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Le pouvoir des innocents, cycle 1

La trouvaille+joaquim
BD Luc Brunschwig et Laurent Hirn
Delcourt (1992-2002), intégrale des cinq volumes, 294 p.

bsic journalism

Album lu en numérique dans le cadre du programme Superlecteurs Résultat de recherche d'images pour "iznéo".

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L’édition intégrale n’apporte rien de plus que les cinq albums qui la composent. Les parties sont séparées par une page de titre.

Cette série est une référence, d’abord de par son âge, Luc Brunschwig ayant été un des scénaristes phares des débuts de l’éditeur Delcourt dans les années quatre-vingt-dix, à l’époque des premiers albums d’un certain Lauffray ou autre Vatine par exemple… Datée graphiquement, de par des couleurs que l’on faisait à l’époque et un dessinateur à ses débuts (qui progresse à chaque tome), le volume critiqué ici est le premier des trois cycles qui viennent de se terminer et reste totalement novateur dans son sujet comme son traitement.

Dans une ville de New York en proie aux violences et en pleine campagne pour la mairie, une série de personnages très différents, de toutes les strates de la société, vont s’entrecroiser autour d’une machination pour le pouvoir. Entre mafia, politiciens véreux, journalistes et citoyens marqués par une vie difficile, Jessica Rupert, une visionnaire idéaliste, est convaincue que l’intelligence peut conquérir la mairie de New York et rendre aux innocents leur place dans cette société inégalitaire…

Résultat de recherche d'images pour "le pouvoir des innocents hirn"Il est toujours compliqué de lire une grande saga avec un dessinateur débutant. Le niveau d’exigence graphique atteint par les jeunes dessinateurs aujourd’hui est sans commune mesure avec une époque où la pression était moins forte, les éditeurs faisaient leur boulot de lancer des jeunes, leur laisser leur chance. Je ne vais pas ici parler du débat actuel autour de la surproduction et du statut des auteurs (pauvres) mais le contexte actuel de la BD fait étrangement échos au sujet comme à la période de publication du Pouvoir des Innocents. Comme dit plus haut, l’aspect graphique ne doit pas vous dissuader de vous lancer dans cette aventure toujours pertinente et ô combien ambitieuse. Laurent Hirn propose dès les premières planches une partition, si ce n’est très technique, très respectable et il atteindra progressivement, avec une amélioration des couleurs dès le premier cycle, un niveau très agréable dans les cycles suivants.

Résultat de recherche d'images pour "le pouvoir des innocents hirn"En outre l’exigence du scénario de Luc Brunschwig, très cinématographique et original dans ses cadrages et surtout ses enchaînements, ne le rend pas facile à transposer visuellement. Car outre des effets atypiques que l’on trouve parfois au cinéma (des eyefish ou des perspectives faussées), la particularité du scénario est d’enchevêtrer les récits de manière perturbante au début mais ô combien efficace et intellectuellement motivante. Que ce soient les principaux protagonistes (le sergent Logan, sa femme, Providence le boxeur,…) ou des personnages secondaires, une narration continue l’autre, que ce soit dans le texte ou visuellement. En somme l’auteur utilise (là encore) le décalage entre image et son utilisé au cinéma qui permet d’emmener le spectateur sur des interprétations faussées de ce qu’il voit ou à l’inverse induire des similitudes. Vous l’aurez compris, Le Pouvoir des innocents est un véritable film en BD et pourrait sans aucun doute être transposé à l’écran pratiquement sans retouche.

Image associéeLes thématiques abordées sont multiples même si elles correspondent à des sujets que l’on traitait fin 80 en BD comme à l’écran. La guerre du Vietnam, le traumatisme incurable, les riches et les pauvres en Amérique, la communication médiatique manipulatoire, tels sont les focus de la BD. Mais dans son aspect multiple le scénario ne s’accroche jamais sur un élément, entrecroisant l’ensemble en une toile cohérente, selon le personnage au manettes du récit à tel moment. Ainsi, l’histoire de Logan prends des aspects de film militaire alors que celle de Providence a l’image d’un film carcéral. Et ainsi de suite. En solo ces intrigues auraient été juste intéressantes, mélangées elles créent une dynamique qui immerge le lecteur dans sa complexité. On pourra néanmoins regretter un côté mièvre un peu insistant dès qu’il s’agit de Jessica Rupert. Un univers de bons sentiments un peu appuyés, qui restent cohérents par contraste avec la dureté des vies de ces « innocents » mais agace un peu la lecture par son côté premier degré.

Résultat de recherche d'images pour "pouvoir des innocents hirn"Au final, avec ses défauts graphiques comme scénaristiques, Le Pouvoir des innocents reste une BD touchante par l’implication de ses auteurs, par le travail visible de Laurent Hirn, par son engagement politique réel. Comme toute l’industrie culturelle la BD a tendance à freiner ce qui peut sortir du consensus du loisir. Des BD comme celles de Luc Brunschwig ou Wilfried Lupano nous rappellent que l’imaginaire, le thriller, ne sont jamais aussi intéressants que lorsqu’ils se rattachent au réel et abordent des thématiques d’actualité et investissent le champ politique. Cette BD est un hymne à l’utopie politique, à changer le monde, à renverser la table des injustices d’un capitalisme triomphant. Merci aux deux auteurs de nous proposer cette bouffée d’espoir.

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Telemaque#1

Rufus Stewart

Nouvelle rubrique sur le blog avec l’envie de parler d’albums destinés à la jeunesse et surtout d’en parler avec des kids, à savoir mes enfants! La rubrique sera en work in progress au début pour trouver la bonne formule (je ne suis pas encore esclavagiste et comme le blog ne rapporte rien je n’oblige pas mes enfants à rédiger des billets…). L’idée étant de donner à la fois mon avis d’adulte et l’avis d’un lecteur jeune je vais commencer par un format question réponse. N’hésitez pas à me donner votre avis et idées sur la formule en commentaires!

  • Ma fille c’est « Talia » (c’est un pseudo): à onze ans elle a aime beaucoup Buddy Longway, La Rose écarlate, les Mythics, Harmony, les carnets de Cerise, Dragon Ball ou Flying Witch…
  • Mon fils c’est « Jean-Pedrovitch »: à  treize ans il a déjà lu une grosse partie de ma bdthèque, notamment Universal War 1&2, Thorgal, Blake et Mortimer, Largo Winch,…

BD de Kid Toussaint et Kenny Ruiz
Dupuis (2018-2019), 62 p./album, 2 volumes parus.
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Ouvrage acheté dans le cadre de l’opération 48H BD.

Tout le monde connaît l’histoire d’Ulysse, parti dix ans avec les armées grecques à la guerre de Troie et égaré autour de la méditerranée à son retour vers Itaque. Ce que nous ne savons pas c’est ce qu’a fait son fils Télémaque pendant ce temps: il est parti à sa recherche aidé de compagnons très hétéroclites, dans des aventures hautes en couleur!

Salut les enfants! Est-ce que vous connaissiez la mythologie grecque avant de lire Telemaque?

JP: Oui j’avais lu l’Odyssée en abrégé à l’Ecole des Loisirs. On avait vu Ulysse 31 aussi et ça aide bien. C’est bien de connaître l’histoire d’Ulysse avant de lire la BD.

Talia: J’ai lu Les Agents secrets de l’Olympe (une série de romans jeunesse). Et Ulysse 31.

Et du coup pouvez-vous nous dire comment la BD est reliée à l’Odyssée?

JP: On reconnait des personnages (comme Polyphème qui a déjà perdu son œil et parle d’Ulysse). Il y a aussi Circée la magicienne et les Sirènes qui ont une forme de Harpie. Télémaque refait les aventures d’Ulysse mais à sa manière.

Résultat de recherche d'images pour "telemaque ruiz"Talia: Polyphème appelle Ulysse « l’homme aux mille ruses » mais le héros dit s’appeler « personne ». Le fils de Polyphème est rajouté par rapport à l’histoire d’Ulysse et il aide Télémaque et sa copine car il ne veut pas manger d’humains et dit à son père que c’est en essayant de manger les humains qu’il a perdu son œil. Il est fan d’Ulysse car il admire son intelligence et sa ruse.

JP: Les premières pages racontent la Guerre de Troie avant que commence l’aventure de Télémaque.

Alors Télémaque c’est un peu Ulysse en plus jeune?

JP: Il a le même courage que son père mais est assez bête! Pas de bol, il arrive après son père, et ses victimes en veulent à son fils.

Talia: Il est assez imprévisible… Il est bien moins rusé et sa copine (Polycaste) l’aide beaucoup à se sortir de ses problèmes. Télémaque est très impatient, maladroit et prétentieux, il n’a pas voulu attendre le retour de son père  et se précipite dans le danger.

Résultat de recherche d'images pour "telemaque ruiz"Visuellement quel style de BD on a? Qu’est-ce qui vous a marqué?

JP: C’est très « jeunesse », parfois ça fait trop dessin-animé.

Talia: Les dessins sont exagérés, les personnages font des sauts géants… C’est plutôt drôle.

Un dernier mot?

JP: Derrière le côté jeunesse c’est finalement assez politique et plus complexe que ça en a l’air. Il y a besoin de quelques références. J’ai trouvé ce tome assez amusant et j’attends la suite!

Talia: C’est intéressant mais ca reste une BD d’aventure et on ne la lit pas pour se documenter sur la mythologie grecque.


Voilà pour le retour des zouzous… et le vieux qu’est-ce qu’il en dit?

Résultat de recherche d'images pour "telemaque ruiz"Très bonne surprise que ce Télémaque, avec notamment une découverte, l’excellent dessinateur espagnol Kenny Ruiz, au style proche du manga  et aux encrages forts issus de l’école espagnole. L’équilibre n’est jamais évident à trouver pour les séries estampillées jeunesse, entre un intérêt scénaristique et une simplification qui parle aux jeunes. Les auteurs ont trouvé cet équilibre avec un vrai réalisme littéraire dans les noms grecs et la complexité mythologique comme politique du contexte de l’Egée antique. Les enfants pourront trouver cela un peu compliqué mais les férus de mythologie (ils sont nombreux) s’y retrouveront. L’action et le style manga est en outre diablement efficace, avec des personnages drôles et une succession de péripéties qui s’enchaînent en suivant l’itinéraire de l’Odyssée  de façon fluide et non forcée. Dans l’esprit on est proche d’Aliénor Mandragore, avec le même humour décalé et des personnages semblant des transposition de héros mythiques. Télémaque est cependant plus efficace visuellement et en matière d’action. Et le principe de l’équipée de copains aux caractéristique bien particulières qui revisitent l’itinéraire d’Ulysse permet des perspectives sur une série longue. Une vraie réussite!

A partir de 10 ans.

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***·BD·Mercredi BD·Rétro·Service Presse

Kiliwatch

BD du mercredi
BD de Eric Herenguel & co
Caurette (2017), 74 p., one-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Caurette pour cette découverte.

kiliwatch-couverture-dc3a9finitive-700-x-1000-px-564x800L’album relié, au format comic comprend treize histoires des bandits Kili et son pote le robot Banjo, pré-publiées dans le mythique magazine Ekllipse (… qui a participé à nombre de découvertes d’auteurs pour votre serviteur!) et dans LanfeustMag. Les quatre premières histoires sont dessinées par Eric Herenguel, d’autres uniquement écrites par lui, certaines où il n’intervient pas. Une quinzaine d’auteurs participent à ce recueil délirant, dont Timothée Montaigne, le dessinateur du Troisième Testament-Julius. Les histoires sont découpées avec page de garde. Chose assez rare, l’album commence par des bulles dans l’intérieur de couverture en mode « ouverture de rideau et fermeture de rideau ». Enfin, un carton propose des bonus à télécharger. Un gros délire de la première à la dernière page, j’adore le concept. Seul bémol, la couverture, malgré la signature de la star maison de l’éditeur (Kim Jung Gi), est terne et assez peu engageante. Étonnant, mais pas suffisant pour ôter le Calvin pour l’édition.

Kili et Banjo ce sont les Bonnie & Clyde d’un futur en mode western, un univers désertique parcouru de camions géants et de stations service. Kili est une redoutable tireuse à la langue bien pendue et au verge très fleuri. Banjo est le dernier modèle des cyborg de type Mephisto, fabuleuse machine à tuer… dotée d’un défaut d’étanchéité qui le rend incontinent à l’huile de vidange!

Résultat de recherche d'images pour "herenguel kiliwatch"Avec Kiliwatch Eric Herenguel a de toute évidence eu envie de rendre hommage à un chef d’œuvre que les quarantenaire ont découvert avec les premières publications de manga par Glénat au milieu des années quatre-vingt-dix: L’Appleseed de Masamune Shirow. On y découvrait dans un monde post-troisième guerre mondiale une vétéran de l’armée, machine à tuer accompagnée de son amoureux transformé en cyborg de type Hecatonshire aux capacités de perception phénoménales… Visuellement Kiliwatch est très proche du manga. Thématiquement on s’en éloigne avec un univers de sale gosse à la mode Fluide Glacial, beaucoup plus proche de Maëster. Les dialogues sont le gros point fort d’un album où on se marre franchement sur des réparties bourrines et vaguement vulgaires de Kili. Évidemment entre les histoires de gros (très gros!) flingues et les problèmes de fuite du robot, les histoires sont bardées d’allusions vaseuses basées sur les problèmes technologiques du robot ou sur la perfidie des bandits et autres salopards rencontrés. Mention spéciale au robot atteint du syndrome de la tourette. Amis de la finesse passez votre chemin!

Allez, sortez gentiment ou mon pote vous finit au bazooka. Et il est locké en mode combat sans échec. Le premier qui descend les mains sous les oreilles je lui frise la tête au 44 Magnum

Résultat de recherche d'images pour "herenguel kiliwatch"Graphiquement malgré la profusion de dessinateurs tout se tient sur un assez bon niveau, mention spéciale pour Herenguel dont la colorisation notamment est remarquable en créant une ambiance rouge-soleil et poussière avec des textures très élégantes. On est étonné de trouver une telle qualité graphique dans une BD d’humour.

Même si l’album est un peu cher pour un format comics et une pagination a peine plus importante qu’un album franco-belge je vous conseille cette virée virile au pays des gros flingues et des bons mots. Je vous passerais la foison de références ciné, vous l’aurez compris, Kiliwatch est une bonne poilade qui donne envie tout autant de relire du steampunk à la mode mad-max que de feuilleter ses albums de Fluide.

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Nevada #1: l’étoile solitaire

BD de Fred Duval, Jean-Pierre Pecau, Colin Wilson et JP Fernandez
Delcourt (2019), 1 volume paru. Existe en édition collector N&B grand format.

bsic journalism

Album lu en numérique dans le cadre du programme Superlecteurs Résultat de recherche d'images pour "iznéo"

couv_366393L’équipe de la très sympathique série Wonderball revient chez son éditeur de toujours pour une nouvelle série éponyme qui sent bon l’Ouest et le soleil. Avec la qualité des trois auteurs on pouvait s’attendre à un nouveau succès parti pour de longues années de têtes de gondoles.

Nevada est un arrangeur: il est envoyé récupérer les acteurs d’Hollywood partis en vadrouille et qui mettent en péril l’équilibre financier des films en cours de tournage. Nous sommes aux Etats-Unis quelques années après la Grande guerre. Entre enquêteur et gâchette, il sait déjouer tous les traquenards. Lorsque son employeur l’envoie aux trousses de l’Etoile solitaire il se retrouve aux prises avec la mafia mexicaine…

Dans ce genre de BD je pars en confiance aveugle entre les mains de bons conteurs chevronnés. Car finalement dans la BD d’action et d’aventure le contexte est souvent secondaire face à l’efficacité des dessins, du découpage et des dialogues. On a de ça bien sur dans ce premier tome de Nevada. Des séquences amusantes lorsque dès l’introduction le héros trouve une actrice dans une situation fort scabreuse, un art de la réplique, des séquences d’action efficaces… Colin Wilson sait mettre en image bien que son style très années 90 n’évolue guère et conserve des lacunes notamment sur les visages étrangement plats de ses personnages. Résultat de recherche d'images pour "wilson duval nevada"C’est vraiment surprenant car nombre de cases sont particulièrement léchées avec leur aspect western à la Giraud (Wilson a commencé sur Blueberry) quand beaucoup de gros plans semblent mettre l’artiste en difficulté. Les couleurs aussi (on a  l’habitude chez Delcourt) sont remarquables et si les encrages de Wilson restent superbes (je conseille la version n&b) le travail de Jean-Pierre Fernandez donne une autre dimension à ces planches.

Tout devrait aller pour le mieux dans le meilleur des mondes… sauf qu’une fois clôturé cet album on a un vague sentiment de consommation d’une énième BD dont la justification est discutable. Il semble évident que l’envie des auteurs de travailler dans une ambiance western avec ce profile inhabituel (encore que…) explique l’existence de cette série. Pourtant on cherche l’originalité. Le héros est abordé de trop loin pour être charismatique, le background est vraiment léger et seules les péripéties du personnage permettent de faire avancer une histoire dont on se préoccupe guère. C’est assez gênant car on finit ce joli album bien construit avec une impression de vacuité. Peut-être la mauvaise idée qu’un éditeur avisé aurait dû demander à retravailler… Devant la profusion de publications, L’étoile solitaire est aussitôt lue aussitôt oubliée.

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Garbage night

Rufus Stewart

Cette rubrique propose une lecture/critique croisée parent-enfant sur un album jeunesse.

  • Ma fille c’est « Talia » (c’est un pseudo): à onze ans elle aime beaucoup Buddy Longway, La Rose écarlate, les Mythics, Harmony, les carnets de Cerise, Dragon Ball ou Flying Witch…

Comic jeunesse de Jen Lee
Kinaye (2019) – Nobrow (2017), 98 p. couleur, one-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Kinaye pour cette découverte!

album-cover-large-38922L’ouvrage est composé de Garbage Night et de la préquelle « Vacancy« … proposée à la fin de l’histoire (…  alors qu’il a été publié originalement en amont). Pas de bonus. Service minimum donc, avec la maquette désormais habituelle de Kinaye (couverture à rabat avec vernis sélectif).

Dans un monde déserté par les humains, trois amis animaux parcourent des villes abandonnées à la recherche de nourriture. Lorsqu’ils rencontrent Barnaby ils croient avoir trouvé le leader né qui les aidera à trouver un coin plus serein. Mais bien vite l’équilibre de l’amitié dans le groupe est menacé par ce nouveau venu…

Salut Talia, est-ce que tu peux nous résumer ta nouvelle lecture Garbage Night?

Ça parle d’un chien, un raton-laveur et un rêne qui quittent leur maison pour chercher à manger, par-ce que la ville a été désertée par les humains. Ils veulent aller à la ville d’à-côté et croisent Barnaby (un chien) qui dit connaître le chemin. Au début Cliff le raton-laveur et Reynard se méfient mais Simon le chien lui fait entièrement confiance. Mais on finit par comprendre que Barnaby essaye de se débarrasser des deux amis pour garder seulement Simon avec lui…

Qu’est-ce qui t’a intéressé dans cet album?

C’est rare les histoires avec uniquement des animaux, d’habitude ils sont mélangés aux humains ou bien il n’y a que des humains. Ça parle de personnes qui ont faim mais qui ne trouvent pas à manger, ce sont des démunis. Je n’ai jamais lu d’histoire de gens comme ça et j’ai trouvé ça original.

Que peux-tu me dire des relations entre les personnages?

Barnaby n’aime pas Cliff et Reynard par-ce que ce qui l’intéresse c’est d’avoir avec lui Simon qui est plus fort et courageux par-ce que c’est un chien. Il a déjà combattu des coyotes et Barnaby n’en a jamais affronté. Il respecte la force et ne veut pas s’encombrer d’animaux qui ne lui servent pas.

Simon est donc le héros? Comment est-ce qu’il réagit?

Non, ce sont Cliff, Reynard et Simon. Au début Simon pense que ses amis se méfient pour rien mais au final il voit que Barnaby est un menteur: il était prêt à se débarrasser de ses amis quand ils sont tombés dans le trou. Quand il a compris que Simon était fidèle à ses amis il décide de partir.

Et pour finir comment as-tu trouvé les dessins?

J’ai bien aimé les couleurs, elles sont originales, un mélange de vif, de foncé et de clair. J’aime bien le dessin des personnages. Ils sont à la fois réalistes et dessin-animé. Il y a une ambiance un peu triste et on a pitié d’eux.

 


Comme d’habitude, après l’avis de la principale intéressée, voilà mon avis sérieux de papa concerné…:

Image associéeJ’ai trouvé cet album étonnamment mature pour un ouvrage jeunesse. L’autrice, américaine, est freelance et a travaillé dans le design, ce qui se ressent fortement à la fois quand au trait, à la gestion de la profondeur et aux motifs de colorisation. Ses images sont à la fois très schématiques, ce qui se prête à de la BD jeunesse et assez techniques et lisibles. J’ai notamment beaucoup aimé les arrières-plans désolés, emplis d’herbes et de feuilles, d’architectures abîmées par l’abandon. C’est très plat mais l’espace est bien géré dans l’action.

Résultat de recherche d'images pour "garbage night lee"Surtout, l’ai été assez impressionné par le fait de proposer une histoire post-apo s’inscrivant totalement dans ce genre de la SF, souvent sombre voir désespéré, mais clairement destinée aux jeunes. Un peu comme pur Volcano Trash je trouve très chouette cette sorte d’initiation via le prisme des relations « humaines », la gestion compliquée des relations avec les amis et les personnes charismatiques, dans un contexte hostile. La peur irrationnelle et le danger sont notamment très bien rendus. Comme dans toute histoire post-apo c’est le changement, le vide qui crée une ambiance de tension. L’album est du reste relativement calme mais si on peut commencer à le lire à partir de 8 ans me semble t’il, je conseille une lecture partagée jusqu’à 10-11 ans pour atténuer cette pesanteur. Le scénario très verbeux permet cependant de garder le lecteur concentré sur ses personnages et de ne pas trop « regarder derrière le rideau »… Une très bonne surprise qui fait plaisir car la BD jeunesse est souvent gentillette ou inintéressante pour un adulte, ce qui n’est pas le cas. Garbage Night est un album exigeant qui ouvre sur un univers inhabituel pour les enfants et reste accessible pour parents comme enfants, ce qui est assez rare.

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Midnight Tales #3

BD concept de Mathieu Bablet & le Label 619
Ankama (2019), 3 vol. parus, environ 130 p./vol, série en cours.

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour cette découverte.

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Après la chronique des tomes 1 et 2 de ces histoires de l’Ordre de Minuit, voici un tome 3 spécial japon et qui semble préparer de futurs autres tomes thématiques (sur l’Inde?). La couverture est signée Bablet et présente le Kaiju d’Hiroshima. Comme d’habitude, l’intérieur sera composé de cinq courtes BD d’auteurs différents, une nouvelle et des articles de background toujours intéressants, que ce soit sur les thématiques abordées (la place des femmes au Japon, les Kaiju, l’Île fantôme) ou l’univers occulte de l’Ordre de minuit.

Mokusatsu (Pagani/Bablet): le volume s’ouvre sur une origin story avec le combat d’une équipe de Midnight girls contre le Kaiju libéré par les occultistes américaines à Hiroshima. C’est bien mené graphiquement bien qu’un peu facile (l’origine cachée des grandes catastrophes on commence à connaître…). Surtout cela va lancer toutes les autres histoires de ce volume trois qui en découleront. Les dessins de Baptiste Pagani rappellent ceux de Singelin et sont assez sympa bien que les décors atomiques d’Hiroshima laissent peu de place à la virtuosité.

20190524_225919_resized.jpgParasites (Rouzière/Bordier): nouvelle équipe, menée par la fille de l’héroïne d’Hiroshima (Kyoko), qui va combattre des Yokaï (esprits) parasites, alors que sa mère a sombré dans l’alcoolisme et rejette toute sa frustration sur la pauvre jeune fille. Pas franchement convaincu par les dessins alors que le dessinateur Thomas Rouzière présente des illustrations vraiment superbes sur son blog

Bâton de cendre (Maudoux): le comparse Maudoux propose l’histoire la plus forte à la fois graphiquement (peut-être une de ses histoires visuellement la plus réussie?) et scénaristiquement. La construction complexe est très bien menée, lisible et touchante avec ces jeunes japonaises prises entre tradition et modernité… auxquelles s’ajoute le devoir de protection qu’impose l’Ordre. Cette section symbolise totalement le projet Midnight Tales (et plus globalement celui du Label 619) d’allier pop culture et analyse des faits de société. La sensibilité de Maudoux (allez voir Vestigiales, ça vaut le coup!) sur l’altérite est toujours aussi intéressante.

20190524_230117_resized.jpg Les sœurs de Selene (Neb studio/Bablet): très jolie séquence dans un pure style Anime dessinée par les auteurs de La Valise, avec de superbes couleurs, de l’action, du bizarre, bref, du tout bon. Surtout elle ouvre beaucoup l’univers avec l’apparition de cette confrérie inconnue jusqu’ici, qui a opté pour la collaboration avec les esprits dans une sorte de refuge, et qui sont attaquées par leurs ennemies, les Magical Girls… menées par Kyoko, en suivant donc toujours cette filiation de la séquence originelle.

– Epilogue (Bablet): qui conclue cette histoire familiale de Kyoko rendant visite à la tombe de sa mère. Anecdotique mais ces quelques pages permettent de conclure joliment cet album.

 

Au final ce troisième volume des Midnight tales est assez différent des autres par son homogénéité. J’aimais bien l’idée de volumes thématiques mais (peut-être par manque de temps pour la développer) l’histoire de cette Magical Girl est finalement moins accrocheuse que les histoires de chaque séquences racontées jusqu’ici. Mathieu Bablet continue néanmoins avec ses comparses (en nous permettant de très belles découvertes!) à développer une mythologie assez riche et qui mériterait d’ici quelques temps des albums entiers. A savoir que la trame principale de la série est écrite sur plusieurs volumes et devrait se recentrer sur certains personnages maintenant que le background est installé.

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Crusaders #1: la colonne de fer

BD de Christophe Bec et Leno Carvalho
Soleil (2019), 63 p., série en cours, 1 vol. Paru.

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Album lu en numérique dans le cadre du programme Superlecteurs Résultat de recherche d'images pour "iznéo".

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Si on peut remarquer quelque chose sur les albums de Christophe Bec c’est que les couvertures claquent! Et on peut dire que celle-ci est juste magnifique et va directement dans mon top de l’année dans cette catégorie! En plus on nous parle de Hard-science, du premier voyage interstellaire à la rencontre d’une intelligence supérieure… je ne peux qu’en avoir la bave aux lèvres! Reste que Bec, un peu comme monsieur Millar, est un maître pour lancer des super projets mais a beaucoup de mal à tenir la longueur en se perdant dans de multiples toiles scénaristiques avec un goût prononcé pour la complexification de construction. Moins il aide le lecteur mieux c’est. Je ne suis pas en désaccord profond sur cette idée mais pour cela il faut que le scénario soit nickel.

Crusaders commence mal sur ce plan puisque les vingt premières pages ne cessent d’alterner des séquences dans le passé , le présent et le futur, sans aucune indication, que ce soit en matière de découpage ou de bulles. On finit par comprendre que le fil rouge est Natalia, la commandante en chef de l’armada des cinq navires spatiaux Crusaders, « offerts » par un signal venu de trente-deux années-lumières de distance… Hormis ce démarrage un peu abrupte et l’arrivée du signal que je trouve ratée, on bascule ensuite dans une trame plus classique qui suit la formation des équipages sélectionnés pour être les premiers humains envoyés si loin, le décollage des vaisseaux qui donneraient presque des frissons et la première étape du voyage emprunte d’angoisse de l’inconnu. A la fin de l’album la boucle n’est pas encore bouclée avec un prologue en mode apocalypse qui est très mal relié qui casse un peu ce mystère qui fait tout le sel de cet album au demeurant fort réussi. On retrouve dans La colonne de fer l’ambiance du premier film Star Trek avec un design général vraiment réussi, mélange de réalisme technique et d’esthétique futuriste crédible. De même avec les artefacts alien qui ont une cohérence d’ensemble remarquable. Et pour une fois le scénariste Bec (… oui, si vous n’avez pas suivi il est de Résultat de recherche d'images pour "leo carvalho bd"plus rarement dessinateur sur ses séries) fait de gros efforts de pédagogie en nous expliquant via les discussions entre Natalia et son père ou avec le scientifique de bord les concepts de physique assez pointus qui sont utilisés ici. De la bonne Hard-SF, réaliste, gigantesque (l’arrivée sur la colonne de fer!!!), ambitieuse et qui évite le cryptique. Le risque est grand de tomber dans de la BD SF plus classique à l’arrivée des aliens, mais pour le moment hormis ces quelques accrocs on peut dire que Crusaders (prévu en maximum six volumes pour le premier arc) est la bonne surprise Space-opera que l’on n’attendait plus, ambitieuse, assez bien dessinée, mystérieuse et documentée.

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