***·BD·Mercredi BD·Nouveau !·Service Presse

La vampire de barcelone

Le Docu du Week-End
BD de Parra, Ledesma, Gonzalez
Les éditions du long bec (2019), 120 p., one-shot.

bsic journalismMerci aux Editions du Long bec pour cette découverte.

couv_367812Je n’avais pas prévu cette critique pour la rubrique Docu du Week-End, mais l’aspect historique de l’intrigue et surtout la qualité du travail d’édition sur les annexes font de cet album un vrai documentaire illustré. J’en profite donc pour souligner la qualité du boulot des Editions du Long Bec, que j’avais découvert sur l’excellent Ava Granger en début d’année et qui non seulement publie à une fréquence soutenue mais nous fait découvrir de « jeunes » auteurs étrangers de grande qualité. L’exigence graphique du catalogue de cet éditeur est importante et quand on regarde ce Vampire de Barcelone, avec une préface, une introduction, un épilogue, une conclusion (le tout illustré de journaux d’époque dans une très bonne définition), un cahier graphique et la première BD réalisée, en 1912 sur l’histoire de la Vampire de Barcelone, on ne peut qu’être élogieux. Cela participe grandement à l’appréciation générale sur l’album et l’immersion du lecteur. Joli boulot et un Calvin éditeur.

En 1912 toute la ville de Barcelone est en effervescence après la disparition d’une fillette dans le quartier populaire d’El Raval. Très vite l’enquête révèle une affaire qui n’a rien de banale et semble impliquer des personnalités de la haute société catalane. Entre la personnalité de la suspecte, surnommée « Vampire » et les difficultés de l’avancée de l’enquête, le juge Fernando de Prat voit son professionnalisme mis à rude épreuve…

Résultat de recherche d'images pour "la vampire de barcelone gonzalez"La Vampire de Barcelone intrigue par son titre et une couverture qui fait penser à l’orphelinat du film Les trois brigands. La qualité des encrages (comme souvent chez les dessinateurs espagnols) et des couleurs saute aux yeux dès cette première image au design élégant. Les auteurs nous proposent une véritable enquête policière dont le suspens ne portera pas sur l’identité du criminel (la fameuse vampire sera arrêtée dès les premières pages) mais bien sur la mise au jour d’une machination dont on ne sait si le plus horrible est les actes de la criminelle ou le cynisme des dignitaires qui couvrent ses agissements. La mécanique du scénario est la classique découverte d’éléments successifs, reprenant les confrontations entre juge d’instruction et suspecte, découverte d’indices, intervention de tiers maléfiques etc. Mais l’on sent que nous avons surtout affaire à une chronique de l’époque, des mœurs de l’Espagne d’avant Guerre, une société corsetée dans ses classes sociales et des puissants qui se croient tout permis, y compris le plus flagrant viol de la morale chrétienne et sociale. Ce qui fascine c’est, comme dans tous les documentaires, la confrontation de la BD avec les documents d’époque, le fait de savoir que ces évènements se sont vraiment passés.

Résultat de recherche d'images pour "vampira de barcelona gonzalez"La lecture ne garde pas moins l’aspect thriller avec une machination très efficace à mesure que le juge de Prat découvre les protection dont jouit Enriqueta Marti, qu’il se fait agresser et que les pièces à conviction disparaissent. Nous avons ainsi tout le long ce qui fait le sel des films à dossier avec des officiers idéalistes bataillant avec la procédure malgré des preuves qui devraient condamner l’auteur du rapt très rapidement. Le rythme n’est pas entrecoupé de coups de théâtres mais plutôt constitué d’une certaine linéarité dans la progression de l’enquête. Une sorte de tableau criminel où l’on se demande à chaque évènement si les véritables commanditaires historiques sont allés si loin ou si les auteurs ont pris des libertés. Les textes des annexes nous indiquent que le sujet a été relativement bien traité outre-Pyrénées dans la littérature et que la BD est bien restée au plus près des éléments connus, appuyée sur une documentation assez abondante dès les premières semaines des évènements. Totalement inconnu de par chez nous, on imagine néanmoins les cas similaires qui se sont produits dans l’histoire criminelle de notre pays au début du XX° siècle.

Résultat de recherche d'images pour "vampira de barcelona gonzalez"L’album nous permet de découvrir également un dessinateur (Jandro Gonzalez) de grande qualité, qui nous rappelle Jordi Lafebre et dont ce premier album BD en France laisse présager de très belle choses s’il devait continuer dans l’illustration album tant son talent, notamment dans les encrages et l’expressivité des visages, s’étend du réaliste-glauque au comique. Le rendu des espaces (essentiellement huis-clos), la dynamique des cadrages et une colorisation très élégante en font un bon représentant de l’école hispanique, style que j’adore et qui montre une qualité technique et esthétique redoutable depuis quelques années dans la BD franco-belge.

Cet album est une étonnante surprise de professionnalisme qui montre l’ambition croissante de ce petit éditeur alsacien qui semble se spécialiser pour l’instant dans les auteurs espagnols et italiens. L’alliance de beaux dessins expressifs, d’une documentation de qualité et d’un scénario efficaces font que ce sujet inconnu qui n’avait pas vocation à intéresser outre Espagne deviens une BD grand public qui rend curieux et montre que bien traité tout sujet est passionnant.

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***·****·East & West·Manga·Rapidos

Sushi & Baggles #15

esat-west

 


  • Dragonball Super #7 (Toriyama/Toyotaro/Glénat) – 2019

couv_363975Le tournoi en mode Battle Royal pour la survie des univers commence, dans une arène adaptée et avec un respect des règles très stricte: tous les combattants s’engagent en même temps, il est interdit de tuer l’adversaire et toute sortie du ring vaut élimination. La présence de Freezer va quelque peu fausser cette bataille… Ce tome est entièrement dédié au tournoi. Du coup, comme souvent sur DB l’alternance humour/baston tourne ici totalement vers le combat avec quelques rebondissements classiques dus aux coups tordus de Freezer ou des pouvoirs particuliers de certains combattants. Les auteurs se lâchent un peu en mode « invente-moi un combattant » et l’on retrouve un peu l’imagination délirante des premiers Drabonball avec ses dinosaures et autres démons invoqués… A mesure que les combattants sont éliminés on devine un affrontement Goku/Vegena/Jiren/Hit mais Toriyama joue maintenant depuis quelques temps avec son lecteur sur la rivalité Goku/Vegeta et on risque d’avoir des surprises. Pas le plus original des albums de la série mais si vous aimez les combats dans DB c’est suffisamment dynamique pour ne jamais vous lasser.

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  • Innocent rouge #1 (Sakamoto/Glénat) – 2017

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J’ai enfin lu le premier volume de la suite, « Rouge« , du manga Innocent paru en 9 volumes et critiqués sur le blog. Si la césure en deux séries distinctes me laisse un peu dubitatif (la petite sœur terrible, Marie-Joseph, est déjà adulte et possédant un office de bourreau à la fin de la série mère), on commence ici sur exactement les mêmes bases avec une exécution « clinique », des dessins somptueux (réalisés en numérique, pour ceux qui s’interrogent…), un Charles qui semble rentré dans le rang après ses velléités de changer l’ordre établi et une Marie-Joseph décidée à utiliser tous les expédiant en sa possession pour venger la mort de son amant. Ce premier volume s’attarde sur l’exécution du responsable de l’incendie criminel où ont péri les enfants d’Alain et sur une pauvrette, mise enceinte à douze ans et condamnée à mort après un accouchement assez barbare. Ça commence doucement, avec toujours un grand soin à la précision historique. On en redemande curieux de voir comment les idées abolitionnistes des frangins Sanson vont opérer à l’aube de la Révolution…

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  • Bolchoi Arena #1 (Boulet/Aseyn/Delcourt) – 2018

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Très bonne surprise que cet album à la maquette et identité graphique surprenante. Que ce soit le dessin d’Aseyn qui emprunte totalement aux manga un peu rétro et mal imprimés ou aux vieilles BD vintage on sent dans la démarche du projet l’intention de s’éloigner des canons commerciaux faits de belles couvertures aux couleurs éclatantes. On a donc un vrai manga, que ce soit par son thème (de jeunes gens découvrent un monde virtuel qui prends le dessus sur leur vie réelle) ou par le dessin et design. Sur ce plan, si les personnages sont un peu rapidement dessinés, les plans larges spatiaux et vaisseaux sont remarquables par leur technicité et gigantisme. Du coup la lecture de ce premier volume est très agréable et nous introduit dans l’univers des jeux vidéo avec son langage particulier à base de Level et de respawn… Sur le pitch on est très proche du Ready player One de Spielberg, avec des airs narratifs des Jours qui disparaissent. On suit donc une étudiants du futur qui découvre ce monde virtuel et à tendance à s’y perdre, le récit passant abruptement de séquences virtuelles au réel de façon à montrer la perte de sens de l’héroïne qui s’éclate avec les possibilités fabuleuses de cet univers où elle semble exceller en tout. Une BD qui donne du peps et qui peut devenir un vrai blockbuster pour peu que le graphisme s’affine un peu.

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****·BD·Numérique·Rétro·Service Presse

Le pouvoir des innocents, cycle 1

La trouvaille+joaquim
BD Luc Brunschwig et Laurent Hirn
Delcourt (1992-2002), intégrale des cinq volumes, 294 p.

bsic journalism

Album lu en numérique dans le cadre du programme Superlecteurs Résultat de recherche d'images pour "iznéo".

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L’édition intégrale n’apporte rien de plus que les cinq albums qui la composent. Les parties sont séparées par une page de titre.

Cette série est une référence, d’abord de par son âge, Luc Brunschwig ayant été un des scénaristes phares des débuts de l’éditeur Delcourt dans les années quatre-vingt-dix, à l’époque des premiers albums d’un certain Lauffray ou autre Vatine par exemple… Datée graphiquement, de par des couleurs que l’on faisait à l’époque et un dessinateur à ses débuts (qui progresse à chaque tome), le volume critiqué ici est le premier des trois cycles qui viennent de se terminer et reste totalement novateur dans son sujet comme son traitement.

Dans une ville de New York en proie aux violences et en pleine campagne pour la mairie, une série de personnages très différents, de toutes les strates de la société, vont s’entrecroiser autour d’une machination pour le pouvoir. Entre mafia, politiciens véreux, journalistes et citoyens marqués par une vie difficile, Jessica Rupert, une visionnaire idéaliste, est convaincue que l’intelligence peut conquérir la mairie de New York et rendre aux innocents leur place dans cette société inégalitaire…

Résultat de recherche d'images pour "le pouvoir des innocents hirn"Il est toujours compliqué de lire une grande saga avec un dessinateur débutant. Le niveau d’exigence graphique atteint par les jeunes dessinateurs aujourd’hui est sans commune mesure avec une époque où la pression était moins forte, les éditeurs faisaient leur boulot de lancer des jeunes, leur laisser leur chance. Je ne vais pas ici parler du débat actuel autour de la surproduction et du statut des auteurs (pauvres) mais le contexte actuel de la BD fait étrangement échos au sujet comme à la période de publication du Pouvoir des Innocents. Comme dit plus haut, l’aspect graphique ne doit pas vous dissuader de vous lancer dans cette aventure toujours pertinente et ô combien ambitieuse. Laurent Hirn propose dès les premières planches une partition, si ce n’est très technique, très respectable et il atteindra progressivement, avec une amélioration des couleurs dès le premier cycle, un niveau très agréable dans les cycles suivants.

Résultat de recherche d'images pour "le pouvoir des innocents hirn"En outre l’exigence du scénario de Luc Brunschwig, très cinématographique et original dans ses cadrages et surtout ses enchaînements, ne le rend pas facile à transposer visuellement. Car outre des effets atypiques que l’on trouve parfois au cinéma (des eyefish ou des perspectives faussées), la particularité du scénario est d’enchevêtrer les récits de manière perturbante au début mais ô combien efficace et intellectuellement motivante. Que ce soient les principaux protagonistes (le sergent Logan, sa femme, Providence le boxeur,…) ou des personnages secondaires, une narration continue l’autre, que ce soit dans le texte ou visuellement. En somme l’auteur utilise (là encore) le décalage entre image et son utilisé au cinéma qui permet d’emmener le spectateur sur des interprétations faussées de ce qu’il voit ou à l’inverse induire des similitudes. Vous l’aurez compris, Le Pouvoir des innocents est un véritable film en BD et pourrait sans aucun doute être transposé à l’écran pratiquement sans retouche.

Image associéeLes thématiques abordées sont multiples même si elles correspondent à des sujets que l’on traitait fin 80 en BD comme à l’écran. La guerre du Vietnam, le traumatisme incurable, les riches et les pauvres en Amérique, la communication médiatique manipulatoire, tels sont les focus de la BD. Mais dans son aspect multiple le scénario ne s’accroche jamais sur un élément, entrecroisant l’ensemble en une toile cohérente, selon le personnage au manettes du récit à tel moment. Ainsi, l’histoire de Logan prends des aspects de film militaire alors que celle de Providence a l’image d’un film carcéral. Et ainsi de suite. En solo ces intrigues auraient été juste intéressantes, mélangées elles créent une dynamique qui immerge le lecteur dans sa complexité. On pourra néanmoins regretter un côté mièvre un peu insistant dès qu’il s’agit de Jessica Rupert. Un univers de bons sentiments un peu appuyés, qui restent cohérents par contraste avec la dureté des vies de ces « innocents » mais agace un peu la lecture par son côté premier degré.

Résultat de recherche d'images pour "pouvoir des innocents hirn"Au final, avec ses défauts graphiques comme scénaristiques, Le Pouvoir des innocents reste une BD touchante par l’implication de ses auteurs, par le travail visible de Laurent Hirn, par son engagement politique réel. Comme toute l’industrie culturelle la BD a tendance à freiner ce qui peut sortir du consensus du loisir. Des BD comme celles de Luc Brunschwig ou Wilfried Lupano nous rappellent que l’imaginaire, le thriller, ne sont jamais aussi intéressants que lorsqu’ils se rattachent au réel et abordent des thématiques d’actualité et investissent le champ politique. Cette BD est un hymne à l’utopie politique, à changer le monde, à renverser la table des injustices d’un capitalisme triomphant. Merci aux deux auteurs de nous proposer cette bouffée d’espoir.

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***·Comics·East & West·Nouveau !

Xerxès: la chute de l’empire de Darius et l’ascension d’Alexandre

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Comic de Frank Miller

Futuropolis (2019) – Dark horse (2018), 93 p. one shot. Format à l’italienne.

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Cet album est un événement. Un peu comme l’Histoire de Siloë dont le dernier volume est sorti récemment après seize ans d’attente, le nouvel album du dessinateur Frank Miller, auteur qui a révolutionné la narration et le dessin de la BD américaine avec sa radicalité sur Hard Boiled (dessiné par Geoff Darrow, le designer de la saga Matrix), avec son ombre et lumière sur Sin City, avec son design sur 300Xerxès est totalement lié à 300 sans aucunement en être une suite. Pour comprendre cet album il convient de faire un petit regard dans le rétro.

Miller naît artistiquement en 1985 avec la publication du Dark Knight return, en pleine époque Reagan, qui redéfinit totalement le Chevalier noir (autant que le fera bien plus tard Sean Murphy en… 2018). Toutes ses publications ont été marquantes mais celle-ci définit un comic mature qui se destine à un publique réellement adulte. N’ayant personnellement jamais vraiment apprécié cet album, trop daté, Frank Miller reste pour moi l’auteur  (en 1991) de l’incroyable Sin City où, s’inspirant des dessinateurs sud-américains et du roman noir, il crée une œuvre unique par son approche graphique. Car Miller n’est pas un bon dessinateur et scénaristiquement un réactionnaire assumé… C’est donc dans la forme, le design, l’atmosphère que se trouvent la force de ses albums. Tirant parti de ses lacunes techniques il pousse le contraste et la recomposition des cases à l’extrême, ce qui donnera envie au très graphique réalisateur Zach Snyder (aucun lien avec le scénariste Scott Snyder) d’adapter au cinéma 300, album singulier notamment par son format à l’italienne qui permet une horizontalité étonnante en comics. L’histoire narre la bataille des Thermopyles où 300 spartiates tinrent tête aux légions de l’envahisseur perse Xerxès.Résultat de recherche d'images pour "xerxès miller"

Là commence une nouvelle histoire liée au cinéma. L’adaptation de 300 suite d’un an celle de Sin cityMiller a fait ses premiers pas derrière la caméra comme co-réalisateur de Robert Rodriguez. Le succès des deux films donne des envies à la fois aux producteurs et à l’auteur qui, malade et fatigué de dessiner comme beaucoup d’artistes de BD, tente un solo catastrophique sur une adaptation du Spirit de Will Eisner. Une suite à 300 est annoncée chez Dark Horse, devant lancer un film. Mais Miller ne dessine plus… Finalement le film 300: naissance d’un empire sort six ans après le film de Snyder et reprends la partie la plus intéressante de la BD (les quelques planches alors dessinées) abordant la jeunesse de Xerxès derrière son roi de père, le grand Darius. L’histoire devait alors porter sur les batailles de Marathon et Salamine mais le scénario de Miller a totalement glissé pour aborder l’ensemble des guerres Médiques jusqu’à la conquête d’Alexandre.Résultat de recherche d'images pour "xerxès miller"

Non que cette option ne soit intéressante. Mais, d’abord, le titre est bien celui du roi grandiloquent, vaguement drag-queen que Miller avait inventé en 1998. Le personnage, comme tout bon méchant, intéressait. Il n’occupe finalement que quelques pages avant que le lecteur ne voit des coupures chronologiques assez incompréhensibles: on passe de 490 avant JC à l’assassinat de Xerxès en 465 (séquence assez cryptique bien que graphiquement superbe, à base de drippings et de noirs puissants), puis l’on revient à -479 avant de sauter directement à Darius 3 en -336 et les conquêtes d’Alexandre. Guère de continuité entre tout cela (sur un album relativement bref). Sans doute Miller n’est que trop peu historien pour construire une histoire cohérente. Son propos est graphique et sur ce plan c’est très beau, original, spacieux. Mais Xerxès ne devait pas être un art-book, n’en est pas un…Résultat de recherche d'images pour "xerxès miller"Matériellement superbe, cet ouvrage doté de 14 pages bonus fait la part belle aux pleines pages et propose sur une bonne partie des visions aussi puissantes que celles des albums précédents de Miller. Mais l’histoire chaotique de son accouchement a produit une dilution du scénario qui de matrice à blockbuster a glissé vers un enchevêtrement de plusieurs projets pas nécessairement mis en cohérence. Pour ceux qui chercheront une vision de l’antiquité il faudra repasser. Pour ceux qui attendaient une suite à 300 également. Les fans de Frank Miller eux seront comblés mais pas forcément rassurés sur la capacité de leur idole à réaliser de nouvelles BD de lui même dans les années qui viennent.

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BD·C'est lundi...·Comics

C’est lundi, que lisez-vous? #53

septembre 2019

Ce rendez-vous a été initié par Galléane et son principe est de répondre aux trois questions:

1. Qu’ai-je lu la semaine passée ?
2. Que suis-je en train de lire en ce moment?
3. Que vais-je lire ensuite ?
Cliquez sur les vignettes pour aller sur la critique quand il y en a une.

1. Qu’ai-je lu la semaine passée ?

Résultat de recherche d'images pour "intégrale le pouvoir des innocents"kiliwatch-couverture-dc3a9finitive-700-x-1000-px-564x800Couverture de Télémaque (Toussaint/Ruiz) -1- À la recherche d'Ulysse

Résultat de recherche d'images pour "les enfants de la colère bd"couv_366672

couv_367812Couverture de Invisible Republic -1- Tome 1

2. Que suis-je en train de lire en ce moment?

Couverture de Innocent Rouge -1- Sanglante innocence

3. Que vais-je lire ensuite ?

Couverture de Invisible Republic -2- Tome 2Couverture de Zetman -1- Tome 1

La semaine écoulée a été très bonne. Beaucoup de SP et j’ai enfin terminé le très bon Pouvoir des Innocents (critique pour la Trouvaille de vendredi). Je vais souffler un peu avant de refaire une Trouvaille, même si j’adore faire découvrir des séries dans leur intégralité. J’ai pris pas mal de retard en Manga et m’attaque à des séries que je veux suivre depuis longtemps (avant de commencer le Origine de Boichi probablement). Heureusement ça se calme beaucoup question sorties, je vais pouvoir réduire ma PAL et reprendre les rétro.

J’en profite pour une info pratique: désormais vous pouvez consulter mon Top par année (menu déroulant) et je suis en train d’incrémenter les notes par article pour une recherche par note dans le menu Catégories (barre latérale).

Et vous? qu’avez-vous découvert? Vos coups de cœur et trouvailles, ça m’intéresse!

BD·Jeunesse·Nouveau !·Service Presse

Telemaque#1

Rufus Stewart

Nouvelle rubrique sur le blog avec l’envie de parler d’albums destinés à la jeunesse et surtout d’en parler avec des kids, à savoir mes enfants! La rubrique sera en work in progress au début pour trouver la bonne formule (je ne suis pas encore esclavagiste et comme le blog ne rapporte rien je n’oblige pas mes enfants à rédiger des billets…). L’idée étant de donner à la fois mon avis d’adulte et l’avis d’un lecteur jeune je vais commencer par un format question réponse. N’hésitez pas à me donner votre avis et idées sur la formule en commentaires!

  • Ma fille c’est « Talia » (c’est un pseudo): à onze ans elle a aime beaucoup Buddy Longway, La Rose écarlate, les Mythics, Harmony, les carnets de Cerise, Dragon Ball ou Flying Witch…
  • Mon fils c’est « Jean-Pedrovitch »: à  treize ans il a déjà lu une grosse partie de ma bdthèque, notamment Universal War 1&2, Thorgal, Blake et Mortimer, Largo Winch,…

BD de Kid Toussaint et Kenny Ruiz
Dupuis (2018-2019), 62 p./album, 2 volumes parus.
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Ouvrage acheté dans le cadre de l’opération 48H BD.

Tout le monde connaît l’histoire d’Ulysse, parti dix ans avec les armées grecques à la guerre de Troie et égaré autour de la méditerranée à son retour vers Itaque. Ce que nous ne savons pas c’est ce qu’a fait son fils Télémaque pendant ce temps: il est parti à sa recherche aidé de compagnons très hétéroclites, dans des aventures hautes en couleur!

Salut les enfants! Est-ce que vous connaissiez la mythologie grecque avant de lire Telemaque?

JP: Oui j’avais lu l’Odyssée en abrégé à l’Ecole des Loisirs. On avait vu Ulysse 31 aussi et ça aide bien. C’est bien de connaître l’histoire d’Ulysse avant de lire la BD.

Talia: J’ai lu Les Agents secrets de l’Olympe (une série de romans jeunesse). Et Ulysse 31.

Et du coup pouvez-vous nous dire comment la BD est reliée à l’Odyssée?

JP: On reconnait des personnages (comme Polyphème qui a déjà perdu son œil et parle d’Ulysse). Il y a aussi Circée la magicienne et les Sirènes qui ont une forme de Harpie. Télémaque refait les aventures d’Ulysse mais à sa manière.

Résultat de recherche d'images pour "telemaque ruiz"Talia: Polyphème appelle Ulysse « l’homme aux mille ruses » mais le héros dit s’appeler « personne ». Le fils de Polyphème est rajouté par rapport à l’histoire d’Ulysse et il aide Télémaque et sa copine car il ne veut pas manger d’humains et dit à son père que c’est en essayant de manger les humains qu’il a perdu son œil. Il est fan d’Ulysse car il admire son intelligence et sa ruse.

JP: Les premières pages racontent la Guerre de Troie avant que commence l’aventure de Télémaque.

Alors Télémaque c’est un peu Ulysse en plus jeune?

JP: Il a le même courage que son père mais est assez bête! Pas de bol, il arrive après son père, et ses victimes en veulent à son fils.

Talia: Il est assez imprévisible… Il est bien moins rusé et sa copine (Polycaste) l’aide beaucoup à se sortir de ses problèmes. Télémaque est très impatient, maladroit et prétentieux, il n’a pas voulu attendre le retour de son père  et se précipite dans le danger.

Résultat de recherche d'images pour "telemaque ruiz"Visuellement quel style de BD on a? Qu’est-ce qui vous a marqué?

JP: C’est très « jeunesse », parfois ça fait trop dessin-animé.

Talia: Les dessins sont exagérés, les personnages font des sauts géants… C’est plutôt drôle.

Un dernier mot?

JP: Derrière le côté jeunesse c’est finalement assez politique et plus complexe que ça en a l’air. Il y a besoin de quelques références. J’ai trouvé ce tome assez amusant et j’attends la suite!

Talia: C’est intéressant mais ca reste une BD d’aventure et on ne la lit pas pour se documenter sur la mythologie grecque.


Voilà pour le retour des zouzous… et le vieux qu’est-ce qu’il en dit?

Résultat de recherche d'images pour "telemaque ruiz"Très bonne surprise que ce Télémaque, avec notamment une découverte, l’excellent dessinateur espagnol Kenny Ruiz, au style proche du manga  et aux encrages forts issus de l’école espagnole. L’équilibre n’est jamais évident à trouver pour les séries estampillées jeunesse, entre un intérêt scénaristique et une simplification qui parle aux jeunes. Les auteurs ont trouvé cet équilibre avec un vrai réalisme littéraire dans les noms grecs et la complexité mythologique comme politique du contexte de l’Egée antique. Les enfants pourront trouver cela un peu compliqué mais les férus de mythologie (ils sont nombreux) s’y retrouveront. L’action et le style manga est en outre diablement efficace, avec des personnages drôles et une succession de péripéties qui s’enchaînent en suivant l’itinéraire de l’Odyssée  de façon fluide et non forcée. Dans l’esprit on est proche d’Aliénor Mandragore, avec le même humour décalé et des personnages semblant des transposition de héros mythiques. Télémaque est cependant plus efficace visuellement et en matière d’action. Et le principe de l’équipée de copains aux caractéristique bien particulières qui revisitent l’itinéraire d’Ulysse permet des perspectives sur une série longue. Une vraie réussite!

A partir de 10 ans.

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Comics·East & West·Nouveau !

The Magic order

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Comic de Mark Millar, Olivier Coipel et Dave Stewart
 Panini (2019) – Netflix/Image (2018), contient les épisodes 1 à 6.

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C’est peu de dire que je l’attendais celui-là! Depuis ma découverte des illustrations d’Olivier Coipel et ma première lecture de l’auteur sur Spider-verse, la diffusion des planches de l’album, j’imagine ce qu’un Mark Millar qui nous a proposé autant de chefs-d’œuvres pourra nous proposer. A noter que ce volume est un one-shot, comprenant les six issues de la publication US avec les couvertures originales en séparations de chapitres, des couvertures alternatives et une bio des auteurs (y compris l’excellent coloristes sans qui, tout de même, les dessins de Coipel ne seraient pas aussi forts). Le fait qu’il s’agisse du premier album publié par Netflix avec comme objectif une adaptation (déjà annoncée) à l’écran est pour moi totalement secondaire bien que cette info ait accaparé une bonne partie de l’attention des sites de comics. Et je crains d’ailleurs que la brièveté de l’album ne limite pas mal les possibilités d’univers large en série TV.

La famille Moonstone protège le monde des dangers d’entre les dimensions, de ce qui se cache entre les réalités. Ils sont magiciens. Ils ont une famille. Ils ont des problèmes. Ils sont humains… Lorsqu’une puissante magicienne bannie passe à l’action, les membres de l’ordre tombent les uns après les autres, massacrés par un mystérieux personnage déguisé en vénitien. Leur dernier espoir réside dans le plus puissant d’entre eux: Gabriel. Mais Gabriel a renoncé à toute magie depuis la mort de sa fille…

Résultat de recherche d'images pour "coipel magic order"Les comics de Millar sont particuliers en ce que l’on sait à l’avance qu’ils ne seront pas ratés: la découverte réside dans la barre placée très haut et qui fait se demander si l’on aura été trop gourmand ou si l’on a un nouveau chef d’oeuvre. Sa très grande qualité (outre le choix d’immenses dessinateurs, contrairement à son compatriote Alan Moore qui semble opter pour l’inverse…) réside dans la cohérence de ses univers et la radicalité du traitement. Un peu comme Rick Remender, il aime placer de tout puissants personnages dans les affres des difficultés psychologiques du bas peuple. J’ai trouvé en cela de grandes proximités de Magic Order avec Jupiter’s Legacy, dans cette approche familiale alliant de brillants représentants confrontés aux désirs paternels et d’autres vilains canards qui n’arrivent pas à gérer leur vie quotidienne. Mark Millar a un vrai talent de dialoguiste et de metteur en scène (à quand une réalisation?), créant des caractères intéressants, des images géniales et des scènes d’actions que ses dessinateurs savent parfaitement dynamiser. On a tout autant de plaisir à voir un magicien faire ses courses avant d’affronter un Titan que des assassinats défiant les lois de la physique et un prestidigitateur compter les entrées de son spectacle du soir. Et lorsqu’il laisse divaguer son imagination sur le sort original qu’il pourrait trouver on a une explosion d’idées toutes plus inventive les unes que les autres.Résultat de recherche d'images pour "coipel magic order"

Contrairement à la famille d’Utopian dans Jupiter’Legacy, l’ambition ici reste celle d’une transposition adule du concept Harry Potter (jusque dans les baguettes). J’aime voir des variation sur le même thème, comme le Black Magick de Nicola Scott qui penche plus dans l’intimiste féminin. Pas de discours politique donc, aucune dénonciation, Magic order est (ce qui est beaucoup reproché à Millarworld) un concept destiné à lancer une poule aux œufs d’or audiovisuelle pour l’investissement de Netflix. Ce manque d’ambition de l’auteur écossais est dommage car son talent est fou et il est un des rares scénaristes à assumer ses envies, sans censure, se rapprochant beaucoup plus de la philosophie du Franco-Belge que de l’industrie super-héroïque formatée. Chez Millar on se drogue, des gamins égorgent des adultes dans la nuit, les personnages sont ouvertement homosexuels et même quand c’est édité chez Marvel les super-héros se font massacrer et le monde dominer par une famille Hulk consanguine et dégénérée (Old-man Logan qui a inspiré le Logan de James Mangold au ciné). Ce n’est pas le trash pour le trash mais juste plus réaliste que ce qu’on lit souvent. Millar donne à voir la vie réelle des super-héros une fois ôté le vernis politiquement correcte. Et c’est ce que veulent les lecteurs comme le montrent les grands succès de super-hero movies au cinéma. Malheureusement Magic Order est au format one-shot, ce qui est suffisant pour lancer un pitch mais bien trop court pour développer un background solide et réaliste. Pour rappel Jupiters’s Legacy tenait en deux tomes…

Image associéeGraphiquement en revanche on a sans doute un des plus beaux comics de l’année. Olivier Coipel est un très grand dessinateur avec un style qui évite les dessins trop léchés de nombre de ses confrères. Un peu comme Jerôme Opena ou Sean Murphy j’aime le côté rapide, à la fois très précis et hachuré de ses cases. La colorisation de Dave Stewart rehausse incroyablement ces dessins et si Panini propose une édition spéciale n&b, personnellement je ne suis pas sur que ce soit préférable tant on à ici l’alchimie parfaite dessins/couleurs qui rend l’album supérieur. Le design général est également au top, avec une élégance et un côté décalé qui rend cette histoire vivante. Les différents magiciens sont à peine entraperçus, nous donnant terriblement envie de savoir de quoi ils sont capables, avant de disparaître… Encore frustrant.

Magic order est donc bien un des tous meilleurs comics sorti depuis longtemps, d’une facture irréprochable, mais aussi frustrant qu’enthousiasmant. Qu’il s’agisse des personnages, de l’histoire de l’ordre et de la Guerre secrète, de la famille Moonstone, tout n’a que le temps d’être effleuré et c’est déjà fini. Pourtant il y a de la bravoure, du mystère, du sang, de la folie,… tout ce qui fait un succès. Les auteurs s’amusent pendant quelques planches à imaginer les pouvoirs de ces sorciers, comme si détruire les amusait plus que bâtir sur le long terme. Le magnat des comics aurait pu nous gratifier d’un ou deux volumes supplémentaires pour bâtir un sommet des comics. Il préfère nous laisser là les yeux brillants, à relire ce qu’il nous a jeté et attendant sagement son prochain concept. Avec une prolongation sur Netflix pour les plus passionnés.

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