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Un assassin à New-York

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Manga de Jinpachi Mori et Jiro Taniguchi
Pika (2021) – (1995), 209p., one-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Pika pour leur confiance!

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Benkei est un peintre japonais installé à New-york. Il est aussi « vengeur », un assassin qui élimine les personnes coupables d’atrocités. Expert dans son art, il n’en a pas moins une vie personnelle qu’il tente de protéger des dangers de la pègre autour de laquelle il gravite…

Un assassin à New York, manga chez Pika de Môri, TaniguchiQuelle surprise de voir Pika graphic (le label one-shot d’auteurs des éditions Pika) annoncer un Taniguchi sur un polar des années quatre-vingt-dix! Pour ceux qui ne connaissent pas, Jiro Taniguchi est un des mangaka les plus célèbres en France, édité chez Casterman dès la première vague des manga en France en même temps qu’Akira, Dragonball et Tonkam. C’est pourtant dans les années deux-mille qu’il atteint la notoriété littéraire avec Quartier lointain et le Sommet des dieux (tout juste adapté en film d’animation par des… français) qui parviennent à intéresser la presse classique à des manga qui correspondent aux codes de la BD « sérieuse » et à faire admettre tout le genre comme de la BD à part entière. Cela car après des mangas tout à fait dans les codes, l’auteur francophile (alors peu populaire chez lui) migre vers un style épuré, contemplatif et très proche de la BD franco-belge, si bien que la plupart de ses œuvres sont éditées en France dans le sens de lecture européen sans que cela ne pose de problème. L’auteur est malheureusement décédé à à l’aube de ses soixante-dix ans en 2017.

Benkei in New York 6 Page 15 - a hard boiled story by Taniguchi | New york,  York, CartoonOn retrouve ainsi dans cet assassin à NY une patte tout à fait 90’s, un style graphique très précis notamment dans les décors et les séquences d’actions redoutables d’efficacité et qui démontrent combien Taniguchi était un grand technicien. La distorsion entre la bonhommie non feinte du tueur et son efficacité imparable fonctionne parfaitement. On entre progressivement dans son intimité, sautant d’affaire en affaire. C’est là le principal problème de ce très bel album, sa narration entrecoupée qui malgré un réel fil rouge, nous donne le sentiment d’assister à des séquences isolées. Il manque un certain liant entre ces histoires qui voient le héros tenter de protéger sa compagne gogo danseuse et prostituée à ses heures et naviguer entre sa peinture et ses assassinats. On ne voit pas bien où le scénariste veut en venir, dans une atmosphère toute orientale sans vraiment de linéarité.

Au final cet ouvrage vaut pour son caractère patrimonial et rate le statut d’incontournable que l’on aurait attendu au regard de son sujet (on aime toujours ces portraits de tueurs solitaires redresseurs de torts!). Les amoureux de Taniguchi y trouveront leur compte et les dévoreurs de manga une pause originale dans le monde des tueurs nocturnes.

Retrouvez aussi l’avis de l’apprenti Otaku.

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BD en vrac #25: De Ira – Lanfeust de troy #9 – Le tueur, Affaires d’Etat #3

La BD!

  • De ira (Hirlemann/Delcourt) – 2021, 140p., niveau de gris, one-shot.

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Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance!

couv_431661L’année 2021 est tout à fait prolifique pour Stephane Hirlemann puisque pour son entrée dans le monde de la BD le dessinateur propose pas moins de trois albums. Sans doute du fait des reports éditoriaux dus au COVID, mais cela montre une envie palpable. Après le plutôt raté Homme sans sourire qui était sauvé par des dessins où Hirlemann était à son aise dans une atmosphère de dystopie d’opérette issue d’Orwell, il propose avec ce one-shot un très gros coup de gueule gonflé mais risqué pour un premier album. 

S’inscrivant dans une ribambelle d’ouvrages s’inscrivant dans la colapsologie (avec des albums comme La Chute ou Carbone et Cilicium), De Ira (« de colère ») nous présente un groupe de rebelles anarchistes contestant la marche de leur société vers l’injustice, l’oppression des faibles et la progression inéluctable vers le fascisme, en affrontant parfois brutalement les tenants du système. Opérations coup de poing dans un camp de migrant, attaque de flics ou invasion d’amphithéâtres universitaires, ils sont déterminés à ne pas laisser faire…

On sent la rage de l’auteur devant une actualité qui mérite d’être effectivement condensée en des ouvrages qui nous rappellent l’anormalité des temps que nous vivons et le drame de l’indifférence. Ouvrage rebelle, anarchiste, De Ira est touchant par sa rage qui rappelle par moments le très sympathique Renato Jones. Maladroit, le scénario nous fait suivre sans trop de structure ces actions de rébellion avant d’approfondir un propos (y compris graphique) dans la seconde partie, plus intéressante. Le dessin propose un surprenant niveau de gris fort dommage et qui cache une rapidité d’exécution à la qualité très irrégulière. Ouvrage maladroit, pamphlet politique anarchiste intéressant, De Ira reste tout de même très imparfait et aurait mérité sans doute un peu plus de bouteille.

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Merci aux éditions Soleil pour leur confiance!

  • Lanfeust de Troy #9: la forêt noiseuse  (Arleston-Tarquin/Soleil) – 54p., 2021

couv_434346Retour au bercail pour les deux golden-boy de la naissance de Soleil! Après deux excellents cycles de huit tomes (Lanfeust de Troy puis sa suite directe SF Lanfeust  des Etoiles), les auteurs avaient lancé en 2009 un troisième cycle Odyssey prévu justement sur des diptyques permettant de ne pas étirer éternellement la recette… avant de changer de braquet pour partir sur le plus gros cycle (en dix tomes) très redondant qui avait fini par me lasser. Partis depuis faire l’éditeur avec Drakoo pour Arleston et sur sa série space-op solo pour Tarquin, le duo se reforme pour reprendre la suite directe de Lanfeust de Troy avec ce tome « 9 » en format one-shot. On ne comprend pas bien l’utilité de raccrocher cette Forêt noiseuse au cycle premier mais le format reste la meilleure idée qu’ils aient eu depuis dix ans.

Si l’idée de faire vieillir Lanfeust de treize ans d’un coup et de transformer Hébus en un érudit bibliothécaire fait un peu forcée, celle de contester le conservatisme d’Eckmül avec ce méchant siphonnant la magie du Magohamoth pour la redistribuer à sa guise est alléchante. Si les auteurs ne vont finalement pas plus loin que l’aventurette pleine de jeux de mots et de séquences débiles, on sent une dynamique toujours présente dans la tête d’Arleston et qui pourrait proposer des choses fort sympathiques par la suite, pour peu que le cadre one-shot soit respecté. Redémarrage forcément commercial donc, mais qui permet clairement à la jeune génération de découvrir cet univers toujours drôle et aux anciens de retrouver, parfois avec délectation, ces personnages qui ont bercé nos jeunesse BD.

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Merci aux éditions Casterman pour leur confiance!

  • Le tueur – affaires d’Etat #3:   (Matz/Jacamon/Casterman) – 64p., 2021

Quatrième cycle achevé en trois tomes. Le billet du premier volume est ici.

couv_433983Ce nouveau cycle court laisse un gout incertain dans la bouche. Les qualités et les défauts sont ceux décrits précédemment, notamment la pauvreté des décors où malheureusement le scénariste ne parvient pas à offrir à son dessinateur beaucoup de vues architecturales susceptibles de mettre du peps dans cette monotonie urbaine. Le propos de Matz concernant le cœur du sujet (le politicien populiste) est très ambigu et c’est cela qui intéresse le plus: présenté par tous les personnages comme une crapule, son discours ne laisse pourtant pas le lecteur désintéressé en disant des vérités sur le système politique et le discours mainstream médiatique. Loin de se contenter d’un ersatz raciste de Marine Le Pen, il semble bien convaincu par son rôle de poil à gratter. L’utilisation des caïd pour mettre de l’huile sur le feu et permettre un contexte qui lui est favorable n’annule pas pour autant des vérités qui rejoignent les pensées lucides du tueur. Sans nous guider particulièrement, Matz sème donc le doute en laissant son lecteur réfléchir tout seul sans savoir vraiment ce que pensent les auteurs de tout ceci. Le duo de flics est également un des points forts de cette intrigue où le Tueur reste bien passif et où on ne nous donnera pas beaucoup d’éléments sur les visées des services de renseignements et des affrontements internes à l’Etat. C’est le principal regret que l’on pourra avoir sur ces Affaires d’Etat que l’on aura espéré avoir plus d’ampleur. Si l’on regarde les cycle du pétrole on aura été beaucoup plus proche de ces affaires internationales mêlant politique, argent et enjeux économiques que sur cette trilogie. L’aspect froid et lent fait partie des codes du Tueur. On prend donc toujours du plaisir avec ce qui a plu jusqu’ici, un cran en dessous pourtant. Espérons que la suite aura plus d’envergure.

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Fang, chasseuse de démons

La BD!

Premier tome de 64 pages, avec Joe Kelly à l’écriture et Niko Henrichon au dessin. Parution le 13/10/2021 chez les Humanoïdes Associés.

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Merci aux éditions Urban pour leur confiance!

Des souris (des loups, des cerfs, des ours, des renards) et des hommes

Dans un royaume fantastique d’extrême orient, dans lequel humains et animaux anthropomorphes cohabitent, Fang, jeune renarde au regard acerbe et qui ne s’en laisse pas conter, parcourt les terres hostiles avec une mission: traquer et éliminer les démons qui se cachent sous une apparence anodine afin de contaminer le monde.

Formée au combat et aux techniques de chasse, Fang va de village en village, pour débusquer les créatures et les forcer à se révéler sous leur véritable visage, avant de les occire. La concurrence est rude parmi les chasseurs, parmi lesquels il n’est pas inhabituel de trouver quelques charlatans, ce qui, conjugué à l’étroitesse d’esprit des villageois, rend souvent la tâche plus ardue pour notre goupile héroïne.

Bien entendu, Fang n’est pas une chasseuse ordinaire et cache un lourd secret, qui fait sa force mais peut aussi constituer un défaut fatal. La chasseuse de démons va accepter à contrecœur une mission de sauvetage qui risque bien de la confronter à sa dichotomie interne et révéler quelques failles.

Une menace pour en détruire une autre

Joe Kelly est un auteur américain connu notamment pour avoir fait du personnage de Deadpool ce qu’il est aujourd’hui, à savoir le mercenaire méta déjanté conscient d’être un personnage de comics. Parmi les oeuvres notables de Kelly, on trouve aussi des runs de X-men, de Daredevil, ou encore de Justice League et le roman graphique I Kill Giants (Chasseuse de Géants en VF), qui a généré une adaptation cinématographique sur laquelle l’auteur est également crédité. Plus surprenant encore, Kelly a travaillé en tant que scénariste sur la célèbre série How I Met Your Mother.

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Tout ça pour signifier que l’auteur en question n’est pas un manchot, loin s’en faut. Or, il demeure à la lecture de ce premier tome de Fang un léger goût d’inachevé, comme si l’auteur n’avait pas exploité intégralement les possibilités de son univers, où qu’il gardait des billes pour la suite. La seconde idée paraît logique dans le sens où il s’agit du premier tome d’une série, dont la suite pourrait dévoiler des pans plus intéressants de l’univers en question.

La Chine médiévale telle qu’elle peut être fantasmée par nous autres occidentaux est toujours un terrain de jeu propice pour un auteur, surtout lorsqu’il est accompagné d’un artiste talentueux comme Niko Henrichon, qui livre des planches superbes dans un style crayonné et couleurs directes qui magnifie à la fois les décors et les personnages. Des thématiques comme la tolérance et la cohabitation pacifique sont de mises avec ce genre de prémisse, mais sonnent comme une légère redite, une solution de facilité lorsqu’on met des animaux en scène (La Ferme des Animaux de George Orwell, ou Zootopie plus récemment).

Le dessinateur s’en tire avec les honneurs sur ce point, surtout si l’on prend en considération la difficulté que peut représenter un monde mêlant animaux anthropomorphes et humains pur jus. La mise en scène, en revanche, peut être confuse par moment, notamment lors des combats, ce qui se ressent dans le découpage, parfois trop elliptique.

Subtil mélange entre De cape et de crocs et Tigre et Dragon, Fang démarre correctement avec ce premier album, notamment grâce au graphisme, mais laissera sûrement le lecteur sur sa faim, espérant que la suite prévue en 2022 saura combler ces attentes.

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Avengers: Nuit Noire

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Recueil des dix épisodes la mini-série Marvel Avengers No Road Home, écrite par Mark Waid, Al Ewing et Jim Zub, et dessinée par Paco Medina, Sean Izaakse et Carlo Barberi. Parution le 25/08/2021 chez Panini Comics.

Nyx sa mère

Peu de temps auparavant, les Avengers, les plus puissants héros de la Terre, ont fait face à une nouvelle menace cosmique. Deux entités extraterrestres surpuissantes issues des Doyens de l’Univers, le Grand Maître et le Collectionneur, ont pris la planète en otage et s’en sont servi comme d’un plateau de jeu, utilisant héros et vilains comme des pions à leur service.

Ce faisant, ils ont involontairement permis à Nyx, déesse de la Nuit et des Ténèbres, autrefois toute-puissante, de rompre l’enchantement qui la maintenait en captivité depuis que Zeus l’a bannie après avoir dispersé les morceaux de son âme. Très insatisfaite de ce sort peu enviable, Nyx resurgit accompagnée de sa progéniture, et impose sa vengeance au panthéon grec, n’épargnant personne.

Seul Hercules, fils immortel de Zeus, échappe au massacre, du fait de sa présence sur Terre au moment des faits. Seul, le Lion de l’Olympe ne peut rien face à la déesse de la nuit. C’est pourquoi Voyager, la fille du Grand Maître, grande admiratrice des Avengers, se lance dans une campagne express de recrutement pour épauler Hercules et repousser Nyx, dont le pouvoir grandissant provoque la disparition de la lumière à travers tout le cosmos.

Ainsi, Hercules retrouve-t-il la Sorcière Rouge, La Vision, Spectrum, Hawkeye, Hulk et Rocket Racoon, pour une quête qui va les mener aux quatre coins de l’univers, jusqu’à la source de la création, en passant par le royaume des rêves. Le souci qui va rapidement se poser, c’est que sept héros choisi aléatoirement ne seront pas nécessairement les mieux équipés pour affronter cette menace. En effet, Hercules a perdu les siens, et est donc aveuglé par la rage et le désespoir. La Sorcière Rouge, va se retrouver aveuglée par Nyx et projetée dans un monde inconnu, où elle fera la rencontre d’un célèbre Barbare. La Vision, quant à lui, est détérioré et entrevoit pour la première fois la possibilité de mourir comme un humain. Hawkeye doute de lui-même et de sa réelle place au sein de l’équipe, alors que Hulk caresse l’idée de se venger de l’archer suite aux événements tragiques de Civil War 2. Rocket Racoon, lui, se demande encore ce qu’il fait là, comme le reste de l’équipe.

Ce que l’on devient dans l’obscurité

Nous voici face à une histoire auto contenue des héros les plus populaires de Marvel, comme ont pu l’être des séries de la belle époque comme Avengers Forever. Waid et Ewing, désormais vieux briscards des comics et notoirement érudits en terme de continuité, s’entourent majoritairement de seconds couteaux, en évitant soigneusement les piliers du groupe tels que Cap, Iron Man ou Thor. En effet, Sorcière Rouge, Vision et Hawkeye, font depuis belle lurette partie du coeur de l’équipe, mais ont longtemps été considérés comme des personnages mineurs incapables de soutenir la série lors du départ des Big Three.

Nuit noire (par Mark Waid, Paco Medina, Al Ewing et Carlo Barberi)

L’Histoire a donné tort aux détracteurs, puisque la série Avengers, loin de se focaliser sur ses stars, a su perdurer en entremêlant les destinées des personnages dits secondaires, pour tisser une toile complexe au fil des décennies. Ici l’intrigue est relativement simple, mais permet à l’ensemble des personnages, dans ce casting bigarré à la limite du WTF (Rocket ?), de briller à sa manière en respectant sa caractérisation antérieure.

Il faut reconnaître cependant que l’antagoniste Nyx, si elle provoque la sympathie par moments, manque un tant soit peu de charisme et de présence. Ses pouvoirs, assez peu définis, semblent surgir et évoluer au gré des besoins des auteurs, qui nous ont habitués à plus de rigueur de ce côté-là (il n’y a qu’à lire les Ultimates de Al Ewing par exemple). L’inclusion de Conan le Barbare paraît quant à elle forcée, surtout si l’on prend en considération le fait que Marvel avait récupéré juste avant les droits du personnage.

Il n’en demeure pas moins que l’aventure cosmique de ces Avengers de la dernière chance se révèle dynamique et engageante, et prend même une dimension supérieure inattendue durant son dernier chapitre.

Dire que c’est une histoire auto contenue est peut-être un peu abusif, cependant, car les auteurs ont inclus de nombreux easter eggs et références, rappels à des événements antérieurs, qui peuvent remonter à plusieurs décennies pour certains d’entre eux. Rien de gênant pour les nouveaux lecteurs, mais très appréciable pour les true believers de la première heure.

Tout le monde devrait donc trouver son compte dans Nuit Noire: les lecteurs occasionnels ne souhaitant pas s’embarquer dans un lecture trop étalée ou trop fastidieuse, et les fans inconditionnels qui y retrouveront leurs personnages favoris, avec un avant et un après.

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Injustice – les dieux sont parmi nous, année 5

Comic de Brian Bucchelatto et collectif.
Urban (2014-2021), édition intégrale par année, 5/5 vol. parus., 320p./volume.

Chaque volume d’intégrale par année rassemble deux volumes de la série publiée de 2014 à 2018 plus les épisodes « annual » intercalés et permettant de développer les interstices de cette bataille des Dieux… A savoir que DC a sorti récemment un Omnibus rassemblant l’intégralité de la série en deux volumes, mais qui ne semblent pas prévus pour le moment chez Urban

Attention spoilers!

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Désormais seul aux commandes du Régime, sans adversaires, Superman reste hanté par la résistance pourtant si faible de Batman. Alors que ses propres alliés commencent à manifester des signes de lassitude face à son comportement autoritaire, les seuls qui semblent en mesure de faire pencher la balance sont les super-vilains libérés par l’action folle d’Elastic-man. Rompant toute morale, l’Homme d’acier décide de faire appel aux services des plus grands criminels de la Terre pour retrouver le chevalier noir…

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Ça y est, c’est la fin de cette immense saga qui aura su pour une fois me faire presque totalement adhérer à une intrigue de la Justice League grâce au grand talent de Tome Taylor (dont je parlais hier sur Dceased2). Pour une raison qui m’échappe, alors qu’il a tenu l’essentiel des quatre premières « années » d’Injustice, Taylor a ici complètement passé la main, avec pertes puisque cette ultime intégrale revient à un niveau qualitatif assez moyen où les incohérences et trous dans la raquette scénaristique deviennent bien plus visibles au milieu des affrontements. Est-ce à cause du ménage fait dans les rangs des héros ou simplement du fait d’une moins bonne liberté créative, cet opus retombe dans une certaine banalité qui siéra aux fans de DC mais risque de décevoir ceux qui comme moi ont vu dans Injustice un miracle inattendu.Slings & Arrows

Si le principal intérêt de ces derniers actes réside dans la faiblesse de Batman et la quasi disparition de sa résistance, les événements de crise qui avaient pu justifier jusqu’ici l’allégeance sans faille des autres héros n’ont plus lieu ici et on tique pas mal sur l’acceptation par des personnes à la morale la plus élevée des crimes perpétrés par le tyran. Il manque cette friction que l’on attend depuis le début, ce qui rendait le précédent opus intéressant lorsque l’Invincible Wonder Woman se retrouvait face à Superman. A la place on nous instille l’idée que Luthor pourrait agir en coulisse sur différents plans dont on ne nous révèle finalement rien, laissant entendre que certains événements sont à lire dans d’autres publications. Ainsi ce qui faisait la force de cette intégrale à savoir rassembler la totalité de l’intrigue (vraiment!) semble ne plus marcher et nous confronte a l’éternel problème des ties-in, devenus souvent indispensables. Par exemple ces séquences rattachées au spin-off Ground zero (non inclu) et qui nous laissent sans conclusion. De même avec cette conclusion qui part d’une bonne idée… mais semble attendre une suite immédiate.Superman VS Batman (Injustice Gods Among Us Year 5) – Comicnewbies

Si la structure de cette Année cinq ne diffère pas fondamentalement des autres, elle n’a pas la thématique et les rebondissements des précédentes années et se résume à une interminable série d’affrontements avec les vilains et autour de ce faux superman dont on ne saura au final pas grand chose. Comme si les auteurs n’avaient pas su achever leur histoire et que Taylor avait un peu lâchement abandonné le bateau avant l’arrivée au port. Assez décevante donc, cette conclusion donnera suite deux ans plus tard à une série Injustice 2, bien moins volumineuse et décrivant semble t’il l’évolution du monde après la chute du Tyran (… et sans sa protection). A suivre donc…

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Dceased #2: dead planet

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Comic de Tom Taylor et Trévor Hairsine
Urban (2021) – (DC (2020), one-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Urban pour leur confiance!

Publié sous le titre Dceased 2 par Urban, ce volume rassemble les épisodes de Dceased: Dead Planet. Après les épisodes intercalaires (très dispensables) Unkillable et A Hope at world’s end, nous voyons revenir l’équipe créative initiale pour la véritable suite et fin de la saga de l’anti-vie.

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Tout ce qui a commencé doit finir, dit-on. Après s’être fait connaître sur la très grosse série Injustice (dont le dernier tome de l’Intégrale sort cette semaine également), Tom Taylor avait repris sa recette éprouvée sur une variation zombie dans le premier Dceased qui proposait un franc rafraîchissement dans l’univers scans_daily | DCeased: Dead Planet #1planplan de la Justice League. Si le premier tome marquait à nouveau par la liberté très gonflée de Taylor dans le destin définitif des héros, la nécessité de conclure son histoire était un très gros risque de revenir dans la normalité lassante de l’éditeur DC. La question de la réversibilité des décisions scénaristique se posait et je ne vais pas prendre plus de temps pour vous confirmer qu’elle est maintenue! Habitués au Multivers et autres renaissances, préparez-vous, chez Taylor les morts le sont définitivement et sans tabou! La grande force de cette série est donc assumée en s’autorisant à tuer les plus grands héros de la Terre (voir de l’Univers). C’est du reste logique à compter du moment où la mécanique même de Dceased repose (un peu comme dans GOT, toujours lui) sur l’alternance régulière de morts inconcevables. Sur ce point (ainsi que sur les dessins toujours présents sous la talentueuse plume de Trevor Hairsine) le contrat est rempli et le plaisir toujours là.

Malheureusement, outre l’idée d’un happy end incongru, le cahier des charge éditorial revient s’imposer sur ce second volume avec une migration vers les Teen Titans, ligne générale de la plupart des publications DC depuis quelques temps. La pirouette permet aux figures héroïques de ne pas disparaître totalement malgré la mort de leurs porteurs avec les fistons Wayne et El qui prennent la suite de leurs papa (je ne parle pas du Green Lantern dont l’anneau peut choisir un porteur à tout moment). L’intrigue suit donc un retour des héros sur Terre pour chercher un antidote à l’anti-vie. L’idée est clairement bof et casse beaucoup l’atmosphère « je casse mes DCeased: Dead Planet (2020-) Chapter 2 - Page 18jouets » si jouissive précédemment. Très axé sur l’univers de la magie et l’inénarrable John Constantine (le gros point fort de l’album, comme dans toutes les publi où il intervient!), ceux qui ont lu Injustice retrouveront les mêmes ficelles qui, même si elles sont plutôt amusantes, reprennent là encore les défauts de la plupart des publi DC avec une ribambelle de créatures immortelles, défiant les lois de la Nature, et pourtant à mettre au tapis par de simples bourre-pifs… magiques. La toute puissance de Constantine est heureusement compensée par ses réparties toujours drôles.

N’évitant pas quelques étranges blancs dans la continuité des intrigues secondaires qui laissent imaginer des résolutions dans des publications annexes (que deviennent Darkseid et les Néo-dieux?), finissant un peu facilement face à des méchants franchement ridicules, Dceased 2 est donc clairement un ton en-dessous de son prédécesseur. Pourtant malgré le carcan commercial qui le contraint, Tom Taylor reste un des scénaristes américains les plus intéressants dans le genre superslip. Appuyé sur une très belle création graphique il permet de savourer cet album comme une sympathique récréation en pouce café. Dceased aurait clairement pu s’arrêter à la fin du premier tome. Le second n’est pas honteux pour autant.

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Absolute Carnage

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Recueil des 5 chapitres de la mini-série Marvel Absolute Carnage, précédés du Free Comic Book Day 2019: Spider-Man/Venom. Donny Cates au scénario, Ryan Stegman au dessin. Parution chez Panini Comics le 25/08/2021.

Symbiote un jour, symbiote toujours

De tous les porteurs de symbiotes, Cletus Kasady est sans aucun doute le pire. Après avoir rencontré Eddie Brock, alias Venom, durant son incarcération, ce psychopathe, condamné à mort pour de nombreux meurtres, est passé au stade supérieur de la folie en fusionnant avec le rejeton symbiotique de Venom. Cette union catastrophique a engendré Carnage, l’un des ennemis les plus dangereux de Spider-Man.

Pour le vaincre, Spider-Man a été contraint de s’allier avec Venom, les deux hommes n’ayant alors pas d’autre choix que de mettre leurs différends de côté pour mettre cet inopposable fléau hors d’état de nuire. Au cours des années, Carnage a régulièrement fait parler de lui, laissant dans son sillage d’innombrables victimes. Dans Maximum Carnage (mon tout premier comics ! Ça ne nous rajeunit pas…), Cletus s’échappait de l’asile et, flanqué d’une bande de monstres aussi frappés que lui, semait la terreur à New York avant d’être neutralisé in extremis par notre héros arachnéen.

Plus tard, dans New Avengers, il était apparemment tué par Sentry et laissé pour mort dans la stratosphère terrestre. Mais dans Carnage USA, le tueur revenait en force (mais sans ses jambes) et reprenait son œuvre meurtrière en jetant son dévolu sur une petite ville américaine. Stoppé une nouvelle fois, Carnage s’échappe de nouveau et se met en tête de provoquer l’apocalypse en invoquant le dieu lovecraftien Chton (une version Marvel de Cthullu).

Cette fois, Kasady, revenu d’entre les morts, a découvert les origines secrètes des Klyntars (le vrai nom des symbiotes) et de leur dieu Knull, si malfaisant que les symbiotes eux-mêmes se sont sacrifiés en masse pour le maintenir enfermé dans une prison cosmique. Là encore, Cletus montre qu’il est le roi des bonnes décisions et entreprend de le réveiller. Pour ce faire, il doit collecter toutes les parcelles du Codex.

Le Codex, c’est la parcelle de lui-même que laisse un symbiote dans son hôte, et qui fait partie intégrante de leur esprit de ruche. Si Carnage parvient à retrouver tous les anciens porteurs de symbiotes, il sera en mesure d’exécuter son plan. Eddie Brock, privé depuis un certain temps de son partenaire Venom, qui lui a fait une infidélité de quelques années avec Flash Thompson, n’a pas d’autre choix que de se lancer à la poursuite de son vieil ennemi. Une fois de plus, il lui faudra chercher de l’aide auprès de Spidey. Cependant, Carnage n’est-il pas déjà trop puissant pour être vaincu ?

Fleuve noir et rivières de sang

Alors que le personnage est adapté au cinéma actuellement, pour un résultat plus que mitigé, Marvel poursuit la croisade sanglante de son psychopathe symbiotique. Malgré un aspect unidimensionnel et on-ne-peut-plus manichéen, Cletus Kasady a favorablement traversé les décennies, pour gagner ses galons de méchant de premier ordre dans la spider-galaxie. On ne peut s’empêcher de déceler chez lui un petit goût de Joker (pas le jus de fruit), à savoir une force chaotique que rien n’arrête, sorte de pêché originel du héros (Batman se sent impliqué dans la création du Joker, tandis que Spider-Man se sent coupable d’avoir ramené sur Terre Venom, qui a ensuite engendré Carnage), qui profite d’une immunité découlant du code moral du dit héros, qui se refuse à le supprimer définitivement lorsqu’il en a l’occasion.

Avec Absolute Carnage, le tueur revient sur le devant de la scène avec cette fois en toile de fond la mythologie propre aux symbiotes, dont les ramifications s’étendent à d’autres séries, comme Thor, par exemple. Donny Cates parachève donc son travail sur les symbiotes en mêlant adroitement action et horreur.

En effet, Cates a rebondi sur le run du Massacreur de Dieux écrit par Jason Aaron sur la série Thor: God of Thunder, dans lequel l’adversaire éponyme arborait une arme spéciale, la (All-Black the Necrosword en VO), qui sous la plume de Cates s’est avérée être le tout-premier symbiote, crée par Knull. C’est dans l’arc Venom Rex que Brock apprend l’existence du dieu maléfique des symbiotes, dans un récit court mais intense durant lequel il affronte le symbiote Grendel (celui du mythe de Beowulf, oui oui) et fait équipe avec Miles Morales.

Le duo Spidey/Venom fonctionne très bien sous la plume de l’auteur, qui parvient à retranscrire les années de passif entre les deux personnages, et la relation complexe qui en a découlé. Autrefois anti-héros plutôt caricatural, Eddie Brock a donc mué en une entité plus convaincante et mieux caractérisée, en tous cas au-delà de la simple rancune envers l’Araignée.

Sur la forme, Cates reproduit la formule assez classique du combat désespéré contre Carnage, en utilisant des décors (l’asile par exemple) tout à fait appropriés mais offre un final brutal, convaincant et satisfaisant pour notre protagoniste. On regrette tout de même qu’Absolute Carnage ne soit finalement, une fois la dernière page tournée, qu’un prélude à King in Black, le crossover qui relate l’arrivée tant redoutée de Knull sur Terre.

La prédominance du rouge et du noir, les décors claustrophobes et l’ambiance oppressante sont magnifiés par les dessins de Stegman, qui rappellent un Mike Deodato Jr de la grande époque des ’90. Expressions, postures, découpage, l’artiste rend tout à fait justice au scénario mi-super mi-horrifique de Cates.

L’apparition de certains personnages reste à la fois attendue et anecdotiques, mais il faut bien ça pour mériter l’étiquette d’event ou de crossover. Le tout se lit avec facilité, à lire si vous êtes intéressé par la mythologie symbiotique.

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Batman White Knight: Harley Quinn

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Comic de Katana Collins, Sean Murphy, Matteo Scalera et Dave Stewart (coul.)
Urban (2021) – DC (2020), One-shot.

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Merci aux éditions Urban pour leur confiance!

L’ouvrage s’ouvre sur une préface issue d’une critique américaine. Après les six chapitres de l’histoire est insérée la courte histoire réalisée pour le Black, White and Red. Chaque couverture originale (magnifiques!) est en ouverture de chapitre et six couvertures alternatives de Matteo Scalera sont proposées, avant plusieurs pages bichromie (il aurait d’ailleurs été intéressant de savoir comment se répartit le boulot entre le dessinateur italien et la Rolls Royce des coloristes), puis quelques recherches graphiques qui permettent de voir les créations de Sean Murphy et une bio des trois auteurs (… mais pas de Dave Stewart, qui apporte pourtant une touche folle aux planches!). Très belle édition Urban, rien à redire.

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Batman n’est plus. Bruce Wayne est emprisonné et la Loi règne désormais sur une Gotham débarrassée définitivement du Joker. Dans ce nouveau contexte, Harleen Quinzel se retrouve confrontée à la dure tâche d’être mère de jumeaux, psychiatre… et héroïne? C’est du moins le destin qui lui semble tracé lorsqu’une série de meurtres touchant d’anciennes stars du cinéma classique sème l’effroi sur la cité…

Coup de coeur! (1)Quoi de plus banal que de voir les recettes gagnantes prolongées à l’envi… au risque de se perdre dans du banal et commercial. Après un chef d’œuvre immédiatement élevé au statut de classique au même titre que les grands ancêtres Dark Knight ou Killing Joke White Knight a permis à Sean Murphy, autrefois sale gosse du comics Indé, de devenir le grand manitou des éditions DC et à l’éditeur de lancer son Black Label auquel l’œuvre de Murphy donne le La. La suite directe Curse of the White Knight était attendu avec inquiétude l’an dernier et avait réussi à renouveler le projet en approfondissant le Review: Batman: White Knight Presents Harley Quinn #4 - Dark Knight Newsnouveau paradigme de Gotham. Lorsqu’un nouvel album dessiné par la star Matteo Scalera (tout juste rescapé d’une aventure pas terrible (mais juteuse) avec le magnat Mark Millar) était annoncé on aurait pu craindre le début d’une descente de spin-off en spin-off sur l’ensemble du bestiaire de Batman. Quelle surprise que de découvrir immédiatement qu’au lieu d’un spin-off on avait tout simplement droit à la suite directe du diptyque!

Batman emprisonné, la conclusion de Curse aurait laissé penser à une reprise du titre de héros par le Red Hood tout juste rentré d’opérations. De Jason Todd on ne verra pourtant qu’un demi sourcil dans ce volume totalement centré sur Harley, si bien qu’il apparaît autant comme une variation du magnifique Harleen qu’une suite au Murphyverse. L’absence des héros et des nemesis permet depuis quelques années aux seconds couteaux de s’émanciper pour notre plus grand bonheur puisqu’ils permettent à des auteurs motivés de s’émanciper des carcans monolithiques des héros centenaires. Ainsi Harley n’est plus ni la copine du Joker ni une méchante (et il semble loin le temps où elle fricotait avec l’herboriste en chef de Gotham). Elle est juste une pauvre fille un peu perdue au milieu de ses deux hyène et de ses bambins, ne sachant pas trop lequel des deux duos est ses enfants préférés. Une façon d’inscrire la dualité du personnage à l’image et dans son originalité et non dans la folie. Car une forme de normalité semble revenue sur la ville maintenant que le couple infernal est éliminé, la chauve-souris à l’ombre, le clown enterré. Une normalité qui ne plait pas à tout le monde même si un certain classicisme de l’enquête nous rappelle les glorieuses heures du Long Halloween.

L’élégance est de mise de la première à la dernière page, déjà par le duo de choc formé par le décidément magnifique Scalera, fort inspiré et qui évite de singer Murphy, avec peut-être le plus grand coloriste depuis quelques années. Les nuances douces de Dave Stewart, la subtilité de ses ombres et de ses détails rendent impossible de déterminer lequel des deux est la vraie star de ces planches. L’album est un régal de bout en bout et mérite Batman: White Knight presents Harley Quinn (DC Comics - 2020) - BD,  informations, cotesla lecture déjà pour ce travail d’orfèvre. S’inscrivant dans la thématique des films noirs de l’âge classique du cinéma américain, Harley Quinn troque les hommages des deux précédents albums aux films Batman qui se sont succédés pour d’autres personnages du passé comme ce faux Spirit. Moins urbain et mécanique que les albums dessinés par Murphy, celui-ci nous rapproche de l’ambiance rétro de Tim Burton.

Construit comme une alternance entre l’enquête autour de ce « copycat » menée par un GTO (dépassé sans leader) et l’itinéraire de la rencontre entre Harleen et Jack Napier, bien avant que celui-ci ne devienne le Joker. Cette alternance permet de rentrer subtilement dans la trinité qu’est Harley: la veuve en galère avec ses marmots, l’héroïne en devenir et la psychiatre qui doit jouer entre son passé et sa dualité profonde. Modifiant profondément (à nouveau!) le passé du personnage et de la mythologie, Sean Murphy et sa compagne scénariste Katana Collins sortent assez franchement du canon super-héroïque pour proposer un très beau portrait de femme moderne.

Excellement écrit, parfaitement dessiné, profond dans ses thématiques intrinsèques comme dans sa variation sur Gotham, Harley Quinn est un nouveau strike du Murphyverse et du Black Label, avec des conséquences qui peuvent être profondes. Sean Murphy semble totalement libre de tordre les personnages de DC dans le sens qu’il lui plait et tant qu’il se passionne pour eux on le suivra jusqu’au bout du monde.

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***·Comics·East & West·Nouveau !

Cemetery Beach

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Histoire complète en 140 pages, écrite par Warren Ellis et dessinée par Jason Howard. Parution en France chez Urban Comics Indies le 28/08/2021.

Independence Day

Michael Blackburn est en fâcheuse posture. Nu et ligoté dans une sordide salle d’interrogatoire, il attend un officier censé le torturer en vue d’obtenir des informations. Ce que veut savoir l’officier ? Qui est Mike, pour commencer, d’où il vient et ce qu’il veut.

Car il apparaît très clairement que Mike Blackburn ne vient pas de la même planète. Il est venu en éclaireur du vieux monde, la Terre, pour explorer la colonie et rendre compte à ses supérieurs. Car les colons, partis en 1920, ont réalisé leur projet en secret, et voient d’un mauvais œil une possible ingérence terrienne dans leurs affaires.

D’autant plus si l’on considère le fait que ce monde est gouverné par un régime totalitaire, dirigé par le Président Barrow, qui sera prêt à tout pour protéger ce qu’il considère comme son utopie personnelle. Durant sa fuite, Blackburn fera la rencontre de Grace Moody, une rebelle emprisonnée pour meurtre, avec laquelle il devra faire équipe s’il veut quitter vivant ce monde de fous. Mais le veut-il vraiment ?

This is a bad’s world

Warren Ellis est désormais un nom reconnu dans l’industrie du comic book. Auteur de nombreux succès, comme The Authority, Black Summer, Supergod, No Hero, Injection, Iron Man Extremis, Transmetropolitan, Nextwave, Planetary, … la liste est longue, et montre bien son caractère prolifique. Son style est notoirement décompressé, préférant des pages à quatre ou cinq cases, là où des avant-gardistes comme Alan Moore privilégiaient le gaufrier à neuf cases. Ses histoires sont généralement iconoclastes, violentes et…violentes.

Ici, la violence est bien présente, bien que légèrement édulcorée. Hormis quelques headshots, c’est généralement l’action qui prime, au rythme effréné des courses poursuites qui ponctuent les sept chapitres de l’album. La lecture nous donne une forte impression de Mad Max Fury Road, avec cette sensation d’une course-poursuite ininterrompue de 140 pages. On sent néanmoins que l’auteur a tenu à marquer des pauses syndicales, histoire d’implémenter quelques éléments de background ou bien développer la relation entre Mike et Grace.

A ce sujet, leur dynamique, bien que dulcifiée par quelques punchlines bien senties, demeure finalement assez plate tout au long de l’album: ils se rencontrent, fuient la captivité, et progressent ensuite de façon linéaire jusqu’à la fin. Grace remet en question les motivations de Mike, et ses pulsions morbides, certes, mais la relation en elle-même est plutôt statique.

Pour le reste, la prémisse de base, qu’une colonie spatiale tente de conserver le secret de son existence en tentant d’arrêter un espion infiltré, est très intéressante, mais finalement, exécutée pauvrement. N’aurait-il pas été plus intéressant pour Mike d’être confronté à un dilemme ? En effet, ce dernier se contente d’échapper à ses poursuivants, puis, vers le dernier tiers de l’album, fait une découverte sur les agissements plus que discutables du Président Barrow. Cela rend sa mission unidimensionnelle, et à aucun moment, le héros ne remet en question l’opportunité de la mener à bien. « C’est une planète de méchants. Point ». Quid du peuple en lui-même ? N’y aurait-il pas intérêt à suggérer une rébellion, ou quelque chose qui permettrait aux autochtones de se défaire du joug de Barrow tout en préservant la souveraineté de la colonie ?

Il en va de même pour le protagoniste en lui-même, dont on apprend qu’après avoir perdu tous ceux qu’il aimait, à développé une méchante envie de mourir au combat. Il y a aurait alors eu plus de sens à cette aventure si elle lui avait redonné le goût de vivre, mais Ellis se contente malheureusement d’un acte de bravoure qui, bien qu’il ouvre des pistes pour une suite potentielle, tombe quelque peu à plat.

Bref, un peu de nuance n’aurait pas fait de mal à cette histoire, qui se résume finalement à des courses poursuites et pas mal d’explosions, sans que le fond, pourtant intéressant, ne soit réellement exploité.

Côté graphique, Jason Howard, que l’on avait vu précédemment sur Big Girls, s’amuse visiblement comme un petit fou avec tous ces véhicules et cascades improbables, grâce à son trait expressif et dynamique.

*·***·****·BD·Nouveau !·Rapidos

BD en vrac #24: Les Artilleuses #3 – Parias #1 – Les vacances de Donald

La BD!

 

  • Raven #2: les contrées infernales (Lauffray/Dargaud) – 2021, 62p./volume, 2/3 tomes parus.

bsic journalism

Merci aux éditions Drakoo pour leur confiance!

couv_433410C’est la conclusion de cette fort sympathique trilogie qui aura su être une vraie locomotive pour le jeune éditeur Arleston et sa maison Drakoo. Un guide pour tous les futurs projets lancés assurément!

Les deux précédents tomes arrivaient à allier stabilité et une certaine différence de structure. C’est encore plus le cas ici où le scénario nous surprend tout le long en enchaînant un faux-rythme retardant une conclusion en nous maintenant sous pression jusqu’à la grande bataille finale. Si le tome est moins axé action que les autres, les révélations très progressives et remarquablement bien expliquées confirment l’excellente tenue de la conspiration diplomatique, en référence aux feuilletons policiers et aux Brigades du Tigre. L’attelage improbable entre fantasy, braquage et politique s’avère absolument concluant et encore une fois la richesse de l’univers permet à Pierre Pevel de n’utiliser qu’avec parcimonie une galerie de personnages très foisonnante et que l’on sent solide. Surtout, une fois la conclusion de l’intrigue – tout à fait satisfaisante – aboutie, on sent fortement une envie des auteurs et une grande probabilité de prolonger l’aventure sur de nouvelles enquêtes maintenant que l’organisation derrière tout ça a été dévoilée et que la collaboration entre les Artilleuses et les Renseignements français est installée. Cette trilogie aura tout réussi (avec peut-être une petite progression du dessin à souhaiter) et installé un contexte qui permet d’envisager avec grand plaisir une série au long court.

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  • Parias #1:  (Emeriau-Bezelin/Komics initiative) – 120p., 2021

Cet album est sorti au début de l’été après un financement participatif auquel j’ai participé et qui m’alléchait pas mal. J’aime beaucoup ce type de publication où de jeunes auteurs restent très libres de créer sans certaines contraintes commerciales que peuvent poser les éditeurs. Encore faut-il que l’album soit bon… or ce n’est pas le cas de celui-ci qui malgré un travail d’habillage et de maquette sympathique où l’on trouve des textes de développement d’univers type feuilleton et journaux, le texte comme le dessins sentent malheureusement plus l’amateur que l’auteur professionnel. Je soutiens toujours les premiers albums malgré leurs défauts, y compris graphiques. Le problème c’est que les deux auteurs ici présents n’en sont pas à leurs débuts et que Boris Beuzelin a proposé par le passé des planches beaucoup plus abouties.

On comprend parfaitement l’envie de pulp steampunk ambiance Ligue des gentlemen extraordinaires. Du coup on ne cherche pas forcément l’originalité mais plutôt une atmosphère, comme sur les Artilleuses chroniquées ci-dessus. Le problème ce sont bien les texte très appuyés et une intrigue qui n’avance guère après la seule exposition de ces freaks contraints de voler pour le compte d’un milliardaire machiavélique. Sans parler des quelques coquilles que l’on pardonnera volontiers, les dialogues sont lourds et les textes de développement peu inspirés malgré une passion certaine. Au final et à grand regret (en attendant un hypothétique dernier tome du, lui, excellent Dessous, lui aussi issu du crowdfunding) j’en resterais là…

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  • Les vacances de Donald (Brremaud-Bertolucci/Glénat) – 49p., 2021

couv_432577En attendant un nouvel album de leur magnifique série documentaire animalière Love (après leur passage chez Glénat), les compères Brrémaud et Bertolucci nous proposent une nouvelle aventure Disney, avec cette fois Donald qui ne supporte plus le bruit et la violence de la ville et s’échappe pour une escapade forestière. Malheureusement ses vacances ne vont pas être si idylliques puisqu’il va découvrir que la cohabitation avec les animaux sauvages n’est pas évidente…

Ce one-shot muet s’inscrit totalement dans le canon Disney avec ses séquences d’humour, un peu de sadisme sur le pauvre Donald et une interaction en mode plan/poursuite avec les animaux, pour certains familiers (Tic et Tac). On pourrait par moment presque croire à une variation jeunesse du thème de Love, ces longs passages contemplatifs sur la nature et la vie sauvage qui semblent tant inspirer les auteurs. On n’est donc pas dépaysé et les planches restent superbes même si je les trouve un ton en dessous de ce que Bertolucci a produit sur Love. On retrouvera tout de même une thématique écologique et une critique de la société bruyante plutôt de bon ton. Un très chouette album donc qui pourra se lire très tôt, avec ou sans les parents.

Dès 6 ans.

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