BD·C'est lundi...·Comics

C’est lundi, que lisez-vous? #56

septembre 2019

Ce rendez-vous a été initié par Galléane et son principe est de répondre aux trois questions:

1. Qu’ai-je lu la semaine passée ?
2. Que suis-je en train de lire en ce moment?
3. Que vais-je lire ensuite ?
Cliquez sur les vignettes pour aller sur la critique quand il y en a une.

1. Qu’ai-je lu la semaine passée ?

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2. Que suis-je en train de lire en ce moment?

3. Que vais-je lire ensuite ?

Couverture de Ter -1- L'étrangerAll-New X-Men (Marvel Now! - 2014) -5- Déménagement

La semaine passée j’ai eu de la bonne BD et une semi-déception comics avec Invisible Republic. J’ai un peu ralenti le rythme effréné des publi avec trois par semaines, ce qui me donne le temps de lire de façon plus posée et organisée. A peu près aucune sortie prévue pour moi d’ici fin août, du coup je vais enfin pouvoir faire des billets rétro sur des séries un peu anciennes et écluser le fonds de ma médiathèque!

Et vous? qu’avez-vous découvert? Vos coups de cœur et trouvailles, ça m’intéresse!

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****·BD·Mercredi BD·Nouveau !

Conan: Chimères de fer dans la clarté lunaire

BD du mercredi
BD de Virginie Augustin
Glénat (2019), 57 p. couleur, one shot.

couv_365856A chacun des albums de la (plutôt très intéressante) collection Conan le cimmerien j’hésite longuement entre les deux versions proposées. Je possède la NB grand format de La fille du géant de gel qui est vraiment superbe, tant par le format, papier utilisé que par le rendu graphique des planches non colorisées… mais n’a que peu de bonus (quelques illustrations additionnelles et aucun rédactionnel). La version couleur de Toulhoat et Brugeas et celle-ci de la très douée Virginie Augustin (dessinatrice d’une des meilleurs séries de ces dernières années, Alim le Tanneur avec Lupano) comporte un très intéressant texte explicatif sur la nouvelle qui sert de matériau de base à l’album et permet d’apprendre pas mal de choses sur l’auteur Robert E. Howard. Quelques illustrations d’autres dessinateurs complètent le cahier bonus. Tip-top donc question édition, juste étonnant que Glénat ne propose pas le même contenu sur la version de luxe. Enfin, malheureusement, la couverture ne rend vraiment pas hommage à la qualité graphique d’Augustin sur cet album. C’est étonnant et vraiment dommage…

La princesse Olivia, en fuite, est sauvée par Conan le cimmerien, lui-même rescapé d’une récente bataille. Les deux fuyards, parias, prennent la mer et trouvent refuge sur une île inhabitée. Apprenant à se connaître, ils constatent bientôt qu’une créature invisible les suit et découvrent un temple ancien aux statues de fer menaçantes…

Cet album est celui que j’attendais le plus depuis le lancement de la série. J’ai gardé un excellent souvenir d’Alim le tanneur, non que le style d‘Augustin soit absolument original, mais il se dégage de ses dessins un mouvement, une ambiance vraiment particulière. Il me semble qu’il s’agit en outre du premier album en solo de l’autrice et je dois dire qu’elle s’en sort remarquablement bien. L’adaptation des nouvelles Conan ne vise pas à révolutionner le scénario de BD. Il s’agit surtout d’une vision graphique d’auteurs confirmés et sur ce plan Augustin parvient à insuffler un esprit féministe très intéressant dans ce monde barbare où le Conan classique avec son slip de peau est conservé, pour mon plus grand plaisir (je suis un enfant de Conan le barbare, le film de John Milius!).

Dès les toutes premières pages la sauvagerie du cimmérien s’illustre, taillant en morceau le poursuivant de la donzelle. Si l’on ne voit que très subrepticement les palais des Hyrkaniens on en regretterait presque que l’autrice ne s’attarde pas plus sur cet univers des mille et une nuits où son dessin prends toute sa force en des matières subtiles. Mais le sujet est autre, fait d’île tropicale devant servir de piège pour les deux fuyards, en migrant vers l’univers de la piraterie que nous laisse deviner la conclusion très alléchante… mais que l’on ne verra jamais. Car on touche là une des limites de cette série, son format, variable selon les auteurs mais relativement proche d’un format classique de 46 planches… ce qui est trop peu pour pouvoir donner toute l’ampleur d’une histoire sauvage en one-shot. Il nous faut donc prendre ce que l’on nous offre avec ce petit regret.

Résultat de recherche d'images pour "clarté lunaire virginie augustin"Si la physionomie du barbare semble au début hésiter avec une étonnante gueule carrée presque néandertalienne (les croquis finaux nous montre les différentes versions), la subtilité du personnage surprend, lorsque la fille, incarnation de la faiblesse, craint de se faire viol(ent)er par lui. L’homme armé de son épée est sans peur dans l’espace ouvert de la forêt et y protège la fille. Dès qu’ils pénètrent dans l’étrange temple aux statues de fer le caractère féminin, perméable aux esprits, se connecte avec l’histoire du lieu pour avertir l’homme du danger. On aurait encore une fois aimé que soit poussée cette relation et l’histoire du personnage lumineux, mais il n’y avait pas la place. Cela permet cependant de garder cette part inquiétante que produit le genre fantastique, le lecteur ne sachant jamais le pourquoi du comment. L’équilibre est du reste parfait entre combats hargneux, début d’intrigue et pauses contemplatives sur les paysages luxuriants magnifiquement colorisés par Virginie Augustin. Tout est juste dans cet album, des dessins au découpage qui se permet quelques superbes pleines pages, dont cette séquence de massacre rouge remarquablement construite.

Résultat de recherche d'images pour "clarté lunaire virginie augustin"Un peu de frustration donc, avec une histoire qui se rapproche un peu du Colosse Noir, avec sa magie et sa relation homme/femme, les deux auteurs de celui-ci ayant pris quelques pages de plus pour finaliser une histoire qui s’avère ainsi plus confortable. Mais Virginie Augustin nous propose ce que l’on attend, une vraie histoire de Conan que l’on aurait très sérieusement envie de voir continuer ses aventures sur la mer intérieure. Pour ma part j’ai commencé à lister les albums d’Augustin que je n’ai pas encore lus avec une grande envie de rattraper mon retard! Et cet automne la version de Vatine et Cassegrain arrive alors que 2020 prépare du très lourd avec rien de moins que Valentin Sécher, Timothée Montaigne et Stepan Sejic

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BD·C'est lundi...·Comics

C’est lundi, que lisez-vous? #55

septembre 2019

Ce rendez-vous a été initié par Galléane et son principe est de répondre aux trois questions:

1. Qu’ai-je lu la semaine passée ?
2. Que suis-je en train de lire en ce moment?
3. Que vais-je lire ensuite ?
Cliquez sur les vignettes pour aller sur la critique quand il y en a une.

1. Qu’ai-je lu la semaine passée ?

couv_367016Couverture de Hit-Girl (2e série - 2018) -3- Hit-Girl à Rome

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2. Que suis-je en train de lire en ce moment?

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3. Que vais-je lire ensuite ?

couv_354106All-New X-Men (Marvel Now! - 2014) -5- Déménagementcouv_366494

La période BD se calme du coup je reprends côté comics avec la bonne surprise du Hit-girl à Rome avec de très bons dessins de Rafael Albuquerque, et j’enchaîne les All-new X-men, une des rares séries Marvel à me donner envie de lire l’intégralité de l’intrigue, probablement en partie du fait des dessinateurs assez énormes et un Stuart Immonen qui fait baver vos yeux…

La semaine dernière a été de très haut niveau avec le Zaroff de Miville-Deschênes et Runberg et la surprise Après l’enfer. Après le nouveau Invisible Republic (pour samedi) je vais prendre le temps de relire en partie l’exigeant mais récompensant Seven to eternity dont les design sont une des meilleurs choses lues en comic indé depuis le White Knight. Et ce mercredi le dernier Conan sorti chez Glénat, la très attendue version de la talentueuse Virginie Augustin.

Et vous? qu’avez-vous découvert? Vos coups de cœur et trouvailles, ça m’intéresse!

***·BD·Jeunesse·Nouveau !·Service Presse

Les enfants de la colère

Rufus Stewart

Cette nouvelle rubrique vise à présenter un album jeunesse  en regard croisé parent/enfants. Mes deux zozo parlent donc d’un album en mode question-réponse, puis vous trouverez en fin d’article mon avis dans un format plus classique. En espérant que ça vous plaise. N’hésitez pas à me donner votre avis et idées sur la formule en commentaires!

  • Ma fille c’est « Talia » (c’est un pseudo): à onze ans elle a aime beaucoup Buddy Longway, La Rose écarlate, les Mythics, Harmony, les carnets de Cerise, Dragon Ball ou Flying Witch…
  • Mon fils c’est Jean-Pédrovitch: à  treize ans il a déjà lu une grosse partie de ma bdthèque, notamment Universal War 1&2, Thorgal, Blake et Mortimer, Largo Winch,…

BD de Damian et Nico Naranjo
Ankama (2019) volume 1/2

bsic journalismMerci à Ankama pour cette découverte.

Résultat de recherche d'images pour "les enfants de la colère bd"Sur la planète Aegis, le Nord, supérieur technologiquement, entame une conquête d’un Sud ravagé par la guerre et en résistance. Lors d’un assaut meurtrier, un robot de combat ennemi est capturé par les résistants. C’est le début d’un programme de reconquête qui commence…

Alors aujourd’hui on parle de Science fiction les enfants. Est-ce que vous pouvez présenter cette nouvelle série?

Talia: Il y a le Nord qui attaque le Sud avec des Mechas et les défenseurs récupèrent des méchas pour se défendre… Les enfants sont en colère car on a tué leur famille. Ils sont manipulés par les militaires pour former la résistance.

Qu’est-ce que c’est des Méchas? Vous avez des exemples?

Jean-Pédrovitch: Ce sont des sortes d’exosquelettes géants pour le Sud. Pour le Nord ils sont contrôlés à distance, ils sont beaucoup plus forts technologiquement, ils dominent. Les héros sont plus malins, se sont des enfants qui dirigent directement les Méchas qu’ils ont bricolés, car ils sont plus vifs et compensent le manque technologique. J’en ai vu dans les séries Aquablue ou Météors.

Les Méchas sont donc différents? Lequel préférez-vous?

Jean-Pédrovitch: Ceux du Nord sont faits en série et sont identiques. Ceux des héros sont bricolés et ont leurs particularités: un sniper, un épéiste, un boxeur,… J’aime bien le robot du chef des méchants.

Talia: Les méchas ressemblent aux enfants: celui qui a un couteau pilote un robot avec une lame en fusion,…

Les personnages principaux ne sont pas vraiment des héros invincibles…

Talia: Ils sont traumatisés et veulent se venger. Ils mènent leur enquête tout seuls. Les enfants généralement ne font pas la guerre.

Jean-Pédrovitch: Oui, il y a un personnage impulsif qui mets les autres en difficultés par-ce qu’il prend des décisions tout seul. Les autres essayent de travailler en équipe, c’est la seule solution pour contrer les adversaire. Les autres ont presque tous un problème, une est accro aux jeux vidéos, un autre est violent, etc.

Et visuellement comment vous avez trouvé l’album?

Résultat de recherche d'images pour "les enfants de la colère naranjo"Talia: Les dessins ne sont pas très réalistes, plutôt enfantins et ne correspondent pas trop à l’histoire. J’ai pas trop aimé le dessin, sauf les méchas qui sont très différents. On retrouve le caractère des enfants dans leur robot. Les couleurs sont un peu bizarres, parfois il n’y a pas de fonds dans les cases.

Jean-Pédrovitch: Les dessins sont irréguliers, parfois très simplistes et parfois poussés. Ça ne me gène pas sur les mangas par exemple mais en BD ce n’est pas pareil. Les couleurs sont assez grossières.

Alors vous continuerez sur la suite de l’histoire?

Talia et Jean-Pédrovitch: Oui par-ce que l’histoire est sympa.


Voilà pour le retour des enfants… et le vieux qu’est-ce qu’il en dit?

Résultat de recherche d'images pour "les enfants de la colère naranjo"En entamant la lecture des Enfants de la colère je ne pensais pas lire un album jeunesse… C’est pourtant le cas et cela ne m’a absolument pas gêné tant la mise en case est dynamique, utilisant les techniques du manga pour illustrer la rapidité d’action. J’ai notamment beaucoup aimé l’utilisation très poussée des onomatopées qui sont ici un vrai personnage graphique, prenant une place importante dans l’image, suivant des courbes et des formes qui apportent à l’impression souhaitée au-delà de la sonorité même du texte. Ce n’est pas absolument nouveau mais assez rare et j’aime beaucoup ce genre d’innovation dans le genre BD qui est assez formaté.

L’intrigue est une trame simplifiée d’un récit guerrier avec méchants soldats hyper-équipés et gentils résistants avec un groupe d’enfants abîmés qui se vengent en utilisant des robots. Car c’est là le gros atout de la BD et l’envie des auteurs: proposer aux enfants une histoire de Mechas. Leur design est très réussi, permettant aux lecteurs d’identifier le caractère de chaque robot à l’enfant qui le pilote. Je pense d’ailleurs que Talia et Jean-Pédrovitch ont surtout accroché à cet élément. Les dialogues sont plutôt sympa, les personnages très archétypaux mais variés et la bande de jeunes est une mécanique habituelle aidant les jeunes lecteurs à s’immerger dans l’intrigue. Graphiquement Nico Naranjo se rattache plutôt à l’école Miyazaki avec des contours ronds et des hachures qui textures les formes. Il hésite un peu entre deux styles, ce qui a pu perturber les enfants, avec en effet une histoire assez dure et des dessins jeunesse. Le découpage en revanche est très dynamique et renforce l’action, assez omniprésente dans ce premier volume.

Comme pour Garbage Night qui proposait un post-apo aux jeunes, l’album des espagnols Damian et Nico Naranjo a le mérite d’initier les enfants à de la SF militaire (pas toujours drôle!) et aux combats de robots.

A partir de 9 ans.

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Après l’enfer

BD de Damien Marie et Fabrice Meddour
Bamboo (2019), 54 p., série en 2 tomes.

bsic journalismMerci aux éditions Bamboo-Grand Angle pour cette découverte.

couv_368329La couverture de cet album et le pitch l’ont envoyé directement sur ma page des albums les plus attendus… Elle va également illico dans mon top annuel 2019 catégorie Couverture tant cette image et le design du titre marquent et donnent terriblement envie de lire l’album! Bravo global pour cette composition à la fois esthétique et efficace… avec le risque que l’envie donnée ne soit pas totalement récompensée (j’y reviens plus bas). Hormis cela rien de particulier niveau éditorial.

La Guerre a duré quatre ans. Après un demi-million de morts et une politique de conquête sauvage de l’Union, le Sud est ravagé. Après cet enfer nombre de femmes se retrouvent seules dans ce qu’il reste de leurs grandes propriétés. La Loi n’existe plus et permet à des bandes de d’anciens soldats de mener des raids à la sauvagerie inouïe. Rescapées de ces massacres, Dorothy et la jeune Alice vont tenter de se reconstruire entre un monde mort et un imaginaire qui peut leur permettre une certaine résilience. Bientôt elles rencontrent des hommes. Abîmes, fuyant, semblant rechercher la même chose qu’elles. Mais peut-on leur faire confiance?

Résultat de recherche d'images pour "meddour après l'enfer"Damien Marie est une véritable découverte pour moi, n’ayant rien lu de lui et découvrant sur cet album un véritable talent d’écriture comme de découpage. Cette histoire n’était en effet pas simple à développer et très piégeuse. Les histoires de survivants de la guerre, les horreurs de la Guerre de Sécession, ont été beaucoup traités, de même que les variations plus ou moins pertinentes et réussies sur les classiques de la littérature imaginaire. Ici Dorothy et Alice font bien évidemment référence aux pays des Merveilles et d’Oz. L’intelligence de l’auteur est d’utiliser subtilement les références sans tomber dans des liens forcés. Car son histoire est originale et n’a pas vocation à reprendre celles de Lewis Carol et de Lyman Frank Baum. Elle sert de vecteur pour comprendre le traumatisme de la petite fille et son refuge dans un monde imaginaire apaisé. Par moments Marie pose un chat (que l’on suppose de Cheshire), un chien ou un Chapelier… qui restent des habillages, des coloration pour ce qui est le récit dramatique d’une fille violée après le massacre de sa famille. L’Enfer du titre est cette Amérique des Etats du Sud dont les yankees cherchent à se venger en déchaînant les atrocités partout. Comme s’il ne devait rien rester de cette culture certes esclavagiste mais réelle.

L’enfer s’est construit jour après jour, livrant le Sud à la cendre…

La qualité première de cet album est donc ce réalisme qui ne cherche pas à atténuer la dureté des évènements mais sait subtilement suggérer l’indicible, que ce soit graphiquement, par un découpage inventif et élégant (comme cette flaque en première page qui crée un miroir entre deux mondes) ou par le texte très agréable. Sous la forme d’une pseudo-chasse à l’or de soldats rebs blessés et démobilisés qui rencontreront les deux filles, les auteurs nous montrent des gueules cassées, des humains ayant vécu les uns le front et les mutilations, les autres la barbarie de l’arrière, qui ne souhaitent qu’à trouver la paix. Le chêne de l’histoire est Dorothy, que Fabrice Meddour prend plaisir à dessiner et dont l’inspiration a créé cette magnifique couverture. Plus âgée que la fillette, elle est la seule qui semble parvenir à gérer son trauma et réagit dans ce monde ravagé en prenant son destin en main. La galerie de personnages est intéressante, étonnante lorsque l’on s’attend à voir les hommes se défendre de l’agression d’un chefaillon bleu ou lors de la rencontre avec Dorothy. Car si l’aspect de cette équipée reprend les codes du western avec une définition graphique assez simple, ce qui intéresse Marie et Meddour c’est comment on parvient à s’échapper sans tomber à son tour dans la sauvagerie, sans se méfier de tout le monde.

La reine et le chapelier ont trahis les leurs pour rejoindre le sorcier

Résultat de recherche d'images pour "meddour après l'enfer"Pour représenter ce monde d’après, Fabrice Meddour propose des tableaux très élégants, en couleur directe avec des choix monochromes variés selon les ambiances et irruption de couleurs vives par moments. Cela permet d’illustrer un monde terne, où la vie semble s’être échappée, comme un voile dressé par ces survivants sur une réalité trop dure. J’avais découvert cet auteur à la même époque que les premiers albums de Luc Brunschwig, sur Le temps des cendres, où j’avais beaucoup aimé son style. Je suis surpris de voir que les faiblesses techniques de l’époque sont toujours présentes, notamment sur les visages et anatomies en situation d’action. Comme chez Perger ou Nguyen cela s’explique en partie du fait de la technique utilisée (qui exclue pratiquement les encrages) qui rend compliquée une grande précision sur les petites cases. Car Meddour sait pourtant dessiner et propose des planches superbes, sensibles et magnifiquement colorisées. Il n’est pas le plus techniques des dessinateurs BD mais propose un design agréable et qui dégage une certaine élégance. Autre détail dommage: les onomatopées sont étonnamment imprimées informatiquement en contradiction avec l’aspect très artisanal de l’album. Dommage.

Vos cicatrices vous vont bien Hunk…

Sur le premier tome de ce diptyque au sujet très intéressant, sensible et particulièrement bien écrit, les auteurs nous proposent une vision originale de l’après guerre, une histoire de survivants à la fois dure et sensible, un bel objet où l’on ressent le plaisir et l’investissement des auteurs. Je le conseille.

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De mémoire

BD d’Eric Corbeyran et Winoc
Bamboo (2019), 70 p., one-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Bamboo-Grand Angle pour cette découverte.

couv_368652La couverture de cet album et le pitch l’ont envoyé directement sur ma page des albums les plus attendus… Elle va également illico dans mon top catégorie Couverture tant cette image et le design du titre marquent et donnent terriblement envie de lire l’album. Bravo global pour cette composition à la fois esthétique et efficace… avec le risque que l’envie donnée ne soit pas totalement récompensée (j’y reviens plus bas). Hormis cela rien de particulier niveau éditorial.

Nick est hypermnésique. Il possède une mémoire totale: il se souvient de tout, n’oublie rien. C’est handicapant et l’oblige à organiser sa vie sous ce qui ressemble à des TOC, le rendant particulièrement instable professionnellement et émotionnellement. Un jour il est enlevé, pour ses capacités hors norme…

Résultat de recherche d'images pour "winoc de mémoire"Eric Corbeyran fait partie des vieux briscards du scénario de BD. Il connait son métier et nous propose avec De Mémoire une histoire remarquablement ficelée sur un pitch redoutable. Tout dans cet album tend vers le thriller, de la couverture au déroulement progressif, structuré entre maintenant et l’enfance, avant l’accident que nous montre la couverture. Or s’il en a les habits cet album n’est pas un thriller mais plutôt la chronique d’une vie compliquée pour cet homme qui a perdu son père très jeune et doté de capacités que beaucoup voient comme un super-pouvoir mais que lui tente plutôt de gérer en en atténuant les effets. Sorte de chronique psychologique, De mémoire évite tout ce qui pourrait l’amener vers une BD grand public. Pourtant de l’action il y en a, que ce soit dans la mise en scène ou l’intrigue même. Mais les auteurs s’attachent plutôt à nous présenter la vie sentimentale de Nick, en couple libre avec sa psychiatre, la seule à même de le comprendre et de l’aider. Cette histoire est touchante car elle évite le misérabilisme très français en nous montrant un homme en pleine possession de ses moyens, que sa spécificité rend aussi fier que compliqué. Nick n’a pas réellement de problématique et c’est peut-être cela qui crée un étrange sentiment d’entre-deux à la lecture. L’on ne saurait dire s’il s’agit d’une volonté de Corbeyran de déstabiliser son lectorat par un traitement assez expérimental (on pense par moment aux rythmes d’un Gibrat sur Léna, sorte de thriller politique contemplatif). Comme en structure juxtaposée, le drame est apporté par la partie Passé, qui remonte jusqu’à nous pour nous révéler en fin d’album l’origine de l’hypermnésie de Nick et en quoi son enlèvement est lié à ses parents.

Clipboard01On ne peut pas dire que cela soit un défaut tant la maîtrise de la progression dramatique, des dialogues et des scènes est évidente et efficace. On a plaisir à voir cet esprit libre changer de job comme de chemise, incapable de s’inquiéter et honnêtement heureux avec sa chérie. Tout en détachement, Nick envoie des réparties décalées que seul le lecteur, complice, peut saisir et qui laissent ses interlocuteurs intrigués. Comme un film de genre à la française, De mémoire casse les codes. Selon le public que l’on est cela n’aura pas le même effet. Personnellement je vois le potentiel d’une grande série SF ou d’un thriller conspirationniste. Les auteurs ont plutôt opté pour une histoire simple, peut-être pas assez ambitieuse malgré les enjeux représentés par les recherches du père de Nick. La capacité de Nick pouvait permettre une revisitation su thème super-héroïque en mode réaliste. Plein de choses passionnantes que l’on n’a finalement pas et qui peut laisser un peu déçu.

Clipboard01Graphiquement, le dessinateur propose d’élégantes planches au trait fin et à la colorisation agréable. Si les personnages sont correctes, la partie technique (arrières plans, cadrage) est très réussie et participe à l’efficacité du récit. Les quelques scènes d’action sont très lisibles et l’album propose plusieurs visions graphiques vraiment réussies.

Cet album est donc un étrange objet qui intrigue surtout quand on sait l’attrait de Corbeyran pour le policier. J’ai été un peu frustré de voir ce potentiel bouclé (très convenablement) en un one-shot. Les lecteurs habitués aux BD psychologiques seront sans doute les plus satisfaits et surpris par ce scénario hybride. Les fans de thriller seront sur leur faim. La lecture n’en est pas moins très agréable, donnant envie d’avancer et sans accroc. Un travail très sérieux qui manque sans doute un poil d’ambition.

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Zaroff

BD du mercredi
BD de Sylvain Runberg et François Miville-Deschênes
Le Lombard-Signé (2019), 76., one-shot.
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© Runberg/Miville-Deschênes chez Le Lombard

L’album de Runberg et Miville-Deschênes est une suite d’une nouvelle de Richard Connell et non du film adapté qui lui a valu la gloire. Il a été proposé par le dessinateur à son scénariste de Reconquêtes, avec l’envie de traduire graphiquement les impressions ressenties à la lecture du texte. Le lien avec le texte d’origine est à la fois très fort (l’album comporte une longue introduction rappelant les événements précédents) et étiré notamment par la fin qui annonce une probable extension (j’y reviens). Comme d’habitude chez Signé, nous avons un très bel album (je ne suis pourtant pas super fan de l’illustration de couverture qui semble pourtant avoir été envisagée très vite) agrémenté d’un joli cahier final avec découpage du scénario, commentaires du dessinateur sur ses croquis préparatoires et explications de développement du scénariste. Du tout bon au niveau éditorial.

L’échec de Zaroff sur sa précédente chasse à l’homme l’a laissé dépressif. Réfugié avec ses hommes sur une nouvelle île, il découvre un jour une caméra devant le portail de son fort: la fille d’une de ses victimes a décidé de se venger et lance une chasse dont la proie n’est autre que la sœur et les neveux du comte. La situation chasseur/chassé semble s’inverser. Mais une fois sur le terrain, qui sera le prédateur le plus féroce?

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© Runberg/Miville-Deschênes chez Le Lombard

François Miville-Deschêne fait partie de ces dessinateurs qui teasent beaucoup sur les réseaux sociaux et cette peinture de couverture, étrange avec ce vert et le look du comte circule depuis plusieurs mois, créant une envie certaine. Surtout depuis que j’ai découvert l’auteur en feuilletant en librairie l’intégrale de la saga d’antic-fantasy Reconquêtes, album qui m’a conquis autant par son scénario que par son graphisme quasi parfait. Car le dessinateur québécois est probablement l’un des plus techniques de la BD franco-belge. Juste pour vous prévenir: la lecture des pages de Zaroff ne souffrent d’aucun défaut esthétique! Concernant Sylvain Runberg je l’ai découvert sur la formidable série SF Warship Jolly Roger et je retiens deux choses: d’une part sa capacité à s’adjoindre la collaboration d’excellents dessinateurs, d’autre part l’imprévisibilité de ses scénarios, ce qui les rend très intéressants.

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© Runberg/Miville-Deschênes chez Le Lombard

N’ayant ni lu ni vu La chasse du Comte Zaroff le projet n’avait aucune raison de m’attirer. Pourtant il se justifie par lui-même dans cet étonnant équilibre que les auteurs parviennent à insuffler à leur album, qui jouit de la mythologie du personnage avec la liberté d’une intrigue originale. Ou plutôt une revisitation. Un peu comme ce qu’a fait Abrams sur StarWars7 en remakant Un nouvel espoir.  Du coup on passe les premières pages à se concentrer pour comprendre la chronologie des évènements précédents et le who is who. Je vous épargnerais une recherche internet inutile: hormis Zaroff et les personnages présents dans l’introduction tout ce que vous verrez dans l’album est original. Pourtant il s’insère avec fluidité et l’on a vraiment l’impression que tout cela est issu de l’ouvrage original. Cela s’appelle un background et Runberg est très doué pour développer ce hors champ qui donne une consistance à toute bonne histoire.

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© Runberg/Miville-Deschênes chez Le Lombard

Mais le cœur de l’ouvrage est l’aventure, avec une recette simple: un méchant (très) charismatique, une bande de bandits très armés avec à leur tête une héritière contestée par ces machos irlandais, un environnement naturel plein de pièges, d’animaux sauvages et de décors grandioses,… Soyons clairs, le vrai héros de l’histoire est Zaroff et les auteurs se cachent à peine de leur envie de nous narrer ses prouesses. Il est un monstre mais est chassé par des bras cassés pas forcément plus vertueux. Fiona (la chasseuse) est également réussie avec son guide brésilien, sorte de crocodile Dundee. Mais la donzelle au caractère bien trempé reste dans l’ombre de ce que cherchent à nous narrer Runberg et Miville-Deschênes: ce génie du mal est invincible pour peu qu’aucun tiers ne vienne fausser ses plans. On réalise ainsi progressivement que l’enjeu n’est pas de savoir si Zaroff va s’en sortir mais plutôt combien d’irlandais survivront…

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© Runberg/Miville-Deschênes chez Le Lombard

L’île est un décors improbable mais grandiose, avec des formations géologiques incroyables et des panoramas qui semblent presque issus de mondes Fantasy. Surtout, le dessinateur se régale dans ses palettes de couleurs, ses décors de jungle, ses falaises, ses arrières plans aussi détaillés que les personnages, il semble à l’aise partout. Du fait de l’histoire on peut ressentir une légère monotonie d’environnement mais l’action et la qualité du trait font que l’on n’a pas le temps de s’ennuyer une seconde. Disons pour chipoter que la partie graphique est légèrement moins impressionnante que sur ses derniers albums, mais cela reste techniquement parfait, notamment dans ces visages et expressions, tous spécifiques et totalement crédibles. Un sacré artiste.

Zaroff est typiquement le genre d’album au sujet minimaliste mais que la seule réalisation (sans faute) propulse au rang de blockbuster de la BD. Quand un album vous permet de découvrir deux grands artistes, vous donne envie de lire le texte d’inspiration et vous régale les yeux, il est difficile de résister. Si vous aimez l’aventure et les beaux dessins de style classique, courez, Zaroff est peut-être déjà derrière vous…

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… et allez lire le super entretien que propose le site Branchés Culture!