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Fairy Quest

La trouvaille+joaquimComic de Paul Jenkins et Humberto Ramos
Glénat (2012-2015), série en 2 vol/4 prévus.

161751_cAvec Humberto Ramos il y a un truc en plus. A l’époque de son grand comic Crimson je me souviens qu’un pote me l’avait montré, en pâmoison… Moi le côté « sauce tomate » m’avait paru un peu ridicule. Par la suite j’ai regardé de loin ses productions avec une grande attirance pour son design, pourtant assez simpliste et très cartoon. Le bonhomme a une relation un peu particulière avec l’industrie en ce qu’il a commencé chez Wildstorme, un label d’auteur indépendants fâchés avec le système des majors de la BD américaine que sont Marvel et DC et qui ont donné des trucs très novateurs dans les années 90 comme Witchblade, DV8 ou Battle Chasers. Tous ces auteurs sont depuis rentrés dans le rang mais ils gardent un caractère particulier, et surtout j’ai vraiment commencé les comics avec ces séries… Il y a quelques années Ramos a commencé à bosser en Europe, sur la série mystique Revelations puis un spin off de Kookaburra chez Soleil et enfin, Fairy Quest chez Glénat, que je vais vous présenter aujourd’hui. La série doit comporter quatre tomes, dont deux sont sortis en 2012 et 2015.

A Bois-des-contes règne le pouvoir implacable de Grimm: les personnages de contes Variants qui ne suivent pas le script de leur histoire sont pourchassés et condamnés au vide-tête! Mais le Chaperon rouge et son ami le Loup ne comptent pas se laisser faire et s’échappent avec pour objectif de rejoindre Vrai-monde…

https://www.fant-asie.com/wp-content/uploads/2012/07/Planches-Fairy-Quest-2.jpgRamos n’est donc pas le meilleur dessinateur de comics qui soit. Son dessin aux gros pieds et trognes mignonnes n’est pas très technique… mais a diablement du style, de la consistance, une personnalité! Sur le récent Extraordinary X-men il apportait déjà un je ne sais quoi de spécial à une histoire relativement banale. Ici son trait et les couleurs de son comparse Leonardo Olea (magnifiques) donnent une texture entre le manga et le graphisme de jeux vidéo à cet univers des contes. Il parvient notamment à donner un vrai caractère au couple Rouge/Lou’ qui entraîne le lecteur sur leurs traces avec une vraie tendresse. Le méchant Grimm est également très réussi. Mais ce sont finalement les planches en plan serré qui sont les plus réussies, l’artiste mexicain délaissant (comme souvent dans les comics) ses arrières-plans.

Résultat de recherche d'images pour "fairy quest ramos"Je ne connaissais le travail de Paul Jenkins que sur son diptyque avec Humberto Ramos Revelations, enquête policière occulte dans les églises du Vatican, dont l’ambiance et la construction m’avaient marqué à l’époque. Ici il montre également son talent: il n’est jamais facile de tenter une variation sur l’univers des contes. Beaucoup s’y sont essayé, souvent de façon compliquée (comme sur City Hall). Dans Fairy Quest, si l’intrigue est très linéaire (une course-poursuite), le traitement des personnages connus est très intéressante. D’abord par-ce qu’il ne commet pas l’erreur d’en faire le point central de son histoire. Les deux héros sont Rouge et Loup, les autres personnages ne sont qu’une coloration donnant de la texture à l’univers et l’on ne peut qu’apprécier leur caractère original lors de leur apparition rapide. L’idée de la dictature et du libre-arbitre est également intéressante et permet d’aborder la psychologie des monstres et de prendre les lecteurs à contre-pied (en mode « psychanalyse des monstres de contes de fée… »).

On prend plaisir à trouver des lieux connus et des personnages à contre-emploi et l’affrontement parallèle entre Grimm et Andersen (là aussi l’on retrouve l’idée forte de City Hall) crée un background qui donne envie de connaître la suite et le hors-champ (pourquoi on en est arrivé là?). Les dialogues entre Rouge l’éternelle optimiste et le grognon Loup qui voit des problèmes partout sont très drôles et assurent la « prise » avec le lecteur. Cette série à la parution lente est une vraie bonne surprise que je n’avais pas vue sortir il y a cinq ans et j’espère vraiment que les auteurs assureront sa clôture en quatre tomes comme prévu car le deuxième volume nous laisse en suspens avec une grosse envie de retourner en compagnie du gros poilu et de la petite fille encapuchonnée!

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Vestigiales

BD du mercrediBD de Florent Maudoux
Ankama (2018), 80 p.

881632_w450Le livre comprend une préface et une poste-face en forme de descriptif des passions humaines… L’album est un one-shot dérivé de la série mère Freak’s Squeele, dans le même univers que Rouge  et Funerailles (ce dernier est sur ma PAL). Vestigiales fait référence à une fonction ancienne de certains organes qui n’a plus lieu d’être et renvoie à l’état primitif de l’homme. L’album propose donc d’aborder l’intime mystique des deux personnages de sa série phare, Ombre et Xiong Mao.

Vestigiales a été annoncé assez mystérieusement par son auteur au printemps dernier, comme un Spin-off érotique… Après lecture je ne pense pas qu’érotique soit le terme le plus approprié et je qualifierais plutôt l’album comme un essai mystico-baston sur l’identité sexuelle de ses personnages… Le projet est (comme la série mère d’ailleurs) assez personnel et le texte post-face est bienvenu pour détailler l’objet et l’appréhender pour autre chose qu’une simple digression baston sexy.

vestigiales1.jpgD’un premier abord, outre une couverture assez chaude, dans la ligne de l’évolution des couvertures de Maudoux (de plus en plus belles et de plus en plus « nues »!), cet album nous propose assez vite des combats dans le monde des rêves, via un voyage initiatique d’Ombre et Xiong Mao. L’auteur peut se faire plaisir et nous faire plaisir en dénudant franchement ses protagonistes lors des combats par ailleurs très bien menés. Dans la série principale l’on sentait une envie frustrée sans doute par le public assez large de la BD. La qualité du trait de Florent Maudoux et la sensualité graphique du personnage de Xiong Mao étaient ainsi couverts par l’histoire déglingos de Freak’s Squeele malgré quelque scènes de nu. La parution de la série Funérailles a vu une évolution des couvertures, très sexy, qui amènent très directement cet album.

Le principal intérêt de Vestigiales est donc son graphisme sublime, notamment du fait d’une colorisation très agréable et naturelle. Les entrelacs de corps féminins plus ou moins transformés en créatures imaginaires proposent de superbes planches au sein d’un univers noir et blanc qui permet pour la première fois de découvrir le talent brut, sans trame ni couleur, de Florent Maudoux qui est l’un des tout meilleurs illustrateurs de sa génération et que je m’impatiente de voir sortir de l’univers qu’il a créé pour voir ce qu’il peut proposer d’autre. L’encrage est très beau et les décors très élégants, le contraste entre arrières-plans et personnages étant ainsi renforcé. Vestigiales est un plaisir des yeux, un bonbon graphique!

jjp.jpgHeureusement, sa raison d’être n’est pas qu’une envie graphique (…ce qui aboutit généralement à quelque chose de joli mais a ranger rapidement au fond de l’étagère). Le projet est finalement assez ambitieux car s’il vise (selon son auteur) à combler un trou de son histoire, c’est surtout une réflexion sur le couple et sur l’identité intime de chacun qui est proposée. Présenté comme un rêve initiatique dans le passé des personnages, l’album les voit combattre des membres de leur famille ou des incarnations d’archétypes (féminin/masculin, Destruction/fertilité,…) jusqu’à envisager la vieillesse dans une sorte de nid primordial où est convoquée la vénus de Willendorf. les références sont nombreuses et subtiles et l’on sent que l’auteur pense ses histoires pour leur donner une symbolique qui dépasse la simple BD d’action.

Sans titre.jpgLe propos de Maudoux sur l’identité masculine notamment est vraiment intéressant et poussé, surprenant dans un spin-off de série grand-public à l’inspiration manga/comics. La prolongation de la réflexion dans le texte final détaille l’idée d’une révolution identitaire du mâle occidental dans un monde où les rites initiatiques ont disparu et laissent l’homme sans cadre pour se construire une identité sexuée…

La création de cet auteur est décidément inclassable (sans doute pour cela que j’ai eu un peu de mal à m’y immerger dans Freak’s Squeele), bancale par moments, mais visuellement superbe et permet de découvrir un bonhomme qui réfléchit son art. Ça donne indubitablement envie de se plonger plus loin dans sa biblio. Pour moi ça commence très bientôt avec Funerailles!

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Nick Fury

East and westComic de James Robinson et ACO
Panini (2017)/Marvel (2017), one shot 121p.
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Le site Comics blog est un peu l’entonnoir de l’univers du comics, tout y passe et cela permet de dénicher des pépites dont personne ne parle. Ainsi je suis tombé sur cet objet improbable, sorte de croisement entre James-Bond époque Casino Royal, Avengers (non, l’autre, celui avec un chapeau melon et des bottes de cuir…), et le Batman avec Adam West…

Nick Fury jr. est le meilleur agent du SHIELD. Au cours de 6 missions il va œuvrer, toujours avec classe,  à faire échouer les plans machiavélique de Hydra…

Attention, cet album titille la rétine et si vous êtes gothique dans l’âme, foncez lire (l’excellent) Black Monday Murders à la place… Cette petite récréation n’a d’autre ambition que de nous plonger dans un univers cool, manichéen, flashy et pop, un retour dans les histoires d’espionnage très Pop des années soixante sur fond de vert pomme et de rose fuchsia. Résultat de recherche d'images pour "nick fury aco"Nick Fury est un super espion imbattable, jamais surpris, qui a toujours un coup d’avance sur les terroristes d’Hydra et ses assassins mortels. Les histoires n’ont aucune espèce d’importance et tiennent sur un timbre poste avec une linéarité qui laisse un sourire aux lèvres devant tant d’improbable. Dans cet univers là on va en mission scaphandre combattre des exosquelettes sur la Lune ou on utilise une technologie du SHIELD pour respirer dans les abysses d’Atlantide… Fury a des gadgets super cool, un costume trois pièces d’une élégance folle et prends le temps de flirter en buvant un martini dans un train rempli d’assassins.

Vous l’aurez compris, l’histoire et les scènes donnent un côté très sympathique au projet… mais c’est bien le graphisme et la mise en scène qui dépotent et sont d’une originalité folle. Résultat de recherche d'images pour "nick fury aco"Contre toute attente l’amoncellement de couleurs criardes est terriblement classe et l’artiste ACO joue sans aucune retenue à découper ses cases en jouant sur des formes psychédéliques. L’essentiel de l’album se présente en successions de doubles pages, qui permettent un grand format et des insertions de cases en forme de rond, d’étoiles ou que sais-je. Il y en a de partout, ça fait « sheba, paw, plop, wizzz » et tout cela est fort agréable, comme un générique de James Bond en grand format. Alors bien sur certaines missions sont un peu trop artificielles et on aurait pu attendre un semblant d’ambition scénaristique en introduisant une continuité sur le personnage, mais finalement ne préfère t’on pas toujours une série B assumée à quelque chose qui tente de paraître crédible?

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Black monday murders

esat-westComic de Jonathan Hickman et Tomm Cocker
Urban (2018) / Image comics – US (2016), 240p. 2 vol. parus aux USA (8 épisodes).

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Comme d’habitude chez Urban, les couvertures originales (magnifiques) et des croquis de l’illustrateur sont proposés en fin de volume sur 18 p. Le design général de l’album, de la langue de Mammon et des documents intégrés participent d’une esthétique très efficace. La couverture est parlante, intriguant, efficace.

En 1929 et à d’autres époques les crises financières majeures entraînent des morts. Suicides? Pas certain… Une confrérie dirigeant la banque d’affaire Caïna-Kankrin semble liée à des forces occultes qui proclament que l’argent est la force qui dirige le monde depuis la nuit des temps…

Black Monday Murders est une création assez unique à plus d’un titre. Ambitieuse (très ambitieuse!), elle aurait tout à fait pu sortir du cerveau d’un Alan Moore tant le propos intellectualiste s’allie parfaitement au polar pour produire un récit complexe, mystérieux, qui flirte en permanence avec l’abscons sans pourtant perdre le lecteur qui se raccroche en permanence à un élément subtilement donné. Le scénariste parvient à équilibrer la complexité qui fait partie intégrante du projet et l’intelligibilité pour le lecteur. L’ouvrage en devient totalement fascinant ; personnellement je ne suis absolument pas certain d’avoir compris quelque chose à ce premier tome tout en ayant pris un pied d’enfer…

Résultat de recherche d'images pour "black monday murders"J’insiste sur la référence à Alan Moore, le seul auteur de comics qui parvient si bien à proposer une réflexion complexe, philosophique parfois, dans un habillage fantastique adulte. Le sujet est passionnant: l’argent. L’hypothèse fascinante: l’argent est une puissance magique occulte qui régit le monde et dont se sert le Démon (nommé Mammon) pour régenter les humains. La thématique de la secte occulte conspirationniste de maîtres du monde servant un grand pouvoir noir est un classique. La transposer sur le thème de l’argent est vraiment originale et intellectuellement stimulant.

Résultat de recherche d'images pour "black monday murders"A noter que les couvertures originales des épisodes sont tout bonnement magnifiques! Tomm Cocker n’a pas beaucoup publié et son style rappelle celui de Greg Tocchini (illustrateur intriguant de Low). A la lecture de la série de Rick Remender j’avais les mêmes réserves sur ce type de dessin, extrêmement contrasté et numérique. Mais là où Tocchini pèche par imprécision dans les arrières plans et sa propension à créer des plans « eyefish », Cocker propose lui des visages et des corps très expressifs ainsi que des scènes vraiment artistiques de par son utilisation des ombres urbaines notamment. Le dessin sert totalement le propos et si comme moi on est au départ plus attiré par des dessins style BD, on profite complètement du talent de l’auteur qui nous immerge dans un monde sombre, de magie noire et de secrets cachés. Prenez le temps de savourer les croquis en fin de volume, qui confirment la très très grande maîtrise technique du dessinateur une fois ôté le vernis numérique.

Résultat de recherche d'images pour "black monday murders"La création d’une langue magique, antédiluvienne, à la graphie très élégante et intrigante participe (comme la mythologie autour de la Caïna-Kankrin détaillée à coup de documents imprimés intercalés avec les chapitres) à la solidité de cet univers dont la complexité donne envie de le comprendre, malgré l’effort de concentration et de déduction que cela suppose.

Le récit est structuré entre un agencement de séquences non chronologiques présentant des personnages des différentes lignées dirigeantes de la Caïna à différentes époques, et l’enquête d’un étrange inspecteur qui est le seul à s’intéresser à la langue de Mammon. Ce dernier se fera aider d’un professeur d’économie qui le mets en garde contre la puissance de ceux sur qui il enquête. L’inspecteur est ce qui permet au lecteur de se raccrocher car les autres séquences sont vraiment mystérieuses. Pourtant on reste fasciné tout le long par des bribes d’informations très compliquées à remonter (je pense que deux à trois lectures sont indispensables pour tout bien saisir) et qui, avec le graphisme très noir, très contrasté, crée une ambiance unique. Hickman a la grande intelligence de très peu montrer pour éviter de tomber dans le grand-guignol. Avec l’expressivité des visages de Cocker ce sont deux gros points forts de l’album.Résultat de recherche d'images pour "black monday murders"

Cela fait longtemps qu’une BD ne m’avait laissé aussi stoïque, en instillant une insistante envie de comprendre, de construire un puzzle dont l’auteur nous donne très peu de clés. Souvent dans ce genre de cas, le risque est grand de rester sur sa fin une fois la série terminée. On verra, mais il est certain que cet album est l’un des comics les plus fascinants et ambitieux de l’année!

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BD·Rétro

Comment faire fortune en juin 40

BD de Fabien Nury, Xavier Dorison et Laurent Astier
Casterman (2015), 120 p.
Comment faire fortune en Juin 40

Gros volume a couverture et papier épais. Pas très qualitatif mais vu le prix et la pagination il n’y a pas arnaque. La couverture est très efficace et donne bien le ton. Je note que Nury est assez fort pour inspirer des couvertures très percutantes dans ses albums. La BD est inspirée d’un roman (comme indiqué en couverture) et surtout est la transposition d’un scénario de film non réalisé intitulé « Omaha Beach » (… vous verrez pourquoi en toute fin d’album!).

C’est la déroute! L’armée française a été défaite et les allemands s’apprêtent à débarquer à Paris. Très précautionneuses, les autorités ont fait évacuer l’or de la Banque de France. Tout? Non… Deux tonnes ont été oubliées… ce qui mets une bande d’escrocs et de criminels sur le casse du siècle: dans une France sans État, sans armée ni police, attaquer le fourgon chargé de rapatrier ces derniers lingots  à l’autre bout de la France sera une partie de plaisir! Mais c’est sans compter sur la morale très peu patriote d’un certain nombre de fonctionnaires français…

Résultat de recherche d'images pour "comment faire fortune en juin 40"Comment faire fortune en juin 40 est un album 100% Nury et Dorison n’apparaît que par-ce qu’il bosse avec son comparse depuis longtemps et que sa maîtrise des ficelles scénaristiques sont reconnues, une sorte de Script doctor en somme, comme il aime à se définir dans ses activités de cinéma. Attention, le fait de titrer en gros avec le nom d’Astier est a mon avis un peu malhonnête de la part de l’éditeur car l’illustrateur n’est pas franchement connu du grand public et l’homonymie avec le célèbre Alexandre Astier entraînera sans doute des ventes trompeuses…

Ceci étant dit, l’album a donc tout de la pâte de Fabien Nury, formule reconnaissable et efficace depuis pas mal d’années: les années 40, une bande de pieds nickelés sans morale, un sous-texte politique, une zone grise de l’histoire entre méchants et gentils. Tout cela rappellera Il était une fois en France et Katanga par exemple. La comparaison est évidente et sa formule marche chaque fois sans vraiment lasser, le principal défaut de cette BD étant qu’elle n’est pas d’une folle originalité, mais ceci est compensé par une très bonne maîtrise scénaristique et surtout sur le point fort des scénarios de Nury: les personnages. Ils sont archétypaux, vilains, bêtes, mais vraiment bien pensés comme attelage de pieds nickelés dans une France en déroute. Car l’historien Nury n’oublie dans aucun de ses albums de titiller là où ça fait mal, dans les bassesses et les heures les moins glorieuses de l’histoire nationale. Résultat de recherche d'images pour "comment faire fortune en juin 40"C’est à mon sens ce qui fait le plus de ses albums. Cela a aussi un verso plus compliqué (comme sur Katanga): au-delà de la dénonciation, le scénariste ne va pas très loin dans l’analyse et cela peut devenir un problème lorsqu’il mets en scène des ordures qu’il se garde de dénoncer. Ce n’est pas dérangeant ici car nous avons affaire à une farce, mais cela reste une tendance lourde de sa bibliographie…

Sur le plan du dessin Astier fait le job croquant des tronches compréhensibles par le très grand public. Le style est tout de même proche de l’ancienne école Spirou, ce qui dénote selon moi avec l’histoire assez adulte. L’illustrateur n’est pas toujours très précis et le papier épais n’aide pas à affiner son trait, mais sa maîtrise reste très correcte.

Au final on a un album calibré pour marcher dès la couverture mais qui n’a pas vocation à être tête de gondole non plus. Un cinoche grand public plutôt rigolo où l’on aime repérer le prochain traître avec une vague inspiration chez Lautner. Dans un esprit assez proche Il faut flinguer Ramirez est cinq catégories au-dessus. Mais vous passerez un bon moment tout de même.

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BD

Le sang des cerises (journal) #3

BD du mercrediBD de François Bourgeon
Delcourt (2018), Série Les passagers du vent T.8 (Livre 1: « Rue de l’abreuvoir), prépublication 3/4.

Passagers du vent 08. Le sang des cerises. Journal 3/4Je continue ma lecture de cet album, vrai-faux Passagers du vent (relié à la série mère surtout par la généalogie puisqu’il n’est plus du tout ici question de bateaux). Ce troisième épisode confirme mon impression très positive et l’investissement historique et de documentation de l’auteur est très impressionnant. Ce volume est beaucoup plus chargé en articles : pas moins de 5 pages avec illustrations d’époques comprenant une page sur la construction du Sacré-cœur, une double page très dense sur le Montmartre de 1880 (lieu d’installation d’artistes que l’on retrouve dans l’album mais aussi le développement des cabarets), une page sur le contexte politique (comme dans les autres épisodes) et une interview de Bourgeon sur le langage et les chansons. Tout cela est passionnant et l’on réalise à la lecture que c’est assez indispensable comme complément de l’album tant l’objet de cette BD est clairement pour Bourgeon la reconstitution d’un lieu et d’une époque dans une visée ethnographique. J’espère vraiment que l’éditeur publiera ces compléments avec l’album à paraître en octobre.

Si l’article sur les cabarets, vraiment détaillé, n’intéressera pas tout le monde, celui expliquant la période de tergiversations sur une Restauration (… mais avec quel roi? la branche légitime dont le dernier roi de France, Charles X a provoqué la dernière révolution en date ou la branche d’Orléans, celle de Louis-philippe?) est fascinant tant on ignore le contexte de naissance de cette Troisième République qui fut pourtant la plus longue de notre histoire politique. L’entretien avec Bourgeon nous éclaire sur son rapport à l’argot, à l’Eglise (il a été élevé chez les curés) et au bas peuple et nous apprend que l’album publié comportera un lexique des termes bretons et argots utilisés dans les planches.

Sur le plan BD en revanche le découpage en gazette n’apporte pas grand chose du fait de la construction qui vise plus l’illustration historique que l’intrigue proprement dite. Cet épisode revient sur le passé de Clara et cette zone trouble entre son retour de Louisiane et la Troisième République, dont ses années en déportation. L’auteur utilise un passage dans une goguette pour nous dresser un réquisitoire sanglant de la répression contre la Commune. Le propos est extrêmement politique et a des répercutions jusqu’à nos jours tant cette République est née les deux pieds dans le sang comme le dit un  personnage… Sinon la visite « touristique » que propose Bourgeon nous emmène dans les carrières souterraines ou dans le « village » (plutôt bidonville) de Montmartre dont la reproduction est saisissante de vie et de précision.

Résultat de recherche d'images pour "le sang des cerises bourgeon 3/4"Encore une fois le récit proprement dit souffre un peu de se sectionnement en quatre parties qui interrompt l’immersion… mais le format journal jouit d’ajouts indispensables. Dur de choisir le format idéal mais vu le prix des gazettes je ne saurais que conseiller cet achat en préparation à une lecture de l’album couleur. J’ai toujours considéré Bourgeon comme un auteur majeur mais il n’a jamais été non plus un de mes préférés (un peu comme Moebius/Giraud). Cet album est pourtant, à mesure de la lecture, une des choses les plus impressionnantes que j’ai lu en BD, se rapprochant par l’ambition, d’un Dernier chant des Malaterre, l’ouvrage majeur de l’auteur. Un récit qui pourrait presque intégrer la rubrique Docu de ce blog et qui donne très envie de connaître cette période charnière pour la société et la République française.

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War Mother

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 Comic de Fred Van Lente, Stephen Segovia et Tomas Giorello
Bliss (2018) /Valiant (2017), 144 p.

couv_warmother_rvb-1-600x922War Mother s’annonçait puissant, avec notamment de superbes couvertures de David Mack et un Tomas Giorello au dessin très texturé qui était pour beaucoup dans la qualité du nouveau X-O Manowar. Après avoir bouclé la lecture je dois dire que je suis assez déçu, du manque d’ambition et de contexte d’une histoire qui se présente finalement essentiellement comme une succession de scènes d’action avec une fâcheuse tendance à être redondant avec X-O: même action non-stop qui prend le dessus sur l’histoire et le « drama », même, relation compliquée entre le porteur et l’arme (ici Warmother et le fusil intelligent, là-bas entre Aric et l’armure)…

C’est dommage car, outre les dessins, nombre de concepts sont vraiment intéressants dans cette vision très écolo du Post-apo (inscrit dans la chronologie du comic Rai, qu’il est probablement préférable de lire avant pour apprécier Warmother) où la Terre a repris ses droits en faisant évoluer la vie dotée d’une forme d’intelligence et de technologie géno-organique en opposition au monde techno de l’orbite. Dans ce monde Gaïa se protège de toute manifestation technologique, cette dernière étant capable via des matériaux synthétiques extrêmement évolués, de reproduire à peu près n’importe quoi. Ce premier thème de l’opposition entre nature et technique, en sorte de miroir, est un thème classique mais toujours passionnant pour voir comment se comportent les humains (et qui est humain?) dans cet environnement clivé.

Ensuite le personnage de Warmother, sorte de guerrier ultime badass et à peu près invincible (comme Aric…) notamment grâce au fusil intelligent qui lui est attribué en début d’album sans que l’on sache vraiment pourquoi.

Malgré un niveau graphique globalement bon (sans être exceptionnel), certains choix de design laissent perplexes, comme ces coiffures iroquois généralisées ou les androïdes en mode « XVIII° siècle un peu WTF…).

Surtout, l’intrigue est sommes toutes très maigre. Bien que la pagination soit relativement réduite, la centaine de pages devrait permettre de complexifier un peu l’intrigue de ce qui est présenté comme un one-shot. On ne sait pas vraiment comment ça commence ni où ça finit et cette quête d’un nouveau Nid paraît finalement assez dérisoire puisque l’on sait assez rapidement ce qu’il va advenir. L’auteur peine à poser des scènes dramatiques et différentes séquences individuellement intéressantes (la relation des deux gamins, celle de warmother avec son chéri,…) se trouvent assez dissociées pour empêcher une montée dramatique. Surtout, le personnage principal (on en revient toujours là!), étant invincible, nous laisse dubitatif devant le danger.

Cet album nous laisse finalement l’impression d’avoir raté un épisode (d’où le conseil de lire Rai au préalable… album que je n’ai malheureusement pas encore lu) et de voir un amoncellement de bonnes idées graphiques ou thématiques juxtaposées sans objectif clair de la part du scénariste. Tout ceci nous laisse extérieur à un album pas mauvais au demeurant mais qui se lira vite et sera vite oublié. Dommage.

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