BD·C'est lundi...·Manga

C’est lundi, que lisez-vous? #101

septembre 2019

Ce rendez-vous a été initié par Galléane et son principe est de répondre aux trois questions:

1. Qu’ai-je lu la semaine passée ?
2. Que suis-je en train de lire en ce moment?
3. Que vais-je lire ensuite ?
 
Cliquez sur les vignettes pour aller sur la critique quand il y en a une.
 

1. Qu’ai-je lu la semaine passée ?

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2. Que suis-je en train de lire en ce moment?

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3. Que vais-je lire ensuite ?

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Salut à tous! J’espère que la reprise s’est bien passée et que vous avez trouvé le temps pour continuer à lire (beaucoup!). Moi les offres Covid m’ont fait découvrir beaucoup de séries qu’il me faudra trouver le temps de continuer. En attendant je reprends la BD avec une semaine qui a commencé post-apo pour finir polar… Assez grosse déception pour la Zone de Stalner, auteur que j’aime pourtant bien. En revanche Injustice continue avec très grand plaisir. Strange Fruit est un très bon one-shot très politique (qui m’a donné envie de relire Uncle Sam); la nouvelle saison de No Body commence très bien, et un petit Mosquito qui permet de découvrir un jeune auteur très talentueux et ambitieux. Globalement très satisfait donc.

Je vais ensuite continuer les polars de la collection Cabane/Manchette et me relire le génial Uncle Sam d’Alex Ross pour une chronique rétro et en attendant ma première commande librairie (qui tarde…) les retours des service presse du mois de juin.


Rappel des billets de la semaine dernière:

  • Lundi:

Tentative d’une série manga post-apo qui me tentait pas mal, en lecture gratuite Covid.

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  • Mardi:

Nouvelle publi Kinaye sur cette variation de la Guerre des Mondes. Parution finalement décalée à 2021.

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  • Mercredi:

Les surprenantes péripéties d’un trio amoureux dans la décidément très réussie collection de Drakoo!

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  • Jeudi:

Dahaka nous parle de l’ambitieuse série Black Hammer, du toujours bon Jeff Lemire…

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  • Vendredi:

Encore une série SF de Sylvain Runberg, dans le bagne martien…

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  • Samedi:

Ce One-shot emmène le Détective au pays du Petit Peuple pour une enquête mythologique et magnifique!

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  • Dimanche:

Fournée excellente de manga et comics

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Et vous? qu’avez-vous découvert? Vos coups de cœur et trouvailles, ça m’intéresse! Bonne semaine à tous.

 

 

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Sushi & Baggles #33

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Excellente fournée Manga et Comics qui montre qu’il ne faut jamais désespérer de séries parfois mal embarquées et que les projets les plus improbables mènent parfois à de grandes choses…


  • Ex-Arm #11 (Hi-rock/Shin-Ya Komi/Delcourt) – 2020 série achevée en 14 volumes (Japon)

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badge numeriqueOn approche de la fin avec ce onzième tome où continue une action effrénée et un enchaînement de révélations. Je le répète, si cette série excellemment dessinée depuis le premier volume a un gros retard à l’allumage, dès le commencement de l’intrigue principale au tome 6 on se rapproche très fort du statut de digne successeur de Ghost in the ShellLa bataille finale a déjà commencé avec la disparition de la plupart des familles engagées dans le combat pour la possession de la dernière ex-arm. Confrontée à Alma, Minami se voit dans l’obligation d’assumer son rôle de flic, même si cela doit passer par l’élimination de son amie… Alors que l’arrivée de l’Ogre, ce cyborg à la puissance phénoménale est annoncée, la récupération d’Alma devient impérative pour éviter la destruction de tout le site. Seul Akira et sa puissance de Hacking peut pirater ce monstre via l’IA d’Alma. Alors que les Octopod déversent un déluge de feu qui menace de faire s’effondrer le stade, le propre frère de Minami s’apprête à révéler sa véritable puissance…

Quel plaisir de retrouver ce manga aux scènes d’action parfaites, d’une lisibilité, d’une élégance parfaites et aux thématiques enfin au niveau! Plus que trois tomes avant la conclusion… qui sera prolongée par une suite annoncée et un anime prévu pour cette année. Avec une durée très raisonnable il est vraiment temps de découvrir cette excellente série trop méconnue.

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  • Centaures #4 (Sumiyoshi/Glénat) – 2019, série finie en 4 volumes.

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Ce quatrième volume achève (déjà!!) une série qui se classe nettement dans le très haut panier des mangas publiés depuis pas mal d’années. Pour une première publication, ce double diptyque s’avère d’une maturité impressionnante tant par des dessins qui visent à rappeler l’estampe que par l’ambition du découpage et des thématiques utilisées. Pour rappel les deux premiers volumes narrent la résistance du colosse Matsukaze dans un monde qui persécute et mets en esclavage les centaures. L’auteur avait prévu d’achever son récit sur une note sombre au bout de deux volumes mais devant la qualité du récit un second cycle a été lancé qui s’achève avec cet opus. Après avoir découvert que la guerre était finie et qu’humains et centaures apprenaient désormais à vivre ensemble, le fils de Matsukaze dont le père a fait promettre de se battre jusqu’à la fin des persécutions, se retrouve démuni face à ce nouveau monde et la nécessité du pardon. Le dernier tome nous montre Gonta employé pour transporter des bois sur un chantier commun aux deux Centaures tome 4 - BDfugue.comespèces. Là il trouve un amour qu’il ne sait assumer… Elevé en guerrier, aux habitudes très éloignées de la civilisation humaine, de très nombreux questionnements se bousculent dans sa tête, l’empêchant d’envisager une vie paisible et amoureuse qui lui tend pourtant les bras. Le pardon pour les souffrances infligées par les humains, le renoncement au mode de vie ancien (faut-il porter le kimono, présenté comme civilisé par la nouvelle société ou continuer à se promener la croupe à l’air comme toujours?), l’oubli du père en abandonnant son combat, la liberté individuelle de Tanikaze contre la prédestination, sont autant de thématiques très riches abordées dans ce seul et dernier tome d’une série construite comme deux faces, un premier cycle très dur posant la résistance contre une espèce humaine impitoyable et un second beaucoup plus posé, renvoyant les personnages au passé. Imprévue et subtile, cette construction prends tout son sens dans une conclusion potentiellement ouverte et aussi réussie que l’ensemble de la série. Une série majeure assurément!

Et Glénat annonce déjà la parution du dernier manga (Ashidaka) de cet autrice très talentueuse!

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  • Injustice, les dieux sont parmi nous – Année 1, 2° partie (Taylor/Collectif/Urban) – 2015

badge numeriquecouv_236040Je m’étais pris une grosse claque inattendue en janvier avec ma lecture de la première partie de l’année 1 de cette série. Fort heureusement à partir de l’année 2 de vraies couvertures de comics avec des dessinateurs plus classiques apparaissent et c’est tant mieux… Doté de dessins un peu moins réussis que précédemment, le scénario monte encore d’un cran dans cette fuite annoncée vers le totalitarisme d’un Superman qui a brisé ses chaînes morales. Si la première partie se structurait autour de la constitution de deux camps, la rupture est désormais rompue avec l’équipe du Chevalier noir quand l’Homme d’Acier commet son premier meurtre sur un super-héro… et pas le dernier! Tom Taylor réalise ici ce que personnellement je n’ai vu que dans Watchmen, une déconstruction totale des personnages iconiques, en supprimant tout le vernis éditorial d’autocensure posé jusqu’ici par la horde d’auteurs qui se sont succédé sans jamais oser passer à l’acte. Dans Red Son Superman abordait le rôle de méchant mais avec le soutien de son gouvernement, la dystopie créant une simple bascule d’Ouest en Est. Beaucoup plus ambitieuse la série dirigée par Taylor dit toutes les facettes psychanalytiques sombres des héros, Superman comme Batman, Wonder Woman comme Green Arrow. Tout cet habillage bien pensant auquel on n’a jamais cru, ces bourres-pifs menant les méchants en prison, bref, toute la règle posée par le Comic Code Authority et jamais vraiment démentie jusqu’ici est mise par terre pour nous proposer l’un des premiers récits adultes de super-héros chez DC.

Les seuls bémols que je mettrais sont l’irruption totalement WTF (et franchement mauvais goût) de Lobo, quelques dessins assez médiocres et quelques passages qui semblent rattachés à d’autres volumes et qui paraissent ici un peu perdus dans la trame scénaristique. Pour le reste Injustice est au bout de cette première « année » la meilleure chose que j’ai lu chez le Big Two depuis bien longtemps!

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Wonder Woman: La chute de Tir na Nog

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Comic de Liam Sharp et ROmulo Fajardo (coul.)
Urban (2019), 132p., série en cours.

couv_376310L’album peut être lu comme un one-shot (l’histoire a une conclusion) mais va se prolonger avec une fin ouverte. Une introduction explique le projet graphique d’hommage à l’illustrateur Jim Fitzpatrick, connu pour avoir conçu la célébrissime image du Che, bichromie de la photo de Korda, mais également pour ses graphismes semi art déco inspirés de l’imagerie celte. L’ouvrage s’ouvre donc sur une préface de Fitzpatrick expliquant les inspirations de Sharp et le rôle de transmission de chaque auteur, produisant la matière aux futures générations de dessinateurs. Vient ensuite un court lexique des personnages du mythe apparaissant dans l’album et le volume se termine après six chapitres par deux simples planches de couvertures encrées. On a vu plus fourni chez Urban. La couverture est néanmoins absolument superbe et donne à elle seule envie d’ouvrir l’ouvrage…

Alors qu’elle jouit d’un repos mérité Diana de Thémyscira (Wonder Woman) est approchée par une créature mythique, le dieu Cernunnos Cernach, gardien de l’équilibre de Tir Na Nog, le royaume caché où vivent les clans du Petit Peuple depuis des siècles. Pourtant le conflit gronde sur place et lorsque Wonder Woman arrive sur place c’est pour constater que le pire a commencé: le roi des Fomoires a été tué, provoquant un vent de guerre inéluctable. L’amazone fait alors appel au plus grand détective de la Terre…

https://cdn-s-www.bienpublic.com/images/3BC89548-7AB7-407D-AE8E-A492EEEE9F72/NW_raw/urban-comics-2019-(-dc-comics-2018)-1571845556.jpgConcentrant mes lectures DC presque exclusivement sur les aventures du Chevalier noir, ce (presque) one-shot m’a vivement fait de l’œil avec son graphisme très particulier et cette enquête au pays des dieux celtes. Car ne soyez pas trompé par le rangement de l’ouvrage dans la collection Wonder Woman: il s’agit bien d’une enquête de Batman dans laquelle est conviée l’Amazone, personnage important mais clairement secondaire ici. Le seul fait que l’univers abordé soit féerique justifie ce rangement.

Ouvrage du seul Liam Sharp (plus proche des Frazetta, Bisley et des personnages de Vampirella et Judge Dredd que des super-héros en collant du Big Two), La chute de Tir Na Nog est une vraie bonne nouvelle dans le monde du comic mainstream. Organisé comme une enquête des plus classique, la narration se trouve complexifiée à la fois par le graphisme de Sharp jouant sur les cases et leur habillage de fioritures celtique qui font bien plus que décorer l’album et sur une navigation entre les deux mondes. Le cœur de l’intrigue étant de plonger le cartésianisme absolu de Batman dans un univers fait de magie, le dessin se devait de nous immerger dans cet impossible. Car pour une fois ce n’est pas la seule irruption de monstres dentus qui fait le fantastique mais bien Batman qui est une anomalie. Avançant tel Sherlock Holmes en dénichant indice après indice Preview of The Brave and the Bold: Batman and Wonder Woman #4jusqu’à révéler une impensable machination, Batman doit faire le lien avec des évènements inexpliqués survenus dans le quartier irlandais de Gotham… Pour une fois aucune implication du bestiaire du Batverse (eh oui, il est chez Wonder woman en guest star!) ne viens troubler son enquête.

Le propos de Sharp est bien de nous entraîner en visite touristique dans cet univers mythologique si particulier et complexe dont on nous relatera en détail les batailles épiques passées. Parfois complexe à prendre en main du fait des nombreux termes, noms et généalogies, cet album reste assez fascinant par l’immersion exotique qu’il procure. Deux lectures ne seront pas de trop au profane pour digérer cette richesse habillée par des superbes planches d’une grande homogénéité et bien peu de déchets. La Chute de Tir Na Nog est une bien belle balade en compagnie de l’élégante amazone et de la Chauve-souris. Accessible, une fois n’est pas coutume, aux nouveaux venus dans l’univers des héros DC et totalement détaché de toute autre arc de cet univers, je conseille cette découverte culturelle qui vous ravira par la chatoyance végétale de ses pages fort inspirées.

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La BD!
BD de Sylvain Runberg en Grun
Daniel Maghen (2017-),  54P./album, 2 tomes parus sur 3

Comme beaucoup de BD éditées par Daniel Maghen cette série m’a intrigué par des couvertures très esthétiques et une thématique SF qui titille systématiquement mon imagination. Chacun des albums, outre un format très confortable, est doté d’un cahier graphique luxueux (coutumier chez Daniel Maghen), dont le second prend la forme d’un journal que l’on retrouve dans l’intrigue et qui développe le background.

Ancien policier d’élite antigang, Jasmine se retrouve condamnée à l’exile martien suite à une bavure. Là-bas elle découvre rapidement que la colonisation vendue à la population terrienne comme l’avenir de l’humanité repose sur des bagnards abaissés à leur seule force de travail. Laissant deux enfants sur Terre et ne se résignant pas à passer le restant de ses jours sur la planète rouge, elle décide d’entrer dans la nouvelle Eglise dont l’activité sur place semble jouir d’une grande influence sur le pouvoir local…

On Mars'. Sylvain Runberg, Grun. | L'actualité de la bande dessinéeSylvain Runberg étant un scénariste d’expérience capable du très bon comme du très banal je me suis attaqué à cette série carcérale prévue en trois tomes avec interrogations. Plongé sans introduction au sein de ces prisonniers patibulaires, on comprend rapidement que On mars ne fait que transposer les récits du bagne guyanais ou calédonien dont regorge la BD historique. Contre toute attente vous trouverez ainsi plus de proximité avec des ouvrages comme Forçats qu’avec de la SF space-opera ou worldbuilding. Si le sujet vous intéresse cela ne posera pas de problème, mais j’avoue que j’ai été surpris. Dès le second volume l’histoire s’oriente vers une révolte que l’on sent monter, plus pour des raisons de conspiration politico-religieuse que d’oppression des prisonniers. Le scénariste n’oublie pas le passage obligé des maltraitances diverses et procède à des flash-back nous relatant ce qui a amené l’héroïne dans ce enfer ou quelques séquences terriennes (un peu courtes…) destinées à densifier le contexte. De cela ressort, sur le premier tome surtout, une impression de mise en place, certes très belle, mais peut-être un peu longue à démarrer. La galerie de personnages est touffue et les intrigues entrecroisées relativement nombreuses, ce qui ne facilite pas forcément une lecture très fluide. Com On Mars T2 : Les solitaires (0), bd chez Daniel Maghen de Runberg, Grunme je l’avais ressenti sur Orbital, j’ai trouvé que Runberg tardait à dévoiler ses cartes, ce qui empêche de pénétrer pleinement dans une aventure que l’on pressent glorieuse. Soyons juste, On mars ne manque pas de coups fourrés, révélations et fausses pistes assez bien tenus et l’on prend un plaisir sadique à tenter de deviner si ce nouvel allié de Jasmine va la trahir ou mourir quelques pages plus loin…

Il est indéniable que Sylvain Runberg sait s’entourer de dessinateurs très talentueux qui savent flatter les rétines. Je ne connaissais pas Grun, dessinateur appartenant à l’école réaliste, dont la colorisation notamment (très contrainte par le rouge de l’idée martienne) procure à chaque planche une réelle beauté. Il n’y a rien à dire, ces albums sont magnifiques et le dessinateur sait à peu près tout croquer avec précision. Un vrai travail de design a été réalisé et les croquis préparatoires font envie… parfois plus que les planches elles-mêmes qui sont souvent un peu monotones du fait de costumes identiques des personnages et de décors minéraux… rouges. Si le design général est plutôt réussi dans un style un peu rétro parfois proche de Mad-Max, On Mars, rififi sur la planète rougej’ai trouvé les uniformes des bagnards assez bof. Il faut ainsi attendre le second volume et l’irruption de différentes factions au graphisme bien plus travaillé pour accrocher vraiment à chaque case. On connaît le risque des univers SF de se perdre dans des décors métalliques un peu vides. Ce n’est pas complètement le cas ici mais on ressent le manque de variété que seuls les intermèdes terriens aident à casser. Le scénariste, étonnamment, ne se précipite pas pour nous révéler le sens de tel engin comme ces araignées mécaniques qui récupèrent les morts…

Au final je suis un peu dans l’expectative d’un troisième volume qui viendra soit confirmer une montée en puissance totalement maîtrisée soit un petit manque de souffle et d’ambition pour une série certes très belle mais qui pour l’heure ne se démarque pas franchement de la moyenne des séries SF faute d’un élément scénaristique marquant.

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Black Hammer

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Black Hammer est une série écrite par Jeff Lemire et dessinée par Dean Ormston, parue aux US dès 2017 chez Dark Horse. La publication française est assurée par Urban Comics, avec un premier tome paru le 28/10/2017, un second tome paru le 13/04/2018, et un troisième tome paru le 05/07/2019.

Champions Oubliés

Notre histoire débute dans une ferme typique américaine, habitée par une famille quelque peu dysfonctionnelle mais que l’on sent unie par des liens profonds, plus profonds sans doute que les liens de sang.

Abe, le patriarche de ce singulier aréopage, s’échine à faire tourner son exploitation tout en portant à bout de bras sa tribu de marginaux excentriques. Toutefois dire que les apparences sont trompeuses serait ici un monumental euphémisme. En effet, Abe, Gail, Mark et les autres ne sont pas de simples citoyens, mais des êtres surhumains, des super-héros, qui, en pensant se sacrifier pour sauver la Terre du sinistre Anti-Dieu, ont finalement échoué dans cette banale bourgade américaine. Tout irait donc pour le mieux s’ils n’étaient pas prisonniers de cette petite ville, incapables d’en quitter le périmètre sous peine de disparaitre, à l’instar de leur leader Black Hammer , qui tenta dès le premier jour de rentrer chez lui et en fit les frais, laissant son éponyme marteau derrière lui.

Les héros désemparés ont donc passé 10 ans dans cet univers, cachant leurs véritables identités au reste des habitants, gérant ou fuyant leurs problèmes, selon leur caractère. Mais, alors que certains d’entre eux, tel Abe, voient dans cet exil forcé une chance de vivre une vie normale, d’autres, comme Gail, piégée dans le corps enfantin de son alter-égo, ne rêvent que de s’échapper pour retrouver le sel de leur ancienne existence.

Héros déconstruits

Dès les premières pages de Black Hammer, le lecteur accoutumé aux comics percevra les références assumées par l’auteur Jeff Lemire. Abe, le vieux combattant, est un hommage à Captain America et aux héros du Golden Age des comics. Barbalien est sans aucun doute un ersatz du Martian Manhunter de DC Comics, tandis que Golden Gail nous rappelle Shazam. Le Colonel Weird serait alors un Adam Strange sous acide. Black Hammer, quant à lui, serait un amalgame en Thor et Superman, sans oublier des références aux New Gods de DC.

Le reste de l’histoire se construira autour d’un enjeu principal: celui pour les héros de rentrer chez eux, dans leur monde d’origine. Alors que ces derniers luttent face à la normalité et à leurs propres démons, sur Terre, Lucy, la fille de Black Hammer, mène sa propre enquête pour ramener son père, et se faisant, se rapproche de la vérité.

Au fil des tomes, on se prend d’amitié pour ces héros désabusés, ces êtres extraordinaires contraints de revêtir un masque par-dessus le masque, exilés après un brave sacrifice. Plus que l’enquête de Lucy et les mystères de Mme Dragonfly, ce sont les liens et les tourments des personnages principaux qui font l’intérêt de cette série.

Le tome 3 est certes un peu plus orienté vers l’action et tend vers la résolution de l’intrigue grâce à quelques révélations, mais le tout reste cohérent et centré sur les personnages.

S’agissant de la partie graphique, Dean Ormston paraît être l’architecte idéal pour cette univers à la fois étrange et familier, livrant un dessin qui sort des carcans du comics pour embrasser des univers et des références plus variés.

Black Hammer a reçu un Eisner Award de la meilleure nouvelle série en 2017, et cette récompense n’est absolument pas usurpée !

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Dragon & poisons #1: Greyson, Névo et Nat

BD du mercredi
BD d’Isabelle Bauthian,  Rebecca Morse et Aurélie Kaori.
Drakoo (2019),  46p./album, 1 tome sur 2 parus.

bsic journalism Merci aux éditions Drakoo pour cette découverte.

couv_373266-1La présentation de cet ouvrage est vraiment mal conçue tant sur un titre qui vise sans doute à se référer à Donjons et Dragons… en tombant complètement à plat, que par un titre de volume qui se contente de reprendre les trois noms des protagonistes du triangle amoureux qui est au cœur de la série. On fait difficilement plus feignant. La couverture ne fait rien pour accrocher le lecteur non plus avec ces trois personnages qui semblent indiquer une farce et un dragon vaguement menaçant… assez illisible et pas particulièrement esthétique hormis pour les couleurs très réussies (sur tout l’album) d’Aurélie Kaori. Bref, une couverture qui ne fait pas du tout le job et peut tromper sur le type de lectorat visé (Dragon et poison n’est pas une BD jeunesse!)…

La cité de Pâmoison a basé son économie sur les poisons que les habitants extraient des nombreuses plantes et créatures vénéneuses qui l’entourent. Là, Greyson, Névo et Natch forment un triangle amoureux de jeunes aventuriers déterminés à faire fortune en défiant le légendaire Dragon dans son antre. Amis pour la vie, l’ambition va cependant faire tourner au vinaigre leur destinée…

DRAGON & POISONS de Bauthian et MorsePassée cette introduction qui vous paraîtra bien méchante, je coupe court à toute inquiétude: cet album est franchement sympathique! Comme sur les précédentes BD de chez Drakoo, on sent immédiatement la différence de traitement issu de la culture Roman de la scénariste et qui apporte une richesse de dialogues et de personnages que beaucoup de BD oublient de développer suffisamment. Arleston a eu une excellente idée d’aller chercher des romanciers pour constituer son catalogue. Album très surprenant à plus d’un titre que ce Greyson, Névo et Natch qui nous prend systématiquement à contre pied! D’une couverture indiquant donc une faribole pour la jeunesse on se retrouve avec ce triangle amoureux autour de cette belle Natch à la libido très développée (pas pour enfants je disais). Après une très chouette introduction basée sur l’univers vénéneux de cette série on réalise que ce décors n’est qu’un habillage avec bien peu d’implication sur l’intrigue… celle-ci se basant sur les sauts d’époque assez brutaux bien que maîtrisés. Ainsi après vingt pages on bascule vingt ans plus tard alors que le trio a été brisé. Aucun temps de mise en place, ce sera la seconde partie qui se chargera de détailler un peu le passé des trois lurons. Cet enchevêtrement complexifie un peu la lecture et enrichit une trame qui reste en substance très classique des ouvrages de fantasy.

Dragon et Poisons - Greyson, Névo et Natch, BD et tomes sur ZOOLa première chose qui marque ce sont les couleurs très agréables et un découpage lisible. Le contraste entre des dessins de style humour et un univers relativement sombre (et tout à fait gore!) est surprenant et rafraîchissant. J’ai beaucoup aimé la personnalité des trois personnages dont on découvre façon puzzle la personnalité d’avant et celle d’après. Je ne peux déflorer la chute de l’album (qui change totalement le paradigme de la suite du diptyque) mais la scénariste semble avoir pris grand plaisir à nous balader ainsi dans les strates temporelles de sa narration… Au vu des premières pages j’aurais attendu une BD un poil plus coquine et humour noir mais étant donné le rythme endiablé et la richesse de ce qui nous est proposé on ne fera pas la fine bouche.

Fort surpris donc par une lecture que je n’attendais pas du tout, je reconnais Dragon et poisons comme une bonne surprise de ce début d’année. Très bien conçu, assez joli et doté de personnages attachants, ce premier tome souffre d’un manque de définition éditoriale bien dommage et qui ne lui évitera pas, je l’espère, de trouver son public.

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Wild’s End #1: Premières Lueurs

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Wild’s End est une série écrite par Dan Abnett et dessinée par I.N.J. Culbard, parue aux US chez Boom! Studios à compter de 2015. L’édition française est assurée par les éditions Kinaye, à travers ce premier volume de 160 pages couleur.

Parution repoussée à 2021 en raison du changement de planning lié au COVID.

bsic journalismbadge numeriqueMerci aux éditions Kinaye pour cette découverte.

Si Jeff Lemire le dit, c’est que c’est vrai !

La guerre des (autres) mondes

Clive Slipaway, un vétéran de la Marine Britannique, vient s’installer dans la bourgade tranquille de Lower Crowchurch afin d’y couler des jours paisibles. Accueilli chaleureusement par les notables du village, il est rapidement remarqué pour son caractère taciturne et son attitude placide, voire taiseuse.

Ce qui contraste nettement avec les frasques alcoolisées de Fawkes, petit braconnier méprisé par le reste des habitants. Lorsque celui-ci revient un soir, affolé, annonçant l’arrivée d’une catastrophe, c’est presque naturellement que les habitants de Lower Crowchurch balayent ses avertissements en le traitant de fou et d’ivrogne.

Et si, à l’instar du personnage de Russel dans Independance Day, ou de Cassandre dans la mythologie grecque, celui que l’on prend pour un fou avait raison depuis le début ?

Le début de la Fin

C’est ainsi que Clive, que l’on soupçonne traumatisé par les horreurs de la guerre, va devoir s’embarquer à nouveau dans une bataille, qui aura cette fois pour enjeu la survie de l’Humanité… ou du moins d’une version anthropomorphique. Car la particularité de cette aventure que l’on pourrait penser sortie de l’imagination de H.G. Wells, est qu’elle met en scène des personnages humains aux traits animaux, comme une façon de refléter la nature humaine grâce à nos 30 millions d’amis, ce qui est d’autant plus à-propos thématiquement que les antagonistes n’ont absolument rien d’humain, ni de terrien.

On peut tout de suite souligner que l’anthropomorphisme est ici utilisé à bon escient par Dan Abnett, qui en fait une sorte de totem à l’effigie de ses protagonistes, ce qui a pour effet de refléter leurs caractères. Par exemple, le vétéran placide et taiseux est un dogue allemand, tandis que l’écrivaine revêche est un chat siamois, et que le roublard craint de tous est un renard.

La succession des péripéties se fait de façon fluide et permet à chaque personnage de briller, par des dialogues savoureux et des situations toujours plus dangereuses. L’auteur garde le mystère quant à ses envahisseurs venus des étoiles, mais on comprend bien vite que ce cauchemar n’est que le début…le début de la fin.

Wild’s End est une excellente lecture, qui reprend les codes du récit d’invasion tels que définis par La Guerre des Mondes de H.G. Wells. On attend le second tome avec impatience !