****·Comics·East & West·Nouveau !·Service Presse

The Cape

Histoire complète en 160 pages, écrite par Jason Ciaramella d’après une nouvelle de Joe Hill, avec Zach Howard au dessin. Parution en 2013 aux US chez IDW Publishing et Bragelonne-Milady, réédition en France le 15/06/22 chez Hicomics.

bsic journalism

Merci aux éditions Hicomics pour leur confiance!

Mes chers parents, je vole

Le mythe d’Icare vous dit surement quelque chose. Doté de la faculté de voler grâce aux prodiges de son père Dédale, Icare n’a pas tenu compte des avertissements de son paternel et a volé trop près du Soleil, si bien que ses ailes ont brûlé et précipité sa chute.

Et si Icare survivait à sa chute et qu’il devenait un psychopathe ? C’est le pitch choisi par Joe Hill pour sa nouvelle intitulée The Cape, publiée initialement dans son recueil 20th Century Ghosts. Éric passe son enfance à jouer aux super-héros avec son frère Nicky. Les deux jeunes garçons utilisent leur imaginaire pour s’évader d’une dure réalité, une réalité dans laquelle leur père n’est pas revenu de la guerre du Vietnam.

Soutenu par sa mère et son frère, Éric gère cette perte comme il le peut, drapé dans un plaid bleu faisant office de cape. Cependant, comme Icare qui vola trop près du Soleil, Éric a voulu grimper trop haut sur l’arbre qui lui servait de refuge, et la branche qui le soutenait à cédé. Mais avant sa chute vertigineuse, avant l’impact dramatique avec le sol, il s’est passé quelque chose d’étrange. Un phénomène fugace, à peine perçu par les deux frères: l’espace d’un instant, Éric, accroché à sa cape, a échappé à la gravité.

Quelques opérations plus tard, Éric se réveille, le crâne rafistolé par quinze agrafes. Sa cape a disparu, sans doute jetée par sa mère. Sa vie n’est plus la même, car avec ou sans son bout de tissu noué autour de ses épaules, Éric ne peut plus avoir les pieds sur terre. Sa vie défile alors sous ses yeux, sans qu’il ne puisse rien mener à bout. Privé d’initiative et du gout de vivre, Éric échoue dans tous les aspects de sa vie, jusqu’à s’aliéner sa fiancée Angie , qui le laisse tomber. Lui préfère-t-elle son frère Nicky, qui est devenu un brillant médecin ? Ou bien Éric devient-il parano ?

Sans logement, sans travail et sans le sou, Éric retourne vivre chez sa mère, et finit par remettre la main sur sa vieille cape, qu’il croyait perdue. L’enfilant sans trop y croire, le trentenaire loser est stupéfait de constater que grâce à elle, il peut flotter dans les airs, et même…voler. Il n’avait donc pas rêvé, sa cape avait bien des propriétés magiques, depuis le début.

Ainsi, il aurait pu éviter sa chute et ses blessures, et si sa mère ne l’en avait pas privé, il aurait pu avoir une vie spectaculaire, extraordinaire, loin du marasme dans lequel il s’est confiné. Éric décide alors qu’il est temps pour lui de prendre sa revanche sur la vie, ou plutôt sur tous les gens qu’il considère responsable de ses problèmes.

I’m the bad guy (duh)

Comme pour son père avant lui, il faut reconnaître à Joe Hill un talent particulier pour dresser des portraits psychologiques convaincants de ses personnages, ce qui confère à ses histoires une aura particulière et a tendance à en accentuer le ton horrifique. Bien souvent, en effet, les personnages que l’on trouve dans les récits de genre ne sont que des archétypes, parfois éculés, qui ne servent que de prétexte au contexte. Ce qui compte généralement, ce sont les éléments surnaturels, qui sont mis en avant au détriment des personnages.

La famille King prend donc le parti de mettre des personnages crédibles, fouillés, dans un contexte surnaturel, qui ne sert finalement pas de prétexte mais permet bel et bien de faire ressortir les traits des protagonistes. Dans le cas présent, le personnage d’Eric n’a en soi rien d’exceptionnel, mais c’est justement ce qui en fait un bon personnage: un homme lambda, pourvu de failles désespérément banales.

Après un accident tragique, qui a pour but de nous faire sympathiser avec lui, nous nous apercevons qu’il se rend responsable de ses propres échecs, en s’enfonçant dans l’immobilisme, puis dans l’alcoolisme et le ressentiment. Ses relations intrafamiliales, notamment celles avec son frère Nicky, sont elles aussi marquées du sceau du réalisme, avec le sentiment de rejet, la jalousie et le passif-agressif.

Et, comme le ferait une personne réelle, Éric est victime du biais d’autocomplaisance, ce trait intrinsèque qui nous fait attribuer nos échecs à des causes extérieures, et nos réussites à nos qualités propres (on peut aussi appeler ça le locus de contrôle externe). Il finit par tenir son entourage pour responsable de ses malheurs, ce qui le conduit sur une voie corrompue dont personne ne ressort généralement indemne.

Dans son déroulement, The Cape résonne avec le récent Brightburn, en ce sens qu’il dote un personnage initialement innocent mais troublé par un sentiment d’injustice, d’un pouvoir qui le corrompt et le retourne contre son entourage, pour finalement en faire une menace globale. A ceci près que le périmètre d’action de The Cape demeure plus intimiste, l’anti-héros en question n’étant pas doté des mêmes pouvoirs.

En revanche, si le scénario se concentre sur la psyché perturbée d’Eric, l’auteur ne s’attarde en rien sur les origines du pouvoir de la fameuse cape. Ce point sera abordé dans une préquelle, intitulée The Cape 1969, dont la parution est prévue en juillet 2022 chez Hicomics (des deux mêmes auteurs). La partie graphique est assurée avec brio par Zach Howard, qui livre des planches à la colorisation rétro, tout en conservant un style semi-réaliste.

En résumé, The Cape est un très bon one-shot, déconstruction habile du super-héros, doté d’un travail précis sur la psychologie de son personnage principal.

Publicité

2 commentaires sur “The Cape

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s