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La trouvaille du vendredi #15

La trouvaille+joaquimAdama, le monde des souffles.
Film de Simon Rouby (2015), 1h22.

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Il y a trop peu de cinéma d’animation sur ce blog alors je profite d’un visionnage avec ma fille pour proposer une Trouvaille du vendredi avec un film que j’attendais de voir depuis sa sortie et qui, clairement, m’a bluffé sur tous les plans!

Présenté en compétition officielle au festival du film d’animation d’Annecy 2015, ce premier long métrage du studio réunionnais (et oui!) Pipangaï (qui a sorti l’an dernier l’adaptation de la BD Zombillenium) est une véritable perle, peut-être mon film d’animation français préféré et qui mérite toute votre attention et montrer que l’originalité, la créativité peuvent réellement concurrencer sur le long terme la puissance marketing et financière des grosses productions.

En 1916, dans une vallée isolée d’Afrique, le frère d’Adama doit passer son rituel initiatique qui le rendra adulte, mais au dernier moment un incident empêche ce « passage ». Hanté selon l’ancien du village, il va fuir cette société ancestrale étouffante pour s’engager dans l’armée engagée dans cette lointaine guerre mondiale. Adama va se lancer à sa poursuite en promettant de le ramener. Il s’engage dans une odyssée initiatique qui l’emmènera jusque dans les tranchées de Verdun, au son des souffles et des musiques des marabouts…

Résultat de recherche d'images pour "adama film"Si la tradition de l’animation française n’est plus à prouver, les bons succès critiques peinent souvent à trouver une rentabilité commerciale. Souvent la qualité technique bute sur des rythmes lents, parfois soporifiques et surtout sur un impensé: le fait de faire des films d’animation destinés aux jeunes. Or les grands films d’animation sont construits en direction de tous les publics. Et c’est bien selon moi la principale force d’Adama: le prisme de l’enfant est celui qui accrochera l’intérêt des jeunes spectateurs mais le scénario (comme un certain Tombeau des Lucioles) ne vise pas la jeunesse.

Image associéeCar les auteurs visent plutôt un esprit mythologique, une confrontation subtile entre un univers magique de l’Afrique traditionnelle et un monde moderne rationalisé. Cela coïncide avec un âge, la préadolescence, où l’univers enfantin naïf rencontre celui dur et réaliste, des adultes (le personnage de Maximin). Le propos avance naturellement, sans insistance, jusqu’à un épilogue incroyablement juste laissant le spectateur décider de son interprétation. A mesure que l’on s’enfonce dans le no-mans-land de Verdun, les séquences irréelles se multiplient, faisant s’interroger sur la réalité de ce que vit Adama. Mais les auteurs n’en oublient pas leur trame: celle d’une quête initiatique d’Adama et de son frère quittant un paradis perdu pour l’enfer. Les thèmes sont nombreux mais là encore laissant le spectateur choisir lesquels importent le plus (de l’enrôlement de force des tirailleurs, à la vie de débrouille et les bidonvilles dans le Paris de 1916 ou l’archaïsme des sociétés patriarcales africaines,…). En 1h20 la densité scénaristique est réellement impressionnante.

Résultat de recherche d'images pour "adama film"Sur le plan technique les auteurs ne sont pas allés dans la facilité: afin de donner un aspect matériel, de sculptures artisanales à leurs images, ils ont conçu des modèles en terre qu’ils ont modélisés par ordinateur, donnant un mélange étonnant entre de l’animation stop-motion, l’animation 2D classique (pour certains décors) et animation 3D. Ils ont en outre expérimenté certains effets très esthétiques en utilisant des ferro-fluides pour composer les explosions de Verdun. Un making of en plusieurs parties montre cette conception passionnante:

ADAMA MAKING OF OPUS 1 : SCULPTURES from Naia Productions on Vimeo.

 

ADAMA MAKING OF OPUS 2 : DECORS & FERROFLUIDES from Naia Productions on Vimeo.

Le rendu visuel est totalement unique et agrémenté de plans au sens esthétique indéniable. Cette mise en scène (qui laisse dubitatif sur le fait qu’il s’agisse d’un premier long métrage pour l’essentiel de l’équipe) est agrémentée d’une musique (fortement teintée de sonorités africaines) très agréable et parfaitement adaptée aux images et aux moments de l’histoire. Du rythme aux doublages, tout est parfaitement pensé dans ce film dont on cherche les défauts.

Permettant d’aborder deux sujets rarement liés et au traitement pas du tout superficiel (la guerre et la rencontre modernité/traditions), intéressant réellement tous les ages (je préconiserais à partir de 8 ans), Adama est une perle qui mérite vraiment une reconnaissance publique et que je vous invite très vivement à découvrir.

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La trouvaille du vendredi #14

La trouvaille+joaquimBD de Milo Manara
Casterman (1998), 56p. Séries Giuseppe Bergman #4.

couv_1215Milo Manara est considéré à juste titre comme l’un des plus grands gâchis de la BD. Artiste doté d’un talent sidérante il a le plus souvent fait le choix de la BD érotique très commerciale et très médiocre ou des délires Jodorowskiens pas toujours pertinents. « Malheureusement » un crayon est tenu par un cerveau avec ses passions et ses envies et parfois ça ne colle pas…

Pourtant la biblio de l’artiste italien contient aussi quelques perles, parmi lesquelles la série des Giuseppe Bergman, aventures loufoques (un peu sexy quand-même…) mais surtout très liées aux univers de ses amis Hugo Pratt et Fellini avec des visions étonnantes et très artistiques.

Image associéeL’avant dernier épisode de la série, « Revoir les étoiles » est assez unique tant sur le plan graphique que thématique. Il forme une sorte de Requiem à la mémoire de ses deux mentor et à l’art, comme l’indique la couverture reprenant la Vénus de Botticelli.

 

 

Mes vieux ne sont pas méchants, on joue simplement à quelque chose de beau.

Manara aime les femmes et trouve de nombreuses occasion de les dénuder. Mais si l’on ne peut nier la qualité du trait et l’esthétique du corps féminin très présente du reste chez un très grand nombre d’illustrateurs, l’album devient intéressant lorsqu’il parvient à allier justement l’esthétique et la thématique: l’histoire de l’art et les liens entre monde réel et mondes fantasmés.

Résultat de recherche d'images pour "manara revoir les etoiles"L’intrigue, débordant de références qu’il peut être amusant de repérer, suit une ingénue un peu folle, sorte d’Alice perdue dans le monde des hommes, un monde fait des pires pulsions de la société italienne et européenne du XX° siècle, parcourant des représentations de tableaux classiques de la peinture et permettant à Manara de les revisiter. Cela pourrait être artificiel s’il n’y avait une cohérence de cette approche à double hélice, entre le monde de la beauté et de l’art de la fille et le monde réel de Giuseppe Bergman qui tente de la sauver d’elle-même et des dangers du monde.

 

L’humanité ne semble être que cruauté, corruption, irrémédiablement dominée par le mal, incapable de tendre vers le bien…

Résultat de recherche d'images pour "manara revoir les etoiles"L’intrigue n’a pas grand sens, autre que de permettre des tableaux, des regards (beaucoup de regards comme ce face à face entre la jeunesse magnifique et ces vieillards dont on imagine mille pensées, dans une longue digression autour de la « Suzanne et les vieux » chez Veronese, Tintoret ou Doré). Il n’y a (presque) rien de vulgaire dans cet album dessiné en lavis superbes qui revisite un grand nombre d’œuvres majeures, du Déjeuner sur l’herbe à lile des morts de Böcklin. Seule la séquence de la reine Pasiphaé ne relève que des fantasmes de Manara et tombe un peu dans le gratuit.

Résultat de recherche d'images pour "manara revoir les etoiles"Prenant Giuseppe pour Lucignolo (personnage de Pinocchio) et se croyant au pays des jouets (toujours dans Pinocchio), la fille se retrouve confronté à la réalité policière et d’un mouvement fasciste « Amour et Argent » ainsi qu’à deux loubards qu’elle prends pour le chat et le renard du conte de Collodi. On est tout de même dans un album de Manara, qui profite du fait que les filles sont souvent nues dans la peinture classique pour se faire plaisir!

Les pérégrinations l’amènent à Cinecita où se tourne un film sur l’Enfer de Dante, ce qui permet une très dure vision du véritable enfer, celui de la ville, de la Cité, du monde, bien plus détestable que le monde imaginaire des arts. La fin est la plus poétique: décidée à ne vivre que dans l’imaginaire, la fille se rend sur l’ile des morts où elle rencontre Picasso, Groucho Marx, Hugo Pratt ou Luccino Visconti… Une sorte de petit prince tente de la ramener à la vie grâce à des graffiti colorés, de Disney à Corto. Et l’album se termine magnifiquement par une case blanche invitant le lecteur à terminer l’histoire, bien ou mal, à lui de choisir… Revoir les étoiles est une très belle ode à l’imaginaire et à la beauté par un grand artiste qui devrait produire plus souvent des œuvres personnelles.

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BD·Graphismes·La trouvaille du vendredi

La trouvaille du vendredi #13

La trouvaille+joaquimExposition Hugo Pratt au Musée des Confluences-Lyon

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Je l’attendais depuis qu’elle avait été annoncée au Musée des Confluences de Lyon, non que je sois un grand fan de Pratt, mais par-ce que je trouve formidable toutes les expérimentations de présentations croisées entre plusieurs univers culturels. Le Musée des arts ludiques est par exemple un très bon exemple de ce qu’on peut faire autour de l’imaginaire. Et puis ça me permet d’élargir le champ du blog, qui a toujours été conçu autour des imaginaires graphiques.

Le Musée des confluences fait partie de ces nouveaux musées protéiformes, comme le MUCEM de Marseilles, qui proposent sur une base ethnologique de présenter des thèmes actuels et ici avec Hugo Pratt, de croiser les voyages du personnage Corto Maltese avec des objets que l’on peut voir dans les albums. Ainsi la muséographie propose autant des planches originales encadrées que des impressions très grand format sur les murs mises en perspectives avec des objets des collections du musées et d’autres établissements. Je dirais qu’il y a deux expositions un peu juxtaposées: une première partie ethnologique et une seconde partie, très concentrée, portant plus sur l’auteur, personnage passionnant fusionnant totalement avec son personnage.

20180418_151148.jpgMalgré la qualité des dessins j’ai été un peu déçu par cette exposition que j’ai trouvé un peu feignante. Très peu d’explications sont données, que ce soit sur les objets ou sur les albums. Du coup l’amateur de BD comme celui qui cherche des découvertes sur les peuplades primitives seront sans doute un peu frustrés de trouver une juxtaposition d’éléments sans réelle mise en perspective. La partie la plus complète (mais concentrée à la fin du cheminement) est sans doute la double salle proposant des œuvres de jeunesse de Pratt avant Corto et un long documentaire d’au moins 40 minutes, très intéressant mais assez mal placé, juste avant la sortie. Il aurait été préférable de découper ce film en petites parties éparpillées dans l’exposition et d’alterner explications sur l’auteur, sur les albums et sur les voyages.

20180418_144215.jpgAlors les fans de Corto se verront immergés dans un univers agréable et emplis du trait du maître. Mais l’on peut vraiment regretter qu’aucun travail sonore, vidéo et même documentaire (sic) n’ait été entrepris pour cette exposition qui semble avoir été faite rapidement. Il n’est jamais facile d’imaginer une exposition autour de la BD, mais je trouve que si elle vaut le coup d’être vue, Hugo Pratt, lignes d’horizon est un peu une occasion manquée. Dommage.

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La trouvaille du vendredi #12

La trouvaille+joaquimLes cinq conteurs de Bagdad
BD de Fabien Vehlmann et Duchazeau
Dargaud (2006), 68p.

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Cet étonnant album est ressorti cette année chez Dargaud avec une nouvelle couverture, ce qui m’a permis (grâce à la bibliothèque) de découvrir une très belle histoire et un illustrateur à surveiller de très près car il est vraiment très très subtile…

Un jour le calife de Bagdad organisa un grand concours de contes. Au vainqueur plus de richesses qu’il n’en pourrait rêver, au plus mauvais l’exécution, car l’art noble ne peut être abaissé… Les meilleurs narrateurs du pays s’y inscrirent et parmi eux, cinq personnages qui les dépassaient tous: alors qu’une voyante leur prédit leur avenir ils seront amenés à un voyage au fond du monde afin de constituer le conte ultime…

Résultat de recherche d'images pour "les cinq conteurs de bagdad"Ce qui fait une bonne histoire ce sont des personnages. Ce qui fait une bonne histoire ce sont aussi des paysages. Ce qui fait une bonne histoire c’est de l’exotisme, de l’aventure et un soupçon de magie… Velhmann connaît ses gammes. Si son histoire des mille et une nuits revêt un côté un peu hermétique (comme souvent dans les contes!), elle suit une progression linéaire et surtout une construction très audacieuse en jouant avec le spectateur en intégrant le rite du récit oral dans la BD. Ainsi l’album s’ouvre et se termine (dans un sublime noir et blanc estompé) par un narrateur qui va ouvrir et refermer son histoire que l’on tient entre les mains (ce n’est pas artificiel, vous verrez, c’est comme dans les films Marvel, faut rester jusqu’au bout!). Puis, dans cette histoire entrecoupée et plusieurs récits (on aurait aimé une petite audace de mise en poupées russes…), moultes réflexions interviennent sur la notion de public, sur la raison d’être du conte ou encore sur la destinée. Les récits ne sont alors pas tous passionnants (j’avoue être resté stoïque devant la double page de l’arbre aux oiseaux) mais la richesse du quintet permet de compenser cela.

Résultat de recherche d'images pour "les cinq conteurs de bagdad"Dès la présentation (rapide) on se passionne pour ces cinq conteurs et pour les dialogues pleins d’intelligence et de mauvais esprit, en particulier l’excellent Anouar, vieil ermite anarchiste plus prompt à insulter son prochain qu’à émettre des tirades de sagesse. Car ce que recherche Velhmann au sein d’un cadre très formaté, c’est la surprise du lecteur. Dès les premières pages la voyante explique aux personnages et au lecteur les grandes lignes du voyage, déflorant le récit et  quelques mystères. Ce voyage initiatique doit se passer au-delà des apparences. Alors inévitablement la chute n’est que l’aboutissement logique de la trame et ne surprendra pas le lecteur, amenant une petite déception…

Pourtant cet album est doté d’un trait comme je n’en avais jamais vu (ou si, dans une variante, chez Edouard Cour sur Heraklès): d’un premier aspect gribouilli se cache sous la crysalide un dessin d’une finesse impressionnante. Résultat de recherche d'images pour "les cinq conteurs de bagdad"Je suis plutôt fasciné par les illustrateurs-encreurs comme Lauffray, Roger, ou Nicolas Siner, mais force est de reconnaître la capacité de ces très fines hachures à donner une texture, une vitesse et un dynamisme impressionnants au dessin. En une calligraphie aérienne Duchazeau nous dresse un paysage de l’Inde, de Grèce ou de montagnes. Une ombre crée une expression précise qui appuie l’humour très spécial de l’album. En ressort un album très élégant dont l’harmonie entre texte, dessin et couleurs force le respect.

Je vous invite donc à écouter ce conte en suivant ces personnages hauts en couleurs et sans vous soucier plus que cela du sens de l’histoire, sur le fil de la plume de Duchazeau. Une très belle découverte.

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La Trouvaille du vendredi #11

La trouvaille+joaquim

Rocher rouge,
BD d’Eric Borg et Michaël Sanlaville
Casterman (2009) collection KSTR, 117 p. Album ressorti en 2018.

Couverture de Rocher rouge - Tome 1

Une bande de jeunes, enfants de riches, vont passer trois jours sur une île déserte. Trois jours de farniente, d’aventure, de drague… Sauf qu’une légende raconte que ce Rocher rouge serait le territoire du terrible Maboukou croqueur de têtes…

La définition d’une série B c’est un thème éculé mais prenant, traité avec conviction… Rocher rouge est donc bien une série B, illustrée par un collègue de Bastien Vivès et dotée des mêmes qualités graphiques que ce dernier: avec un trait grossier, cartoonesque, simpliste, il parvient à créer un dessin paradoxalement très précis par son évocation du mouvement, du bruit et des regards. Derrière des atours de dessin rapide c’est très technique (notamment sur les anatomies). Les personnages sont ceux d’un film d’horreur classique: un couple pas si stable que cela, des lesbiennes, un puceau, un costaud… et des filles en bikini. Tout cela sur une plage de sable fin avec un monstre qui rode et un rationalisme forcené des héros. Le décors est planté.

Résultat de recherche d'images pour "rocher rouge sanlaville"Et lorsque les personnages et le thème sont familier, ce qui fait prendre la mayonnaise c’est le rythme. Ça tombe bien puisque cet album est édité par la collection KSTR de Casterman qui se présente comme la collection « du mouvement et des jeunes auteurs ». Cet album ne vise pas à l’esthétique mais bien (comme ceux de Vivès) le dynamisme, les effets comiques ou terrifiants. Les auteurs, comme dans un film, jouent donc très efficacement sur les cadrages et utilisent la déformation des corps comme des effets optiques ou pour produire un style dessin-animé, comme si la persistance rétinienne pouvait être remplacée par la mémoire graphique du lecteur. Et ça marche! Les pages s’enchaînent, rythmées par les dialogues et le mouvement. Les dessins et les scènes sont sexy juste ce qu’il faut, les personnages attachants pour certains, détestables pour d’autres et l’on attend avec impatience le premier mort et la confrontation avec le monstre. Résultat de recherche d'images pour "rocher rouge sanlaville"Du coup l’album se lit d’une traite sous des couleurs numériques éclatantes et provoque une petite frustration tant on est pris par les aventures violentes de cette bande. Le scénariste a sorti un second album avec un autre dessinateur, pour ceux qui voudront prolonger l’aventure.

Les auteurs parviennent à nous surprendre avec ce scénario pourtant attendu, d’abord par la frénésie des enchaînement des scènes, des dialogues (on passe d’un thème, d’une blague à une autre), mais surtout par une fin vraiment bien vue et totalement inattendue. On aimerait une prolongation, que l’on prenne plus de temps passé sur cette plage en compagnie de cette joyeuse bande, mais cela aurait sans doute été au détriment de ce dynamisme donc, et l’on fait confiance aux auteurs tant le résultant est enthousiasmant. Attention, comme tout film d’horreur c’est gore et brutal. Mais le dessin permet que cela ne soit très vivable pour peu que l’on ne craigne pas le genre.Résultat de recherche d'images pour "rocher rouge sanlaville"

Personnellement j’ai passé un excellent moment sur la plage du Rocher rouge et n’attend qu’une adaptation ciné qui pourrait donner un autre regard. J’ai bien envie de lire la suite mais cela dépendra beaucoup du dessin qui me semble moins efficace, et je vais prospecter les albums de Sanlaville qui m’a contre toute attente (comme Vivès) conquis.

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La Trouvaille du vendredi #10

 

La trouvaille+joaquim

Résultat de recherche d'images pour "alberto varanda"Aujourd’hui je vais vous parler d’un auteur (génie?) dont on ne parle pas assez je trouve, et pour cause, son rythme de publication (du fait de sa technique et de son exigence) est très lent: Alberto Varanda.

Étonnamment c’est un des auteurs que je connais depuis le plus longtemps puisqu’il avait illustré des jeux de rôle à l’époque où j’en faisais, notamment Bloodlust (écrit par le duo de scénaristes BD Ange) , fortement inspiré des romans de Robert E. Howard et de l’univers graphique de Frank Frazetta. Je ne connais pas sa première BD (remontant à 1994 quand même!) mais immédiatement on est frappé par sa maîtrise des contrastes, parfois proches du travail d’un Frank Miller (Sin City sort en 1994). Après une expérimentation en couleurs directes (technique qui Résultat de recherche d'images pour "alberto varanda"ne lui correspond pas a mon avis…), paraît le méconnu Bloodlines (scénarisé par Ange, comme tous ses albums BD jusqu’à Elixirs), excellente BD au croisement entre X-files (le FBI et la conspiration) et Akira (les pouvoirs des enfants) fixe son style de personnages, proches de l’école Vatine, ses encrages puissants et son gout pour l’architecture. A cette époque il publie assez régulièrement, mais la minutie de son style, très chronophage, va ensuite l’orienter vers l’illustration et la BD jeunesse. Ayant étudié l’architecture il livre des planches totalement ahurissantes, surtout à une époque où le numérique n’existe pas et ne permet pas de zoomer les dessins.

Résultat de recherche d'images pour "alberto varanda"

Le dessin de Varanda s’apprécie encré et sans couleurs, mais aussi par ses crayonnés où l’on peut voir les lignes de fuite et la technique de ses panoramas architecturaux où il cherche la difficulté, la précision, la minutie. De l’art gothique flamboyant en BD! Malheureusement il s’arrête le plus souvent sur le premier album des séries qu’il commence (Paradis perdu, Chronique des chevaliers dragons), dont les éditeurs ont le nez de publier chaque fois une version grand format NB.Résultat de recherche d'images pour "alberto varanda" La série Elixirs le ramène à de la BD plus classique (de l’héroïque-fantasy à la sauce Arleston) mais les trois albums parus s’étalent sur rien de moins que 8 ans, de quoi élimer la patience des lecteurs. La série reste pourtant très correcte et certaines planches, malgré la mise en couleur, nous laissent la mâchoire par terre.  Finalement Varanda doit être pris plus comme illustrateur que comme auteur de BD, ses albums étant un luxe permettant de s’immerger dans des dizaines de planches à la fois et qu’il vaut mieux prendre comme des one-shot. Travaillant depuis plusieurs années sur un mystérieux album, « la mort vivante » scénarisé par Olivier Vatine et dont les premières illustrations (qui peuvent rappeler les illustrateurs américains comme Gary Gianni) ont été publiées très récemment (pour une sortie en aout), cet artiste complet a expérimenté différentes techniques liées de près ou de loin à son album, comme la sculpture ou la peinture à l’huile. Pour moi Varanda est un artiste de la trempe d’un Travis Charest, générant énormément de frustration mais doué d’un gigantesque talent qui rendent leurs rares productions très précieuses.

 

Le site de l’artiste pour pleurer toutes les larmes de son corps…

Et quelques illustrations…
Résultat de recherche d'images pour "alberto varanda"Résultat de recherche d'images pour "alberto varanda"

Image associéehttps://is2-ssl.mzstatic.com/image/thumb/Purple/v4/fc/90/a8/fc90a848-ff9c-8b57-891a-d9418e1b6bdb/source/480x351bb.jpg

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La Trouvaille du vendredi #9

La trouvaille+joaquim
 Last exile/Skyland

La thématique aérienne tombée par hasard sur cette semaine (lundi et mercredi) me donne envie de vous parler de deux Anime, l’un français et l’autre japonais. Deux perles de l’animation qui ont quelques années maintenant et qui ont l’immense mérite de plaire autant aux jeunes qu’aux adultes tant la qualité des scénarios, d’écritures mais bien évidemment aussi le graphisme sont parmi les plus élevés que j’ai vus dans une série d’animation.

 

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Last Exile date de 2003 et est issu du prolifique studio Gonzo, spécialisé dans l’introduction d’animation 3D dans des dessins animés (technique aujourd’hui répandue grâce au « cell shading », technique qui permet d’appliquer des textures de dessin animé sur des formes 3D: on gagne en fluidité, souvent sur des objets mécaniques ou des décors, tout en gardant une cohérence graphique du dessin animé). Une suite (« Silver wings« ) a vu le jour en 2011 et hausse la qualité encore plus haut grâce à une évolution technique logique (dix ans d’écart) mais surtout par un univers et un scénario bien plus travaillés.

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Le pitch est simple: dans un monde où les nations sont en guerre au travers de combats aériens chevaleresques dont tout le monde a oublié l’origine, un  jeune pilote de « vanship » (sortes de motos aériennes) et sa sœur partent à la recherche de l’Exile, mythique navire perdu qui pourrait mettre fin à tous les conflits…

Doté d’une direction artistique et d’une fluidité d’animation très au-dessus de la moyenne des anime de l’époque (et même d’aujourd’hui…), Last Exile parle aux enfants au travers du destin de ces deux orphelins et plus encore dans la seconde saison avec la famille de pirates qui tourne autour de l’héroïne et du thème de l’amitié, central dans Last Exile – Silver wings. Mais personnellement, outre le design général rétro-futuriste très appétant, c’est la dimension politique qui m’a fasciné, un peu sur la première mais Tags: Anime, Gonzo (Studio), Last Exile, Delphine Eraclea, Alex Rowe, Official Artsurtout sur la seconde saison: relativement décrochée chronologiquement de la première, elle suit les aventures d’une éternelle optimiste espiègle, Fan, super crack du pilotage et son amie d’enfance Gisé, prises avec son clan de pirates du ciel, dans une guerre de domination entre deux nations.

La réflexion (qui reprend certaines théories impérialistes napoléoniennes ou nazies de la pacification du monde par la conquête) est très intéressante et les enjeux de fidélité, de ce qui est bien et mal, des moyens pour parvenir à des buts politiques, sont passionnants et vraiment subtiles. Le méchant convainc autant par sa puissance que par ses paroles et personne n’est en mesure de contester ses objectifs finaux de paix universelle… L’esthétique générale est d’une innovation et d’une délicatesse folle (les textes sont écrits dans un alphabet empruntant au grec ancien) et les épisodes font tous référence à des coups d’échec. Ce sont des détails mais qui illustrent l’ambition de cohérence des auteurs.Résultat de recherche d'images pour "gonzo last exile"

Le côté fantastique est plus présent dans la première saison avec la Guilde, sortes d’elfes aux capacités physiques et technologiques beaucoup plus importantes que les humains et qui régit les affrontements comme arbitre des guerres. Beaucoup de choses sont laissées dans une semi-explication dans Last Exile, mais la qualité des personnages, l’originalité totale de l’univers en font une série à voir véritablement, si possible avec vos enfants, à partir de 8 ans (attention, un épisode un peu sanglant sur la fin de la première saison).

 

 

Skyland est due à un studio d’animation éphémère qui a produit cette série et le très bon film Renaissance avant de fermer boutique.

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La série créée par Emmanuel Gorinstein, emprunte énormément à l’univers Star Wars et à la thématique d’Akira (les enfants mutants) mais parvient à créer un univers graphique innovant grâce à cette terre éclatée en milliers de « blocs » permettant de détailler une multitude d’ambiances et thématiques.

 

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Mahad et Léna sont deux adolescents rebelles qui rejoignent un équipage de pirates-rebelles qui contestent l’autorité dictatoriale de la Sphère sur le Skyland. Léna est dotée de pouvoirs mentaux puissants et Mahad est un pilote hors paire. Ils vont partir à la recherche de leur mère emprisonnée dans la forteresse de Karzem et combattre le redoutable Ocelot…

La particularité de cette série (comme beaucoup d’animation TV de nos jours) est d’être intégralement en 3D avec capture de mouvement. Le studio à l’origine était spécialisé dans le jeu vidéo et a utilisé ses technologies pour créer des histoires. Ainsi le « cell shading » est encore plus appuyé que sur Skyland. Le principal défaut est sur les visages, non « capturés »… Si l’animation des personnages est excellente, les expressions sont ainsi un peu figées et on perd la liberté que propose l’animation traditionnelle comme sur Last Exile. En revanche le moteur 3D utilisé permet une gestion des ombres très esthétique. Avec des moyens limités d’une production TV on arrive à une fluidité et un dynamisme que seule permet l’animation par ordinateur.

Image associéeC’est bien l’univers créé qui fait la force de cette série française. La qualité des décors et la transposition d’une culture et d’un imaginaire français (le navire des pirates du ciel s’appelle Saint-Nazaire et l’un des épisodes voit les héros dans un Paris détruit par exemple) montrent que l’on sait proposer des créations universelles non américanisées ou japonisées. La référence appuyée aux Jedi et à Star Wars pourra en lasser certains mais c’est tellement assumé que l’on pourra plutôt parler de réinterprétation. Surtout, le design général des personnages, vaisseaux et surtout les décors, sont vraiment de très bon gout. Quand on prend de bonnes références on ne peut que produire du bon! Et si l’on compare justement cette série aux séries Star Wars animées en 3D, on est ici franchement au dessus sur tout les plans.

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Ces des séries ayant passé la furie de l’actualité, on peut les trouver dans de très beaux et complets coffrets collector pour vraiment pas cher (environ 16€ pour chaque coffret). Une bonne occasion de se faire plaisir en découvrant des séries de très grande qualité.

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