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Le Sang des Immortels

La BD!

Histoire complète en 104 pages, écrite par Françoise Ruscak, d’après le roman de Laurent Genefort, dessins de Francesco Trifogli. Parution le 13/10/2021 chez les Humanoïdes Associés.

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Merci aux Humanos pour leur confiance!

Who wants to live forever ?

Après des années de silence radio, le survivant d’une mission d’exploration est retrouvé dérivant dans l’espace. L’homme en question, le Professeur Glarith, prétend avoir été en contact, sur la planète Verfébro, avec un féroce prédateur baptisé le Drac, et en avoir retiré de stupéfiantes capacités de régénération et une longévité supérieure. En gros, le don d’immortalité.

Cette découverte représente bien évidemment un intérêt prioritaire pour certaines entreprises terriennes, dont la méga corporation Selfano dirigée par Klart Lagart, qui monte une nouvelle expédition sur Verfébro pour mettre la main sur un spécimen vivant de Drac et dupliquer le don d’immortalité. Ainsi, Nemrod, chasseuse intrépide, Samsara, mercenaire cupide mais terre à terre, Frère Jok religieux inquiet des répercussions d’une telle découverte, et le Docteur Teafor, intéressée par le remède afin de sauver sa fille malade, se retrouvent coincés sur la planète, après que la deuxième expédition ait connu un sort tragique. Les survivants n’en oublient pas pour autant leur mission et se mettent à la recherche du fameux Drac. Mais la planète ne livrera pas ses secrets d’immortalité sans faire payer un tribut aux explorateurs.

L’enfer vert

Après Les Peaux Épaisses, c’est un autre roman de Laurent Genefort qui est adapté chez les Humanos. L’intrigue, suffisamment dense, contient tout de même quelques longueurs et n’évite pas tous les poncifs du genre, comme la corporation cupide et malveillante (hello la Weiland Yutani !) ou le prêtre mesquin.

Le cadre, quant à lui, est magnifiquement mis en image par Francesco Trifogli, qui donne vie à des créatures pas nécessairement très originales, mais tout de même suffisamment convaincantes pour nous immerger dans ce monde hostile. Les interactions entre les personnages et leur rôle précis, font l’objet d’un traitement plutôt cohérent, et réservent même quelques coups de théâtre.

On bénéficie même, grâce à l’écriture de Françoise Ruscak, d’une réflexion intéressante sur les implications qu’aurait le don d’immortalité pour le genre humain: l’avidité destructrice des hommes qui menacerait la planète Verfébro, la solitude qu’implique le fait de vivre éternellement, et le sort peu enviable qui attend ceux qui ne peuvent pas mourir mais qui ressentent tout de même la douleur. Tout ceci est bien évidemment brossé assez prestement, notamment à cause du format qui ne permet pas de s’étaler trop longuement sur ce genre de considération.

Cette nouvelle adaptation de Laurent Genefort apporte donc son lot de questionnements et de rebondissements, servis adéquatement par les dessins de Francesco Trifoli.

BD

Goldorak

La BD!

Histoire complète en 136 pages, suivies de 28 pages de cahier graphique. Xavier Dorison et Denis Bajram à l’écriture, Brice Cossu, Denis Bajram et Alexis Sentenac au dessin, Yoann Guillo à la couleur. Parution le 15/10/2021 aux éditions Kana.

Goldorak Go !

La Pop Culture est un monstre. Une entité protéiforme, composée de personnages et d’œuvres diverses, qui ont toutes en commun l’empreinte laissée dans les esprits de millions de spectateurs. Goldorak est l’une des nombreuses têtes de cette hydre vidéoludique, un précurseur du genre pléthorique du Mecha qui fait encore aujourd’hui, 43 ans après sa création, l’objet d’un culte inextinguible.

Xavier Dorison, Denis Bajram, Alexis Sentenac, Brice Cossu et Yoann Guillo font partie de ceux-là, les jeunes enfants marqués très tôt par la silhouette cyclopéenne du robot de l’espace et qui ont, bien des années plus tard, continué à y rêver. En tant qu’auteurs, cette dream team de la BD française est parvenue à convaincre le créateur du personnage, Go Nagai, de leur permettre de proposer leur version toute personnelle.

Toute personnelle, pas nécessairement, puisque la crainte, pour un auteur qui s’attaque à un tel monument de la pop culture, de s’émanciper du mythe originel, doit être grande, paralysante, même. Le défi consiste donc ici à livrer un opus de qualité, pertinent, qui vient puiser dans le vivier de l’œuvre originale sans nécessairement le singer maladroitement. Nos ambitieux démiurges bédéphiles ont-ils su remplir cet exigeant cahier des charges ?

Goldorak returns

Pour cette résurgence du robot cornu et de son célèbre pilote, les auteurs ont opté non pas pour un remake, mais pour une suite directe de la série animée. Des années après la défaite de Véga, le prince Actarus, qui de réfugié s’était érigé en défenseur de la Terre, est retourné sur sa planète d’origine, accompagné de sa sœur Phénicia, espérant pouvoir y sauvegarder un semblant de civilisation après les ravages causés par Véga.

Les années se sont écoulées de façon relativement paisibles, pour les terriens et notamment les anciens camarades d’Actarus: le professeur Procyon, père putatif d’Actarus, sa fille Vénusia, le pilote bravache Alcor, puis les joyeux drilles Mizar et Rigel. En l’absence de menace à combattre, chacun a déposé les armes et continué sa vie, soit en devenant médecin (Venusia) ou inventeur milliardaire (Alcor).

Mais le Grand Stratéguerre Véga n’était pas la seule menace venue des étoiles. Les derniers représentants de la planète Stykades, eux aussi privés de leur planète, n’ont désormais plus le choix. Là où la conquête de la Terre relevait davantage du caprice machiavélique pour Véga, c’est désormais une urgence vitale qui meut ses dernières ouailles, qui entendent bien profiter de l’absence de Goldorak pour faire plier les forces terriennes. Où est passé Actarus ? La paix qu’il cherchait sur sa planète aura-t-elle eu raison de sa force et de sa rage de vaincre ?

Le première chose que l’on peut dire à propos de ce Goldorak, c’est que le défi est relevé. Usant du thème devenu classique du « retour du héros », les auteurs débutent leur album par une ambiance crépusculaire pleine d’amertume, avant d’offrir des combats et scènes d’action dignes de l’anime. Dorison et Bajram n’oublient pas d’implémenter une réflexion sur les affres de la guerre et ses conséquences, sans toutefois délaisser le manichéisme et la naïveté du propos initial de l’œuvre. Non pas que Goldorak mérite un traitement « plus mature » ou une relecture plus sombre, mais il aurait peut-être été possible d’introduire un dilemme plus poignant et plus couteux encore pour le héros.

Le point qui paraît le plus perfectible à la première lecture est celui des dialogues, qui auraient gagné à être plus fluides. Sans être catastrophiques pour autant, ils donnent l’impression d’avoir été écrits hâtivement, et conservent, malgré les relectures multiples que l’on peut leur supposer, quelques maladresses.

Graphiquement, en revanche, ce french touch Goldorak est très abouti, et démontre les talents conjoints de pas moins de trois dessinateurs, rien que ça. Les scènes d’action sont lisibles, fluides et dynamiques, tandis que les personnages, bien campés et très reconnaissables, bénéficient toujours d’un cadrage et d’une mise en couleur superbes.

Pari tenu pour nos auteurs français, qui ont su démontrer leur savoir faire sur l’un des titans de la pop culture.

BD·C'est lundi...·Comics·Manga

C’est lundi, que lisez-vous? #166

septembre 2019

Ce rendez-vous a été initié par Galléane et son principe est de répondre aux trois questions:

1. Qu’ai-je lu la semaine passée ?
2. Que suis-je en train de lire en ce moment?
3. Que vais-je lire ensuite ?
 

1. Qu’ai-je lu les semaines passées ?

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Couverture de Ion MudCouverture de Lettres perdues

Couverture de 47 cordes -1- Première partieCouverture de Middlewest -1- Anger

2. Que suis-je en train de lire en ce moment?

Couverture de Middlewest -2- Fear

3. Que vais-je lire ensuite ?

Couverture de Le tambour de la Moskova - Le Tambour de la MoskovaCouverture de L'esprit critique - L'Esprit critiqueCouverture de Saint-Elme -1- La vache brûlée

Couverture de Undiscovered Country -1- Tome 1Couverture de VeiCouverture de La princesse guerrière - La Princesse guerrière

Salut à tous et bienvenue pour une nouvelle semaine BD sur le blog,

Billet rapide pour cause de Jury BDGEST’arts avec mes lectures parmi ce qui a eu les meilleurs échos de l’année. On commence avec Ion Mud, variante d’un fan du manga Blame!… qui réussit à faire presque mieux (notamment graphiquement en matière de lisibilité) que son modèle. C’est un one-shot de taille confortable, de superbes décors architecturaux et un auteur qui n’oublie pas de construire une vraie histoire et son background pour son premier album. Très chouette. Autre premier album et un coup de cœur, Satchmo, chronique sombre d’un gamin du Jazz dans l’Amérique de la ségrégation. La dernier Timothée le Boucher (qui semble virer à l’obésité d’album en album) m’a confirmé que cet auteur n’est pas pour moi. Je n’accroche définitivement pas à ces discussions de jeunes adultes et à cette atmosphère malsaine. Je ne conteste pas la qualité générale mais bon… Lettres perdues est une sacrée découverte d’un auteur français au pseudo américain qui nous plonge dans une aventure délirantes entre poissons et humains, parfois inspiré de Miyazaki mais avec son propre univers. Très belle BD qui navigue entre public jeunesse et certains thèmes plus sombres.

Dans les SP le manga Babel est une grosse déception! J’en attendais beaucoup et j’au lu sur un très volumineux volume une histoire assez peu axée sur l’histoire ou l’architecture et plus proche du shonen vaguement teinté d’histoire (un peu comme pour le récent Elio). Chronique dans la semaine. Autre manga, plus réussi cette fois, un vieux Taniguchi dont je vous ai parlé ce week-end. Pour finir Sangoma confirme le talent immense de Corentin Rouge et sur des thématiques proches de sa magnifique série Rio (dont l’intégrale vient de sortir et que je vous invite très vivement à lire tant elle m’a marqué) et le comic de Scottie Young Middlewest confirme tout le bien que l’on en dit (chronique probable quand j’aurais pu lire le troisième et dernier volume sorti cet été).

Pour cette semaine mon programme est très fourni (avec beaucoup de gros volumes malheureusement…). Vous trouverez les avis de Dahaka sur Vei et Undiscovered country, chroniqués lors de leurs sorties

Bonne semaine à vous et n’hésitez pas à partager également vos bonnes découvertes (et aussi les lectures à éviter!).

 


 

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Le dernier secret d’Hitler

La BD!

Histoire complète en 120 pages, écrite par Mathieu Mariolle, dessinée par Fabio Piacentini et mise en couleurs par Massimo Travaglini. Parution aux Humanoïdes Associés le 20/10/2021.

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Merci aux Humanos pour leur confiance.

Mobilis in Mobile

En décembre 1944, l’issue de la seconde guerre mondiale semblait déjà scellée, au profit des alliés. Mais, mus par la fougue que procurent le désespoir et le patriotisme exacerbé, les nazis n’ont pas dit leur dernier mot.

Fort de leur suprématie maritime, les allemands chargent le submersible U-864 d’une cargaison qui pourrait prolonger le conflit, et pourquoi pas, renverser la vapeur et redonner aux nazis un avantage décisif.

Afin d’éviter ça, les anglais lancent eux aussi un sous-marin, le HMS Venturer dirigé par le commandant Launders, à la poursuite de l’U-boot allemand, tandis qu’un escadron américain, dirigé par l’insensible Capitaine Duke Collins, le traque depuis la cote norvégienne. Les anglais et les américains ont beau être alliés, ils n’en conservent pas moins leurs objectifs propres, chacun gardant en tête les enjeux colossaux de l’après-guerre, lorsqu’il faudra tenir tête aux russes victorieux du front Est. A bord du U-864, pendant ce temps, règne une tension à couper au couteau (littéralement) entre le commandant Wolfram et l’officier SS Kemmling, qui questionne la loyauté de son homologue et sa capacité à mener à bien cette mission essentielle pour le Reich.

Qui parviendra à ses fins ? Les anglais à bord du Venturer, le cupide Capitaine Collins, ou le dévoué Wolfram ? Et quelle est cette mystérieuse cargaison ? De l’or, comme l’espère Collins, ou tout autre chose ?

War is Hell

Alors que paraît le second volume de sa série Nautilus, Mathieu Mariolle ne plaisante pas (haha) et livre dans le même mois une seconde histoire de sous-marins. Alors que l’on pouvait décemment espérer, compte tenu de l’appétence notoire du führer sur ces thématiques, une petite incursion fantastique/occulte dans le scénario, l’auteur, sans doute déjà repu avec le Nautilus, n’en fait rien et reste dans le sillon historique qui lui a inspiré cette histoire.

Sans pour autant spoiler le contenu mystère de la cargaison, vous ne trouverez dans l’U-864 ni Lance de Longinus, ni arche d’alliance, mais quelque chose de beaucoup plus pragmatique, et beaucoup plus dangereux.

Ce qui est dangereux également, nous dit l’auteur, c’est la détermination de certains hommes à prévaloir quoi qu’il en coûte en temps de guerre, tout autant que la cupidité, qui poussera toujours les hommes à s’entretuer. Bien heureusement, il s’en trouvera toujours pour accomplir ce qui leur paraît juste, quitte à contrevenir aux ordres et à questionner les convictions collectives. Cette histoire de course-poursuite haletante à la Octobre Rouge est donc à la fois une fable sur les affres de la guerre et une réflexion sur la notion d’engagement patriotique.

Le style réaliste de Fabio Piacentini renforce l’aspect thriller du récit de guerre, malgré quelques pauses un peu figées et des couleurs quelques peu artificielles.

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Un assassin à New-York

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Manga de Jinpachi Mori et Jiro Taniguchi
Pika (2021) – (1995), 209p., one-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Pika pour leur confiance!

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Benkei est un peintre japonais installé à New-york. Il est aussi « vengeur », un assassin qui élimine les personnes coupables d’atrocités. Expert dans son art, il n’en a pas moins une vie personnelle qu’il tente de protéger des dangers de la pègre autour de laquelle il gravite…

Un assassin à New York, manga chez Pika de Môri, TaniguchiQuelle surprise de voir Pika graphic (le label one-shot d’auteurs des éditions Pika) annoncer un Taniguchi sur un polar des années quatre-vingt-dix! Pour ceux qui ne connaissent pas, Jiro Taniguchi est un des mangaka les plus célèbres en France, édité chez Casterman dès la première vague des manga en France en même temps qu’Akira, Dragonball et Tonkam. C’est pourtant dans les années deux-mille qu’il atteint la notoriété littéraire avec Quartier lointain et le Sommet des dieux (tout juste adapté en film d’animation par des… français) qui parviennent à intéresser la presse classique à des manga qui correspondent aux codes de la BD « sérieuse » et à faire admettre tout le genre comme de la BD à part entière. Cela car après des mangas tout à fait dans les codes, l’auteur francophile (alors peu populaire chez lui) migre vers un style épuré, contemplatif et très proche de la BD franco-belge, si bien que la plupart de ses œuvres sont éditées en France dans le sens de lecture européen sans que cela ne pose de problème. L’auteur est malheureusement décédé à à l’aube de ses soixante-dix ans en 2017.

Benkei in New York 6 Page 15 - a hard boiled story by Taniguchi | New york,  York, CartoonOn retrouve ainsi dans cet assassin à NY une patte tout à fait 90’s, un style graphique très précis notamment dans les décors et les séquences d’actions redoutables d’efficacité et qui démontrent combien Taniguchi était un grand technicien. La distorsion entre la bonhommie non feinte du tueur et son efficacité imparable fonctionne parfaitement. On entre progressivement dans son intimité, sautant d’affaire en affaire. C’est là le principal problème de ce très bel album, sa narration entrecoupée qui malgré un réel fil rouge, nous donne le sentiment d’assister à des séquences isolées. Il manque un certain liant entre ces histoires qui voient le héros tenter de protéger sa compagne gogo danseuse et prostituée à ses heures et naviguer entre sa peinture et ses assassinats. On ne voit pas bien où le scénariste veut en venir, dans une atmosphère toute orientale sans vraiment de linéarité.

Au final cet ouvrage vaut pour son caractère patrimonial et rate le statut d’incontournable que l’on aurait attendu au regard de son sujet (on aime toujours ces portraits de tueurs solitaires redresseurs de torts!). Les amoureux de Taniguchi y trouveront leur compte et les dévoreurs de manga une pause originale dans le monde des tueurs nocturnes.

Retrouvez aussi l’avis de l’apprenti Otaku.

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BD en vrac #25: De Ira – Lanfeust de troy #9 – Le tueur, Affaires d’Etat #3

La BD!

  • De ira (Hirlemann/Delcourt) – 2021, 140p., niveau de gris, one-shot.

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Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance!

couv_431661L’année 2021 est tout à fait prolifique pour Stephane Hirlemann puisque pour son entrée dans le monde de la BD le dessinateur propose pas moins de trois albums. Sans doute du fait des reports éditoriaux dus au COVID, mais cela montre une envie palpable. Après le plutôt raté Homme sans sourire qui était sauvé par des dessins où Hirlemann était à son aise dans une atmosphère de dystopie d’opérette issue d’Orwell, il propose avec ce one-shot un très gros coup de gueule gonflé mais risqué pour un premier album. 

S’inscrivant dans une ribambelle d’ouvrages s’inscrivant dans la colapsologie (avec des albums comme La Chute ou Carbone et Cilicium), De Ira (« de colère ») nous présente un groupe de rebelles anarchistes contestant la marche de leur société vers l’injustice, l’oppression des faibles et la progression inéluctable vers le fascisme, en affrontant parfois brutalement les tenants du système. Opérations coup de poing dans un camp de migrant, attaque de flics ou invasion d’amphithéâtres universitaires, ils sont déterminés à ne pas laisser faire…

On sent la rage de l’auteur devant une actualité qui mérite d’être effectivement condensée en des ouvrages qui nous rappellent l’anormalité des temps que nous vivons et le drame de l’indifférence. Ouvrage rebelle, anarchiste, De Ira est touchant par sa rage qui rappelle par moments le très sympathique Renato Jones. Maladroit, le scénario nous fait suivre sans trop de structure ces actions de rébellion avant d’approfondir un propos (y compris graphique) dans la seconde partie, plus intéressante. Le dessin propose un surprenant niveau de gris fort dommage et qui cache une rapidité d’exécution à la qualité très irrégulière. Ouvrage maladroit, pamphlet politique anarchiste intéressant, De Ira reste tout de même très imparfait et aurait mérité sans doute un peu plus de bouteille.

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Merci aux éditions Soleil pour leur confiance!

  • Lanfeust de Troy #9: la forêt noiseuse  (Arleston-Tarquin/Soleil) – 54p., 2021

couv_434346Retour au bercail pour les deux golden-boy de la naissance de Soleil! Après deux excellents cycles de huit tomes (Lanfeust de Troy puis sa suite directe SF Lanfeust  des Etoiles), les auteurs avaient lancé en 2009 un troisième cycle Odyssey prévu justement sur des diptyques permettant de ne pas étirer éternellement la recette… avant de changer de braquet pour partir sur le plus gros cycle (en dix tomes) très redondant qui avait fini par me lasser. Partis depuis faire l’éditeur avec Drakoo pour Arleston et sur sa série space-op solo pour Tarquin, le duo se reforme pour reprendre la suite directe de Lanfeust de Troy avec ce tome « 9 » en format one-shot. On ne comprend pas bien l’utilité de raccrocher cette Forêt noiseuse au cycle premier mais le format reste la meilleure idée qu’ils aient eu depuis dix ans.

Si l’idée de faire vieillir Lanfeust de treize ans d’un coup et de transformer Hébus en un érudit bibliothécaire fait un peu forcée, celle de contester le conservatisme d’Eckmül avec ce méchant siphonnant la magie du Magohamoth pour la redistribuer à sa guise est alléchante. Si les auteurs ne vont finalement pas plus loin que l’aventurette pleine de jeux de mots et de séquences débiles, on sent une dynamique toujours présente dans la tête d’Arleston et qui pourrait proposer des choses fort sympathiques par la suite, pour peu que le cadre one-shot soit respecté. Redémarrage forcément commercial donc, mais qui permet clairement à la jeune génération de découvrir cet univers toujours drôle et aux anciens de retrouver, parfois avec délectation, ces personnages qui ont bercé nos jeunesse BD.

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Merci aux éditions Casterman pour leur confiance!

  • Le tueur – affaires d’Etat #3:   (Matz/Jacamon/Casterman) – 64p., 2021

Quatrième cycle achevé en trois tomes. Le billet du premier volume est ici.

couv_433983Ce nouveau cycle court laisse un gout incertain dans la bouche. Les qualités et les défauts sont ceux décrits précédemment, notamment la pauvreté des décors où malheureusement le scénariste ne parvient pas à offrir à son dessinateur beaucoup de vues architecturales susceptibles de mettre du peps dans cette monotonie urbaine. Le propos de Matz concernant le cœur du sujet (le politicien populiste) est très ambigu et c’est cela qui intéresse le plus: présenté par tous les personnages comme une crapule, son discours ne laisse pourtant pas le lecteur désintéressé en disant des vérités sur le système politique et le discours mainstream médiatique. Loin de se contenter d’un ersatz raciste de Marine Le Pen, il semble bien convaincu par son rôle de poil à gratter. L’utilisation des caïd pour mettre de l’huile sur le feu et permettre un contexte qui lui est favorable n’annule pas pour autant des vérités qui rejoignent les pensées lucides du tueur. Sans nous guider particulièrement, Matz sème donc le doute en laissant son lecteur réfléchir tout seul sans savoir vraiment ce que pensent les auteurs de tout ceci. Le duo de flics est également un des points forts de cette intrigue où le Tueur reste bien passif et où on ne nous donnera pas beaucoup d’éléments sur les visées des services de renseignements et des affrontements internes à l’Etat. C’est le principal regret que l’on pourra avoir sur ces Affaires d’Etat que l’on aura espéré avoir plus d’ampleur. Si l’on regarde les cycle du pétrole on aura été beaucoup plus proche de ces affaires internationales mêlant politique, argent et enjeux économiques que sur cette trilogie. L’aspect froid et lent fait partie des codes du Tueur. On prend donc toujours du plaisir avec ce qui a plu jusqu’ici, un cran en dessous pourtant. Espérons que la suite aura plus d’envergure.

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*****·BD·Jeunesse

La Princesse Guerrière

La BD!

Histoire complète (plus ou moins) en 162 pages, écrite et dessinée par Alexander Utkin. Parution le 25/08/2021 aux éditions Gallimard Jeunesse.

Pendant ce temps dans les steppes

Coup de coeur! (1)

Dans le précédent article, nous faisions connaissance avec le Roi des Oiseaux, grâce à Gamaïoun, la femme oiseau qui sait tout et se fait un devoir de nous raconter les meilleures histoires qu’elle a en mémoire.

Cette fois, elle prolonge le récit aux multiples ramifications qu’elle avait entamé dans le précédent opus. On débute notre épopée aux côtés de Vassilissa, qui pour sauver son père des machinations de sa perfide marâtre, doit se rendre auprès de la redoutée Baba Yaga, au cœur de la forêt, et passer plusieurs épreuves mortelles. Pour cela, elle sera aidée par sa petite poupée, artefact magique hérité de sa mère, et qui pourrait bien la tirer d’un mauvais pas ou deux.

Les circonvolutions de la légende nous mèneront ensuite aux côtés de John, fils benjamin d’un roi insulaire du Sud, qui brave à son tour les dangers de la forêt et passe un accord avec Baba Yaga pour sauver son père malade. Après l’échec de ses frères aînés, John réussit à récolter les pommes d’or tant convoitées mais doit faire face à leur trahison. Et c’est là qu’intervient la fameuse Princesse Guerrière, qui a bien l’intention d’obtenir réparation suite au vol de ses pommes.

Ba-ba-ba, Baba Yaga

Alexander Utkin nous régale encore une fois en puisant dans le folklore slave ! Ce second opus s’articule lui aussi autour d’un récit choral et interconnecté, ce qui nécessite, non pas pour une bonne compréhension mais plutôt pour un plaisir optimal de lecture, d’avoir lu attentivement le Roi des Oiseaux, afin de saisir toutes les connexions qui unissent ces histoires extraordinaires.

Le ton est toujours naïf, certes, manichéen diront certains, mais après tout, ce sont des contes, des morceaux de sagesse populaire pleins de magie et de créatures en tous genres, censés nous communiquer une morale. Les personnages sont toujours attachants, de John le prince sous-estimé à la Poupée en passant par la Baba Yaga (que je ne connaissais qu’à travers la série Hellboy, et donc pas forcément sous un jour très favorable), et participent à donner à cet ensemble un caractère intemporel.

Côté graphique, Utkin fait encore des merveilles, à travers un trait gras aussi épais que naïf. Son bestiaire notamment, est fascinant, empli de créatures chimériques qu’un Guillermo Del Toro lui envierait certainement.

La Princesse Guerrière confirme le talent de son auteur, un coup de cœur assurément !

***·BD·Nouveau !·Service Presse

Fang, chasseuse de démons

La BD!

Premier tome de 64 pages, avec Joe Kelly à l’écriture et Niko Henrichon au dessin. Parution le 13/10/2021 chez les Humanoïdes Associés.

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Merci aux éditions Urban pour leur confiance!

Des souris (des loups, des cerfs, des ours, des renards) et des hommes

Dans un royaume fantastique d’extrême orient, dans lequel humains et animaux anthropomorphes cohabitent, Fang, jeune renarde au regard acerbe et qui ne s’en laisse pas conter, parcourt les terres hostiles avec une mission: traquer et éliminer les démons qui se cachent sous une apparence anodine afin de contaminer le monde.

Formée au combat et aux techniques de chasse, Fang va de village en village, pour débusquer les créatures et les forcer à se révéler sous leur véritable visage, avant de les occire. La concurrence est rude parmi les chasseurs, parmi lesquels il n’est pas inhabituel de trouver quelques charlatans, ce qui, conjugué à l’étroitesse d’esprit des villageois, rend souvent la tâche plus ardue pour notre goupile héroïne.

Bien entendu, Fang n’est pas une chasseuse ordinaire et cache un lourd secret, qui fait sa force mais peut aussi constituer un défaut fatal. La chasseuse de démons va accepter à contrecœur une mission de sauvetage qui risque bien de la confronter à sa dichotomie interne et révéler quelques failles.

Une menace pour en détruire une autre

Joe Kelly est un auteur américain connu notamment pour avoir fait du personnage de Deadpool ce qu’il est aujourd’hui, à savoir le mercenaire méta déjanté conscient d’être un personnage de comics. Parmi les oeuvres notables de Kelly, on trouve aussi des runs de X-men, de Daredevil, ou encore de Justice League et le roman graphique I Kill Giants (Chasseuse de Géants en VF), qui a généré une adaptation cinématographique sur laquelle l’auteur est également crédité. Plus surprenant encore, Kelly a travaillé en tant que scénariste sur la célèbre série How I Met Your Mother.

Fang

Tout ça pour signifier que l’auteur en question n’est pas un manchot, loin s’en faut. Or, il demeure à la lecture de ce premier tome de Fang un léger goût d’inachevé, comme si l’auteur n’avait pas exploité intégralement les possibilités de son univers, où qu’il gardait des billes pour la suite. La seconde idée paraît logique dans le sens où il s’agit du premier tome d’une série, dont la suite pourrait dévoiler des pans plus intéressants de l’univers en question.

La Chine médiévale telle qu’elle peut être fantasmée par nous autres occidentaux est toujours un terrain de jeu propice pour un auteur, surtout lorsqu’il est accompagné d’un artiste talentueux comme Niko Henrichon, qui livre des planches superbes dans un style crayonné et couleurs directes qui magnifie à la fois les décors et les personnages. Des thématiques comme la tolérance et la cohabitation pacifique sont de mises avec ce genre de prémisse, mais sonnent comme une légère redite, une solution de facilité lorsqu’on met des animaux en scène (La Ferme des Animaux de George Orwell, ou Zootopie plus récemment).

Le dessinateur s’en tire avec les honneurs sur ce point, surtout si l’on prend en considération la difficulté que peut représenter un monde mêlant animaux anthropomorphes et humains pur jus. La mise en scène, en revanche, peut être confuse par moment, notamment lors des combats, ce qui se ressent dans le découpage, parfois trop elliptique.

Subtil mélange entre De cape et de crocs et Tigre et Dragon, Fang démarre correctement avec ce premier album, notamment grâce au graphisme, mais laissera sûrement le lecteur sur sa faim, espérant que la suite prévue en 2022 saura combler ces attentes.

****·Comics·East & West·Nouveau !

Avengers: Nuit Noire

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Recueil des dix épisodes la mini-série Marvel Avengers No Road Home, écrite par Mark Waid, Al Ewing et Jim Zub, et dessinée par Paco Medina, Sean Izaakse et Carlo Barberi. Parution le 25/08/2021 chez Panini Comics.

Nyx sa mère

Peu de temps auparavant, les Avengers, les plus puissants héros de la Terre, ont fait face à une nouvelle menace cosmique. Deux entités extraterrestres surpuissantes issues des Doyens de l’Univers, le Grand Maître et le Collectionneur, ont pris la planète en otage et s’en sont servi comme d’un plateau de jeu, utilisant héros et vilains comme des pions à leur service.

Ce faisant, ils ont involontairement permis à Nyx, déesse de la Nuit et des Ténèbres, autrefois toute-puissante, de rompre l’enchantement qui la maintenait en captivité depuis que Zeus l’a bannie après avoir dispersé les morceaux de son âme. Très insatisfaite de ce sort peu enviable, Nyx resurgit accompagnée de sa progéniture, et impose sa vengeance au panthéon grec, n’épargnant personne.

Seul Hercules, fils immortel de Zeus, échappe au massacre, du fait de sa présence sur Terre au moment des faits. Seul, le Lion de l’Olympe ne peut rien face à la déesse de la nuit. C’est pourquoi Voyager, la fille du Grand Maître, grande admiratrice des Avengers, se lance dans une campagne express de recrutement pour épauler Hercules et repousser Nyx, dont le pouvoir grandissant provoque la disparition de la lumière à travers tout le cosmos.

Ainsi, Hercules retrouve-t-il la Sorcière Rouge, La Vision, Spectrum, Hawkeye, Hulk et Rocket Racoon, pour une quête qui va les mener aux quatre coins de l’univers, jusqu’à la source de la création, en passant par le royaume des rêves. Le souci qui va rapidement se poser, c’est que sept héros choisi aléatoirement ne seront pas nécessairement les mieux équipés pour affronter cette menace. En effet, Hercules a perdu les siens, et est donc aveuglé par la rage et le désespoir. La Sorcière Rouge, va se retrouver aveuglée par Nyx et projetée dans un monde inconnu, où elle fera la rencontre d’un célèbre Barbare. La Vision, quant à lui, est détérioré et entrevoit pour la première fois la possibilité de mourir comme un humain. Hawkeye doute de lui-même et de sa réelle place au sein de l’équipe, alors que Hulk caresse l’idée de se venger de l’archer suite aux événements tragiques de Civil War 2. Rocket Racoon, lui, se demande encore ce qu’il fait là, comme le reste de l’équipe.

Ce que l’on devient dans l’obscurité

Nous voici face à une histoire auto contenue des héros les plus populaires de Marvel, comme ont pu l’être des séries de la belle époque comme Avengers Forever. Waid et Ewing, désormais vieux briscards des comics et notoirement érudits en terme de continuité, s’entourent majoritairement de seconds couteaux, en évitant soigneusement les piliers du groupe tels que Cap, Iron Man ou Thor. En effet, Sorcière Rouge, Vision et Hawkeye, font depuis belle lurette partie du coeur de l’équipe, mais ont longtemps été considérés comme des personnages mineurs incapables de soutenir la série lors du départ des Big Three.

Nuit noire (par Mark Waid, Paco Medina, Al Ewing et Carlo Barberi)

L’Histoire a donné tort aux détracteurs, puisque la série Avengers, loin de se focaliser sur ses stars, a su perdurer en entremêlant les destinées des personnages dits secondaires, pour tisser une toile complexe au fil des décennies. Ici l’intrigue est relativement simple, mais permet à l’ensemble des personnages, dans ce casting bigarré à la limite du WTF (Rocket ?), de briller à sa manière en respectant sa caractérisation antérieure.

Il faut reconnaître cependant que l’antagoniste Nyx, si elle provoque la sympathie par moments, manque un tant soit peu de charisme et de présence. Ses pouvoirs, assez peu définis, semblent surgir et évoluer au gré des besoins des auteurs, qui nous ont habitués à plus de rigueur de ce côté-là (il n’y a qu’à lire les Ultimates de Al Ewing par exemple). L’inclusion de Conan le Barbare paraît quant à elle forcée, surtout si l’on prend en considération le fait que Marvel avait récupéré juste avant les droits du personnage.

Il n’en demeure pas moins que l’aventure cosmique de ces Avengers de la dernière chance se révèle dynamique et engageante, et prend même une dimension supérieure inattendue durant son dernier chapitre.

Dire que c’est une histoire auto contenue est peut-être un peu abusif, cependant, car les auteurs ont inclus de nombreux easter eggs et références, rappels à des événements antérieurs, qui peuvent remonter à plusieurs décennies pour certains d’entre eux. Rien de gênant pour les nouveaux lecteurs, mais très appréciable pour les true believers de la première heure.

Tout le monde devrait donc trouver son compte dans Nuit Noire: les lecteurs occasionnels ne souhaitant pas s’embarquer dans un lecture trop étalée ou trop fastidieuse, et les fans inconditionnels qui y retrouveront leurs personnages favoris, avec un avant et un après.

BD·C'est lundi...·Comics·Manga

C’est lundi, que lisez-vous? #165

septembre 2019

Ce rendez-vous a été initié par Galléane et son principe est de répondre aux trois questions:

1. Qu’ai-je lu la semaine passée ?
2. Que suis-je en train de lire en ce moment?
3. Que vais-je lire ensuite ?
 

1. Qu’ai-je lu les semaines passées ?

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Couverture de La cour des Miracles -1- Anacréon, Roi des GueuxCouverture de La cour des Miracles -2- Vive la Reine !

Couverture de La cour des Miracles -3- Le crépuscule des miraclescouv_433983couv_431672

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2. Que suis-je en train de lire en ce moment?

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3. Que vais-je lire ensuite ?

couv_431471Couverture de Undiscovered Country -1- Tome 1

Salut à tous et bienvenue pour une nouvelle semaine BD sur le blog,

Avant de commencer je voudrais revenir sur un échange, pas original, mais sur un sujet récurent, que j’ai eu sur Facebook avec des auteurs de BD « installés », qui rebondissaient à une infographie très parlante montrant l’immense écart de chiffres de vente en France entre BD et manga. Comme je le disais ce n’est pas nouveau. Pour rappel, l’ensemble de l’édition française est tirée depuis quelques années exclusivement par la BD (en catégorie large) et ce sous-genre est très fortement tiré par le Manga. Cela a deux effets. Le premier (vision positive) c’est que de l’argent rentre chez les éditeurs qui devraient avoir plus de facilité à publier de nouveaux auteurs inconnus (prendre des risques en somme). Le deuxième (on le voit sur le graphique), c’est que tout le secteur progresse et on ne peut que s’en réjouir, en relativisant la problématique du coût des albums (on est passé à 16€/BD franco-belge, ce qui n’est pas rien). Le corollaire de ça c’est la profusion de titres qui paraissent et rendent difficile de suivre tout ce qu’on voudrait. A titre personnel et pour ce qui concerne les blogueurs, malgré l’aide des Service presse, cela atténue la portée de nos sélections puisque nous ne sommes pas en mesure d’avoir une vue relativement large malgré le temps passé sur cette passion… mais peut-être aussi que cela renforce l’utilité de nos suggestions dans la galaxie des sorties. A vous de me dire…255278180_4460190877382682_3083367837927310856_n

Pour revenir à nos moutons, les dits auteurs débattaient sur le manga et le côté dérisoire des batailles salariales quand on voit, pour caricaturer, des hordes de jeunes acheter des piles de manga par boulimie quand ils passent à côté de magnifiques BD très qualitatives. Il y a un peu de vrai dans tout ça et aussi du très subjectif, mais ce que j’ai trouvé intéressant c’est la question du pourquoi? Pourquoi en effet les manga se vendent-ils si bien comparé à la BD? Sur le plan graphique on ne peut nier que l’exigence est en moyenne bien moindre qu’en FB, de même que la fabrication de l’objet (papier glacé et couverture cartonnée  VS format poche et papier épais). Ce qui me marque personnellement c’est le coût. On me dira que le budget des acheteurs de manga est sans doute aussi élevé que celui des FB, mais le rapport page/prix est sans commune mesure. Qu’on déplore une vision « comptable » ne change rien à ce fait et je me garderais bien de juger les mangavores sur ce point. Chacun met le curseur là où il veut. Ce qui est étonnant c’est que depuis l’âge des magazines de prépublication type (A suivre) qui publiait jadis Corto Maltese, Manara ou Bourgeon à prix modique, je n’ai jamais vu de tentative sérieuse des éditeurs de FB pour proposer des BD à bas prix. Les formats journaux sont de petits coups de com’ et la tendance est plutôt à proposer des formats luxe et grand format. Le public n’est pas le même (plutôt adultes avec salaire pour le FB, plutôt jeunes avec moins d’argent pour le manga) mais en tant que blogueurs (parce que c’est ce que j’essaye de faire à chaque billet) je ne me résout pas à voir des publics cloisonnés. La BD reste de la BD, petit ou grand format, lue de droite à gauche ou avec des superslip. Pourtant je me dis que ce qui définit le manga c’est une lecture rapide, à publication rapprochée de type feuilleton et que certains ont des dessins largement au niveau de la FB. Sans changer le format il serait possible de proposer les nouveautés BD en format souple avec papier moins qualitatif pour des coûts approchant les 5€/album.

Je ne minimise pas l’effet culturel du public manga mais un tel écart ne peux s’expliquer juste par l’amour des kawaï et des jeux vidéo. Il faudrait évidemment avoir les chiffres de vente des séries qui brisent ce mur, comme Radiant en manga ou du Taniguchi chez Casterman pour comparer, mais je conteste une telle spécificité graphique entre manga et BD. My Broken Mariko par exemple aurait très bien pu être publié en francobelge dans une collection type « Angoulême » aux côtés de Vivès ou Bagieu…

Laissons là ces réflexions (que je vous invite à prolonger en commentaires!) pour le récap habituel des lectures. Mon marathon lecture continue avec le dernier et très grosse intégrale d’Injustice… qui perd malheureusement en qualité depuis le départ de Tom Taylor du scénario, en retombant dans un schéma classique de Justice League. Le dernier album de la saga White Knight de Sean Murphy sur Harley Quinn est en revanche au même niveau que ses prédécesseurs et clairement un coup de cœur de cette fin d’année! Après Contrapaso, impressionnante enquête dans l’Espagne franquiste (et candidat à l’album BD de l’année pour moi) j’ai découvert avec surprise une courte série dont j’avais entendu du bien et qu’on m’a prêté, La Cour des miracles. Si le dessin est un peu spécial au début on finit par s’y faire et apprécier une noirceur qui mets en regard le roi Lois XIV et le roi des Gueux, le Grand Coëstre qui régnait sur la sous-société de l’Ancien Régime. Un subtile parallèle avec notre époque et le rejet du pouvoir officiel est très intelligemment suggéré en renforçant la portée politique du projet. Le scénariste avait proposé le magnifique Chevalier à la Licorne, une des premières chroniques de ce blog. je vais très probablement prendre le temps d’un billet sur cette Cour des miracles pour détailler tout cela.

Les nouveau Lanfeust et Tueur sont tout à fait honnêtes, sans pour autant lever un enthousiasme fou (billet groupé en fin de semaine). La grosse sortie Dupuis de ce mois c’est le Tenebreuse de Mallié et Hubert, à titre posthume. Sympathique mais terriblement classique, il faudra attendre le second tome pour se prononcer. Autre posthume avec un polar de Taniguchi qui m’intrigue et que je viens de commencer, avant d’entamer une des BD qui me tente le plus de cet automne depuis le choc qu’a été Rio de Corentin Rouge. Si vous ne connaissez pas ce dessinateur précipitez vous sur la série des favelas (cinq tomes dont l’intégrale vient de sortir chez Glénat). Enfin il faut que je reprenne le premuer Undiscovered country avant la sortie incessante du second de cette dystopie américaine très d’actualité…

Bonne semaine à vous et n’hésitez pas à partager également vos bonnes découvertes (et aussi les lectures à éviter!) dans le maelstrom de l’automne.