****·BD·Nouveau !·Service Presse

Doggybags One Shot #4: Dirty Old Glory

La BD!

Histoire complète en 97 pages, écrite par Mud et dessinée par Prozeet. Parution le 23/04/2021 au sein du Label 619 d’Ankama.

La survie du plus fou

D.O.G nous plonge dans une Amérique ravagée par une nouvelle guerre civile. Après l’élection contestée du président Holster, le pays s’est embrasé dans les flammes de la dissension jusqu’à ce que six états proclament leur sédition. Cet acte à conduit le président à ordonner une intervention armée, qui a rencontré une forte résistance.

Parmi les milices encore actives, se trouve Chuck Hudson, qui a réuni autour de lui une communauté de survivants grâce à ses connaissances pointues en matière de survie. En effet, Hudson est ce que l’on nomme un « prepper« , un individu se préparant assidument à la chute des institutions et à la défaillance des structures étatiques, qui exposeront fatalement les individus à la loi du plus fort et à des dangers constants.

Parmi ses partisans les plus fervents, on trouve l’équipage du Pin-Up, un tank lourdement armé qui défend les dissidents contre les troupes du Président: Carl, Enapay, Ben, Pulp et Fritz. Lorsqu’une mission de sauvetage tourne mal, les cinq combattants vont se retrouver piégés dans leur tank, sous une montagne de débris. Commence alors pour eux un huis clos éprouvant, durant lequel chaque heure écoulée diminue d’autant leurs chances d’être secourus. Sous la pression, les personnalités vont se révéler, les secrets jalousement gardés par chacun vont refaire surface, avec des conséquences, on s’en doute, dramatiques.

What you are in the dark

Dans un pays qui s’est effondré, il n’est pas étonnant de croiser des femmes et des hommes aux destins brisés. Cependant, les apparences sont proverbialement trompeuses: les âmes les plus torturées ne sont pas celles que l’on croit. Les jours s’écoulant au sein du cercueil blindé, les failles de chacun vont se faire jour, et l’enjeu de la survie va bientôt éclipser les idéaux politiques et la camaraderie redneck.

Doggybags-One shot 4 : Dirty Old Glory – SambaBD

L’album s’ouvre sur une séquence d’action nerveuse et brutale qui donne le ton de l’album: une logique inique et cruelle, qui ne donne pas aux personnages ce qu’il leur faut, mais au lecteur ce qu’ils méritent. A l’image de sa conclusion, tout aussi cruelle et retorse, et qui s’inscrit dans la droite lignée de la collection Doggybags. Sur le plan graphique, Prozeet fait un excellent travail, qui oscille entre traitement réaliste de la violence et outrance caricaturale. Mud, vis à vis du scénario, puise encore une fois dans son vivier d’idées américaines pour créer un contexte dystopique glaçant de plausibilité. La tension du huis clos peut retomber par moments du fait des flash-back qui entrecoupent le calvaire de nos anti-héros, mais l’angoisse demeure présente sur l’ensemble de l’album malgré tout.

Dirty Old Glory mêle donc huis clos et dystopie pour livrer un nouvel album coup de poing dans l’escarcelle de Doggybags.

****·Cinéma

Godzilla (Netflix)

Que vaut la trilogie Godzilla sur Netflix ? - Animation

Comme le rappelait Dahaka mardi, les géants c’est la coolitude! Pourtant, si Guillermo Del Toro a permis par son magistral hommage Pacific Rim de sortir le lézard atomique japonais de son archipel, je fais partie de ceux qui se sont toujours demandé comment on pouvait sérieusement proposer des films avec des papillons géants se mettant des mandales avec des dragons tricéphales, avec la problématique évidente de savoir: que faire des personnages humains dans cette affaire? Si les films catastrophes ont pour intérêt principal la destruction graphique du monde, ils restent focalisés sur les personnages qui subissent ces destructions. Avec Godzilla (et c’est le défaut principal des deux premières adaptations hollywoodiennes) on n’attend que les mandales de monstres, du coup les personnages ressemblent souvent à des fourmis dont on n’a que faire au milieu des décombres. Pourtant, comme j’adore les boom-boom de monstres et plus encore l’animation, je me suis tenté cette trilogie (… sans savoir en appuyant sur Play que je partais pour 3X1h30)…

Godzilla: Planet of Monsters review: Netflix anime has Easter eggs, little  else

Le résultat est bien supérieur à ce à quoi je m’attendais et très surprenant, même si les trois parties sont résolument différentes et inégales, à commencer par un troisième épisode dont vous pouvez clairement vous dispenser sans grande perte pour la compréhension/conclusion de l’histoire. Ce qui marque immédiatement c’est la noirceur absolument nihiliste qui recouvre ce projet. Si le thème de Godzilla est semble t’il souvent assez sombre, on a rarement atteint un tel désespoir! La courte séquence d’introduction nous pose le contexte: après l’apparition de Godzilla et de deux peuples extra-terrestres la Terre a été dévastée et les résidus de l’humanité ont fui dans un vaisseau spatial à destination d’une exo-planète habitable. En quelques minutes on est plongé dans un post-apo en hard-SF. Mais ce n’est pas fini: la terre de prédilection s’avère finalement inatteignable et contraint l’équipage de cette Arche à retourner sur Terre… plusieurs milliers d’années après leur départ du fait de Relativité…

Comme vous le voyez, très peu de Godzilla sur une grosse partie des films, avant de constater que cette créature de la taille d’une montagne ne pourra probablement jamais être vaincue. Pourtant le héros, d’une résolution sans faille, va tout faire pour comprendre le fonctionnement de cet être vivant et le contrer. La trilogie Netflix propose un nombre impressionnant et passionnant de concepts de la littérature SF: les extra-terrestres, l’espace-temps, l’IA, l’altérité ethnologique, les nanotechnologies ou encore le divin… Superbement mis en relation, ces thèmes forment un fond qui lie les séquences et permet de donner une cohérence et un intérêt à ce qui mène au cœur de la bataille: l’affrontement des humains contre Godzilla. Entité apocalyptique chassant les humains (et donc éminemment écologique), ce Godzilla impressionne par son design incertain sur lequel le Cell-Shading apporte beaucoup de mystère.

Graphiquement on est plutôt bluffé par la qualité technique de l’animation 3D et par l’élégance générale des costumes et des engins. Je ne m’attendais vraiment pas à cela au vu de quelques productions animées assez cheap sur Netflix. Le doublage est du reste excellent comme la musique qui accompagne parfaitement cette histoire noire. Après deux volumes proposant une évolution intéressante du conflit, on aboutit malheureusement à un troisième opus qui se vautre tout à la fois graphiquement avec un très moche Gidorah et une visée religieuse qui fonctionnait quand elle était un habillage de fonds mais devient ridicule quand elle se retrouve au centre. Pourtant, à ceux qui aiment les séquences de destruction, la fin de tout espoir et les thèmes scientifiques poussés, cette trilogie reste un très sympathique moment de cinéma inattendu qui renouvelle le genre en s’émancipant du cadre et en replaçant les hommes et leur destinée au cœur de cette histoire. De quoi attendre du bon sur le Godzilla VS Kong avec enthousiasme pour peu que la mythologie générale (la Terre creuse et l’Atlantide) soit développée comme il faut…

Quantum Enigma

****·Comics·Nouveau !·Numérique·Rétro

Injustice – les dieux sont parmi nous, année 4

Comic de Tom Taylor, Brian Bucchelatto et collectif.
Urban (2014-2021), édition intégrale par année, 4/5 vol. parus., 320p./volume.

Chaque volume d’intégrale par année rassemble deux volumes de la série publiée de 2014 à 2018 plus les épisodes « annual » intercalés et permettant de développer les interstices de cette bataille des Dieux… A savoir que DC a sorti récemment un Omnibus rassemblant l’intégralité de la série en deux volumes, mais qui ne semblent pas prévus pour le moment chez Urban. En fin de volume un carnet de croquis des personnages et des couvertures d’épisodes.

Attention spoilers!

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badge numeriqueAprès l’année zéro hier, on enchaîne avec le même plaisir sur cette quatrième année de la dictature de Superman… La couverture ne l’annonce pas mais l’avant-dernière année de cet improbable miracle (voir les billets précédents pour un rappel du projet) fait intervenir rien de moins que le panthéon olympien dans le conflit entre Batman et Superman… Je ne sais pas si les irruptions de Zeus, Hera et autres Atlas sont fréquentes dans l’univers DC mais il est certain que si leur intervention était apparue plus tôt on aurait risqué le grand n’importe quoi. Or après trois volumes pleins on est devenus habitués aux petites pilules vertes qui vous transforment n’importe qui en super-héro et aux affrontements WTF de dimension galactique. Taylor a d’ailleurs la grande intelligence de laisser tout le monde mortel dans les limbes, ne nous faisant apparaître les gouvernements sidérés que très rarement. On reste donc entre nous, confortablement, pour assister à des bourre-pif entre superman et Heraklès ou entre Aquaman et Neptune. On passera sur le syncrétisme tout américain qui ne s’embête pas à mélanger les noms latins et grecs des personnages et sur l’échelle de puissance qui nous laisse par moment circonspects à voir les dieux « mineurs » se faire botter le train par Robin ou Huntress..

The Gods Of Olympus (Injustice Gods Among Us) – ComicnewbiesOn sentait monter le rôle de Wonder Woman, prise entre deux feux avec sa fidélité envers son peuple et son père (Zeus pour rappel) et sa place dans l’équipe de Superman. Moralement toujours à peu près lucide, elle reste la seule voix capable de faire entendre raison à Kal-El et on reste tout à fait satisfait quand au traitement réaliste des choix de chacun des personnages dans cette bataille. Batman se trouve en retrait alors que son camp se voit très fortement diminué et soumis aux manigances d’un Luthor dont on ne sait jamais (en « homme le plus intelligent du monde » qu’il est) ce qu’il va manigancer. Les histoires de Superman regorgent de tellement d’attendus qu’on passe les quelques facilités de cette quatrième année pour profiter d’un palier où pour la première fois l’homme de Krypton semble relativement démuni quand à sa capacité à reprendre la main. Le cœur de l’intrigue se passant sur Themyscira (l’île de WW), on peut profiter des très jolis For Those Who Really Want Wonder Woman And Superman To Split Up, Read  Injustice Gods Among Usdessins de l’équipe artistique dans un style antique. Je regretterais juste l’intervention finale de l’inévitable Darkseid et son pendant divin dont je ne cesse constater l’aspect décalé. Un peu moins puissant que l’épisode Green Lantern, cet arc grec a le mérite de préparer un affrontement entre Diana et Clark qui semble inévitable et dantesque de puissance.

On notera que pour la première fois Tom Taylor passe la main à un autre scénariste sur l’essentielle de cette année qui voit (chose remarquable!) grandir Robin qui, devenu quasi-adulte depuis le début du règne de Superman, semble plus déterminé que jamais à écraser Bruce Wayne. Nouvelle illustration de la spécificité de cette saga d’une maîtrise incroyable en parvenant à chaque année à évoquer un aspect de l’immense univers DC sans perdre en cohérence. A l’approche de la conclusion on ne peut qu’être inquiet quand à la conclusion choisie par les auteurs et en même temps confiant quand on voit la solidité de l’entreprise depuis le début. On enchaîne…

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****·BD·Jeunesse·Nouveau !·Service Presse

Hammerdam #1

BD de Enrique Fernandez
Ankama (2021), 40 p. série en cours.

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour leur confiance.

Lorsque le marteau magique vint se planter dans la bourgade d’Hammerdam tout le monde convergea pour tenter sa chance, en vain… Jusqu’au jour où une fillette ressentit l’appel et souleva la masse. La légende veut que le porteur du marteau voit sa vie changée. Bientôt rejointe par une troupe d’être aussi farfelus que puissants, elle partit à l’appel de l’aventure…

Peut être un dessin animéPeu connu du grand public, Enrique Fernandez est pourtant une pointure dans le dessin espagnol, doté d’un univers graphique très particulier prenant à la fois de l’Animation jeunesse et aux manga en mode Super-Deformed. Très impressionné par les aperçus de ses BD publiées depuis une quinzaine d’années j’ai participé au Crowdfunding de sa série solo Brigada et ait été un peu échaudé par une narration très complexe. L’arrivée d’une nouvelle série originale chez Ankama était l’occasion de voir si la double casquette posait un vrai problème à l’auteur ou si la simplification du registre jeunesse lui correspondait plus.

Et bien rassurez-vous car ce premier tome d’une nouvelle série s’inscrit tout à fait dans le cadre du conte en jouissant de la folie de l’univers unique de Fernandez. Si l’ouverture reprend l’habitude cryptique de l’auteur avec bien peu d’explications et des cases sans bulles, rapidement on comprend que les différents personnages et histoires autour de ce marteau vont converger pour constituer une troupe bigarrée totalement destinée à satisfaire le public jeune auquel l’album se destine. Car outre les dessins crayonnés qui rappellent le talent visuel indéniable de l’auteur, c’est l’imaginaire foutraque qui transpire de ce monde qui éblouit: ici un loup au pouvoir multiplicateur incontrôlé, là une héroïne indomptable, une fée prisonnière et une troupe d’archers-clones … tout ce petit monde va aider la jeune Melina dans sa quête alors que se lancent déjà contre eux des adversaires puissants et des effets magiques aux conséquences imprévisibles!

La richesse et la liberté graphique d’Enrique Fernandez plairont absolument aux enfants même si elles peuvent dérouter. Maniant différentes techniques, colorisations, cadrage et découpage, il nous immerge dans un monde foisonnant dont le seul risque est qu’une imagination folle ne noie le récit. Ce n’est pas le cas dans cette ouverture qui fonctionne parfaitement et donne bigrement envie de découvrir comment les amis de Melina vont pouvoir l’aider et où va la mener sa quête.

A partir de 8 ans.

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***·****·Manga·Rétro

Manga en vrac #13: Adam l’ultime robot #4 – Astra lost in space #1 -Alma #1

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Séquence SF ce samedi manga avec deux premiers volumes de série et une conclusion, dans trois registres très différents…

  • Adam l’ultime robot #4 (Azuma – Pika) – (2016) 2021, série finie en 4 volumes.

bsic journalismMerci aux éditions Pika pour leur confiance.

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La difficulté première du genre SF est de parvenir à boucler des idées et réflexions souvent perchées très haut et qui aboutissent généralement à une fin en suspension (comme dans Origin), cryptique ou qui fait pschit… Très rares sont les œuvres de SF a boucler une thématique de façon satisfaisante, à commencer par le mythique Universal War one, qui se concluait en six tomes seulement. Avec seulement quatre volumes pour boucler une série au rythme plutôt lent, Ryuko Azuma choisit la seconde solution en proposant une fin entre deux eaux, ni pessimiste ni optimiste. S’il n’est pas véritablement en mesure d’expliquer tous les évènements qu’il a mis en place (notamment l’attaque martienne) non plus que la nature des Psyché, il nous révèle en revanche les secrets des personnages dans un final en mode thriller plutôt bien mené. L’innocence paradoxale d’Adam est touchante, fétu technologique balloté dans une complexité humaine emplie de nos pulsions autodestructrices. La réussite de cette série c’est d’avoir réussi à installer une psychologie cohérence pour cette IA en relation avec les humains. L’hypothèse sur l’objectif des Psyché et la destinée d’Adam est plutôt intéressante scientifiquement parlant, même si le déroulement proprement dit des évènements peut laisser sur sa faim avec une chronologie obscure. L’équilibre entre le pédagogique et le mystérieux est toujours compliqué dans une narration et on ne pourra pas reprocher à l’autrice ces quelques chiffonnements, pour une œuvre globalement remarquable de maîtrise, d’ambition et de lisibilité. Une très belle quadrilogie que je conseille à tous les amoureux de science fiction.

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  • Astra – Lost in space #1 (Shinohara – Nobi nobi) – (2016) 2019, série finie en 5 volumes.
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Très sympathique premier tome d’une série courte en cinq volumes, dotée d’excellents dessins qui compensent l’aspect retro absolument assumé! Du titre au design général, on est dans l’hommage complet aux manga et séries TV SF des années soixante à quatre-vingt: une équipe d’adolescents part pour une « classe verte » sur une planète éloignée… avant de se retrouvés projetés ailleurs, loin dans l’espace, perdus, seuls et contraints de survivre par leurs propres moyens… Présenté comme ça on sent un aspect dramatique qui n’est pourtant jamais présent dans Astra! Résolument Shonen, la série est joyeuse, lumineuse mais n’oublie pas pour autant de créer des antagonismes entre certains membres de l’équipée. Une des originalités qui accentuent l’intérêt ce sont les flashback dans l’enfance des différents personnages, qui nous aide à comprendre leur tempérament et leurs actes pour revenir sur leur chère Terre. Remarquablement maîtrisée, les deux-cent pages se lisent d’une traite, comme une bonne série animée en découvrant chaque personnages, leur équipement, leurs défauts, les caractéristiques de la première planète (on va « sauter » sur cinq astres sur l’itinéraire de retour) sans oublier un gros mystère autour de cette mystérieuse boule qui les a aspiré et semble les poursuivre. Manigance des enseignants pour les tester ou véritable anomalie spatiale? Vous le saurez en regardant le prochain épisode des aventures du lycée Caird!

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  • Alma #1 (Mito – Panini) – (2019) 2021, série finie en 4 volumes.

alma-1-paniniAuréolée de très bons retours j’ai débuté cette récente série courte sans trop savoir où je mettais les pieds mais enthousiasmé par des aperçus graphiques au-dessus de la moyenne. Et je dois dire que ce qui accroche résolument dans ce premier volume qui avance relativement vite entre la séquence d’exposition en la conclusion qui nous révèle la problématique de la quadrilogie ce sont ces superbes décors post-apocalyptiques. On suit en effet un jeune homme parcourant les terres et cités dévastées à la manière du dernier homme sur Terre (Je suis une légende) – et une influence de Blame! évidente – après que son amie robot ait été désactivée brutalement. On trouve ainsi le carcan classique déjà vu dans l’excellent Heart Gear, à ceci près que dans Alma les humains n’ont pas totalement disparu et que le héros bien mystérieux se voit assez vite doté d’une aura messianique. On navigue donc plus sur la nostalgie d’une vie rêvée que sur la relation avec l’Intelligence artificielle (mais l’on sent que ça va venir) et l’atmosphère propagée par ces décors et un background bien plus travaillé que sur Heart Gear nous immergent pour une odyssée qui nous attrape dans un rythme soutenu. Doté d’excellents graphismes et d’un fort joli design, d’une relation originelle qui laisse mélancolique et de mystère déjà en place, il ne reste plus qu’un fort antagonisme pour faire monter la série d’un cran, sans doute dès le prochain tome. 

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Les veuves électriques #1: deuil atomique.

La BD!
BD de Relom, Geoffroy Damne et Degreff (coul.)
Delcourt (2021), 62p., série en cours.

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bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

A Chissouane la centrale nucléaire fait vivre toute la commune. Aussi quand un accident tue trois employés, pas grand monde ne vient mettre son nez dans les défaillances… sauf les trois veuves qui se retrouvent bien malgré elles transformées en dangereuses militantes radicalisées contre lesquelles la machine répressive mediatico-policière se met en marche…

Les veuves électriques - BD, informations, cotesSacrée surprise que cet album à cheval entre l’humour potache et la charge politique au vitriol tout droit sorti des Vieux Fourneaux. Encore qu’il serait injuste (malgré tout son talent!) de donner à Wilfried Lupano la paternité d’un genre que le magazine Fluide Glacial a érigé en art. Car dans ces Veuves électriques tout respire le Fluide glacial, du sujet au type d’humour appuyé en passant par les dessins… et les auteurs, tous deux habitués à la maison de Gotlieb et Maëster. On se demande juste ce qui a pu se passer pour que cette série atterrisse chez Delcourt. Passons…

les auteurs ne vont pas par quatre chemin puisque dès les toutes premières pages l’accident survient. Tragique certes mais sans oublier d’être drôle dans toutes les situations, l’album enlève toute tension et se donne des airs de Duhamel à cette charge énervée contre un pouvoir politique (et policier!). Les auteurs ne cachent rien puisque si aucun nom de ministre actuel n’est cité on reconnaît bien Macron jouant à cache-cache (ou plutôt touche-touche) avec son garde du corps (toute ressemblance…). Tous plus débiles les uns que les autres, les personnages vont foncer dans un engrenage où surnage juste un peu de compassion pour ces pauvres filles bien nunuches. Les journalistes proclament l’attentat après que le maire se soit malencontreusement pris une pancarte sur la tête, l’expert écolo est déclaré terroriste-misogyne après que ses propos aient été détournés, les ministres se déplacent en avion (fonctionnant au charbon à en croire le panache de fumée qui s’en dégage) et le jeune « Tanguy » va de lâcheté en lâcheté. Notre trio de pieds-nickelés bien que victimes de cet emballement multiplie les absurdités, et on rit franchement à cette succession de scènes que d’autres auraient monté en drame social.

Ce qui plait dans ce deuil atomique c’est la franchise des auteurs qui ne cherchent pas à cacher leur gauchisme derrière leur petit doigt, ce qui fonctionne bien mieux qu’un format thriller pas toujours équilibré. Car derrière la satire c’est bien le gouvernement Macron qui est dénoncé, cette irresponsabilité criminelle qui envoie les policiers bardés de flashball éborgner les militants de tous ordres comme les télé d’info et leur storytelling tout à fait orienté. C’est l’incurie d’une politique nucléaire qui à force de réductions de coûts mets tout le parc de réacteurs en danger (et nous avec!), c’est la faiblesse démocratique de la France d’en bas, soumise à son emploi et que seule une injustice crasse pousse à la révolte. Au vu de la quantité de sujets abordés j’ai même hésité à placer cet album en rubrique documentaire. La farce m’en a dissuadé mais ce premier tome montre que l’humour est souvent capable de dénoncer avec une très grande efficacité.

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Joe la pirate

La BD!
BD de Hubert et Virginie Augustin
Glénat (2021), 210p., n&b, One-shot.

Très bel ouvrage doté d’une maquette absolument art-déco, d’un signet-ruban, d’un épilogue en forme de post-face et d’une bio rapide des personnages apparaissant dans l’histoire.

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bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

Née en 1900, Marion Barbara Carstairs a parcouru le XX° siècle dans une furie de bonne humeur, de provocations et de liberté permise par sa fortune. Homosexuelle, roitelette d’une île des Bahamas où elle fit régner une loi sans partage aussi progressiste qu’autoritaire, championne de vitesse sur eau, croqueuse de femmes elle fut l’amante de Marlene Dietrich et rencontra le roi Edouard VIII… Une vie inouïe comme un reflet de la liberté des années folles et de la vie dissolue des héritiers d’une Amérique triomphante!

Joe la Pirate - BD, informations, cotesIl est toujours étrange de voir la notoriété d’un auteur augmenter juste après sa mort… Hubert est disparu en début d’année dernière et ses deux albums posthumes sont (seront) sans doute les plus réputés. N’ayant pas lu Peau d’homme je retrouve sur ce Joe la pirate beaucoup d’éléments de la saga des Ogres-dieux. De très belles qualités sur les relations humaines et la création de personnages, d’autres éléments qui me chagrinent plus. Tout ça pour dire que je ne suis pas un groupie d’Hubert… a l’inverse de Virginie Augustin, trop rare et qui montre une nouvelle fois sur cet album la diversité de sa compétence et sa force évocatrice. Dans un style épuré très proche de la BD classique des premiers Spirou et des premiers comics-strip elle parvient à exprimer magnifiquement en quelques traits et de superbes encrages sur une histoire qui demande beaucoup au dessin. Découpé comme des successions de séquences parfois presque au format strip justement, l’album place Joe au centre de toutes les cases. Avec son sourire permanent et sa trogne de cartoon, on pourrait avoir un risque de visages à la tintin. Pourtant il suffit de jeter un œil aux photos de Marion Barbara Carstairs pour réaliser combien la dessinatrice arrive à reproduire l’esprit de cette vie rêvée, jamais tout à fait mensongère, toujours un peu fantasmée. Sur les quelques planches colorisées on s’interroge sur le choix du noir et blanc. Economie sur un gros album de deux-cent pages ou véritable choix de s’insérer dans un univers graphique des années 1920? Probablement un peu des deux…BD, "Joe la pirate" de Virginie Augustin et Hubert, portrait de Barbara  Carstairs, femme libre des années 1920

Car la grande force de ce bel album est son sujet, cette incroyable personnalité qui fascine ses auteurs et marque indéniablement par sa liberté absolue, tant morale que dans ses « aventures ». On ne peut qu’être surpris qu’aucun film n’ait été tourné sur Joe, qui aurait souhaité se voir incarnée par Katharine Hepburn et savait absolument se mettre en scène. De telles vies ne semblent exister qu’en romans, et pourtant! On ne se lasse (presque) pas de voir les coups d’éclat, les innocences de Joe et sa bonne humeur communicative. On ne sait si les auteurs ont volontairement posé quelques points critiques quand au statut d’héritière millionnaire de Joe, l’argent permettant effectivement une grande liberté mais n’empêchant pas une certains Joe la pirate de Hubert, Virginie Augustin - BDfugue.comimmaturité dans une vision tout à fait coloniale du sous-développement… Néanmoins tous les millionnaires du XX° siècles n’ont pas eu cette vie et on ne peut qu’être admiratif devant cette féministe par l’action qui a toujours voulu enfoncer tous les blocages de son époque.

Les limites de l’album reposent surtout dans une construction qui semble finalement sans propos, une illustration biographique structurée en chapitres vaguement thématiques. Si la vie de Joe est marquée par quelques jalons (la Guerre, l’aménagement de l’île,…), on se perd par moment dans la redondance des conquêtes, des coups de gueule, et l’on a l’impression de voir un agencement de séquences strip qui forment au final un tout cohérent. C’est peut-être l’objectif des auteurs mais cela affaiblit selon moi un peu le projet d’ensemble en oubliant de poser un regard d’auteurs sur cette figure ô combien charismatique. Du coup, malgré l’habillage du livre, la qualité des dessins et le sujet central du livre on rate de peu le coup de cœur des cinq Calvin.

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Wat la fée

Rufus Stewart

Cette  rubrique vise à présenter un album jeunesse en regard croisé parent/enfants. Mes deux zozo parlent donc d’un album en mode question-réponse, puis vous trouverez en fin d’article mon avis dans un format plus classique. N’hésitez pas à me donner votre avis et idées sur la formule en commentaires!


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BD de Cazenove , William et Jaquemoire
Bamboo (2021), 48p., one-shot…?

bsic journalismMerci aux éditions Bamboo pour leur confiance.

Wat the fée ? Wat, la fée qui avait perdu ses ailes, planche du tome 1 ©  Bamboo Waterpouf est une fée des villes… A l'aise dans l'environnement  urbain, entre béton et bitume, suite à une rencontre avec un garnement  qu'elle avait reçu pour mission de ...Wat est une fée des villes. Mais lorsqu’au cours d’une mission elle se voit arracher ses ailes par accident, la voilà contrainte à un périple en Terre sauvage en compagnie de son ami Dorg le Troll, un endroit plein de dangers et d’habitants bien différents de ses fréquentations…

Salut Talia! Aujourd’hui on va parler d’une étrange BD qui nous rappelle beaucoup une autre série que l’on suit dans cette rubrique…

Effectivement, Cazenove et William sont les personnes qui font la série BD Les Sisters et Wat (la fée) a beaucoup de ressemblance avec Sammie, l’amie de Wendy. Un personnage semble également issu de Tizombi

Est-ce que tu as l’habitude des histoires fantasy? Sur quels albums?

Oui. L’un de mes styles de livre préférés est la fantasy et je lis beaucoup de romans (fantasy donc, notamment La Guerre des clans). En Bd, j’ai déjà lu Lanfeust, Thorgal…

Que peux-tu nous dire du format un peu particulier de cette (ces) histoire(s)?

Ce sont des sortes de mini-histoires avec une espèce de conclusion, bien que celles-ci s’enchaînent sur une histoire continue. On dirait des parties : comme si l’histoire avait été découpée.Wat -1- La fée qui avait perdu ses ailes

Il y a deux humains dans cette histoire… pas franchement sympathiques…

Au tout début deux enfants humains arrachent les ailes de Wat par mégarde. Ce sont deux gros débiles pourri-gâtés qui ne pensent qu’à jouer à la bagarre. Ensuite ils recherchent Wat et Dorg pour jouer avec et cassent tout en repartant…

Il y a un surprenant côté sexy dans cette BD jeunesse. Est-ce que cela t’a dérangé? Comment vois-tu les personnages féminin représentés dans les BD?

Ça ne m’a pas dérangé, j’ai l’habitude de de lire des BD et des manga où les filles sont souvent plutôt dénudées avec des gros seins. Ce sont des personnages imaginaires du coup ça ne me gêne pas que ce soit différent de la réalité. Dans les sisters ce sont des jeunes qui sont représentés, elles sont inspirées de vraies personnages, du coup c’est plus réaliste. Les fées sont souvent représentées parfaites!

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Merci Talia!

Voilà pour le retour de la fifille. Et le vieux qu’est-ce qu’il en dit?

Entré dans l’univers des Sisters pour découvrir ce que lit ma fille et ce qui cartonne dans cette série, j’ai fait la connaissance avec Samy, la cops’ de Wendy que je croyais retrouver sous les traits de cette fée qui a perdu ses ailes… eh bien que nenni, rien à voir hormis le dessinateur qui a repris le faciès de son personnage secondaire. Résolument axé jeunesse, l’album qui ne Wat, la fée qui avait perdu ses ailes - BDfugue.comcomprend pas de tomaison mais laisse envisager très sérieusement une série, a un format hybride entre les gags d’une page des Sisters et l’histoire longue, entrecoupant les séquences par des sortes d’épilogue sépia qui évoquent une légende. On sait l’envie des auteurs de varier les plaisirs avec les super-sisters et ils se sont fait plaisir dans cette petite aventure en « terres sauvages » en compagnie du sympathique troll, en fuite devant deux adolescents débiles. L’album est du coup plus axé aventure qu’humour, avec de vrais méchants, de la magie et une transposition de la fée citadine à la campagne finalement pas si compliquée que cela. Si le thème voulu n’est pas vraiment exploité à fonds, les dessins que l’on connaît jolis et précis nous font passer un très bon moment, sans que l’on sache trop si William et Cazenove voudront développer leur univers ou s’arrêteront en route. Cette parenthèse est de toute façon bienvenue pour profiter de ces auteurs hors de leur cocon, en donnant envie d’aller zieuter un coup du côté de Tizombie et en se disant qu’ils pourraient un jour nous proposer une grande aventure plus adulte…

A partir de 7 ans.

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***·****·Manga·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Manga en vrac #12: 008 apprenti espion – Blue period 2&3

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  • 008 apprenti espion #1 (Matsuena – Kurokawa) – 2021, 1/13 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Kurokawa pour leur confiance.

008-apprenti-espion-1-kurokawaAmis coquinou je vais vous désoler en vous disant que cette nouvelle série shonen d’espionnage n’est pas franchement un ecchi hormis les formes non-euclidiennes de la donzelle en couverture… ce qui ne l’empêche nullement d’être une très sympathique entrée en matière tout à fait classique, pas prise de tête et très efficace dans le genre humour et action débile. Le héros est un adolescent qui galère à intégrer un lycée et se retrouve par hasard appelé au sein d’une prestigieuse académie d’apprentis espions… qui cache bien entendu une organisation secrète redoutable. Si on peut regretter une impression par moment un peu cheap, le dessin est tout à fait correcte, très lisible et surtout l’intrigue parodique avance de façon très linéaire. L’atout charme est incarné par une mystérieuse étudiants très très bien dotée par la nature et qui a l’étrange habitude de ne pas porter de culotte (ou alors très très petite…) mais qui est surtout là pour marquer des acrobaties ninja redoutables. On a donc un naïf incompétent et illégitime qui va montrer que la collaboration et l’intelligence peuvent primer sur la force brute et la tradition, dans un lycée qui soumet ses étudiants à moultes épreuves imprévisibles et potentiellement mortelles. Le ton parodique des dessins et de l’histoire permet d’assumer la légèreté de cette histoire et l’on passe un très bon moment de lecture-métro. Très bonne introduction qui pourrait même gagner un Calvin à mesure que l »action se développe, avec une Battle-Royale annoncée dès le prochain volume…

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  • Blue Period #2 (Yamaguchi – Pika) – 2021, 3/10 volumes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Pika pour leur confiance.

blue-period-2-pikaAprès un très bon premier tome, on enchaîne sans pause sur l’itinéraire de Yatora dans sa classe de prépa où il s’ouvre progressivement à un tout autre univers, à la fois relationnel, de perspectives et de centre d’intérêt… ce qui ne va pas aller sans heurts car l’insolente facilité apparente de ce jeune homme à qui tout réussit va le confronter à sa non appartenance au monde de l’art. Ce qui avait intéressé se confirme ici avec un accent mis encore plus fort sur les relations entre des personnages jamais caricaturaux (ca change!) et une remarquable construction scénaristique qui parvient à thématiser le volume jusque dans une forme de mise en abyme entre le personnage et l’autrice. La grande force de ce manga est de ne jamais basculer dans une histoire de prépa ou dans le mal être des jeunes mais bien de proposer un tout cohérent qui montre l’ouverture d’un jeune bien dans sa peau à un univers qu’il a touché par accident, suite à une improbable émotion suscitée par un tableau d’élève. Ce qui caractérise Yatora c’est sa capacité de travail et sa détermination, qui lui permettent de progresser sans cesse et de dépasser ses complexes techniques. On nous parle donc beaucoup du système des grandes écoles japonaises avec des informations précises sur les coûts d’entrée et les prépa obligatoires. L’autrice utilise ses personnages pour proposer différentes visions du système et de la création sans nous dire ce qu’il faut penser et l’on comprend que dans un itinéraire c’est vraiment les rencontres, les conseils et influences qui aident les individus à progresser et à se découvrir. Loin de nous présenter un prodige miraculeux comme le font nombre d’histoires, Tsubasa Yamaguchi raconte le destin d’un lycéen relativement ordinaire qui bouscule son destin par curiosité, sans préconçu. Un beau message qui nous dit que tout le monde peut faire ce qu’il souhaite à condition de se donner les moyens. Un manga dont l’intelligence frôle les cinq Calvin mais repose sur un graphisme un peu froid qui n’impressionne pas particulièrement. Ce qui ne doit absolument pas vous dissuader de le lire!

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  • Blue Period #3 (Yamaguchi – Pika) – 2021, 3/10 volumes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Pika pour leur confiance.

blue-period-3-pikaLe troisième tome entre plus encore dans le parcours créatif des artistes en faisant progresser le héros dans la compréhension du rôle des outils (support, taille de la toile, pinceaux, cutter, gommes et tout ce qui peut servir à travailler la peinture mais aussi la toile elle-même). Tout cela en devient passionnant avec une grosse densité qui va même parfois un peu vite dans les transitions. En même temps cela donne une idée du tourbillon psychologique dans lequel est le jeune homme qui absorbe toutes ces connaissances avec l’appétit d’une éponge. Du coup les amis restent un peu en retrait pour une mise en avant des deux enseignants, les très charismatiques prof du cours du lycée qui l’invite à se tester sur un « 100F » (une toile de deux mètres de haut) et la géante prof de prépa dont les entretiens individuels servent énormément Yatora en le bousculant dans une neutralité absolue en lui rappelant que s’il est encore faible techniquement la force d’une création reste son propos et sa composition. Par moment on se met à penser à Dr. Stone en lisant Blue Period, les deux séries ayant en commun une très grande capacité vulgarisatrice, remarquablement équilibrée entre le trop didactique et l’obscure étude sociologique. Il n’y a pratiquement pas de pathos dans ce manga, ce qui permet de rester focalisé sur les pensées de Yatora et de garder une normalité crédible. On dévore ainsi les deux cent pages du volume avec une grosse envie d’avancer sur une série qui compte déjà dix tomes, largement de quoi voir évoluer Yatora sur plusieurs années, avec un immense plaisir!

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****·BD·Nouveau !·Service Presse

Gun Crazy #2 – Elric #4

La BD!

Aujourd’hui deux sorties récentes de chez Glénat, deux séries qui se clôturent, rapidement pour la première, après neuf ans pour la seconde! Et comme vous le savez elles ne sont pas si nombreuses les séries qui parviennent à maintenir une cohérence et une qualité de bout en bout. C’est le cas pour Gun Crazy et Elric. Allez on part entre Vegas et Melniboné pour deux virée saglantes…

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

  • Gun crazy #2 (Steve D-jef – Glénat) – 2021, 117p., diptyque achevé.

couv_422214Le premier volume sonnait comme une superbe déclaration d’amour aux VHS pirates des années 80. Si Ramirez est la version Tony Scott luxueuse du concept, Gun Crazy est plus proche de l’univers défoncé de Michael Sanlaville et son Lastman. Maintenant que tous nos protagonistes sont à Vegas, il n’y a plus qu’à… Et en bon scénario tarantinesque ça ne se passe pas totalement comme prévu avec d’improbables incidents qui perturbent les plans biens huilés de ces anti-héros, à commencer par ce chien (le chien indiens-phobe de Chuck Norris pour rappel) redoutable et imprévisible. Jef se fait toujours autant plaisir à travailler ses planches par des couleurs baveuses délavées et autres effets eyefish qui laissent intrigués sur les optiques utilisés pour la réalisation du bidule… Après une mise en place si bien construite les personnages secondaires se retrouvent un peu relégués face à l’affrontement attendu entre Superwhite-man et les deux lesbiennes. Dans la continuité du premier tome on a de nouveau droit à un intermède publicitaire toujours aussi délirant et le tout se termine bien entendu dans des morts bien gores. Le cahier des charges était posé et on en a pour son argent pour peu que l’on accroche à ce délire graphique totalement maîtrisé bien qu’esthétiquement douteux. Une fois qu’on sait à quoi s’attendre il n’y a plus qu’à savourer cette série Z avec une bonne bière en regrettant peut-être que le « montage » ait pris le pas sur un scénario qu’on aurait pu attendre plus surprenant. Mais ne boudons pas le plaisir devant un boulot si rondement mené, maintenant qu’il est compliqué de pouvoir lire ce qu’il reste de vos vieilles K7…

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  • Elric #4: la cité qui rêve (Blondel – Cano – Telo/Glénat) – 2021, 55p., premier cycle de 4/4 achevé

Pour l’avis sur les trois premiers tomes c’est ici.

Après les révélations du tome précédent sur le passé des Melnibonéens, Elric, plus décidé que jamais à détruire la civilisation qui l’a faite empereur et à émanciper sa belle de l’idéologie du chaos monte une expédition pour aller aux sources de son peuple, là où tout commence, là où Arioch corrompit les hommes… Le premier cycle qui se termine ici a mis huit ans à se réaliser, faisant rouler les dessinateurs de Recht à Telo, en solo sur cet opus, tout en parvenant à maintenir une relative homogénéité graphique sur les quatre volumes. Car comme tout gros projet tenu par un maître d’œuvre (je pense aux 5 terres) le travail de storyboard et de préparation graphique crée un liant important. J’avais un peu décroché sur les deux précédents tomes et je dois dire que j’ai apprécié le retour à Melniboné dont la démesure est un élément indéniable dans l’intérêt de cette adaptation par rapport à la ribambelle de BD de fantasy. La relation entre Elric, son épée et le dieu Arioch est particulièrement retorse et pathétique (littéralement) et crée un vrai intérêt bien que l’on reste toujours un peu sceptique devant cet empereur déchu d’un peuple ultra-violent devenu presque pacifique dans son adversité envers les dieux. En seulement cinquante pages l’histoire avance vite dans une construction dotée d’un prologue enchevêtré très originalement mis en scène par Blondel et Cano, où les morts seront bien sur nombreux, avant d’aborder une énième confrontation (sanglante) entre le dieu et l’albinos. Le thème du temps est abordé ici (sujet toujours passionnant) avant une attaque de l’île aux dragons un peu rapide bien que graphiquement flamboyante… Bref, on pourra principalement reprocher à cet album de ne faire que la taille d’un album normal au vu de la quantité de lieux et d’actions à entreprendre. On imagine qu’une pagination doublée aurait encore prolongé la production qui reste d’une très grande tenue en parvenant à vulgariser une œuvre classique dotée de sa personnalité propre.

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