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Renaissance #4: Sui Juris

Quatrième album de la série, écrite par Fred Duval et dessinée par Emem, avec Fred Blanchard crédité au design. 54 pages, parution le 10/09/2021 chez Dargaud.

Ils viennent en paix

Sui Juris ouvre le second cycle de la série Renaissance, dont les trois composantes avaient été chroniquées ici, ici et ici. Rappelons la prémisse de la série: Dans un futur proche, l’Humanité, sur le déclin, doit faire face à des désastres écologiques croissants, lorsqu’elle voit débarquer, partout sur la planète, d’immenses vaisseaux d’où sortent des extraterrestres. Leur but n’est pas de conquérir ni d’exterminer l’Humanité, bien au contraire. Ces fonctionnaires du cosmos travaillent tous pour Renaissance, une fédération galactique qui s’est donné pour objectif d’aider les civilisations en détresse à prospérer.

Ainsi, Swänn et Säti, originaires de l’idyllique planète Näkän, sont deux jeunes époux envoyés en mission sur Terre. Chacun d’entre eux va faire des rencontres décisives avec des humains et tenter d’inverser le cours des événements pour le bien de la Terre. Mais si les défis sont plus compliqués à relever que prévu sur la planète bleue, il s’avère que la politique interplanétaire et les tractations politique au sein de la fédération réservent également bien des surprises.

Depuis 2018, Duval, Emem, et Blanchard frappent fort avec cette série SF, étonnante par la qualité de son écriture et par la pertinence des sujets abordés. En effet, la longue et prolifique carrière du scénariste lui a sans aucun doute appris que pour traiter de sujets sérieux et pousser à la remise en question, il convient dans un premier temps d’inverser les points de vue et voir certains évènements par un autre prisme, afin de décloisonner la pensée et reconsidérer certaines opinions.

Ainsi, il apparaît assez évident que Duval nous confronte aux bouleversements majeurs qui se profilent pour l’Humanité, et que certains s’évertuent encore à minimiser (voire à nier pour certains). Ce premier niveau de lecture est donc plutôt évident à saisir, mais il se cache ensuite d’autre nœuds dramatiques et philosophiques dans cet emballage SF.

…on prépare la guerre.

Dans un second temps, on pourrait penser que Fred Duval enfonce des portes déjà maintes fois ouvertes, en plaçant l’Homme à l’origine de tous les maux qui le condamnent. La Bible avait en effet déjà tenté le coup, en expliquant aux hommes que c’était la curiosité malsaine et la naïveté de leur prédécesseur qui les avait conduit à vivre ainsi diminués, condamnés à subir les affres du monde plutôt que de profiter des bienfaits de l’Eden.

Ainsi, beaucoup d’œuvres ont pour propos cette monstrueuse vérité sur la nature profonde de l’Homme et du mal niché en son sein. Pour filer la métaphore biblique, on pourrait d’ailleurs comparer Swänn et Säti à des anges, descendus de cet Eden inaccessible pour nous sauver de nous-mêmes. De la même façon que des anges seraient étrangers à la nature et aux énigmes de l’âme humaine, les deux extraterrestres doivent s’acclimater à ces humains revêches et par nature discordants. Par le prisme de ces êtres pacifiques et évolués, le scénariste est tenté de trancher cette fameuse question, celle qui taraude les humains depuis très longtemps et qui, grâce à l’épuisement des ressources et à la pollution, devient de plus en plus pressante: méritons-nous d’être sauvés ?

Il ne faut pas non plus oublier le propos politique et anthropologique de Renaissance, qui met en abîme le concept de colonisation mettant à mal le principe, supposé inaliénable, de l’autodétermination des peuples. Si l’Homme a déjà asservi l’Homme en brandissant le bien commun, et notamment le bien du colonisé, que se passerait-il si le genre humain tout entier était « pris en charge » par une entité disposant d’une technologie supérieure, de blocs moraux différents et d’intentions ambigües ? Et bien, la réponse est plutôt claire, ici: l’Homme Blanc, grand gagnant de l’Anthropocène, en prendrait un sacré coup dans son égo.

Si Duval évite le cliché des aliens malfaisants, il a tout de même l’intelligence de nuancer son propos en le liant notamment à la thématique de la colonisation, puisque, toute bienfaisante qu’elle puisse être, la fédération lorgne tout de même sur certaines ressources terrestres dont elle envisage de faire commerce.

Vous l’aurez compris, ce quatrième album de Renaissance offre matière à réflexion sur plusieurs sujets, et maintient bien haut le niveau de qualité scénaristique et graphique.

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