BD·Littérature

La gazette du Chateau des étoiles

BD de Alex Alice
Rue de Sèvres (2014-2017), 3 volumes et 9 gazettes parus.

chateau-etoiles-gazette-1-page_0Rue de Sèvres est l’un des éditeurs les plus intéressants du moment, par le renouveau et la fraîcheur qu’il apporte sur le plan purement éditorial: fabrication, formats, distribution. Ainsi, alors que le marché de la BD se porte comme un charme entraînant la multiplication des occasions plus ou moins réglo des éditeurs pour augmenter les ventes (tirages de tête, coffrets, rééditions, souvent décalés permettant une vente multiple pour un même lecteur), Rue de Sèvres propose par exemple sur sa série star « Le château des étoiles » plusieurs formats en sortie simultanée. Aucune arnaque, le lecteur choisit celle qui lui convient le mieux, et choix il y a. Outre le tirage grand format et le tirage normal, un format gazette (imprimé sur du papier journal épais) qui va m’intéresser ici et qui n’a rien de révolutionnaire puisqu’il s’agit de la transposition de ce que font les américains ou les japonais avec de la prépublication en format économique  et périodique de séries BD. Pourtant quelle chance que de pouvoir profiter d’une BD grand luxe en très grand format (30X40 cm, excusez du peu!) pour 3€ soit environ 10€ l’album. Mon libraire me disait que ce tirage était surtout promotionnel et perdait plutôt de l’argent, mais permet à l’auteur, à l’éditeur et au lecteur de se faire plaisir, sans visée mercantile derrière. Et ça fait du bien.

le-chateau-des-ecc81toiles_gazetteJe ne détaillerais pas l’intrigue que vous pourrez trouver un peu partout (je chroniquerais sans doute les prochains numéros du volume II des « Chevaliers de mars » à paraître au printemps en format gazette) mais m’attacherais surtout au format et au contenu spécifique que l’on ne trouve pas en format relié.

D’abord sur chaque journal vous avez une magnifique illustration originale exclusive puisque l’éditeur a choisi de ne pas inclure de contenu additionnel dans les versions reliées. Le journal est également doté d’un titre de partie. Bref, l’on sent (ce que confirme Alex Alice sur le site de la série) que ce format a été particulièrement soigné et a une vie à part de la vie éditoriale classique de la série. Pour une fois ce n’est pas par le coût que l’on obtient le plus qualitatif. Le format des planches est celui des originaux (un peu réduit pour la version reliée grand format) mais c’est surtout les nombreux textes d’actualité et de contexte (articles de presse fictive, publicités) qui rendent cette édition unique et qui renforcent formidablement le contexte général (sorte de super-hors champ) de l’histoire. L’esprit du Château est celui du feuilleton d’aventure scientifique du XIX° siècle et les gazettes nous plongent pleinement dans cette ambiance, rendant pour moi ces textes indissociables de la lecture de l’album. Tantôt c’est le contexte historique qui est mis en avant, tantôt le style très particulier de la presse de l’époque, ou encore la réclame pour une invention improbable, le tout agrémenté de fausses gravures d’illustration. Enfin, last but lot least, la gazette se clôt par un teaser kitsch à souhait mais qui parfait ce beau paquet. Tout cela nous immerge dans ce XIX° siècle parallèle et c’est formidable!verso_217825Suite à ce succès, l’éditeur a plus récemment lancé des formats comics de la série SF Infinity8. Espérons qu’il multiplie ces initiatives (notamment en jeunesse, sur les Spectaculaires par exemple?) et fasse des émules.

Formats de la série:

  • Cycle I: Les chevaliers de l’Ether (2 volumes reliés et 2X3 volumes gazette)
  • Cycle II: Les chevaliers de Mars (1/2 volume relié et 3/6 volumes gazette parus).

Parution annuelle (printemps pour les gazettes, septembre pour les reliés moyen et grand format).

 

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Littérature

Littératures de l’imaginaire : le lecteur disséqué

Super intéressante étude de Babelio! Une fois n’est pas coutume, je reblog.

Le blog de Babelio

L’Imaginaire ayant pris le pouvoir en librairie pendant tout le mois d’octobre, c’est à ses lecteurs que nous nous sommes intéressés pour la douzième conférence de notre cycle destiné aux professionnels du livre qui vise à explorer les pratiques des lecteurs.

Fantastique, science-fiction, fantasy… Portées ces dernières années par de nombreux best-sellers et des adaptations à succès sur le grand et le petit écran, les littératures de l’imaginaire s’ouvrent à un public sans cesse plus large, tout en restant les grandes absentes des colonnes de la critique traditionnelle.

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Qui est le lecteur d’imaginaire ? Quelle place accorde-t-il au genre dans ses lectures ? Comment se forment ses choix, ses fidélités, ses découvertes ?

Pour tenter d’en savoir plus sur ces lecteurs qui sont tout sauf imaginaires, nous avons mené une enquête du 5 au 11 septembre 2017 auprès de 3 428 lecteurs présents sur internet. Nous avions d’ailleurs déjà mené une…

Voir l’article original 2 363 mots de plus

Littérature·Manga

City Hall

East and west

Manga de Guillaume Lapeyre et Rémi Guérin
Ankama (2012-2015) 7 volumes  et 2 arcs (série finie).

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City Hall est un manga européen, avec la qualité de fabrication attendue pour un manga; le sens de lecture est donc européen. Les couvertures des volumes sont attrayantes et les auteurs se sont éclaté sur la maquette, remplie d’engrenages et autres effets « Steampunk » qui immergent dans l’ambiance. Les chapitres sont entrecoupés de « character files » (description d’un personnage de l’histoire) issus du monde du jeu vidéo comme les japonais les adorent. Enfin, des phrases de lancement de l’épisode suivant sont insérées en dernière page afin de renforcer l’effet feuilleton. Le manga est découpé en deux cycles de 3 volumes puis 4 volumes reliés. Un boulot sérieux.

La grande force de cette série (qui n’a pas convaincue les premiers éditeurs contactés!) réside dans son idée principale, à savoir un monde où le papier a été banni car tout ce qui y est inscrit prends forme instantanément… La seconde idée est celle d’un univers steampunk où le niveau technologique proche du notre est basée sur la vapeur, la mécanique et la technique de la première révolution industrielle… et où les grands auteurs et personnages de la littérature fantastique et policière du XIX° siècle sont présents dans l’histoire. Cela fait longtemps que je n’avais lu une idée aussi forte, peut-être depuis la Ligue des Gentlemen extraordinaires d’Alan Moore à laquelle se réfèrent de façon évidente les auteurs. Ainsi les personnages principaux ne sont autres que Jules Verne, Arthur Conan Doyle, Marie Shelley ou encore Harry Houdini. C’est parfaitement assumé et les auteurs s’amusent à débarquer une nouvelle figure connue dans un jeu à la fois totalement libéré de toute contrainte et qui apporte une familiarité très efficace avec le lecteur.

Mais là où les idées fabuleuses d’un Alan Moore ont souvent buté sur le choix d’artistes aux qualités très discutables, le dessin de Guillaume Lapeyre est étonnant de précision et de souplesse. L’imagination et le bon goût graphiques immergent dans cet univers aux contrastes superbes. Le jeune auteur a une marge de progression dans certains plans fouillis et certaines anatomies, mais le tout est globalement très maîtrisé et surtout décomplexé. Le plaisir des deux auteurs transparaît à chaque planche, dans un style ado qui colle parfaitement au format manga et que les plus exigeants pardonneront. Sur le plan scénaristique, les mêmes défauts transparaissent, à savoir des sauts brutaux qui nuisent à la lecture et une difficulté à tenir la longueur de trois gros volumes même si l’intrigue dans son ensemble est de très bonne tenue.

Nous sommes donc en présence d’un manga plaisir qui remplit plutôt très bien son envie de départ. Une énergie communicative sort de ces centaines de pages. Et l’imagination du duo continuera puisque leur nouvelle série, Booksterz reste dans la même veine: un manga de baston mettant en confrontation les créatures et personnages des contes et classiques de la littérature…

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Fiche BDphile