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Hong-Kong, cité déchue

Le Docu BD
Manga de Kwong-Shing Lau
Rue de l’échiquier (2021), 196 p., One-shot.

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bsic journalismMerci aux éditions Rue de l’échiquier pour cette découverte

Depuis 2013 le hong-kongais Kwong-Shing Lau travaille dans l’illustration, que ce soit par la publication de comics, l’organisation d’expositions ou d’évènements publics. Lorsque surviennent les manifestations de 2019-2020, la féroce répression dont il est témoin le met dans un état de sidération et le pousse à utiliser son art pour exprimer et montrer ce qu’il se passe dans sa ville, au moyen d’une technique de crayonnés d’une grande maîtrise.

PNG - 952.5 koPour comprendre ce livre très intime il est important de revenir un peu en arrière. Lorsqu’en 1997 le gouvernement de Londres rétrocède le territoire de Hong-Kong à la Chine continentale après un bail de 99 ans issu des guerres de l’Opium à la fin du XIX° siècle, l’accord prévoit que le système politique spécifique de ce territoire sera maintenu pour cinquante ans. Les signes avant-coureurs ont lieu en 2014 lorsque Pékin annonce une reprise en main sur l’élection du chef de l’exécutif Hong-kongais, ce qui provoque une « révolte des parapluies » qui échoue dans la répression. Le nouveau gouvernement désormais pro-Pékin prépare une loi d’extradition qui permettrait d’envoyer dans l’obscurité du système répressif chinois tout militant pro-démocratie. Les manifestations reprennent et sont cette fois noyées dans le sang avec l’aide des mafia locales.

抗疫救港Prenant la forme de dessins de presse destinés à illustrer des évènements ou séquences spécifique de cette lutte, ce qui touche le plus dans ce témoignage ce sont les réflexions personnelles de ce jeune auteur qui réalise brutalement que les normes qu’il croyait inébranlables en matière de libertés publiques et d’expression démocratique pouvaient voler en éclat de manière très violente, très rapide. Son invitation aux citoyens des pays libres à jauger la solidité de leurs institutions et à rester extrêmement vigilants sur l’attitude de leurs gouvernants en matière de respect démocratique est très émouvant et sonne comme une alarme en cette époque d’Etat d’urgence permanent et d’acceptation de restrictions progressives.

Pas a proprement parler une BD non plus qu’un reportage presse, Hong-Kong une cité déchue apparaît plus comme un carnet intime d’un témoin d’une violence sans pareil. Les lacrymo, matraquages et éborgnements par flashball nous interpellent particulièrement en France après l’épisode des gilets jaunes en nous obligeant à comparer ce que nous considérons comme une France démocratique et ce que Kwong-Shing Lau considérait comme une Hong-Kong démocratique. Bien sur il y a des morts là-bas, bien sur il y a un gouvernement autoritaire derrière, bien sur les mafias sont impliquées avec le gouvernement local. Mais c’est bien notre perception de citoyens et notre responsabilité de vigie démocratique qui est directement interpellée.

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****·BD·Nouveau !·Service Presse

Les veuves électriques #1: deuil atomique.

La BD!
BD de Relom, Geoffroy Damne et Degreff (coul.)
Delcourt (2021), 62p., série en cours.

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bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

A Chissouane la centrale nucléaire fait vivre toute la commune. Aussi quand un accident tue trois employés, pas grand monde ne vient mettre son nez dans les défaillances… sauf les trois veuves qui se retrouvent bien malgré elles transformées en dangereuses militantes radicalisées contre lesquelles la machine répressive mediatico-policière se met en marche…

Les veuves électriques - BD, informations, cotesSacrée surprise que cet album à cheval entre l’humour potache et la charge politique au vitriol tout droit sorti des Vieux Fourneaux. Encore qu’il serait injuste (malgré tout son talent!) de donner à Wilfried Lupano la paternité d’un genre que le magazine Fluide Glacial a érigé en art. Car dans ces Veuves électriques tout respire le Fluide glacial, du sujet au type d’humour appuyé en passant par les dessins… et les auteurs, tous deux habitués à la maison de Gotlieb et Maëster. On se demande juste ce qui a pu se passer pour que cette série atterrisse chez Delcourt. Passons…

les auteurs ne vont pas par quatre chemin puisque dès les toutes premières pages l’accident survient. Tragique certes mais sans oublier d’être drôle dans toutes les situations, l’album enlève toute tension et se donne des airs de Duhamel à cette charge énervée contre un pouvoir politique (et policier!). Les auteurs ne cachent rien puisque si aucun nom de ministre actuel n’est cité on reconnaît bien Macron jouant à cache-cache (ou plutôt touche-touche) avec son garde du corps (toute ressemblance…). Tous plus débiles les uns que les autres, les personnages vont foncer dans un engrenage où surnage juste un peu de compassion pour ces pauvres filles bien nunuches. Les journalistes proclament l’attentat après que le maire se soit malencontreusement pris une pancarte sur la tête, l’expert écolo est déclaré terroriste-misogyne après que ses propos aient été détournés, les ministres se déplacent en avion (fonctionnant au charbon à en croire le panache de fumée qui s’en dégage) et le jeune « Tanguy » va de lâcheté en lâcheté. Notre trio de pieds-nickelés bien que victimes de cet emballement multiplie les absurdités, et on rit franchement à cette succession de scènes que d’autres auraient monté en drame social.

Ce qui plait dans ce deuil atomique c’est la franchise des auteurs qui ne cherchent pas à cacher leur gauchisme derrière leur petit doigt, ce qui fonctionne bien mieux qu’un format thriller pas toujours équilibré. Car derrière la satire c’est bien le gouvernement Macron qui est dénoncé, cette irresponsabilité criminelle qui envoie les policiers bardés de flashball éborgner les militants de tous ordres comme les télé d’info et leur storytelling tout à fait orienté. C’est l’incurie d’une politique nucléaire qui à force de réductions de coûts mets tout le parc de réacteurs en danger (et nous avec!), c’est la faiblesse démocratique de la France d’en bas, soumise à son emploi et que seule une injustice crasse pousse à la révolte. Au vu de la quantité de sujets abordés j’ai même hésité à placer cet album en rubrique documentaire. La farce m’en a dissuadé mais ce premier tome montre que l’humour est souvent capable de dénoncer avec une très grande efficacité.

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***·Documentaire·Manga

Colère nucléaire

Le Docu du Week-End

Manga de Takashi Imashiro
Akata (2015-2016) – Comic beam (2012), 118p., série achevée en 3 volumes.

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La série très courte (trois volumes) propose en couverture une déclinaison très originale autour du pictogramme nucléaire qui va se corroder progressivement. J’aime beaucoup les idées de déclinaisons de couvertures, genre difficile et rarement réussi. Chacun des trois volumes de cette série comprend une postface, un lexique touffu témoignant du sérieux de l’auteur et un entretien très intéressant (avec un politicien de gauche, un diplomate et un professeur d’économie) qui permet de saisir dans le jus les débats et problématiques de la société japonaise. On ne peut rien demander de plus sur une BD documentaire, il y a tous les éléments pour prolonger le sujet. Les éditions Akata proposent en outre sur le premier volume un texte explicatif d’un spécialiste français.

Après la catastrophe de Fukushima, la société japonaise est tétanisée. Manipulée par un opérateur privé pris à la gorge par les enjeux et les coûts de la catastrophe, par des politiciens refusant de revoir la politique nucléaire du pays et un milieu économique, soutenu par les Etats-Unis, qui cherche à pousser l’avantage de l’agenda néo-libéral, la population voit poindre une contestation via des manifestations régulières. L’auteur, comme ses compatriotes, manifeste sa colère et son impuissance au travers du personnage de ce manga, observateur des mois qui suivent le plus grave accident nucléaire de l’Histoire… 

Résultat de recherche d'images pour "colère nucléaire manga"Colère nucléaire est peut-être le plus austère documentaire que j’ai lu depuis l’ouverture de cette rubrique. Le format est à la limite de la BD puisqu’il consiste en des réflexions permanentes, personnelles du personnage sur ses craintes et colères suite au changement majeur engendré par la catastrophe dans la société et les mentalités japonaises. Et c’est cela le premier élément passionnant de la série, qui nous fait découvrir ce peuple unique au monde de par son histoire (le féodalisme forcené auquel a succédé la  fermeture totale au monde extérieur du shogunat Tokugawa), structuré psychologiquement autour de l’obéissance au chef et de la droiture qui découvre les mensonges d’Etat et l’alignement des décisions des gouvernements sur les attendus économiques et diplomatiques des Etats-Unis. Ce que nous présente le personnage est un Japon sous protectorat américain, dirigé par une caste politique corrompue qui ne se préoccupe pas de sa population. C’est orienté, sans doute simpliste, mais très proche des thèses d’Occupy Wall Street et de tous les mouvements contestataires occidentaux. Le traitement biaisé (et peu concerné) de nos médias de l’évènement et la profonde méconnaissance que nous avons de l’actualité et des évolutions de la société japonaise marquent un contraste profond avec l’immersion psycho-politique dans les pensées d’un japonais moyen (sans doute « de gauche » mais tout de même très représentatif de ses compatriotes).

Résultat de recherche d'images pour "colère nucléaire manga"Les trois volumes de distinguent simplement par l’évolution de l’actualité, qui permet de faire évoluer les thématique sans que l’on ressente une volonté de construction de l’auteur. Colère nucléaire est un manga spontané qui sort des tripes. En cela le dessin assez old-school et peu intéressant (voir redondant) n’apporte pas grand chose hormis d’assister à quelques scènes illustratives de la vie des japonais à ce moment, entre restaurants à sushi, transport en commun, manifestation et consultation de l’actualité sur internet. Il n’y a pas de filtre d’analyse, simplement les pratiques du personnages, qui ne consulte par exemple que le net sur son téléphone, débouchant sur une dénonciation du contrôle de la pensée par de grands médias inféodés au pouvoir. La complexité vient de la grande précision (documentaire donc..) politique du personnage, très au fait des membres du gouvernement et de l’histoire du pays. Chaque tome renvoie à une aide de lecture très touffue détaillant qui est tel personnage, organisme, ou tel évènement. On est proche d’un ouvrage scientifique avec ses nombreuses notes de bas de page, qui ne vous en appendront pas beaucoup plus à moins que vous ayez déjà étudié l’histoire récente du Japon.

Voir des manifestations quotidiennes très fournies demander de la transparence et l’abandon du nucléaire aux gouvernements qui se succèdent est saisissant tant nous avons en tête l’image de japonais obéissants jusqu’à la soumission. L’auteur nous parle dès le second tome du rôle du projet de traité de libre échange trans-pacifique que le président Obama souhaite imposer au Japon. Il voit cela comme une vente de l’identité japonaise, de sa culture moderne-traditionnelle, à l’Oncle Sam. Il nous parle aussi de corruption, des mensonges des opérateurs du nucléaire et des dirigeants, de l’opacité des discutions concernant une catastrophe d’ampleur internationale et historique. Cela nous en avons entendu parler de ce côté du globe mais voir un citoyen lambda aussi terrifié sur l’avenir de son pays (devra t’on évacuer l’archipel?…) est passionnant par son côté immersif et vrai.

Résultat de recherche d'images pour "eau radioactive fukushima pacifique"Si les premières pages sont un peu plus didactiques sur les premiers jours suivant la catastrophe, ce manga ne doit pas être lu pour comprendre ce qu’il s’est passé et comment le Japon a géré l’évènement mais bien par le côté photographie instantanée des colères et des craintes d’une Nation remise en question dans tout son être par une crise unique. Cela nous ouvre les yeux avec quelques miroirs sur ce que l’on a appris d’aussi loin sur un accident qui impacte tout le monde mais que l’on oublierait presque tant la distance est grande. En sonnant comme un rappel, en ces heures de crise environnementale, que le capitalisme débridé ne s’accomode pas de questions de santé et de sécurité et que comme lors de Tchernobyl, on en viendrait trop vite à croire que nous sommes protégés, par la distance, par tel relief, tel océan.. où les gouvernements japonais ont sans hésitation choisi de déverser l’eau hautement radioactive produite par la centrale de Fukushima. L’installation très récente de l’Arche sur la centrale nous rappelle qu’il n’en est rien et que le problème est encore loin d’être réglé.

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Actualité·BD·Edition

Actu: grève des auteurs BD à Angoulême

Actu

Le quarante-septième festival international de la BD d’Angoulême s’est clôturé hier et l’on peut dire que cette année a été historique par l’irruption du mouvement de contestation des auteurs dans ce grand événement médiatisé. Ceux qui suivent l’actualité littéraire savent que depuis plusieurs années la profession s’organise pour faire remonter des revendications argumentées auprès des décideurs et assumer un bras de fer avec des éditeurs dont le secteur économique se concentre chaque année plus avant. Ainsi, outre les tribunes (notamment celle, remarquée, du directeur artistique du festival), un « débrayage » a eu lieu samedi avec une manifestation très remarquée. Sur les Résultat de recherche d'images pour "manifestations auteurs angoulême""réseaux sociaux certains festivaliers s’agacent de ce mode d’action… je ne ne peux pour ma part que constater la conjonction d’une grogne nationale de plus en plus visible et radicale et de mouvements (comme celui des auteurs, mais c’est loin d’être la seule profession dans ce cas) voyant leur situation devenir de plus en plus précaire. Il est très compliqué de savoir la réalité, tant les situations sont diverses, la pudeur (ou le mensonge) des uns et des autres (auteurs, éditeurs) n’aidant pas à savoir qui touche quoi. Le grand public ne peux que regarder les phénoménaux chiffres de vente des grandes séries en imaginant difficilement que même sur une logique de « ruissellement » les auteurs n’en bénéficient pas. Le problème c’est que la profusion de sorties entraîne, ce n’est pas nouveau), une baisse des tirages, des ventes par album et mécaniquement une concentration des achats sur les grosses séries. Dans un modèle libéral (littéralement « non réglementé »), comme dans tous les autres secteurs, un oligopole économique débouche sur l’enrichissement de ceux qui vendent déjà bien et un appauvrissement d’une majorité. Se pose alors la question du rôle des éditeurs.Renaud Scheidt

La tribune du directeur du festival pointe des éléments intéressants que je rejoins (à mon très modeste niveau) en notant seulement un angle mort, celui de la lecture numérique. Adepte de ce type de lecture via la plateforme Iznéo (vrai modèle économique vertueux s’apparentant à l’idée d’une licence globale) pour des raisons très pratiques, je constate que ce mode de lecture plait et marche sans doute bien mieux que celui de la lecture de romans dont les éditeurs n’ont jamais voulu et qui reste à des tarifs incompréhensibles au regard du papier. J’imagine que les éditeurs objecteront que les chiffres de consommation du numérique sont sans commune mesure avec ceux du papier, mais entre l’amélioration des coûts d’impression (très attentif à la fabrication des ouvrages je remarque que nombre d’éditeurs, pas toujours gros, tirent en Europe si ce n’est en France), les ventes numériques et les chiffres globaux, la question de leur stratégie se pose. Depuis plus de dix ans l’édition française est tirée par la BD. Avec cet afflux d’argent, un éditeur doit-il fournir au lecteur ce qu’il demande ou lui proposer des nouveautés? Jamais autant de séries commerciales n’ont vu le jour (entre les séries soleil, les labels Luc Ferry ouvrant les portes de l’Education Nationale et les séries thématiques), ce qui signifie qu’elles vendent bien. Sans juger de la qualité artistique, on peut bien parler de commercial. Si le réseau d’éditeurs doit permettre l’expérimentation et l’émergence de jeunes (souvent chez de petits éditeurs avant de monter), je pense que l’éditeur a un rôle à jouer sur l’orientation des financements, vers un plus petit nombre d’albums sortis afin de consolider la rémunération des artistes. Ce qui posera la question à la corporation de la difficulté pour un jeune à commencer une carrière. Il semble compliqué (hormis à subventionner massivement, ce qui est plus ou moins demandé par certains acteurs) d’avoir et l’un et l’autre. Boris Golzio

Au-delà de la question, technique, des retraites d’une profession indépendante fragile (sujet qui rejoint la question générale de la réforme du gouvernement), le mode de rémunération est le sujet discuté par la profession et sur lequel on n’a que peu entendu les grande éditeurs, hormis à pousser des cris d’orfraie en disant qu’ils ne veulent pas financer seuls… comme tout patron qui se respecte. La question de la rémunération de la présence des auteurs en salons est réelle: si l’on considère que c’est l’auteur qui fait venir le public et non l’éditeur, les ventes réalisées sur le salon se font sur une personne présente bénévolement. Cela semble aberrant et assez simple à régler. Pour peu qu’un rapport de force soit installé. D’où la grève des auteurs. La boucle est bouclée… On imagine mal ce gouvernement imposer au patronat (pas plus à celui de la BD que de l’industrie) un tel financement. L’idée d’un paiement des dédicaces sur le modèle américain reviendrait à taper un lectorat qui peut effectivement assumer cela mais au risque de voir baisser sa capacité d’achat. Ce serait une fausse solution qui aurait pour seul mérite de sortir les éditeurs de l’équation… ce qui peut paraître pour le moins décalé. L’Etat a comme toujours un rôle à jouer, sur la fiscalité des rémunérations annexes par exemple. Mais la balle me semble bien dans le camp des éditeurs qui doivent lâcher du leste pour retrouver un équilibre économique et artistique.Witko

Dans cette histoire le lecteur de BD a un rôle, celui d’être vigilant et d’accompagner tout ce qui déconcentre l’édition, notamment les financements participatifs et s’interroger sur l’assistance à la prolongation de séries qui ne durent que par l’apport d’argent qu’elles engendrent en provoquant des aberrations de plus en plus fréquentes d’albums qui n’auraient jamais du voir le jour. L’article pointe également la baisse des ventes de frano-belge et la hausse des deux autres secteurs, ce qui ne m’étonne en rien. Dans mon activité de blogueur j’ai très souvent lu des avis de lecteurs trouvant tel album (les Indes Fourbes pour ne pas le nommer) ou la BD franco-belge en général trop chère. J’ai toujours trouvé cela surprenant de la part de lecteurs qui achètent des séries souvent longues à 7-9€ l’album. Je comprend l’argument prix/page mais si chacun peut préférer la BD japonaise, américaine ou franco-belge, je trouve l’argument financier un peu léger (n’hésitez pas à m’interpeller en commentaires si vous vous sentez concerné, ça m’intéresse!). Ainsi le consommateur de BD (je sais c’est un gros mot mais c’est une réalité que je m’applique…) doit être conscient de son rôle comme acteur économique. Leurs achats permettent surtout à de petits éditeurs d’apparaître avec un budget léger reposant sur le seul achat de licences étrangères. Editeurs qui sont la plupart du temps rachetés assez vite par un gros… Voici donc une conclusion inattendue à ce billet d’actu: j’invite tous les lecteurs de comics et de manga à s’intéresser à la BD franco-belge dans laquelle ils trouveront des choses fabuleuses et souvent très proches de ce qu’ils connaissent.

Voir le site sur l’année de la Bande décimée.

Pour finir sur une note plus artistique, je vous colle ci-dessous le palmarès de l’édition 2020 du festival:

Découvrez le palmarès 2020 !

**·BD·Numérique

Les espèces menacées contre-attaquent

Webcomics

Hop, déjà le retour du webcomic sur l’Etagère imaginaire avec cette semaine du dessin de presse découvert via Mediapart avec Les espèces menacées contre-attaquent, par Ulysse Gry, diplômé de journalisme et dessinateur de presse au CV déjà impressionnant à seulement 31 ans comme le montre son blog présentant des travaux divers et aux graphiquement intéressants et variés. Le bonhomme a bossé avec Canal+, France24, Mediapart, le Musée de l’homme.

Clipboard04.jpgLa série publiée sur Médiapart (en accès abonné donc) mais aussi en libre accès sur son compte instagram, propose quinze épisodes de quatre cases en monochrome bleu qui utilisent de légères animation. Ulysse Gry semble s’intéresser justement aux possibilités de l’outil numérique pour dépasser le seul dessin par des formats originaux, comme ces commandes de dessins en 360° dits « VR » qui rappellent un peu l’idée de la formidable « BDfilée » Phallaina que j’avais chroniqué aux tout débuts du blog. C’est plus gadget que réellement révolutionnaire mais cela permet des expérimentations de lecture que je trouve intéressantes.

Sur la série qui nous intéresse on reste dans le très classique dessin de presse avec pour pitch les espèces animales menacées qui préparent un plan pour se sauver des méfaits de l’homme et la planète avec eux. Mais bien entendu toutes les espèces ne regardent pas dans la même direction et chaque épisode prévoit une idée simple sur le thème humoristique. Tout n’est pas forcément réussi mais certaines séries sont réellement drôles comme celle des chats (vous m’en direz des nouvelles en commentaire). Le grand sujet est donc bien l’impacte de l’homme sur son environnement, Trump fait évidemment un passage et l’auteur aborde tout de même quelques sujets importants dans la question environnementale.

J’ai trouvé cette série plutôt sympa, sans révolutionner le genre Ulysse Gry arrive à nous tirer sourires et condamnations et propose des cartons efficaces. Je vous laisse consulter et revenir en discuter ici.

https://www.instagram.com/Ulystrations/

 

BD·Edition

Les financements participatifs en BD

ActuA l’heure où les réseaux sociaux et internet en général bruissent autour des problématiques de droit d’auteur, de surproduction du livre alors même que la BD est (depuis des années maintenant) un secteur moteur  de l’Edition, les projets de financement participatif se multiplient, à mon grand plaisir. Ce système est à mon sens une des incarnations du renouveau démocratique du système capitaliste dans lequel nous nous mouvons et une des avancées majeures permises par internet. Pour ceux qui ne connaissent pas ce que les anglo-saxons appellent « crowdfunding », il s’agit ni plus ni moins de couper court à tout intermédiaire (ou presque) en lançant (pour un auteur, pour un petit éditeur, pour un projet spécifique) un appel à financement directement auprès des clients. C’est la base du système boursier en quelque sorte mais revenu à une taille maîtrisable et limitée par des participations indiquées en différentes catégories.

Les plateformes de financement participatif sont nombreuses: le porteur du projet pose un délai pour atteindre un objectif financier, avec des paliers de participation liés à des récompenses. C’est là où c’est le plus intéressant car cela permet d’aller généralement pour un album BD de la cotisation minimum avec le pdf de l’album à la plus classique 1 album + son nom dedans etc, jusqu’aux paliers collector incluant des bisous de l’auteur, un carambar dédicacé et que sais-je autres joyeusetés. Surtout le projet prévoit généralement une montée en gamme pour le produit proposé, avec une qualité de papier, vernis sélectif, fourreau etc selon que l’on atteint 150%, 200%, … Ceci permet d’impliquer tout le monde sans distinguer les gros contributeurs des petits puisqu’au final tout le monde aura un produit plus ou moins qualitatif selon le nombre de participants.

Capture.PNGPar exemple le projet d’art-book de Pierre-Mony Chan, très talentueux dessinateur de la série Cross-Fire dons les expériences avec ses éditeurs ont été difficiles et qui a atteint 1106% lors de sa clôture. Visiblement l’auteur avait anticipé le succès et les incertitudes portaient surtout sur la qualité finale du package. S’il permet de financer en totalité de beaux projets, le financement participatif implique aussi pour le porteur de réaliser toute la fabrication des fichiers et la recherche d’imprimeur… ce qui semble du reste être le lot de la plupart des auteurs de BD et qui peut les pousser à se passer d’un éditeur.

Mon chouchou Ronan Toulhoat, pourtant bon vendeur de séries grand public, passé sans difficultés d’Akileos, petit éditeur qui l’a lancé et a vu sa notoriété monter grâce à Block 109 ou le Roy des Ribauds chez Dargaud, a lancé un projet perso d’artbook sur le thème du western, auquel j’ai participé. Il n’a franchi que le second palier sur quatre, ce qui exclue l’impression améliorée. Tant pis… La page du projet permet en outre un véritable échange et work in progress  avec un artiste et nous donne à voir les étapes d’un travail qui habituellement est dans l’ombre jusqu’à l’arrivée en librairie.Capture du 2019-07-24 18-25-09.pngL’éditeur Sandawe a fonctionné pendant dix ans sur ce principe, proposant des projets d’auteurs que les « édinautes » finançaient, ce qui permettait de déterminer quel projet allait aboutir ou non. Plus que du financement participatif il s’agissait d’une formule mixte de co-édition avec les acheteurs finaux. D’excellentes séries comme Dessous ou Sara Lone ont ainsi vu le jour et permis à des auteurs de naître sur le marché très concurrentiel de la BD. L’éditeur a malheureusement cessé son activité au printemps dernier sans que cela ne remette pourtant en question la viabilité de ce modèle.

Plus récemment l’éditeur Kamiti (qui est mon partenaire sur le blog et dont les projets sont remarquablement variés et matures) a lancé un financement sur la plateforme Ulule afin de minimiser ses risques sur le tome 2 de l’ambitieuse série SF Red Sun dont le premier volume m’avait fait très bonne impression. Dessinée par la « débutante » et pourtant très impressionnante Alessandra de Bernardis  et scénarisée par Stephane Louis (auteur de nombreuses BD SF et d’aventure chez Soleil-Delcourt notamment) la série a son prochain tome (à paraître en 2020) garanti avec déjà 150% atteints mais je vous invite à y participer pour découvrir cette BD soutenir l’initiative d’un petit éditeur qui peine à voir ses albums placés sur les présentoirs des librairies face au renouvellement incessant des gros catalogues d’éditeurs…

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J’ai constaté que auteurs comme éditeurs semblent particulièrement attirés par cette formule pour les art-book, ce qui semble logique étant donné le marché de niche que cela représente et le caractère relation-fans que le processus enclenche autour d’un objet justement destiné aux personnes particulièrement amatrices d’un dessinateur.

A noter que le blogueur Yradon soutient une grande quantité de projets et en parle régulièrement sur son blog dans une rubrique dédiée. Je suis impressionné par son activisme et trouve formidable que la blogosphère puisse ainsi aider le travail artisanal à petite échelle par des passionnés et pour des passionnés! Maintenant vous savez ce qu’il vous reste à faire…

Actualité·Bilan·Edition·Littérature·Numérique

Amazon et les librairies

ActuUne fois n’est pas coutume je vous propose un billet de fonds sur le problème de la librairie et globalement du marché de la création graphique, avec chaque fois depuis pas mal d’années maintenant un acteur majeur (… titanesque) au cœur d’à peu près tous les débats au point d’empêcher de réfléchir: Amazon.

Comme bibliothécaire je connais bien le sujet des acteurs du numérique et de la diffusion du contenu sur internet. Depuis que je bosses  le grand méchant loup Google est montré du doigt par-ce que vous allez voir quand il sera tout seul il passera tout payant et ce sera l’horreur et on sera tous clients et les créateurs n’auront plus un rond etc. En attendant, sans être naïf sur la nature de l’ogre en question, je constate que hormis sur la question environnementale (et fiscale) avec ses fermes de serveurs qui font fondre la glace du pôle, Google a basé depuis le début son modèle économique sur la semi-gratuité et surtout l’omniprésence quel qu’en soit le coût pour lui. Il veut être indispensable et l’est devenu. En attendant il numérise à tour de bras, crée des bibliothèques numériques, des musées, des planisphères à la puissance dingue et tout ça gratuitement pour le commun des mortels (ou pour les Etats). Je ne parlerais pas des revenus qu’il génère sur les données personnelles, c’est un autre débat.Résultat de recherche d'images pour "usine amazon"

Amazon en revanche est ce qu’on peut appeler un vampire. Même objectif (être omniprésent), sauf qu’en matière de nuisance, en France on a des librairies, on est très attachés au livre papier et Amazon tue les librairies. Blam, c’est envoyé… mais plus précisément? On a régulièrement des appels de libraires ou de membres du gouvernement qui crient au loup contre le grand méchant Amazon. Alors oui c’est vrai Amazon bouffe les parts de marché des petits libraires. La librairie est un secteur difficile avec de très petites marges qui créent une vulnérabilité très grande aux aléas économiques. Mais la librairie est aussi une entreprise avec les impératifs de gestion et son insertion dans la loi de l’offre et de la demande. Historiquement très soutenu par les pouvoirs publics, ce secteur a un statut à part qui pose question: est-il public ou privé?

Premier élément: la loi. La France a une relation particulière au livre depuis la loi fondatrice de Jack Lang sur le prix unique qui interdit toute concurrence tarifaire et oblige Amazon ou Carrefour à vendre au même prix que La Librairie de la fontaine de votre commune. Sauf que la loi ça doit évoluer car la société évolue et se créent des fissures dans lesquelles s’engouffrent allègrement les vampires. Exemples: lorsque Amazon vend un petit classique comme Phèdre à 2.50€ avec frais de port gratuit, qui peut croire qu’il ne s’agit pas de vente à perte? Amazon n’est pas en cause, c’est un vampire et la nature du vampire est de se nourrir. En revanche comment se fait-il qu’aucune administration ne retape le vendeur pour non respect de la loi? Or on touche là le cœur du problème puisque le jour où les frais de port seront payants sur Amazon, personne n’aura plus d’intérêt à acheter sur Amazon que chez le libraire du coin… pour peu que ce dernier fasses le job.

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Ensuite la plateforme. Cela fait plusieurs années que des initiatives appuyées par le ministère sont lancées pour mutualiser les catalogues des petites librairies. Entre Chez mon libraire, feu 1001 libraires et le nouveau www.lalibrairie.com, l’idée est la même: mutualiser en permettant de récupérer gratuitement l’ouvrage chez son libraire de proximité. Malheureusement certains « détails » font tiquer, comme les délais réels de livraison, la limite du catalogue, absence d’appli, l’absence de remise ou carte de réduction (les fameux 5%). Considérant souvent que les consommateurs amoureux du livre doivent avoir une consommation solidaire et faire l’effort, ils oublient qu’il s’agit d’un secteur concurrentiel et qu’ils doivent apporter une plus-value… pourtant évidente par rapport à des plateformes numériques comme FNAC.com ou Amazon. La logistique ne devrait pas être un problème. Aujourd’hui un libraire doit être en mesure de fournir un ouvrage sous 7 jours maximum, fidéliser son client avec des remises et être capable de conseiller. Combien de fois me suis-je vu retourner un simple » je ne l’ai pas » en demandant une BD de plus de 2 ans…Résultat de recherche d'images pour "libraire sympa"

Enfin, vous, chers lecteurs! On parle souvent du pouvoir du consommateur pour faire changer les choses. J’y crois fermement et si on ne peut faire porter au seul acheteur la responsabilité de faire grossir Amazon, il a celle de s’interroger cinq secondes sur la nécessité de cliquer sur une commande Amazon. Personnellement j’utilise la plateforme comme panier permanent où je peux ajouter très rapidement des ouvrages que j’irais commander chez mon libraire réel. Les gros lecteurs ont souvent une PAL copieuse qui ne justifie pas un besoin de recevoir un ouvrage dans sa boite sous 24h. J’habite à la campagne mais peux aller régulièrement sur Lyon chercher ma liste de BD et je crois que c’est le cas de la majorité des lecteurs. On ne peut demander aux lecteur d’être tous des militants de la cause des librairies, mais une consommation raisonnable ne vous coûtera rien et participera à contrôler le vampire qui se joue allègrement du droit du travail et de l’impôt. Et puis si certaines librairies sont un peu feignantes, la majorité sont tenues par des passionnés qui se feront un plaisir de vous faire découvrir plein de trucs, par exemple de passer du Manga à la BD ou de Satrapi à Jim Lee…

Voilà, j’espère que je vous aurais convaincu à réfléchir sur votre « consommaction » et que vous retrouverez le plaisir d’aller papoter avec un libraire et y dénicher des achats imprévus! Par exemple ce que je vais vous faire découvrir dès samedi avec un nouveau Sushi & Baggles

BD·Comics·Manga

Angoulême 2019, la sélection!

La sélection officielle du prochain festival d’Angoulême est tombée, présentant un beau panachage (comme jamais?) entre ouvrages d’auteur, grand public, manga et comics. Et comme L’étagère imaginaire a du goût (!) vous pouvez retrouver ci-dessous mes critiques de quelques albums de la sélection (cliquer sur l’image):

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***·BD·Guide de lecture·La trouvaille du vendredi

La trouvaille du vendredi #3

La trouvaille+joaquim

La Trouvaille c’est un trésor que vous avez gardé dans votre mémoire, une pépite de votre bibliothèque et qui mérite d’être offerte à l’appétit de vos lecteurs. Une pause de fin de semaine hors du brouhaha des publications récentes…


Léna, le long voyage et les trois femmes…

BD de Pierre Christin et André Juillard
Dargaud (2006-2009), 54 p/album, 2 tomes parus.

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couv_57770Albums parus dans la collection « Long courrier« . Les couvertures aux couleurs chaudes, si elles mettent bien en avant le personnage principal et le trait de Juillard, restent assez classiques, assez ancienne école et pas forcément très attirantes. Vraie-fausse série commencée en 2006 par un one-shot « Le long voyage de Léna » suivi de façon inattendue trois ans plus tard par « Léna et les trois femmes« , Léna est plus un concept qu’une intrigue suivie et pourrait donner lieu à des suites.

Dans le premier tome Léna est une mystérieuse jeune femme parcourant l’Europe centrale pour une mission que l’on comprend être liée à de l’espionnage. A mesure qu’elle emprunte divers moyens de transports, découvre des pays silencieux, peu peuplés, l’on apprend ses motivations et ce qu’elle sait de sa mission. Il s’agit surtout d’un voyage initiatique destiné à faire un deuil introspectif.

lena1-planc_57770Plus tard on la retrouve en Australie où elle a tenté de refaire sa vie sans pourtant pouvoir s’extraire de sa mélancolie. Là elle est contactée par son recruteur du Quai d’Orsay qui lui demande d’accomplir une nouvelle mission pour contrer le terrorisme djihadiste.

Lorsque l’auteur des Phalanges de l’ordre noir et celui du Cahier bleu se retrouvent, cela donne une étonnante mixture d’espionnage contemplatif… Il est toujours singulier de voir deux auteurs chevronnés s’associer et parvenir à conserver ainsi leurs sensibilités et spécificités. Pierre Christin est un amateur d’espionnage, d’analyse fine de l’actualité, plus Le Carré que Jason Bourne. Dans ce diptyque il parvient à proposer à son acolyte une trame sérieuse, juillard-le-long-voyage-de-lc3a9na-planche-37-from-albumdocumentée, documentaire (des crédits photos des lieux « visités » sont indiqués en fin d’ouvrage) qui pourrait se rapprocher du traitement en voix off et pédagogue d’un Emmanuel Lepage. Si l’ensemble du récit est fortement teinté des pensées de Léna (peu de bulles donc), le deuxième volume est plus axé sur le principe d’infiltration d’une cellule djihadiste proche du traitement adopté sur la série récente Le Bureau des légendes. Chez Juillard la « Ligne claire » n’est pas que graphique, on est parfois proche du nouveau roman dans l’atmosphère décrite. L’illustrateur s’il est très précis sur ses décors, s’intéresse surtout aux personnages, à leurs regards, sous les commentaires mentaux de la narratrice. Beaucoup de choses passent dans les silences et les paysages observés.

Le Long voyage nous intéresse par les décors fascinants d’une Europe centrale disparue, sorte de voyage initiatique dans le temps dans lequel surgit subrepticement une action, un dialogue, avant le retour sur la route. La finalité du voyage ne nous est donnée que très tard, en sorte de prologue à un second volume plus scénarisé. Là Christin reprends la main en dressant un tableau actuel des pauvres hères, des paysans incultes manipulés par des Cheikh autoproclamés comme cet homme « vivant tantôt dans des hôtels de luxe londoniens tantôt dans une grotte afghanes« . Tout au long du récit (très féministe) ce sont de jeunes femmes qui sont utilisées par des hommes cultivés, possessifs qui utilisent la religion pour leurs fins politiques ou personnelles. juillard3Peu de caricature dans ce volume pourtant, aucun vieux libidineux fréquentant les prostituées comme Van Hamme a pu nous décrire son imam dans le cycle Chassé-croisé/20 secondes. Le scénariste veut coller au réel et y parvient. Si les planches des Trois femmes sont moins attrayantes que sur le Voyage c’est à cause de ces scènes d’intérieur parisien, intéressantes mais moins graphiques. L’ensemble des deux volumes, différents et complémentaires, forme un fascinant voyage, intellectuel, dans les rouages du monde de l’espionnage, fait de psychologie et survolé par ce fantôme qu’est Léna, sorte d’observateur démiurge de ses contemporains. Une sorte de pause dans le brouhaha de la BD blockbuster, emportée par le trait toujours aussi élégant d’André Juillard.

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