BD·Guide de lecture·La trouvaille du vendredi

Blue note

La trouvaille+joaquim
BD de Mathieu Mariolle et Mickaël Bourgoin
Dargaud (2013) 148 p. 2 vol et 1 intégrale, série finie.
Couverture de Blue Note -INT- Blue note

Concept très original, Blue note nous propose de suivre les destins croisés de deux personnages, un boxeur et un guitariste de Blues, dans les dernières heures de la Prohibition. Le premier album suit le boxeur, le second le musicien. Ils se croiseront à peine mais interagirons dans la même temporalité. On retrouve un peu l’idée de Vortex que j’avais chroniqué dans cette rubrique il y a quelques temps. A noter que pour une fois l’illustration de l’intégrale est moins belle que celles des deux albums originaux. En outre une édition de luxe n&b tirée à 260 ex chez Bruno Graff existe. Un peu chère mais les le boulot d’encrage de Mickaël Bourgoin peut justifier une petite folie sur cet album si vous le trouvez.

Résultat de recherche d'images pour "blue note bourgoin"Blue note est une bd d’auteurs. Deux artistes inspirés par l’envie de nous faire vivre une ambiance, celle des nuits pluvieuses de la Prohibition, de ses clubs de jazz tenus par des Parrains et de ses match de boxe truqués. Ce qui saute aux yeux à l’ouverture de l’album ce sont les encrages de Mickaël Bourgoin, élément essentiel dans le visuel de ce projet (dès la page des crédits le dessinateur l’annonce). Pour sa deuxième série publiée le dessinateur a souhaité se lancer dans le grand bain, inspiré par Toppi et Breccia et on peut dire que la prise de risque s’est avérée pertinente tant l’ensemble respire la fumée, les atmosphères et livre quelques pleines pages absolument sublimes lorsqu’il s’agit d’illustrer la magie de la musique du personnage de guitariste virtuose R.J. A ce titre, il est dommage qu’une version grand format n&b n’ait pas été prévue par l’éditeur (hormis le tirage de tête en nombre limite et au coût élevé) tant ces planches auraient mérité plus de place.

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On écarquille donc les yeux sur la beauté de ces petites cases très minutieuses et prends le temps d’admirer les quelques pages où les auteurs prennent leur place. Le trait peut ressembler par moment à celui de Gary Gianni, avec cet effet plume d’oie doublant les traits et surtout ces volutes incroyable qui désintègrent par moment les dessins dans une inspiration vraiment atypique et magnifique. C’est tellement réussi que l’album paraît parfois trop sage et l’on imagine un Bourgoin jouant des cadres de cases avec des débordements volontaires… J’ai vraiment découvert un illustrateur de très grand talent qui propose quelque chose de neuf que je ne saurais rattacher à une école graphique. Il n’a pour le moment rien réalisé d’autre en BD mais je guette un prochain projet!

Résultat de recherche d'images pour "blue note bourgoin dargaud"L’intrigue (réalisée à quatre mains) aurait pu être basique, classique. Le simple fait de poser le contexte du dernier mois d’une époque bien connue permet de borner l’intrigue en densifiant la tension. L’histoire est celle de l’ambition, celle de RJ, guitariste d’exception à qui tout sourit ; celle de Jack, ancienne légende des rings contraint de reprendre les gants en fuyant la gloire. Deux destins croisés qui se croiseront effectivement tout au long de ce double album construit en miroir. La subtilité de l’imbrication des deux histoires est une vraie réussite car ce n’était pas évident d’en dire si peu tout en maintenant des révélations en deux temps tout au long du récit. Chaque album a son unité, son héros, qui rencontre brièvement l’autre, avant que tout se rejoigne en toute fin du second volume. C’est une histoire triste que l’on nous narre, celle de personnages mangés par la ville, par leur ambition et celle des autres. Des talents qui ne seront jamais réellement libres, soit car ils sont en avance sur leur époque soit car ils appartiennent au passé. C’est un peu trois périodes qui se rencontrent dans Blue note: celle d’un âge d’or d’avant la Prohibition, celle finissante de la Prohibition, la nouvelle ère ouverte par RJ.Résultat de recherche d'images pour "blue note bourgoin"

Les meilleures BD sont souvent celle que l’on n’attend pas, celles qui nous surprennent. Blue note en fait partie en réussissant incroyablement l’alliance du texte et de l’image, de personnages forts portés par des thèmes passionnants, iconiques (le musicien de blues noir, le boxeur irlandais) et une époque hautement visuelle et familière dans l’imaginaire collectif. C’est une très belle histoire, dure et inspirée que nous proposent Bourgoin et Mariolle, un blues à l’encre de nuit, une BD qui fait honneur à une bibliothèque et que l’on relit régulièrement.

Une interview des auteurs a été réalisée par le site Bdgest.

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Comics·Rétro

La BD d’Halloween!

Et oui les amis c’est Halloween, la fête des monstres et de l’épouvante! Une bonne occasion de ressortir des placards une excellente BD de l’américain Gary Gianni, camarade de Mike Mignola et émissaire de l’école des Freak tales faites de bizarreries et de graphismes noir et blanc très appuyés… (pour accéder à l’article cliquez sur l’image)

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BD·Nouveau !

Ira dei #2: la part du diable

BD du mercrediBD de Vincent Brugeas et Vincent Toulhoat
Dargaud (2018), 54 p., 2 vol parus, premier cycle terminé.

L’illustration de couverture est très réussie, plus pertinente que celle du premier volume), reprenant à la fois le thème et la colorimétrie de la série (j’aime toujours quand il y a une homogénéité dans une série) mais surtout proposant un sujet énigmatique et très révélateur de l’album. Un vitrail dessiné très élégant en début d’album rappelle les protagonistes. Ce tome clôt officiellement un premier cycle d’une série prévue en quatre cycles minimum.

Après avoir conquis Taormine en Sicile, Tancrède est intégré à l’armée du Strategos Maniakès. Poursuivant sa propre vengeance en enfermant le moine dans une cage, il voit les alliances se faire et se défaire, chacun jouant sa propre partition au sein de ce théâtre de reconquête militaire.

Résultat de recherche d'images pour "toulhoat la part du diable"Le duo Brugeas/Toulhoat est décidément impressionnant. Non content d’une productivité hors norme (on est à une moyenne de 2 albums par an), ils parviennent à produire des BD grand public sur des sujets et traitement pour le moins risqués… Paradoxalement si leur BD la plus mainstream (Chaos Team: des barbouzes dans un contexte post-apo après l’arrivée des extra-terrestres) est leur seul semi-échec commercial, ils choisissent ensuite un polar médiéval très sombre et une épopée diplomatico-stratégique dans la méditerranée Byzantine de l’an Mille!

Le premier tome d’Ira Dei était une vraie réussite, inattendue pour ma part et qui reprenait pas mal de tics graphiques et scénaristiques du couple d’auteurs. La part du diable parvient à rehausser encore le niveau en complexifiant une intrigue déjà touffue, notamment via le ressort des aller-retour: l’album débute sur la grande bataille de Syracuse et nous montre par morceaux quelles inimitiés, quels retournements d’alliances, quels machiavélismes ont mené à ce morceau de bravoure épique qui renverrait presque le Conan des deux compères sorti au printemps au rang de bleuette Nouvelle vague… Résultat de recherche d'images pour "toulhoat la part du diable"La lecture de l’album demande de la concentration même si le dessin, toujours aussi clair et précis facilite le parcours oculaire. La grande force de ce volume et le véritable changement par rapport à leurs productions précédentes est l’absence de héros et une impossibilité pour le lecteur de définir le centre de l’intrigue. La multitude de personnages secondaires, bien plus charismatiques et éclairés que les deux centres antagonistes que sont Tancrède et Etienne, crée une toile renforcée par une chute inattendue qui ressemble plus à un to be continued qu’à une fin de cycle. La série sera en effet construite sur des cycles « géographiques » changeant de théâtre des opérations à chaque diptyques, dans une trame néanmoins suivie.

Le personnage de Tancrède est un peu en retrait dans ce volume, en laissant la part belle (comme souvent chez Brugeas&Toulhoat) aux femmes, manipulatrices, belles, intelligentes, face à une brochette de mâles violents et tous plus retors les uns que les autres qui font chercher en vain quelque chose qui se rapprocherait le plus d’un héros. Dans cet univers machiavélique où chaque acteur semble être le précepteur de Sun Tzu, très peu de manichéisme, ce qui est rare dans ce genre de BD et très agréable.

Graphiquement Ronan Toulhoat n’en finit plus à chaque album de nous régaler. Si vous lisez régulièrement ce blog vous savez que je suis adepte des encrages forts et ce que j’aime chez ce dessinateur c’est son trait très instinctif allié à une utilisation discrète du numérique, dans la colorisation notamment et dans la réalisation d’arrière-plans jamais délaissés: il y a une telle vie dans chacune des cases que l’on prolonge la lecture pour scruter chaque détail. L’autre grande force du dessinateur est son sens du mouvement, à la fois par des effets graphiques très maîtrisés (eyfish, lignes de vitesse) et par un découpage en travelings qui crée une vraie immersion.Résultat de recherche d'images pour "toulhoat la part du diable"

La part du diable est peut-être l’album le plus abouti du duo (je sais, je dis ça à chacun de leurs albums…), à la fois exigeant, complexe, visuellement renversant de détails et de précision, proposant à la fois de sombres débats stratégico-conspirationistes et des scènes de bataille grandioses… On ne sais plus s’il faut souhaiter des changements d’horizons pour ces auteurs tant ils nous régalent en proposant à chaque album des créations qui respirent la passion. Personnellement je suis leurs aventures les yeux fermés et pour l’instant je n’ai jamais été déçu.

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BD·C'est lundi...·Comics·Manga

C’est lundi, que lisez-vous? #28

Ce rendez-vous a été initié par Galléane et son principe est de répondre aux trois questions:

1. Qu’ai-je lu la semaine passée ?

2. Que suis-je en train de lire en ce moment?

3. Que vais-je lire ensuite ?

Cliquez sur les vignettes pour aller sur la critique quand il y en a une.

1. Qu’ai-je lu la semaine passée ?

Passagers du vent 08. Le sang des cerises. Journal 4/4couv-ira-dei-hdCouverture de Ira Dei -2- La Part du diable

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2. Que suis-je en train de lire en ce moment?

Travis 11. Les Enfants de MarcosCouverture de Travis -13- Serpent à plumes

3. Que vais-je lire ensuite ?

Couverture de Méta-Baron -1- Wilhelm-100, le Techno-Amiralbatman-white-knight-8211-version-couleur

Cette semaine ce sont plutôt les BD qui sont réussies. Mes dernières lectures comics sont assez moyennes (mais le White Knight arrive, je l’attends depuis des mois!). Énorme plaisir sur Ira Dei. Je vais essayer de commencer la série Meta-Baron (sans Jodo aux commandes), qui ne me tentait pas trop à sa sortie mais dont les dessins de Valentin Secher me mettent par terre à chaque image que je vois…

Et vous? qu’avez-vous découvert? Vos coups de cœur et trouvailles, ça m’intéresse!

Comics·East & West·Nouveau !

Black Magick #2: passé recomposé

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Comic de Greg Rucka et Nicola Scott
Glénat (2018) – Image (2015), 2 volumes parus, série en cours.
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Comme souvent  dans les éditions comics françaises après un premier tome bien chargé en bonus, la suite est pauvre, voir inexistante. Heureusement, le sérieux de suivi de maquette chez Glénat comics assure un bel album en couverture non pelliculée (j’aime bien) et une illustration de couverture intrigante et qui révèle la violence de l’album.

Les forces occultes se sont révélées à Rowan et ses amies sorcières et à mesure que son enquête de police progresse elle constate les pouvoirs inouïs de ces puissances. Que lui veulent-elles? Que recherche également l’Aira, ce groupe de chasseurs de sorcières dont les motivations ne semblent pas correspondre à ce qu’en sait Rowan? A mesure que chacun se révèle il viendra le temps pour notre héroïne d’assumer ses pouvoirs et son statut de sorcière…

Résultat de recherche d'images pour "black magick 2 scott"Ce qui m’a plu dans le premier volume de Black Magick c’est le traitement inhabituel, tout en douceur, l’intérêt des auteurs sur les personnages, leurs relations, plus que sur le background fantastique ou l’action. Bien sur il y a de l’action, également dans cette suite qui reprend le même schéma que l’album précédent. Bien sur il y a de la magie, qui monte en puissance cette fois-ci après la révélation à la fin du précédent. Contrairement à la mise en place du « Reveil » les différentes factions sont connues et commencent à se rencontrer. Le tome est axé sur la prise de contact entre l’Aira (que nous a fait découvrir le long récit fictif de fin du premier tome) et les deux sorcières. La structure enquête policière/confrontation magique/irruption de l’Aira reste inchangée. On monte seulement d’un cran dans la connaissance de l’intrigue et des protagonistes. Cet épisode semble marquer une rupture dans l’équilibre en place en début de série alors que les tensions avec son équipier augmentent et que l’héroïne découvre que les forces du mal ont des projets pour elle…

Sur le plan graphique, on continue de se régaler devant les dessins de Nicola Scott qui use à merveille de ses tons gris-sépia avec quelques irruptions numérique de couleurs pour des effets spéciaux de flammes ou de magie très élégants. La dessinatrice est aussi à l’aise dans les nombreuses scènes intimistes que dans les séquences d’action. L’esthétique générale « côte est » faite de pull-over confortables, de thé au coin du feu et de jolies maisons enneigées participe à l’ambiance ouatée de la série.Résultat de recherche d'images pour "black magick 2 scott"

Hormis les deux séquences introductives nous relatant l’initiation de Rowan aux vies passées  et la disparition de sa mère, on est dans la droite continuité du début de la série et il faudrait que le prochain tome passe la seconde vitesse pour entrer dans l’action, au risque de finir par lasser le lecteur. Mais pour l’instant la recette fonctionne dans un confort certain, comme l’épisode hebdomadaire de la série du moment où l’on retrouve avec plaisir des personnages attachants.

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Manga

Sushi et Baggles #2

Dr Stone #1

Dr. Stone - Tome 1J’ai découvert le très grand dessinateur Boichi sur Sun-ken Rock puis sur Wallman. Sa nouvelle série l’associe à un scénariste dans une sorte d’utopie philosophique: plusieurs milliers d’années dans le futur, après que la Terre ait été rendue à la nature suite à la pétrification soudaine des humains et d’une partie des animaux, un groupe de jeunes gens revient à la conscience et mets en oeuvre le retour à la civilisation…

Très bon démarrage pour une série écologique où assez rapidement après l’apocalypse  (version très originale que cette pétrification générale) se mettre en place différentes visions de ce que devra être la nouvelle humanité, associant le personnage principal (une sorte d’Einstein du futur), une force de la nature et un combattant hors paire. L’originalité du manga, outre le fait d’aborder des scènes culinaires (comme dans tous les Boichi) est son côté pédagogique et scientifique avec plein d’explications de réactions chimiques, de fonctionnement des inventions, bref de toute la science mise en oeuvre pour recréer outils et matériaux. Un premier tome qui donne bien envie d’enchaîner!

Dr Stone #2

Dr. Stone - Tome 2

L’aventure continue avec l’affrontement entre deux projets de civilisation, entre celle de la science et celle utopique d’un grand timonier dirigeant par la force. On découvre l’existence d’autres humains réveillés pendant que Senku projette de contrer la puissance brute de Tsukasa grâce à l’invention de la poudre à canon… Le projet de ce manga se structure autour de cette dualité intéressante de recréation de l’humanité sur de nouvelles bases. Le tout reste fortement axé autour des sciences pendant que Boichi nous régale de son trait toujours aussi élégant et de l’humour omniprésent. Manga qui ne m’intéressant pas spécialement au départ je trouve pour le moment que c’est plus construit et solide que Sun-Ken Rock, en restant un manga assez familial qui peut être lu assez tôt mais intéressera surtout les pré-ado je pense.

Lazarus #1:

Beaucoup entendu parler de cette série du scénariste tendance Greg Rucka, du coup je me lance: dystopie absolue où le monde est régi par des grandes familles à la tête de multinationales, qui font la loi, la police, la guerre, bref, dirigent le monde en un système proche de la féodalité. Les humains sont répartis en trois classes: les familiers (la famille élargie), les serfs, travaillant pour la Famille, et les déchets qui sont considérés comme inutiles. Ce monde est absolument terrible et le scénariste nous fait suivre les pas du Lazare de la famille Carlyle, Eve, machine de guerre invincible formée dès son plus jeune age pour assurer la sécurité de la famille. Impitoyable, elle est néanmoins humaine et s’interroge sur sa place dans la famille et sur l’amour supposé de ce père génétique, le patriarche de la Famille qui entretien une relations ambiguë avec elle.

Si les dessins sont assez difficiles pour moi (style américain fait de numérique très noir et pas toujours précis (style que pouvait avoir Bec à une époque et qui allie photoréalisme et aspect très froid), je reconnais que ce monde sorti des cauchemars de Renato Jones est passionnant en même temps que terriblement dur. On part sur un format long dans le style des séries US et l’histoire (très axée sur la psychologie des personnages) et l’univers justifient de poursuivre la lecture.

Lazarus #2:

Ce second tome intercale l’enfance d’Eve faite d’entrainement très intense et d’amour filial avec son maître de combat et le projet d’attentat d’un groupe de déchets. On sort un peu de l’univers des Familles pour découvrir comment vivent (ou pas) les humains dans ce monde sauvage. La structure du récit et de la rupture attendue se mets en place, nous faisant comprendre progressivement que toute rébellion est vouée à l’échec. Hormis si un Lazare décide de rompre le ban… Vraiment dommage qu’un artiste plus esthétique ne soit pas aux dessins, la lecture donne vraiment très envie d’une adaptation ciné à laquelle cette histoire se prête absolument.

Beauty #1:

Excellent pitch très original que celui de Beauty! Dans un futur proche un virus sexuellement transmissible contamine une bonne partie de la population, provoquant un effet étonnant: les corps rajeunissent, les traits s’affinent… les malades deviennent beaux! Dans ce contexte, un duo de flics de la section spéciale de la police chargée des affaires autour du Beauty enquête sur des décès par combustion spontanée de malades. Très vite ils constatent une conspiration au plus haut niveau, alors que leu vie privée se retrouve perturbée…

Ce premier tome est vraiment bon, alliant enquête de police, conspiration politico-pharmaceutique et action débridée. Graphiquement c’est très correcte même si la colorisation informatique classique de beaucoup de comics aplatit un peu la qualité du trait. Au-delà de l’intrigue efficace j’aime beaucoup ce qu’apportent les différents effets indésirables du Beauty sur la psychologie des personnages et sur les ambitions personnelles. Série à suivre.

Comics·East & West·Nouveau !·Numérique·Service Presse

Batman: à la vie, a la mort

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Comic de Tom King, Lee Weeks et Michael Lark
Urban (2018) – DC (2016), one shot, 80 p. contient Batman annual #2 et l’épisode spécial Batman/Elmer Fudd
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Ce court album contient une page explicative du projet qui inclut le Batman annual (épisode one-shot publié en fin d’année) sur la relation Batman/Catwoman et un épisode spécial crossover improbable entre Batman et les Looney Toons (!). La couverture, magnifique, est signée Olivier Coipel. Rien de particulier, ça reste un peu cher pour une petite pagination (on pourra me rétorquer que ce sont plutôt les gros volumes Urban qui sont peu chers…).

Pour être tout a fait clair, comme beaucoup j’ai été attiré par la sublime illustration d’Olivier Coipel et sur la thématique de Catwoman. J’avais juré que l’on ne reprendrait plus à acheter un comic sur la base de sa couverture… Si bien entendu la démarche est fort malhonnête commerciale, on ne peut pourtant pas dire qu’il y ait arnaque: les deux illustrateurs à l’oeuvre font un boulot super pro, très esthétique, proposant quelques très belles visions, sur des scénarii aux petits oignons. Si c’est l’histoire d’amour qui m’a tenté, c’est l’improbable version des Looney Toons en mode polar noir qui a recueilli le plus mon attention. Résultat de recherche d'images pour "batman annual weeks"En effet la première histoire, malgré une réalisation irréprochable, laisse un air de déjà-vu et l’on se réveille surtout sur les dernières planches nous montrant les vieux jours de Bat & Cat. C’est touchant et ressemble à un elseworld (concept que je préfère chez les super-héros). Sur un si court projet on aurait du coup apprécié d’avoir un cador de l’industrie, même si encore une fois les dessins de cet album sont plus qu’honnêtes. Pour les amateurs de la féline je vous conseille plutôt de vous tourner vers le Catwoman à Rome de Loeb et Sale, toujours indisponible en neuf (merci Pannini) mais trouvable à prix correcte en occasion.

Est-ce la surprise ou le traitement, toujours est-il que l’idée de voir les Looney Toons dans une histoire de Batman, après l’incrédulité, laisse place à une très grosse envie quand on voit le travail de transposition de ces personnages de dessin-animés passés dans l’imaginaire collectif occidental à un univers réaliste de Batman en mode policier sombre et pluvieux… Rassurez-vous, Bugs-Bunny n’est plus un lapin non plus que Titi ou le Coyotte ne sont des animaux. On a une intrigue à la Sin city – femme fatale et amant vengeur – où Elmer est un tueur venu assassiner Bugs le truand aux dents de lapin dans le bouge Chez Porky… Résultat de recherche d'images pour "batman elmer weeks"Les deux auteurs ont du se régaler à imaginer les versions humaines de ces personnages et le plus fort c’est que c’est tellement crédible que cela nous donne envie de voir un jour une adaptation au cinéma de cet univers (dans un film pour adulte bien sur).

L’impression générale reste donc mitigée entre une réalisation objectivement sans faille pour deux projets manquant d’ambition et un montage éditorial un peu forcé. On pourra porter à la défense de l’éditeur que la culture de la BD reliée qui domine en France  impose certaines aberrations… ce à quoi on rétorquera que des histoires de ce genre peuvent soit être offertes dans des packs spéciaux avec un autre album (en fin d’année?) soit vendues exclusivement en format kiosk, le format relié n’apportant rien et étant plus cher. Cet album est plutôt pour les amateurs de curiosités ou pour les fans hard-core et reste assez mineur dans la biographie du Chevalier noir.

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