BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

La trouvaille du vendredi #16

La trouvaille+joaquimMeurtres fatals
BD Film N’importe quoi de Maëster
Fluide Glacial (1997-1999), 2 tomes parus (« Grave » et « 002 »), dont une intégrale. N&B.

couv_220744Les messages pleins d’humour (l’inverse aurait été étonnant) postés épisodiquement sur les réseaux sociaux par le grand Maëster depuis l’AVC qui l’a rendu hémiplégique en 2015 m’ont donné envie de rappeler aux lecteurs de ce blog le grand œuvre du fou-furieux, fan absolu de cinoche et obsédé sexuel (peut-on bosser chez Fluide glacial sans l’être?): Meurtres fatals. Et puis du coup ça booste un peu le tag Humour de ce blog qui devient un peu trop sérieux…

L’inspecteur Gotlieb Charolles et son adjoint Maëster Piggs sont chargés d’enquêter sur une série d’assassinats. Une enquête totalement foutraque qui va les entraîner dans le milieu du cinéma.

Résultat de recherche d'images pour "meurtres fatals maester"Je n’ai jamais été un lecteur assidu de Fluide Glacial mais je voue un culte absolu à Marcel Gotlieb qui incarne pour moi la quintessence de la BD d’humour maline, bien dessiné et loufdingue, avec notamment ses Rhâa gnagna et Rhâa lovely. Maëster, connu surtout pour sa série Soeur Marie-Therese des Batignoles (jouissive par son côté rentre dans le lard mais souvent un peu poussive a mon goût) est le disciple du maître (à qui il n’a pas grand chose à envier en matière de technique graphique) qu’il utilise pour jouer le héros de sa double histoire parodique, prétexte à dessiner des scènes et acteurs très connus du cinéma hollywoodien.

« To die by fatal killing death »

Résultat de recherche d'images pour "meurtres fatals maester"Pas vraiment nécessaire de raconter les histoires ni de décrire l' »humour Fluide », je me contenterais de vous citer les grandes références de l’humour absurde à la mode n’importe quoi: des Monty Python aux nuls, de Hot Shots aux films d’animation Aardman (Shaun le mouton, Wallace et Gromit), vous êtes entre de bonnes mains. Comme Maëster aime les jolies filles il en mets un peu partout mais à la mode caricature car c’est son style (faudrait pas trop se prendre au sérieux quand même. Pour avoir vu l’oiseau une fois en dédicace, je peux vous dire que son personnage de Piggs n’est absolument pas fictif: il drague tout ce qui bouge et n’arrête pas de raconter des conneries!

Un quartier très très affamé de la ville (c’est à dire tellement mal famé qu’on peut dire pas famé du tout, donc affamé, du préfixe privatif « af », comme dans « afficionado »: privé de la moindre intelligence),…

Résultat de recherche d'images pour "meurtres fatals maester"Donc dans les deux volumes de Meurtres fatals (de même qualité), les deux héros vous transportent dans tous les grands blockbusters des années 80-90, d’Alien aux X-files, de Pulp Fiction à Titanic en passant par Batman et Blanche neige et les 7 nains (il se paie même le luxe de nous placer le bain turc d’Ingres)… C’est toujours un peu fripon mais surtout, SURTOUT, chaque séquence, que dis-je, chaque case est le prétexte à un bon mot et surtout à l’insertion de mille détails à la con qui font mourir de rire. Maëster a 10.000 idées débiles par dessin et le pire c’est que tout ça tient parfaitement, est totalement lisible et appuyé par des dessins vraiment chouettes. De quoi souhaiter qu’il s’essaye un jour (très peu probable à moins qu’il tombe en dépression…) à une « vraie » BD avec une vraie histoire.Résultat de recherche d'images pour "meurtres fatals maester"

Vous passerez votre lecture à décortiquer chaque centimètre pour voir une idée textuelle ou dessinée débile, une référence à un des membres de l’équipe Fluide ou à un film, avec souvent un entrecroisement de tout ça, si possible dans la même image…

« Larcenet, ta mère elle aime Nagui »

Pour conclure, si vous vouez un culte à Marcel Gotlieb et aux Monty Pythons, courez acheter l’intégrale des Meurtres fatals, pour vous dérouiller les zygomatiques!

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BD·Nouveau !

Warship Jolly Roger #4

BD de Sylvain Runberg et Miki Montllo
Dargaud (2018), série finie en 4 tomes.

couv_325028Warship Jolly Roger fait partie de ces belles découvertes de librairie, dont vous n’aviez pas entendu parler mais dont quelque chose vous a fait comprendre qu’il s’agit d’une série majeure à venir. Scénariste du réputé Orbital (que je n’ai pas lu), Runberg emmène son comparse l’espagnol Montllo dans une odyssée SF d’un héros de guerre parti se venger du président corrompu de la confédération humaine qui en seulement quatre tomes s’impose comme l’une des séries Space-opéra majeure de la BD.

Le dernier acte approche. Réunis à bord du vaisseau de guerre Jolly Roger, les comparses de Munro ainsi que le couple de roboticiens enlevés précédemment préparent l’assaut final sur le président Vexon qui doit se marier avec une star de cinéma en pleine campagne présidentielle qui l’oppose à son ancien aide de camp…

Résultat de recherche d'images pour "warship jolly roger 4"La trame principale de Warship Jolly Roger (WJR) est simple: une histoire de vengeance, d’un militaire discipliné contre un politicien pourri prêt à tout pour se maintenir au pouvoir. Dès le premier tome il emmène avec lui un équipage d’anti-héros absolus: un psychopathe, la fille de la cheffe de la résistance militaire à la confédération, un adolescent mutique semblant communiquer avec les machines… On a vu cela mille fois. Mais ce qui fait (sur le plan du scénario) la grande force de WJR c’est le traitement, l’itinéraire surprenant que prennent les personnages mais aussi cette trame. Par une infinités de décrochements par rapport à ce qu’on pourrait attendre, Runberg maintient notre intérêt au sein d’une atmosphère calée sur la psychologie de ce formidable héros qu’est Munroe: décidé, sombre, revanchard, l’on sait dès les premières planches que cette victime des plus terribles machinations, rouage abandonné à la cause du grand méchant, ne capitulera pas, quel que soit le prix. La cohérence des personnages est leur force et leur donne de l’épaisseur et aucun des trois acolytes n’est un faire-valoir. Le scénario évite ainsi subtilement tout cliché alors que l’enrobage y tendrait. Comme souvent ce sont donc bien les personnages et leur « vraie vie » (aucun ne glisse sur l’histoire sans heurts) qui constituent la force de cette histoire: un méchant abominable qui semble contre toute attente se laisser griser à l’amour malgré les abominations qu’il a commises, un anti-héros que le scénariste n’a pas fini d’assassiner psychologiquement, une jeune fille subissant les affres physiques de la guerre et décidée à combattre sa mère qui l’a remplacée pour une cause politique, un mutant autour duquel l’intrigue tourne étrangement, comme hésitant à en faire le véritable héros,… La galerie est réussie par-ce qu’ils vont jusqu’au bout de leurs décisions et que les auteurs aiment à leur donner du corps. Les soubresauts que vivent chacun des personnages rompt l’inéluctabilité de l’intrigue principale en nous faisant craindre réellement que le méchant puisse gagner à la fin…

Résultat de recherche d'images pour "warship jolly roger montllo dernières volontés"Mine de rien les thématiques de WJR sont nombreuses: avant tout la politique et sa corruption, mais aussi la colonisation, le rôle de l’armée entre garante de l’ordre et la responsabilité en cas de morts, les manipulations scientifiques, la pollution des planètes, la rébellion (thème déjà vue dans Shangri-la avec une même optique), le rôle des médias,… Les thèmes sont familiers aux lecteurs de SF et répartis de façon très équilibrée dans les quatre albums dont les scènes d’action ne sont pas forcément les moments les plus réussis (hormis les batailles spatiales), au contraire des dialogues percutants. La découverte de ce régime pourri et le côté vicieux avec lequel le scénariste malmène ses héros sont passionnants et donnent envie de s’y immerger.

Le graphisme de Montllo produit exactement le même effet: avec une technique issue de l’animation, avec des textures très plates, le dessin pourrait passer pour simpliste, mais par sa maîtrise du mouvement, des visages (très travaillés, notamment dans leurs expressions), Montllo fait de WJR une série graphiquement très réussie et qui peut faire penser à Gung Ho. Résultat de recherche d'images pour "warship jolly roger montllo dernières volontés"Petit bémol sur ce dernier album où l’auteur commence à utiliser une habitude des illustrateurs numériques: l’insertion d’images internet retouchées… dont la finesse laisse à désirer, ce qui est dommage. Mais ce sont des éléments mineurs dans ces planches aux cases larges, aux couleurs appuyées mais très réussies, toujours en clair-obscure (l’essentiel des scènes se passent dans l’espace, de nuit ou en intérieur). Si les décors et vaisseaux ont un effet « cartoon 2D », les gros plans de visages, les plans latéraux et même les anatomies (malgré le style simplifié) montrent la grande maîtrise technique de Miki Montllo, qui présente régulièrement sur les réseaux sociaux des vidéos de work in progres de ses planches.

Alors laissez-vous entraîner dans l’équipage de Jon T Munro et apprécier ces moments comme dans toute bonne série télé où l’intrigue devient secondaire face à l’atmosphère et la proximité que l’on acquiert envers des personnages attachants et un méchant à qui on a très très envie de botter les fesses. La fin de Warship Jolly Roger, très réussie, permet en outre d’envisager une suite, que je suivrais très volontiers!

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Cet article fait partie de la sélection de22528386_10214366222135333_4986145698353215442_n, cette semaine hébergée chez Mille et une frasques.

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BD·Comics·East & West·Nouveau !·Numérique·Service Presse

X-O Manowar #1: De soldat à général

esat-westComic de Matt Kindt, Thomas Giordello et Doug Braithwaite
Bliss (2018) – Valiant 2017, Tome 1 (épisodes 1-6), 232 p.

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De soldat à général est une suite/reboot de la saga X-O Manowar de Valiant. A mesure que je découvre les comics Bliss je suis impressionné par la qualité du travail éditorial (hormis l’horrible bandeau jaune de la couverture reprise de l’édition US… qui aurait mérité une infidélité au matériau d’origine, d’autant que l’illustration en elle-même est magnifique!).

Ayant découvert l‘ancienne série je peux comparer et constater le saut du niveau graphique avec cette nouvelle série, avec une subdivision néanmoins: les trois premier épisodes (Soldat) dessinés par Tomas Giorello sont très impressionnants avec notamment une colorisation vraiment agréable. J’aime beaucoup le trait à l’effet crayonné de l’illustrateur argentin (tous les bons dessinateurs de comics seraient-ils non américains?…). Sur la seconde partie (Général) Doug Braithwaite (pourtant assez bon sur les autres séries Valiant) fait un travail un peu rapide qui baisse le niveau graphique de l’album. Néanmoins on reste plutôt dans le très bon au regard de la moyenne des productions US et je dirais que les exigences graphiques de Valiant sont assez élevées (du fait d’une petite équipe d’illustrateurs habitués sans doute), avec notamment – mais ça c’est plus coutumier de l’industrie du comics – des couvertures vraiment attirantes.

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En outre j’ai beaucoup aimé le design général de cette planète en guerre, à la fois tribal et technologique et qui aurait mérité d’être développé (mais j’y reviens sur la partie scénario). Au regard des extra-terrestres insectoïdes de l’ancienne série on a un sacré saut esthétique et c’est tant mieux. L’ambiance générale me rappelle un peu l’univers de Seven to eternity.

Le problème de X-O Manwar est le « syndrome Superman »: l’armure Shanhara dote Aric de pouvoirs a peu près infinis, ce qui rend compliqué d’installer une intrigue dramatique et de nous faire nous intéresser au personnage qui ne craint aucun antagonisme… Le début de l’album est pourtant sur ce point très réussi: avec un corps ravagé, un visage sombre et un refus d’utiliser l’armure, le personnage nous accroche! Impliqué malgré lui dans une guerre étrangère il utilise sa rage et ses capacités pour faire remporter une victoire impossible à son camp. Au-delà des scènes de bataille épiques qui occupent l’essentiel de l’album (un peu trop à mon goût), plusieurs séquences de dialogue entre Aric (le porteur) et l’armure, sorte de Stormbringer, posent la question de savoir si c’est Aric, redoutable combattant, qui va malgré lui dans des combats interminables ou si c’est l’armure qui lui amène la mort…

Résultat de recherche d'images pour L’intrigue très linéaire et progressive relate l’ascension d’un homme du statut de chair a canon à empereur, à la (quasi) seule force de sa hargne. Le premier volume raconte son itinéraire jusqu’au statut de général et sa mise au jour de la dualité perverse de tous les peuples guerriers de cette planète. Pourquoi combat-il? Pour l’armure comme le prédit sa compagne? Comme une fin en soi? Il y a une ambiguïté scénaristique en voulant nous montrer un guerrier qui se dispense de la force ultime de l’armure… alors que sans elle on comprend qu’il ne survivrait pas a cette guerre impitoyable. Le prochain volume a paraître en fin d’année racontera comment il remplacera l’empereur de ce monde.

Résultat de recherche d'images pour "x-o manowar 2017"Partant sur un très bon rythme et niveau graphique, ce volume est un peu décevant. C’est un bon moment de lecture mais qui manque un peu d’originalité et n’atteint pas la richesse de The Valiant. Je lirais la suite de X-O Manowar mais j’attends de lire d’autres saga Valiant pour voir ce que cet éditeur a dans le ventre.

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Un autre avis chez Xapur.

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BD·C'est lundi...·Comics·Manga

C’est lundi, que lisez-vous? #16

Ce rendez-vous a été initié par Galléane et son principe est de répondre aux trois questions:

1. Qu’ai-je lu la semaine passée ?
2. Que suis-je en train de lire en ce moment?
3. Que vais-je lire ensuite ?
 1. Qu’ai-je lu la semaine passée ?

couv_xo1_rgb-600x924Image associéeRésultat de recherche d'images pour "radiant valente  8"

Bluebells Wooddc-univers-rebirth-le-badgeCouverture de Fathom (Editions USA) -1- Fathom 1

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  2. Que suis-je en train de lire en ce moment?

Couverture de Fathom (Editions USA) -2- Fathom 2

Résultat de recherche d'images pour "chroniques de jerusalem"

3. Que vais-je lire ensuite ?

Résultat de recherche d'images pour "axis mundi lauffray"Résultat de recherche d'images pour "conan toulhoat"Couverture de Red Sun -1- Mon frère

Pas mal de comics en ce moment, notamment du fait des envois SP numériques de Bliss comics ou le nouvel éditeur Kamiti, qui permettent de découvrir ses séries plutôt pas mal pour l’instant (et je relis Fathom en VO avec mon fiston). J’ai terminé mes séries manga (du coup je vais pouvoir continuer Sun-Ken Rock en pause depuis quelques temps). En BD c’est un peu saison maigre du coup je vais enfin attaquer les artbook de ma PAL. J’attends beaucoup du Conan de Toulhoat, j’espère ne pas être déçu.

Et vous? Donnez vos lectures du moment en commentaires, ça m’intéresse!

Cinéma·Graphismes·La trouvaille du vendredi

La trouvaille du vendredi #15

La trouvaille+joaquimAdama, le monde des souffles.
Film de Simon Rouby (2015), 1h22.

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Il y a trop peu de cinéma d’animation sur ce blog alors je profite d’un visionnage avec ma fille pour proposer une Trouvaille du vendredi avec un film que j’attendais de voir depuis sa sortie et qui, clairement, m’a bluffé sur tous les plans!

Présenté en compétition officielle au festival du film d’animation d’Annecy 2015, ce premier long métrage du studio réunionnais (et oui!) Pipangaï (qui a sorti l’an dernier l’adaptation de la BD Zombillenium) est une véritable perle, peut-être mon film d’animation français préféré et qui mérite toute votre attention et montrer que l’originalité, la créativité peuvent réellement concurrencer sur le long terme la puissance marketing et financière des grosses productions.

En 1916, dans une vallée isolée d’Afrique, le frère d’Adama doit passer son rituel initiatique qui le rendra adulte, mais au dernier moment un incident empêche ce « passage ». Hanté selon l’ancien du village, il va fuir cette société ancestrale étouffante pour s’engager dans l’armée engagée dans cette lointaine guerre mondiale. Adama va se lancer à sa poursuite en promettant de le ramener. Il s’engage dans une odyssée initiatique qui l’emmènera jusque dans les tranchées de Verdun, au son des souffles et des musiques des marabouts…

Résultat de recherche d'images pour "adama film"Si la tradition de l’animation française n’est plus à prouver, les bons succès critiques peinent souvent à trouver une rentabilité commerciale. Souvent la qualité technique bute sur des rythmes lents, parfois soporifiques et surtout sur un impensé: le fait de faire des films d’animation destinés aux jeunes. Or les grands films d’animation sont construits en direction de tous les publics. Et c’est bien selon moi la principale force d’Adama: le prisme de l’enfant est celui qui accrochera l’intérêt des jeunes spectateurs mais le scénario (comme un certain Tombeau des Lucioles) ne vise pas la jeunesse.

Image associéeCar les auteurs visent plutôt un esprit mythologique, une confrontation subtile entre un univers magique de l’Afrique traditionnelle et un monde moderne rationalisé. Cela coïncide avec un âge, la préadolescence, où l’univers enfantin naïf rencontre celui dur et réaliste, des adultes (le personnage de Maximin). Le propos avance naturellement, sans insistance, jusqu’à un épilogue incroyablement juste laissant le spectateur décider de son interprétation. A mesure que l’on s’enfonce dans le no-mans-land de Verdun, les séquences irréelles se multiplient, faisant s’interroger sur la réalité de ce que vit Adama. Mais les auteurs n’en oublient pas leur trame: celle d’une quête initiatique d’Adama et de son frère quittant un paradis perdu pour l’enfer. Les thèmes sont nombreux mais là encore laissant le spectateur choisir lesquels importent le plus (de l’enrôlement de force des tirailleurs, à la vie de débrouille et les bidonvilles dans le Paris de 1916 ou l’archaïsme des sociétés patriarcales africaines,…). En 1h20 la densité scénaristique est réellement impressionnante.

Résultat de recherche d'images pour "adama film"Sur le plan technique les auteurs ne sont pas allés dans la facilité: afin de donner un aspect matériel, de sculptures artisanales à leurs images, ils ont conçu des modèles en terre qu’ils ont modélisés par ordinateur, donnant un mélange étonnant entre de l’animation stop-motion, l’animation 2D classique (pour certains décors) et animation 3D. Ils ont en outre expérimenté certains effets très esthétiques en utilisant des ferro-fluides pour composer les explosions de Verdun. Un making of en plusieurs parties montre cette conception passionnante:

ADAMA MAKING OF OPUS 1 : SCULPTURES from Naia Productions on Vimeo.

 

ADAMA MAKING OF OPUS 2 : DECORS & FERROFLUIDES from Naia Productions on Vimeo.

Le rendu visuel est totalement unique et agrémenté de plans au sens esthétique indéniable. Cette mise en scène (qui laisse dubitatif sur le fait qu’il s’agisse d’un premier long métrage pour l’essentiel de l’équipe) est agrémentée d’une musique (fortement teintée de sonorités africaines) très agréable et parfaitement adaptée aux images et aux moments de l’histoire. Du rythme aux doublages, tout est parfaitement pensé dans ce film dont on cherche les défauts.

Permettant d’aborder deux sujets rarement liés et au traitement pas du tout superficiel (la guerre et la rencontre modernité/traditions), intéressant réellement tous les ages (je préconiserais à partir de 8 ans), Adama est une perle qui mérite vraiment une reconnaissance publique et que je vous invite très vivement à découvrir.

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BD·BD de la semaine·Nouveau !

Bluebell woods

BD de Guillaume Sorel
Glénat (2018), 96 p.

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Glénat a servi un très bel objet à un auteur que l’éditeur affectionne: grand format style broché (les pages sont bien collées mais comportent un liseré tissu décoratif à l’intérieur de la couverture). Le papier est épais, mettant en valeur les planches. L’album comporte une préface du scénariste Pierre Dubois (auteur de Sykes et grand connaisseur du Petit peuple), une post-face de l’auteur expliquant la genèse de cet ouvrage et rien de moins qu’un cahier graphique de 21 pages. Le grand luxe pour seulement 19€. Comme quoi il n’y a pas toujours besoin multiplier les formats « commerciaux » quand un éditeur tient à mettre en valeur une œuvre…

Un artiste peintre vit retiré sur une crique en contrebas du Bluebells Wood, le bois des jacinthes baignant dans une étrange atmosphère mystique. Vivant difficilement un deuil il ne parvient pas à créer, malgré le soutien de son ami qui vient régulièrement lui rendre visite. Cette vie entre harmonie avec la nature et regrets de son amour passé bascule le jour où il découvre la présence de sirènes…

Bluebells WoodComme je l’avais expliqué sur le très beau Horla, j’ai une petite faiblesse pour Sorel, extraordinaire coloriste et artiste inspiré et intéressant, malgré quelques défauts techniques récurrents dans ses albums. Dès le début de cet ouvrage le préfacier nous rappelle que lorsqu’on ouvre un album de Sorel on ne quitte jamais vraiment Lovecraft et le fantastique. Or, comme la post-face nous le confirmera, Bluebells Wood n’est pas véritablement un album fantastique, ou plutôt un album romantique dans une ambiance fantastique. En effet l’auteur explique que c’est un véritable lieu qui l’a lancé dans cet album, une crique de Guernesey très proche de ce qu’il a dessiné et qui lui a inspiré une rencontre entre un homme et des sirènes, dont les planches du cahier graphique témoignent. Bluebells WoodLe problème de cette genèse c’est qu’il a dû greffer une histoire sur des visions et que comme souvent chez les illustrateurs, la greffe entre images et histoire est un peu compliquée. Alors oui, Bluebells Wood est imprégné d’une ambiance comme seul Sorel sait les poser, une inquiétude permanente inhérente au genre fantastique qui reste l’essence du travail de cet illustrateur. Mais la narration reste compliquée, notamment du fait d’une gestion du temps très floue (la sirène est là, puis plus là, combien de temps s’est-il passé?), peut-être recherchée si l’on regarde la chute de l’album, mais qui ne facilite pas l’immersion. De même, certaines scènes sont difficiles à expliquer (la séquence d’introduction) et à raccrocher au reste de l’intrigue et l’histoire se clôture de façon un peu obscure. J’ai eu l’impression que plusieurs envies graphiques (les sirènes, le Mythe de Cthulhu, les jacinthes, la mer) et thématiques (l’artiste, le deuil, la folie, l’isolement) pas forcément cohérentes avaient abouti à un album dont la colonne vertébrale est compliquée à définir.

Alors bien sur il y a l’histoire d’amour avec la sirène qui occupe deux tiers de l’album en juxtaposition avec les problèmes créatifs du narrateur. Cette histoire permet à Guillaume Sorel de nombreuses cases de nu qui sont parfois très belles mais qui souvent buttent sur les problèmes anatomiques récurrents de cet auteur (disons le clairement, ce n’est pas le meilleur dessinateur de corps féminin du monde de la BD) et qui deviennent donc plutôt secondaires sur le côté visuel. Sorel sait très bien dessiner des expressions, des angoisses et des ambiances, moins les corps. Les séquences pleinement fantastiques sont puissantes et auraient peut-être nécessité de trancher dans ce sens. Ou alors les séquences naturalistes, contemplatives (les plus belles car permettant cette confrontation de couleurs vives, le bleu des jacinthes, le vert de l’herbe, le rouge des renards et écureuils) qui auraient orienté l’album sur l’inspiration artistique…

Le cahier graphique illustre donc ces hésitations qui empêchent Bluebells Wood d’être un grand album en confirmant une faute originelle: une illustration de sirènes n’est pas un album de BD. Sorel a peut-être confondu les deux. C’est dommage car il ne fait pas de doute de son investissement sur ce projet qui reste un magnifique objet et par sa fabrication et par ses dessins. Une petite déception qui confirme l’importance d’un scénario et la difficulté des dessinateurs à traduire en intrigue leurs visions et envies artistiques.

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Cet article fait partie de la sélection de22528386_10214366222135333_4986145698353215442_n, cette semaine hébergée chez Noukette.

 

Comics·East & West·Rapidos·Service Presse

L’armure de Shanhara

esat-westComic de Robert Venditti et Cary Nord
Bliss comics (2017), Ed. US Valiant 2012) 118p. Série X-O Manowar #1/5
Lu en version numérique grâce à Iznéo.

x-o-manowar-tome-1-couverture-bliss-comics-600x923Comme décrit dans mes précédentes chroniques de comics Valiant, l’édition française est remarquable, en proposant systématiquement une cartographie iconographique très originale et qui aide bien à s’y retrouver dans le contexte soit historique comme ici, soit dans l’univers Valiant afin de raccrocher les wagons entre les différentes séries et personnages.

Aric le Wisigoth part dans une guerre perdue d’avance face à la puissance de l’envahisseur romain lorsqu’il est enlevé par une race d’extraterrestres qui vouent un culte à la légendaire armure de Shanhara. Contre toute attente c’est lui, un étranger, qui sera « choisi » comme hôte par l’armure, le dotant de pouvoirs surpuissants. De retour sur Terre plusieurs siècles plus tard, Aric va se retrouver confronté à une conspiration impliquant ce fameux peuple extra-terrestre…

Ce premier épisode de la seconde série X-O Manowar  (la première date des années 90 et la troisième vient de faire l’objet d’une édition intégrale chez le même éditeur Bliss avec des dessins modernisés) introduit l’histoire entre trois univers: l’antiquité tardive pour le début de l’histoire, le vaisseau des Vignes sur une période de plusieurs années d’esclavage et l’époque actuelle à laquelle réapparaît le héros. Tout va très vite et la cohabitation entre ces trois univers graphiques et thématiques intrigue. Les grandes lignes de l’histoire se devinent néanmoins dans les dernières pages avec la découverte de cette armure (qui fait un peu penser à Iron Man) et d’une conspiration initiée en début d’album et qui permettra de se raccrocher sans doute avec les autres arcs et héros de l’univers Valiant, à commencer par Ninjak, dès le second épisode. A noter les très belles couvertures des épisodes et notamment celle du premier, réalisée par l’excellent Esad Ribic.

Cette introduction est assez bateau dans sa trame et l’on a du mal à s’intéresser au personnage principal. Les dernières planches éveillent notre intérêt et j’espère que les choses sérieuses commencent rapidement dans le second volume. L’intérêt de l’univers Valiant est son interconnexion avec certains personnages vraiment attrayants (Ninjak rencontré dans The Valiant, Toyo Harada ou les organisations non gouvernementales). Surtout, les dessins sont assez faibles en regard des autres productions Valiant. Le reboot de la série qui vient de sortir semble dotée de graphismes beaucoup plus forts et personnellement je continuerais sur la nouvelle version.