****·East & West·Nouveau !

Decorum #2/2

East and west

Comic de Jonathan Hickman et Mike Huddleston
Urban (2021) – Image (2020), 184 p., 2/2 volumes parus.

L’édition française du diptyque Decorum a étrangement choisi le visuel original et variant du sixième épisode, loin d’être le plus élégant des incroyables graphismes créés par Mike Huddleston pour cette série. L’effort a néanmoins été fait de proposer une tranche créative qui rassemble deux moitiés du titre une fois les volumes rassemblés dans l’étagère. Aucun bonus en revanche, pas même la traditionnelle galerie de couvertures des issues et des variantes. Etant donné le phénoménal travail graphique auquel nous a habitué Jonathan Hickman sur ses œuvres ce n’est pas très problématique mais on peut tout de même s’en étonner.

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Decorum est une série en deux parties du scénariste Jonathan Hickman. Decorum s’inspire des univers de Philippe Druillet. Decorum est un concept-album qui propose à son dessinateur de réinventer la narration en s’extrayant de tout cadre séquentiel… Arrivé à ce stade certains auront pris leurs jambes à leur cou, d’autres seront en extase christique. Mais c’est à vous petits scarabées, vous qui aimez les beaux graphismes, les thématiques science-fiction et les mondes étranges mais recherchez de la BD sans être bardé de références, c’est à vous que cette chronique s’adresse…

Decorum -2- Tome 2Dans le premier billet j’avais expliqué les qualités et les difficultés que pouvaient renfermer cette série. A la fois moins BD dans ses séquences et moins fumette dans ses planches métaphysiques ce second (et dernier?) tome narre la formation assez pathétique de notre héroïne Neha comme assassin, au fil de séquences humoristiques au schéma répétitif mais très sympathiques. Si l’humour n’était pas absent du premier tome, celui-ci vire presque à la parodie, via le décalage entre la jeune pacifiste Neha et son univers de tueuses intergalactiques ou le verbe fleuri de la boss de l’organisation. L’intrigue est elle franchement basique et paraîtrait même feignante s’il n’y avait cette incroyable liberté narrative qui nous place dans l’atelier de Huddleston en roue libre pour raconter une histoire via de simples tableaux numériques. Alliant croquis très frustes, peintures sidérantes de beauté et d’expressionnisme SF, cartoon voir strip par moment, on se retrouve dans un maelstrom graphique toujours pertinent, toujours lisible et toujours orienté vers son objet de création d’un monde futuriste ultra lointain. Paru juste avant le ReV d’Edouard Cour, ce second Decorum est graphiquement plus facile, scénaristiquement plus construit, mais moins riche graphiquement.

Decorum #7 | Image ComicsQuestion histoire fort heureusement les pages de données-design typiques chez Hickman participent principalement au décorum justement (attention,  c’est un élément essentiel du projet d’ensemble) et leur hermétisme ne troublera pas trop la lecture, d’autant que les planches sont, elles, toujours lisibles. Ce qui impressionne c’est qu’avec de tels raccourcis scénaristiques, de tels deus ex machina et de telles énormités la plupart des BD seraient tombées dans le médiocre. Pourtant avec son personnage éminemment sympathique, sa narration intégrée au dessin-design lui-même, son enjeu méta-galactique et ses idées sous-jacentes, Decorum nous emporte loin, très loin, en lâcher-prise, sautant sans transition d’une bataille spatiale à une enquête à la Blade-Runner et l’impression d’avoir assisté à un manuel de déconstruction de la BD. Fascinant.

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