, le Ninjutsu. Poussée à la fois par sa thérapeute, par sa mère, son meilleur ami, et les éloges du Maître de l’école, Rena se laisse convaincre et accepte d’intégrer la formation.

En effet, quoi de mieux que l’art de la furtivité pour une jeune fille maladivement timide ?

Commence alors l’initiation de Rena, à qui l’on révèle que les ninjas œuvrent dans l’ombre pour le bien de tous depuis des siècles, et qu’elle est l’objet d’une prophétie promettant aux clans ninja le retour d’un élu doué de capacités exceptionnelles, nommé le Spectre. Loin de la décourager, cette pression supplémentaire permettra à Rena de se dépasser pour dévoiler tout le potentiel qui est en elle.

[Insérer le nom du protagoniste] à l’école des [Insérer une discipline mystique et mystérieuse promettant de l’action et des rebondissements]

Forte de son statut d’élue, Rena progresse rapidement et acquiert progressivement une meilleure confiance en elle. Certes, on ne guérit pas aussi facilement d’une phobie sociale, néanmoins les progrès sont visibles, ce que même la mère de Rena, pourtant absorbée par son travail sur la création d’une nouvelle IA, constate.

Pressée de mettre à l’épreuve ses nouveaux talents, Rena insiste pour se voir confier sa propre mission et découvre alors que son Maître prépare en effet une opération importante à laquelle il a l’intention de l’impliquer.

Avec cette série Shy Ninja (titre en VO), les Humanos lancent une nouvelle collection orientée jeunesse, ce qui se distingue des titres généralement orientés SF et au ton mature que l’on trouve dans leur catalogue.

La particularité de ce récit et qu’il fut initialement inspiré par la fille de l’auteur, Adara Sanchez. Son père, intrigué par le concept, a donc monté ce projet avec l’éditeur en incluant la jeune fille à chaque étape du processus de création, pour aboutir à ce projet, paru initialement dans la branche américaine des Humanoïdes Associés.

Le ton est assez léger bien que la thématique soit sérieuse et que les enjeux existent au sein du récit. L’identification au personnage de Rena fonctionne la plupart du temps, malgré des répliques sarcastiques qui ne font pas toujours mouche et ne semblent a priori pas forcément en phase avec le caractère de Rena et sa phobie sociale.

On se plaît à la voir progresser et maîtriser l’art des ninjas, sans qu’il en soit fait une esbroufe outrancière (pas de combats à la Naruto), cette initiation étant le symbole de sa guérison progressive. Les récits d’empowerment ont de toute façon le vent en poupe, alors autant en profiter et se plonger dans cette BD initiatique avec candeur.

Certes, les lieux communs ne sont pas toujours évités, comme celui de la prophétie et de l’élu. Cependant, les auteurs parviennent à s’en distancier de façon diégétique d’abord, avec quelques répliques ironiques sur cette ficelle narrative suivies d’une révélation à la Blade Runner 2049, puis de façon non-diégétique au travers des bonus qui exposent clairement les influences utilisées.

Ninja Malgré moi est donc un bon divertissement muni d’un message fort d’émancipation, auquel les jeunes lecteurs ne resteront pas insensibles.

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Misfit City #2

Second tome de 112 pages de la série écrite par Kirsten « Kiwi » Smith et dessinée par Naomi Franquiz, parue outre-Atlantique chez BOOM! Studios. Parution en France chez Kinaye le 28/08/2020. Série terminée en deux volumes.

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Merci aux éditions Kinaye pour leur confiance.

Chasse au(x) trésor(s)

Nous parlions il y a peu du premier tome de Misfit City, série rafraîchissante, pastichant le film culte Les Goonies pour livrer un récit d’aventure moderne déjanté.

Wilder, Mace, Dot, Ed et Karma poursuivent leur quête du trésor laissé par Black Mary, pirate redoutée ayant fait l’histoire de la petite bourgade de Cannon Cove. Ce coin perdu, auquel Wilder souhaite échapper, n’est connu que pour être le lieu de tournage du film Les Gloomies et ne recèle pour nos cinq adolescentes qu’ennui et langueur. Si bien que lorsqu’elles mettent la main sur une mystérieuse carte au trésor, elles se jettent à corps perdu dans cette salvatrice distraction, qui, avec un peu de chance, pourrait leur permettre de quitter le marasme de la ville.

Le tome 1 se terminait par la révélation que les rumeurs entourant la mort du Capitaine Denby étaient, comme qui dirait, grandement exagérées. Ce dernier se terrait depuis un certain temps dans les galeries creusées il y a des siècles par Black Mary et son équipage, prêt à s’accaparer le trésor. Mais les choses ne vont pas s’arranger pour notre aréopage hétéroclite car leurs poursuivants ne comptent pas non plus renoncer au trésor.

Pirates et autres Flibustiers

La recette employée par Kiwi Smith continue de fonctionner dans ce second tome. Les péripéties de nos héros s’enchaînent avec encore moins de temps morts, tandis que le danger, qui jusque là peinait à être pris au sérieux, gagne en intensité.

Grâce à un savant mélange d’astuce et de chance, les héroïnes se rapprochent de la vérité, et donc du trésor, si tant est qu’elles mesurent bien les risques et le prix d’une telle récompense. Les dialogues sont toujours drôles et plein d’esprit, l’éditeur ayant même ressenti la nécessité d’expliciter certaines notions au travers de notes de traduction. Il est fort possible que cela soit du au caractère tout public de la série, qui fait que certains jeunes lecteurs pourraient passer à coté de certaines subtilités.

Comme dans toute histoire d’adolescents, nous avons droit à une sous-intrigue soap grâce aux amours naissantes de Wilder et Todd, et aux conflit de loyauté de cela provoque pour Wilder.

La partie graphique assurée par Naomi Franquiz demeure dans la même veine que le premier volume, bien qu’on puisse estimer qu’elle est ici un poil en dessous.

Pour les amateurs de chasse au trésors et à ceux qui ont apprécié le premier tome !

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Misfit City

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Premier tome de 112 pages de la série Misfit City, écrite par Kirsten « Kiwi » Smith, Kurt Lustgarten, dessiné par Naomi Franquiz et mis en couleur par Brittany Peer, paru le 14/02/2020 aux éditions Kinaye. Série finie en 2 deux volumes.

bsic journalism merci aux éditions Kinaye pour leur confiance.

Il arrive que certaines œuvres cultes, celles ayant marqué des générations, doivent leurs succès à leur format, leur prémisse de départ, ou encore aux archétypes qu’elles utilisent. Les films et séries cultes des années 80 ne font évidemment pas exception, et en y regardant de plus près, on peut discerner certains archétypes récurrents, notamment dans les œuvres mettant en scène des groupes.

Par exemple, il y a dans chaque groupe un leader, (Luke Skywalker, Hannibal Smith, Captain America, Venkman…) parfois volontaire, parfois réticent, un rebelle (Han Solo, Futé, Iron Man, Spengler…) qui contrebalance souvent les caractéristiques du leader, un génie (le duo C3PO-R2D2, Looping, Bruce Banner…) frêle mais intelligent, et un costaud (Chewbaca, Barracuda, Thor, Zeddemore…). On peut également trouver parfois un archétype dont le trait principal et la Féminité (Princesse Leïa, Black Widow…). Même un film comme les Goonies ne semble pas échapper à la règle: Mickey le leader, Bagou le rebelle, Data le génie et Choco le costaud.

Misfit City se veut une série à la fois nostalgique et moderne, reprenant ces archétypes de façon à les dépoussiérer façon 21e siècle par une astucieuse mise en abîme.

Cannon Cove est une petite bourgade portuaire quelque peu morose, où la vie ne semble pas trépidante. Le seul intérêt qui semble pouvoir être porté à la ville est du au fait qu’elle fut le lieu de tournage d’un célèbre film des années 80, The Gloomies, raison pour laquelle quelques touristes viennent encore souiller les côtes lors de leurs pèlerinages geeks.

Au milieu de ce marasme, Wilder (leader), Macy (rebelle), Dot (génie), Edwina (costaud), et Karma (féminin), tentent de survivre à l’ennui tout en esquivant les ennuis inhérents à la vie de lycéennes. C’est alors que disparaît le Capitaine Denby, figure locale quasi folklorique, qui lègue au musée de Cannon Cove un mystérieux et imposant coffre, dans lequel les adolescentes vont découvrir rien de moins qu’une carte au trésor. La réalité est-elle sur le point de dépasser la fiction ?

Toute ressemblance…

La scénariste Kirsten Smith, dont la masterpiece n’est autre que La revanche d’une blonde, nous sert ici ce qui faisait déjà le sel des Goonies il y a 30 ans: un groupe de jeunes se languissant dans une bourgade américaine, une chasse au trésor balisée par des indices, des codes à décrypter, la mélancolie à l’approche des séparations, et des bad guys qu’il faut distancer.

Le tout est rehaussé par les inévitables références au film culte que l’auteur s’est amusée à pasticher. Le groupe d’héroïnes, bien qu’archétypal, n’en demeure pas moins tout à fait complémentaire, crédible, et donc attachant, ce qui montre que les archétypes, lorsqu’ils sont bien utilisés, ne se transforment pas nécessairement en clichés.

Naomi Franquiz est une excellente dessinatrice, dont le style cartoon sied parfaitement à l’ambiance de l’histoire.

On suit donc avec délectation les péripéties de Wilder et compagnie jusqu’à un cliffhanger plutôt prévisible mais bien amené. Une œuvre tout public divertissante, à lire !

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Ma fille, mon enfant.

Récit complet en 96 pages, écrit et dessiné par David Ratte, parution le 05/02/2020 aux éditions Grand Angle.

bsic journalismMerci aux éditions Grand-Angle pour leur confiance.

Au milieu des failles temporelles, des orcs et autres apocalypses programmées, il est parfois salutaire de reposer un peu les pieds sur Terre pour se pencher sur les sujets qui agitent nos sociétés au quotidien. C’est ce que nous invite à faire David Ratte au travers de l’élégant album Ma fille, mon enfant.

Pas de ça chez nous

Chloé est une adolescente parmi d’autres à qui la vie semble sourire. Certes, elle a raté son bac, mais elle n’en demeure pas moins une jeune fille espiègle et pleine de vie. On peut dire que ses relations familiales sont épanouissantes, même si elle doit souvent composer avec le caractère atrabilaire de sa mère, Catherine. Cependant, l’unité de la cellule familiale sera mise à mal lorsque Chloé affichera ce que Catherine considère comme une grave offense, une transgression impardonnable: elle sort avec Abdelaziz, jeune homme issu de l’immigration. Mère et fille vont alors s’opposer, puis se déchirer, jusqu’à ce que leur lien périclite.

Racisme pas si ordinaire

Toute la délicatesse de Ma fille, mon enfant réside dans son traitement du sujet omniprésent qu’est le racisme, non pas dans ses coups d’éclats dramatiques, mais plutôt dans son expression la plus sournoise, celle du quotidien, fait de petites remarques assénées au détour d’une pause café ou de préjugés élaborés au sein du foyer. David Ratte dépeint des personnages sincères, utiles, et touchants par leur réalisme, qui se débattent avec tout ce qui divise actuellement notre société.

Catherine, dépeinte comme une femme acariâtre, déballe au fil de l’album tous les travers qu’entraîne l’idéologie raciste dans le discours d’une personne. L’auteur du Voyage des pères n’hésite pas à convoquer tous les items en lien avec l’islamophobie et le racisme en général (le copain arabe « intégré » servant de fausse caution morale, les idées reçues sur la culture et la religion, Charlie Hebdo, les caricatures…) tout cela pour mener à un triste constat: alors que Catherine pense protéger sa fille de ce qu’elle considère comme une menace, elle ne fait que s’aliéner son enfant, jusqu’à détruire complètement leur relation.

Toutefois, au travers des épreuves de la vie que David Ratte impose à ses personnages, Catherine sera amenée à reconsidérer ses priorités, sans forcément, d’ailleurs, recalibrer son système de valeurs ni ses préjugés au passage. Ce faisant, l’auteur montre que l’espoir existe, bien qu’il exige un travail de longue haleine auprès de chaque génération.

Ma fille, mon enfant, de David Ratte, est une chronique édifiante sur le thème du racisme, traité par le prisme d’une relation mère/fille. A lire !

BD·Mercredi BD·Nouveau !

Une soeur

BD de Bastien Vivès
Casterman (2017), 208p.

9782203147164

Bastien Vivès est un auteur qui prend de la place et Casterman la lui donne dans ce gros volume sobre et élégant. Rien de particulier à dire côté édition sinon que le titre (doté d’un vernis sélectif) et la couverture, pourtant simplissimes, touchent juste.

Antoine, 13 ans, va en vacances dans la maison de famille habituelle. Avec son petit frère Titi cela s’annonce calme comme chaque année. Mais apparaît Hélène, la fille d’amis de ses parents, 16 ans, qui va passer l’été avec eux. Commence une découverte entre sensibilité et tentations adolescentes, loin des parents, loin du frère. Une sœur?

Résultat de recherche d'images pour "une soeur vivès"J’ai découvert Bastien Vivès sur Polina (depuis adaptée au cinéma), fascinant croquis d’une apprenti danseuse, dont la subtilité du traitement m’a littéralement fasciné. Le dessin de Vivès, très épuré, n’est pourtant pas ce qui m’attire le plus en graphisme, mais la pertinence de sa technique et le sentiment général de profondeur restent assez uniques dans la BD actuelle. Polina jouit de la même force, sur un tout autre sujet. Il y a très peu de dialogues chez cet auteur et son style lui permet de nous toucher au plus profond de notre ressenti intime, de notre mémoire collective, lorsqu’en deux coups de feutre il croque un regard qui ne nécessite pas de dialogues, une expression complexe d’Hélène entre tentation et inquiétude. Le dessin est toujours un art fascinant quand il montre une image très précise en ne faisant que l’évoquer. On touche à l’impressionnisme…

Mais il n’y a pas que le dessin chez Vivès. Le personnage d’Hélène fascine autant le lecteur que le personnage principal. Consciemment ou pas, l’auteur lui donne des poses, des expressions, des silences issus du Lolita de Kubrick. Le lien entre les films est indéniable pour moi, hormis que le personnage masculin est totalement différent. La jeune fille a ce mystère divin, cette Eve à la fois intrigante, tentatrice, accompagnant, fidèle,… Résultat de recherche d'images pour "une soeur vivès"La subtilité des non-dits fait que tout le long on alterne comme Antoine, ne sachant pas si elle est avec lui, manipulatrice ou sincère? Une sœur ou une amoureuse? Une proche ou une aventure de vacances? La fragilité d’Antoine (tiens, dessinateur comme l’auteur…) est également très bien montrée, sur un rythme langoureux, estival.

Ce que j’avais beaucoup aimé sur Polina (que je vois comme un anti-Black Swan) c’est la capacité à intéresser par une véritable intrigue totalement dénuée de pathos. Il n’y a pas de mal dans le monde de Vivès, juste la vie, faite d’irrégularités, d’incompréhensions. Des personnages pures qui tentent d’entrer en contact, de jeunes gens qui apprennent la vie doucement. Deux-cent pages de beauté. Et un sacré trait.

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Cet article fait partie de la sélection de22528386_10214366222135333_4986145698353215442_n, cette semaine hébergée chez les  Mo’.

Caro l’a chroniqué également