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Majnoun et Leïli, chants d’outre-tombe

Histoire complète en 176 pages, écrite et dessinée par Yann Damezin, d’après le conte perse éponyme. Parution aux éditions La Boîte à Bulles le 09/11/2022.

Amants Mots-Dits

Leïli et Qaïs sont deux jeunes amants, éperdument amoureux l’un de l’autre. En temps normal, il suffirait à Qaïs de mobiliser sa famille afin de demander au père de Leïli la main de sa sublime fille. Après paiement de la dot, l’union serait bénite et célébrée, permettant ainsi à l’amour des deux jeunes de suivre son cours.

Cependant, la ferveur de Qaïs le pousse à déclamer son amour tous azimuts, jetant sur lui l’opprobre du père. En effet, étaler ainsi ses sentiments en place publique n’est pas bien perçu par les anciens, ce qui conduit le vieil homme à refuser catégoriquement de céder la main de Leïli à celui qu’on nomme désormais « Majnoun« , soit « le possédé« , « le fou« .

Sa réputation faite, Qaïs n’en chante que de plus belle, s’exilant dans le désert pour poursuivre ses amoureuses lamentations. Les jours, les semaines, les mois passent, et celui qui ne répond désormais plus qu’au nom de Majnoun se perd dans ses turpitudes, escorté dans le désert par une troupe disparate d’animaux sauvages, hypnotisés par ses complaintes.

Alors que son amant peut extérioriser à loisir son amour et les tourments qu’ils lui causent, Leïli, quant à elle, ne saurait s’autoriser de telles extrémités. En effet, il n’est pas question pour elle d’ajouter encore au déshonneur subi par sa famille, aussi se trouve-t-elle contrainte d’accepter un mariage avec un jeune homme choisi par son père, et jugé plus respectable. Il n’en faut pas davantage à Mejnoun pour basculer davantage dans la folie. Voir ainsi l’élue de son cœur liée à un autre homme est une épreuve bien trop difficile pour lui, bien plus que ce que son esprit fragile pourrait supporter.

Alors qu’il glisse lentement vers l’oubli, Leïli doit lutter pour ne pas perdre totalement le contrôle de sa destinée. Lorsque Majnoun meurt de chagrin, en plein désert, la meute qui l’entourait reprend ses esprits sauvages et dévore sa dépouille. Mais ce n’est pas la fin de l’histoire, car l’amour qui animait l’âme de Majnoun s’avère plus fort que la mort elle-même. Ses sauvages compagnons, repus par sa chair, se voient dotés d’une voix humaine, celle du défunt amoureux, et, tels des conduits involontaires, poursuivent ses chants par delà le voile de la mort.

Yann Damezin reprend un fameux conte persan, une légende qui présente des franches similitudes avec le célèbre Roméo et Juliette. Le thème des amants maudits est un ressort dramatique primordial, source de récits intemporels à même de traverser les générations en conservant toujours le même impact.

L’auteur ne se contente pas de reprendre la trame de l’histoire, il l’enrichit en proposant un texte en alexandrins, illustré par des cases magnifiques reprenant l’iconographie persane médiévale. De façon assez surprenante, l’histoire s’éloigne des poncifs et ne fait pas de Leïli un faire-valoir ni un cliché amoureux. Au contraire, elle se pose en femme libre, à défaut d’être indépendante, et possède sa propre personnalité. Elle nous donne même un leçon de vie lors de la conclusion, qui élève encore la qualité du récit.

Le niveau est tel qu’à la lecture, on se trouve face à un dilemme, un choix à faire entre les stupéfiantes miniatures que constituent les cases, et les vers très exigeants (si exigeants qu’ils nécessitent un lexique en fin d’ouvrage). Il se trouve aussi que l’écho que se renvoient le texte et les dessins confine même parfois au pléonasme. Plus précisément sur le plan graphique, Yann Damezin a su conserver son style, sans singer de façon artificielle celui des miniatures persanes. Le mélange des gouaches et de l’aquarelle permet d’étaler une gamme stupéfiante de couleurs, ce qui augmente encore l’impact spirituel de l’oeuvre. L’ouvrage en lui-même est également une réussite, grâce à son grand format et à sa couverture rigide, dorée et estampée avec soin.

Une réussite, et BIM ! un coup de cœur !

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2 commentaires sur “Majnoun et Leïli, chants d’outre-tombe

  1. Tu m’intrigues énormément avec cet objet apparemment aussi beau qu’intelligent et touchant. Il faut que je le voies en vrai pour me rendre compte des dessins mais l’intention, elle, me plaît déjà !

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