BD·Rétro

Les BD d’Halloween (2020)

Brrr c’est le retour d’Halloween! Avec Dahaka on vous a dégotté quelques (bons) albums chroniqués cette année et qui traitent de ces vilains morts qu’on adore voir revenir. Il y en a pour tous les goûts, entre le Romero-like mexicain très encré (Muertos), la variation super-héroïque en mode mort-vivant (Dceased) ou la Tour infernale chez les vampires (Vampire state building). Côté manga, Egregor surf sur la vague Game of Thrones avec son lot d’invasion mort-vivante. Les jeunes ont aussi de quoi se mettre sous la dent avec La sorcière secrète et Malcolm Max, le détective de l’étrange. Vous constatez qu’on a beaucoup d’albums américains dans cette sélection (pas étonnant me direz-vous…).

Enfin on en profite pour signaler la sortie à point nommée de l’intégrale de The Goon, la série qui a lancé le talentueux Eric Powell chez Delcourt.

  couv_381406

couv_384552 couv_358382 MALCOLM MAX 01 C1C4.indd le garçon sorcière T2 - C1

 

***·Actualité·BD·Nouveau !·Service Presse

Naissance du Tigre

La BD!

Histoire indépendante en 120 pages, écrite par Feldrik Rivat et dessinée par Jean-Baptiste Hostache. Parution le 09/09/2020 aux Humanoïdes Associés.

bsic journalism

Merci aux Humanos pour leur confiance.

Grand Theft Me

En cette année 1889; Sélène Fouquart est l’une des médiums les plus réputées de Paris. Pour peu que vous croyiez au spiritisme, vous pouvez aller la consulter pour entrer en communication avec un défunt. Un jour cependant, ce n’est pas n’importe quel mort qui se manifeste: Victor Coqueret, surnommé l’Étrangleur, guillotiné pour ses crimes odieux.

Désespérée, Sélène va demander de l’aide à l’homme qui arrêta son terrible mari: le lieutenant Eudes Lacassagne, la fine fleur de la Sureté de Paris. Cet homme taciturne, à la fois respecté et redouté par ses pairs, ne croit pas aux fantômes. Et pourtant, des faits troublants vont peu à peu donner raison à la veuve voyante. Un esprit frappeur rôde-t-il réellement dans les rues de Paris ?

Paris et ses poltergeists

Lacassagne, secondé par les bras cassés de la police parisienne, va débuter cette enquête singulière avec comme qui dirait, un sourcil levé. Mais le limier torturé va vite comprendre le sérieux de la menace lorsque de nouvelles victimes sont découvertes, des personnes ayant toutes un lien avec l’Étrangleur.

L’inspecteur ne néglige alors aucune piste et considère tous les acteurs de cette affaire comme de potentiels suspects. Mais que fera-t-il lorsque les indices pointeront même vers lui ?

Bienvenue dans ce récit tiré de l’univers de la 25e heure, univers précédemment développé sous forme romanesque par Feldrik Rivat. L’album réussit très bien le mélange entre un Paris fantasmé en steampunk et une intrigue paranormale dans la lignée du Témoin du Mal. L’auteur joue la carte d’un protagoniste badass qui oscillerait entre un Sherlock Holmes et une Adèle Blanc Sec, ce qui fonctionne assez bien dans ce type de récit.

On peut donc dire que les auteurs savent poser un décor et une ambiance, notamment grâce aux dessins de Jean-Baptiste Hostache, que l’on pourrait ici comparer à un jeune Mike Mignola.

La Naissance du Tigre semble servir de prélude à un univers riche et intriguant, une bien bonne lecture !

***·BD·Nouveau !·Numérique

Sirènes & Vikings #1: Le Fléau des Abysses

La BD!

Premier album de 52 pages, d’une tétralogie, écrit par Françoise Ruscak et dessiné par Philippe Briones, sur une idée originale de Gihef et d’Isabelle Bauthian. Parution le 09/09/20 chez Humanoïdes Associés.

bsic journalism

Merci aux Humanos pour leur confiance.

Touché-Coulé

Outre leur culture guerrière, leur férocité et leurs dieux à marteaux, les Norrois furent connus pour leurs talents de navigateurs, et dont certains indices historiques laissent penser qu’ils auraient pu découvrir les Amériques bien avant un certain C. Colomb.

Et si ces remarquables marins conquérants avaient eu maille à partir avec des habitantes des mers, les mythiques Sirènes ? C’est le point de départ de cette anthologie qu’est Sirènes & Vikings, prévue en quatre tomes.

Après une escarmouche en mer qui coûta une fois de plus la vie à une sirène, Arnhild, princesse du royaume sous-marin, décide contre l’avis de sa reine de réveiller de Jormungand, terrible dragon des mers, créature invincible capable de déchiqueter les vaisseaux vikings.

Ingvald, le fils du Jarl, s’illustre davantage par son esprit affûté que par sa force brute. Conscient du danger que représentent les sirènes et leur monstre, il imagine un plan destiné à s’emparer de la conque magique permettant d’asservir le Jormungand. Le conflit entre norrois et sirènes pourra-t-il se résoudre sans conduire à l’extermination des deux parties ?

Roméo et Ariel

Il est indéniable que Sirène & Vikings bénéficie d’un pitch simple et accrocheur: un peuple de navigateurs affronte un peuple marin mythique. L’auteure s’appuie sur différents éléments de mythologie pour ériger un univers qui demeure cohérent tout en étant fantastique, à grands renforts de dragons des mers et de trolls.

Cependant, l’on voit assez rapidement que la guerre entre les deux clans sert en fait de simple cadre à quelque chose de plus grand: l’amour. Amours rendues impossibles par la haine aveugle que se vouent les Vikings et les Amazones des mers, mais qui auraient pu ironiquement les rapprocher.

Comme dans toute querelle intergénérationnelle, la haine finit par se suffire à elle-même, et les belligérants se font la guerre sans se connaître, en se basant simplement sur des préconçus voulant que l’autre camp est maléfique. Cette perpétuation du cycle de violence est bien sûr exacerbée par des quiproquos amoureux, des rivalités politiques, et bien entendu, par des complots visant le trône.

Il est plaisant de constater que la série s’offre un équilibre très bien trouvé entre la romance et le conflit, les deux étant interdépendants et indispensable à la bonne conduite de l’intrigue. L’autre point appréciable et la fongibilité des stéréotypes de genre, qui offre encore ici une nouvelle piste de réflexion.

Les dessins de Briones, déjà connu pour la version Rebirth d’Aquaman, font ici des merveilles, grâce à des décors sous-marins magnifiques et des personnages bien campés au travers d’un trait propre et assuré. Toutefois, l’on peut se demander si le reste de l’anthologie n’en viendra pas à se répéter, l’essentiel des enjeux étant exploré dans ce premier tome. Faisons confiance aux auteurs qui se succéderont pour ouvrir d’autres pistes !

****·BD·Nouveau !·Service Presse

300 Grammes

La BD!

Histoire complète en 144 pages noir et blanc, écrite par Damien Marie et dessinée par Karl T. Parution le 25/09/2020 aux éditions Kamiti. Album préfinancé su la plateforme de crowdfungind Ulule avec un bilan de 439% du financement initial.

bsic journalism

Merci aux éditions Kamiti pour leur confiance.

Pirates et Danaïdes

Agnès arpente les rues malfamées d’Amsterdam depuis plus longtemps qu’elle ne saurait se souvenir. Survivant parmi les petites gens et les orphelins, elle va de petites combines en gros trafics, noyant ses turpitudes dans l’Épicine.

L’Épicine est une drogue très puissante, connue de quelques rares initiés à Amsterdam. Hautement addictive, elle fait voyager ses utilisateurs dans des paradis artificiels qu’il n’aspire ensuite qu’à retrouver. Agnès ne fait pas exception et trempe dans toutes sortes de transactions louches afin de pouvoir soutenir sa consommation.

Cependant, la jeune femme intrépide, aux abois, va conclure un marché de dupe pour 300 grammes, et se retrouvera poursuivi par une troupe de bandits prêts à lui faire la peau. Jusqu’où ira Agnès pour sauver sa peau ? Continuera-t-elle à fuir son passé alors que son avenir est des plus sombre ?

Triangle des Bermudes

Tandis qu’Agnès se débat avec ses propres problèmes, se joue autre chose, une quête menée par d’autres initiés et dont la jeune femme pourrait représenter la clé.

Avec 300 Grammes, les auteurs nous offrent un voyage physique, mais aussi temporel et spirituel. En effet, le récit, qui nous emmène aux Caraïbes après nous avoir fait explorer Amsterdam, entremêle les temporalités, comme pour refléter la perdition dans laquelle s’enfonce l’héroïne. Ses errances sont donc aussi celles du lecteur, qui doit maintenir son attention pour reconstituer l’odyssée d’Agnès.

Violence, cruauté, il s’agit bel et bien d’un monde de pirates, toutefois Damien Marie superpose à cet univers de forbans une dimension ésotérique très intéressante, mystérieuse et bien amenée. A cela s’ajoute une intrigue épistolaire parallèle, racontant la quête du descendant d’un des personnages de l’intrigue principale, fort bien écrite et complétant parfaitement le tableau.

Pour sublimer cette épopée mythologique, le dessin de Karl T utilise un trait impeccable taillé pour le noir et blanc. L’artiste nous bluffe par la qualité de ses plans et de ses personnages, surprend par ses décors et met la cerise sur le gâteau grâce son encrage.

300 Grammes est une excellente découverte, qui nous démontre qu’un ouvrage de qualité peut être porté par un éditeur capable de sortir des sentiers battus !

***·BD·Nouveau !·Service Presse

Ellis Island #1: Bienvenue en Amérique !

La BD!

Premier tome de 56 pages, d’un diptyque écrit par Philipe Charlot et dessiné par Miras. Parution le 30/09/2020 aux éditions Grand Angle.

bsic journalism

Merci aux éditions Grand Angle pour leur confiance.

Terre d’écueils

En 1907, Tonio est un jeune idéaliste, débarqué en Amérique grâce au soutien des habitants de son village sicilien. Étant enfant, son infirmité lui a évité les travaux manuels et lui a permis de rester étudier à l’école, lui donnant ainsi accès à de meilleures fonctions. De plus, il a appris l’anglais auprès de Nadia, belle jeune femme qui a aussi ravi son cœur.

Comme tous les immigrants de cette époque, il doit transiter, avec son compagnon de traversée Giuseppe, par Ellis Island, là où il sera fixé sur la durée de son séjour américain. Toutefois, les choses ne se passeront pas tout à fait comme prévu pour le jeune immigrant. Alors que son entrée a été validée par les services fédéraux de l’immigration, il intervient pour sauver la mise à Giuseppe, auprès d’un agent qui remarque sa claudication, critère qui justifie d’ordinaire le rejet d’un candidat…

Giuseppe et Tonio se retrouvent donc déboutés, attendant leur réembarquement vers la Sicile. Mais la chance ne sourit pas forcément qu’aux audacieux, sinon, l’Amérique n’existerait pas. Vito, un avocat peu scrupuleux car/et sicilien, a repéré le potentiel de Tonio, grâce à sa maîtrise de l’anglais, peu commune chez les immigrants. Aussi lui propose-t-il de travailler pour lui sur l’île, le temps que son propre dossier soit réglé.

Soucieux de ne pas décevoir tous ceux qui ont placé leurs espoirs en lui, Tonio se voit contraint d’accepter la proposition. Durant de longues semaines, il sert donc de rabatteur à Vito, qui s’adonne allègrement à un trafic d’influence auprès des immigrants, voire, à de l’extorsion pure et simple. Jusqu’où ira Tonio pour réaliser son rêve américain ? Ressortira-t-il américain d’Ellis Island ?

Rêve Amer(icain)

Depuis ses fondations mythifiées, l’Amérique fascine le Vieux Monde. Alors que le reste du monde s’engouffrait dans le marasme, les États-Unis prospéraient, forts d’un dynamisme propre à la jeunesse, tant et si bien que des millions de personnes, Ulysse des temps modernes, ont tenté leur propre Odyssée vers cette terre pleine de promesse.

Ellis Island tome 1 - BDfugue.com

Tonio ne fait ici pas exception. Son fardeau à lui est d’ailleurs plus lourd à porter, puisque de nombreuses personnes se sont sacrifiées pour l’envoyer là-bas, y faire fortune et en faire profiter le village en retour. Le jeune sicilien se sent donc responsable, avec le succès pour seule option.

De la même manière qu’un Dennis Nash, héros du film 99 Homes, Tonio l’ingénu va devoir se compromettre pour préserver son rêve d’une vie meilleure. Comme lui, il est victime d’un système qu’il va par la suite contribuer à imposer à des gens comme lui. La victime, devenue bourreau, l’arnaqué devant arnaqueur.

L’histoire de Philippe Charlot porte en elle toute la symbolique d’Ellis Island, comme lieu de passage obligé, sorte de purgatoire avant le paradis promis par la grande dame de bronze. On y voit la joie, l’opportunité d’une vie nouvelle, mais également la désillusion, le désespoir, les rêves brisés et les compromis que l’on est prêts à faire pour les maintenir en l’état. Le second tome nous donnera-t-il à voir un Tonio inévitablement corrompu par son séjour sur l’île ?

Réponse sous peu, avec toujours les superbes dessins de Miras !

**·Comics

Le Batman qui rit #2: Les infectés

Second volume consacré au personnage crée par Scott Snyder et Greg Capullo. Cet album de 289 pages comprend les épisodes suivants : Batman/Superman #1-5, Black Adam: Year of The Villain #1, The Infected: King Shazam, The Infected: Scarab et The Infected: Deathbringer. Parution le 12/06/20 chez Urban Comics.

Rira bien qui rira le dernier

Récemment, lors de la saga Dark Nights: Metal, Batman a du affronter des versions alternatives de lui-même, représentant tout ce qu’il craignait de devenir: un assassin sans remords, un exécuteur sans pitié, et pour l’un d’entre eux au moins, un irrécupérable psychopathe.

Parmi ces reflets déformés issus du Multivers, on a fait la connaissance du Batman qui rit, sorte d’amalgame impie du Chevalier Noir et de son ennemi le Joker. Retors, pervers et sadique comme a pu l’être le Clown Prince du Crime, redoutablement intelligent, prévoyant et manipulateur comme sait l’être le protecteur de Gotham, le Batman qui rit est l’un des êtres les plus dangereux qui soient.

Ayant survécu à ses dernières péripéties, le Bat-sadique n’a pas regagné sa dimension d’origine. Il s’est terré en préparant la phase suivante de son plan: infecter notre monde avec sa toxine du Joker pour le modeler à son image. Il va ainsi mettre ses machinations en branle et infecter six premiers héros, afin de se servir de ces nouveaux messagers pour répandre l’infection.

Qu’il est agréable de mou-rire !

Batman et Superman, la crème de la crème, auront donc fort à faire contre ce Batman qui rit. Aussi intelligent qu’imprévisible, il va donner du fil à retordre au Meilleur Détective du monde, car ce dernier est trop peu habitué à être confronté à un adversaire de son niveau sur le plan intellectuel. On va donc assister à un jeu du chat et de la (chauve)souris entre les deux Bruce Wayne, ponctué de combats contre ces nouveaux infectés.

Si le récit en lui-même n’est pas déplaisant, il faut en revanche admettre que les interludes, eux, ne représentent pas un intérêt primordial, et sont donc de l’ordre du superflu. Ces interludes vont même jusqu’à casser le rythme de la saga, qui n’est en elle-même pas tout à fait palpitante.

Le personnage du Batman qui rit, intéressant, voire fascinant lors de ses premières apparitions, perd un peu de sa superbe étant donné qu’on en a déjà fait le tour auparavant. Il se banalise donc ici en méchant sadique du type « mouahaha« , même s’il faut lui accorder le mérite de nous démontrer que Batman se révèle finalement être un Joker bien plus dangereux que l’original.

La fin de la saga prend un rythme bien plus soutenu mais déroule l’intrigue bien trop facilement. En bref, le Batman qui rit, personnage emblématique de la saga Metal, s’offre le luxe de la redondance mais ne parvient pas à convaincre complètement. A réserver aux fans de Batman et aux lecteurs des précédents tomes.

***·Comics·Nouveau !

Daredevil #1: Connaître la peur

Premier tome de 120 pages de la nouvelle série Daredevil, scénarisée par Chip Zdarsky et dessinée par Marco Checchetto. Ce volume contient les cinq premiers numéros de la série publiée outre-Atlantique chez Marvel, parution en France le 24/06/2020 chez Panini Comics.

Retour difficile

Depuis bien des années maintenant, le justicier Daredevil arpente les rues de Hell’s Kitchen, en quête d’une justice brutale et dispensée de façon expéditive. Sous le masque de l’Homme Sans Peur, se cache pourtant l’avocat non-voyant Matt Murdock, un homme pieu et idéaliste, qui a néanmoins pris le parti de défendre les victimes le jour pour mieux punir ensuite les coupables à la faveur de la nuit, utilisant ses sens surdéveloppés et son entrainement au combat.

Durant sa longue croisade contre le crime, Daredevil a vu sa vie et celles de ses proches remises en question à de multiples reprises. Les pertes ont été lourdes, handicapantes, mais Matt ne s’est que rarement laissé paralyser par le deuil et à continué à œuvrer en marge du système, dans ce qu’il croyait être l’intérêt de tous.

Malheureusement, malgré une volonté à toute épreuve, l’inexorable finit par se produire. Après une énième blessure, celle-ci plus grave que les autres, Matt a du raccrocher les gants, pour se laisser le temps de guérir. Une fois remis sur pied, l’avocat justicier n’a plus qu’une idée en tête: reprendre son combat, pour se prouver qu’il peut encore le faire, qu’il est encore à la hauteur de son sacerdoce.

Le Diable de Hell’s Kitchen sera toutefois rapidement rattrapé par la réalité, et par l’éventualité qu’il n’a peut-être plus ce qu’il faut pour un nouveau round.

Lâcher la rampe

Depuis qu’il est passé sous le rouleau-compresseur de Frank Miller, Daredevil est un personnage marqué par les épreuves. Tous les auteurs qui se sont succédés depuis Miller, notamment Brian Michael Bendis et Mark Waid, ont imposé à l’avocat justicier leur lot de tragédies, de deuil et de descente aux enfers.

Une chose est sûre, c’est que même si la vie lui en fait baver, Matt Murdock finit toujours par se relever. Machinations du Caïd, meurtre de sa (ses) bien-aimée(s), possession démoniaque, rien, jusqu’ici, n’avait fait flancher Tête-à-cornes suffisamment pour lui faire abandonner sa croisade.

Et si, à force, Murdock se lançait dans le combat de trop, comme son père, Battlin’ Jack Murdock, avant lui ? Et s’il y avait des limites à ce qu’un homme peut, et doit, endurer ? C’est sur ce chemin que nous emmène Chip Zdarsky, en nous montrant un héros déterminé mais convalescent, victime du décalage entre ce que son cœur lui impose de faire et ce que son corps lui permet. Le scénariste va même un peu plus loin, puisqu’il confronte le héros à sa plus grande peur, celle de devenir un meurtrier, lui qui navigue toujours à la lisière, qui pousse la violence toujours plus loin pour garder l’avantage.

Ces thématiques fort intéressantes font écho à la série Netflix, notamment à la saison 3 durant laquelle Matt n’est plus au faîte de son habileté suite à de graves blessures. A l’instar du Netflixverse, le comics se paye des guest-stars en la personne du Punisher, reflet déformé de notre héros, Luke Cage, Iron Fist et Jessica Jones, ses compagnons d’armes qui l’ont toujours épaulé, mais qui cette fois vont se donner pour mission de le raisonner.

La partie graphique assurée par Checchetto est impeccable. L’artiste avait déjà officié sur le personnage et montre qu’il n’a rien perdu de sa maîtrise, que ce soit en terme de poses, scènes d’action ou cadrages.

Un nouveau départ qui sonne pourtant comme une fin, à lire pour les amoureux du personnage !

***·BD·Nouveau !·Numérique

D.O.W. #1: Les ailes du Loup

La BD!

Premier tome de 64 pages d’une série écrite par Thilde Barboni et dessinée par Gabor. Parution le 11/09/2020 aux éditions Dupuis.

Art et Révolution

badge numerique

A Nice, la ville ensoleillée, sévit un street-artist nommé D.O.W., qui, par ses œuvres engagées, dénonce des crimes et aide ainsi la police à lutter contre les trafics et le travail forcé des migrants clandestins.

Grapheur justicier la nuit, Aliocha Marni est tatoueur le jour. Prisé par les stars et autres personnalités influentes, il monnaie son coup d’aiguille chèrement, parfois à des gens peu recommandables. Mais si Aliocha se tisse des accointances louches, c’est parce qu’au-delà de sa soif de justice, il a des comptes à régler, et une vengeance personnelle à accomplir.

Graph et Haute-Voltige

Comme vous l’aurez constaté, le pitch de D.O.W. peut paraître frugal à première vue. Cependant, l’auteure nous plonge immédiatement dans l’action en faisant du grapheur-vengeur une figure locale connue, et appréciée. Son alter-égo, Aliocha, est lui aussi promptement introduit, ce qui évite les temps morts et une exposition trop longue. En moins d’un tiers de l’album, tous les protagonistes sont en place et les enjeux clairement établis, ce qui n’empêche pas des rebondissements distillés en seconde partie.

Comme dans toutes les revenge stories, il y a un certain manichéisme, et pour l’instant en tous cas, Aliocha n’a pas encore eu à compromettre sa moralité afin de se rapprocher de son objectif. Le personnage secondaire de Sacha, bien qu’utile à l’intrigue, m’a semblée légèrement superficielle, mais ce tort fut vite réparé au fil de l’album.

Le dessin de Gabor apporte une touche de fraicheur et de dynamisme à l’ensemble. Certaines planches oscillent entre du Todd Nauck et du Enrico Marini, et font plaisir à voir.

Une série qui démarre sur les chapeaux de roue, et dont on a hâte de connaître la suite !

***·BD·Nouveau !·Service Presse

Horseback 1861

La BD!

Album de 142 pages, écrit par Hasteda et dessiné par Nikho. Série en cours. Parution le 11/09/2020 au sein du Label 619 des éditions Ankama.

bsic journalism

Merci aux éditions Ankama pour leur confiance.

Danse avec les Rouges

A première vue, Redford Randall pourrait être votre cowboy typique: cliquetis des santiags dans la poussière du désert, moustache badass et dégaine rugueuse de ceux ayant vécu la conquête de l’Ouest. Cependant, Randall n’a pas vécu dans le même monde que nous. Son Amérique a lui n’est pas parvenue à exterminer les amérindiens, qui se sont soulevés en masse contre les colons et ont fini par former la Nation Indienne, occupant ainsi farouchement une partie du territoire Nord-américain.

Les états américains, trop occupés par cette menace pour s’écharper au cours d’une Guerre de Sécession, ont formé les États Unifiés d’Amérique, avec à sa tête un Président Clarks bien déterminé à mettre à bas la Nation Indienne.

L’album débute donc assez rapidement sur ces bases uchroniques. Randall, épuisé et marqué par l’horreur des guerres indiennes, décide de prendre enfin sa retraite et de se retirer des combats et de la chasse à la prime. Souhaitant rester auprès de sa fille Jackie, Randall crée son entreprise de convoyage, s’imaginant sillonner paisiblement le Michigan pour livrer des marchandises diverses.

Sa première livraison, commanditée par le Département de l’Agriculture, consistera en quelques caisses d’un engrais spécial, destiné aux propriétaires terriens de Californie dont les terres ont été mises à rude épreuves par les dernières saisons. Qu’à cela ne tienne, Randall mobilise sa flamboyante équipe de bras cassés pour cette livraison, mais la Randall Delivery risque de regretter d’avoir accepté cette mission…

Du sang et de l’engrais

Horseback 1861 a pour lui l’habileté avec laquelle l’auteur Hasteda manie l’uchronie, le genre fictionnel consistant à construire un univers en partant sur une modification chronologique et en tirant les conséquences logiques. Ici, c’est l’assassinat d’Abraham Lincoln, qui a lieu des années plus tôt que dans notre réalité, ce qui évite la fameuse Civil War américaine.

Le reste se construit sur le modèle du road trip, avec les péripéties que l’on peut s’attendre à trouver dans un western de ce genre. L’auteur ne boude pas son plaisir, et insère çà et là des références à d’autres œuvres western, parfois transmédia (Red Dead Redemption, par exemple), le tout mis en exergue par une violence graphique assez brute mais loin d’être outrancière.

Le casting est varié et de bonne composition, toutefois, si les héros ne s’en sortent pas trop mal en termes de caractérisation et de développement, les antagonistes, eux, souffrent d’une écriture bancale et peut-être un peu grossière. Certains sont difficilement distinguables de par leur design, d’autres sont d’un manichéisme exacerbé, d’autres encore jouent la carte complotiste sans vraiment convaincre.

Les séquences d’action manquent parfois de clarté, car elles demandent un effort supplémentaire pour distinguer tel ou tel protagoniste, même si l’ensemble du casting a droit à ses moments de bravoure. Il n’en demeure pas moins que l’ensemble manque de fluidité, rendant la lecture parfois laborieuse.

En résumé, Horseback 1861 offre un univers intéressant mêlant western et uchronie, toutefois son exécution contient quelques faiblesses pouvant entraver le plaisir de lecture.

**·BD·Nouveau !·Rapidos

Les dominants #2: les dieux stellaires

La BD!
BD de Sylvain Runberg et Marcial Toledano
Glénat (2020), 58p. + cahier graphique de 6p., couleur, 2 volumes parus, série en cours.

couv_401009

In aliens we trust

Dans un futur proche, l’Humanité a été ravagée par un virus répertorié sous le nom de Grande Souche. Les survivants ont ensuite assisté à la conquête de la Terre par des êtres vivants jusqu’alors inconnus, présumés d’origine extraterrestre.

Ces êtres, nommés les dominants, se distinguent en plusieurs catégories, selon l’effet qu’ils produisent sur les humains qui les approchent, ou bien en fonction de leur comportement: nausées, migraines… Face à ce phénomène sans précédent, les humains ont montré trois grands types de réaction: survivaliste, néo-religieuse, ou belliqueuse.

Andrew Kennedy est un américain ex-agent du FBI, qui a tout perdu dans cette crise. Du moins le croyait-il. En effet, le premier tome se concluait par la découverte par Kennedy de la survie de sa fille, tombée dans l’escarcelle des résistants !

Devenue une féroce guerrière (tout comme la sœur de Yorick dans Y, The Last Man), la fille d’Andrew a été endoctrinée pour être une tueuse impitoyable à la solde d’Adam, le chef des Résistants. Andrew a donc pris le parti d’abandonner son groupe de survivants afin de suivre sa fille, espérant la convaincre de quitter le groupe et partir avec lui.

Cthulhu Président

Pour ce second tome, Sylvain Runberg continue de nous faire profiter de son worldbuilding et après nous avoir fait partager le quotidien des survivants, fait la lumière sur la faction des Dévots tout en continuant de nous faire la démonstration de la cruauté des Résistants, dont le fanatisme n’a finalement rien à envier à celui de leurs ennemis naturels. Les journaux illustratifs en fin d’album continuent d’ailleurs (… dans une écriture pas forcément des plus subtiles).

Les enjeux montent donc d’un cran, tant pour le héros que pour l’ensemble de l’Humanité. Tandis qu’Andrew fait tout ce qu’il peut pour s’intégrer chez les Résistants, ces derniers préparent un assaut d’envergure tout en continuant leurs exactions particulièrement impitoyables contre les Dévots qui communient avec les créatures. Si l’action-héro et les relations humaines étaient particulièrement bien sentis sur le précédent volume, le scénariste nous laisse cette fois un peu perdu avec ce personnage-marionette qui ne semble plus avoir guère de psyché et une certaine lourdeur dans la façon d’appuyer sur le côté manichéen des relations entre groupes.

L’album contient donc son lot de tension, bien qu’il ne tente pas d’apporter de réponses aux questions qui taraudent le lecteur depuis le premier tome, avec un léger sentiment de surplace. Qu’à cela ne tienne, l’action est bien présente, et, si le cliffhanger de fin n’est pas de nature à vous retourner l’estomac, l’intérêt pour l’univers de la série est bien présent, notamment autour de ces fascinantes créatures alien au design et concept très intéressants.

Côté graphique, on a tout de même l’impression que Marcial Toledano s’est mis sur la réserve, comme s’il souhaitait inconsciemment s’économiser, peut être pour une série qui s’annonce sur le long cours. Impression générale de baisse de niveau donc sur ce second tome sorti très (trop?) vite en ramenant une série très bien partie dans le peloton pléthorique des BD SF post-apo. En espérant que les auteurs redressent la barre d’une série qui a du potentiel.