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Lowreader #1

Anthologie de 120 pages, avec Run, Mud, Maudoux au scénario, et Singelin, Ghisalberti et Maudoux au dessin. Parution aux éditions Rue de Sevres chez le Label 619, le 26/01/2022.

Back for the dead

Après moult péripéties éditoriales et créatives, le Doggybags a fini par tirer sa révérence, et a rendu l’âme après 17 numéros sanglants et emplis d’effroi. Mais encore une fois, le magasine renaît de ses cendres, non pas sous la forme du phénix mais plutôt celle du Corbeau.

Sous l’égide de cet oiseau à la fois fascinant et inquiétant, que l’on pouvait déjà apercevoir dans le Doggybags, le Label 619 maintient sa vocation, celle de proposer des histoires courtes sur les thèmes de l’horreur, du surnaturel, du polar, bref, tout un pan de la pop-culture que l’on qualifie souvent de Grindhouse.

Le chapitre qui a la lourde charge d’ouvrir cette nouvelle anthologie s’intitule Devil’s Key. Un groupe de rock, les Headbangers, qui s’est compromis en acceptant de jouer dans une pub pour une chaine de fast food, doit subitement en payer les conséquences. En effet, on ne vend pas son âme au diable sans en payer le prix…

Dans une mégapole japonaise toujours plus déshumanisée, Mr Sato, un homme au caractère effacé, physiquement faible, subit chaque jour les brimades de ses collègues qui le considèrent comme un freak, et fait face à la violence de deux jeunes délinquants qui le rackettent. Lentement mais sûrement, Sato-san bascule dans une radicalité moderne, peinant à contenir la rage et la soif de vengeance qui couvent en lui. Mais que souhaite-t-il au fond ? Se venger, ou tout simplement exister, ne plus être transparent ? Pour le savoir, Mr Sato va devoir contourner la législation très sévère du Japon en matière de port d’armes, tout en tentant de s’affranchir des injonctions sociétales qui lui pèsent, comme par exemple le tri de ses déchets.

La troisième histoire, quant à elle, se déroule au cours d’une seule nuit. Masiko, personnage apparu dès le premier numéro de Doggybags back in the day, arpente les rues d’une petite ville avec sa fille sur le dos. Dès les premières cases, le sentiment d’urgence de la jeune mère est palpable. Sa fille a été mordue par une créature, mais personne n’est en mesure de lui venir en aide. En effet, depuis que le gang de bikers/loups-garous (également transfuge de Doggy) a pris le contrôle de la ville, les habitants vivent cloîtrés chez eux, paralysés par la peur. Masiko n’a donc personne sur qui compter. Si elle veut éviter à sa fille de se transformer en bête sauvage, elle va devoir affronter le Hellking et sa meute de loups à moto.

Le plaisir de retrouver le format DB, sous une autre forme, est indéniable. L’enchaînement des histoires courtes ne nuit pas à l’immersion et donne même l’impression, grâce à l’intervention du Corbeau en guise de narrateur, de regarder un épisode des Contes de la Crypte ou d’Au-delà du réel. Dans le trio, il faut admettre que Devil’s Key fait office de parent pauvre, notamment à cause d’une fin pas si percutante et de quelques aléas graphiques (Nicolas Ghisalberti faisait pourtant du bon travail sur Trenchfoot l’an dernier). En comparaison, Mr Sato offre une ambiance graphique maîtrisée (expérience oblige, Singelin) et une narration au diapason, oppressante et pleine de désespoir.

L’album se termine en apothéose avec She-Wolf and Cub, nous soumettant à un rythme effréné et sanguinolent. Le seul bémol qui ressort donc de ce Lowreader, c’est la sensation de redite qui s’en dégage, notamment par le format anthologique et les thématiques abordées. La présence de personnages issus de la précédente collection finit d’ailleurs d’enfoncer le clou. Ce n’est pas un mal en soi, mais le message offert semble clair: les directeurs de collection n’ont pas l’intention de se réinventer, et préfèrent plutôt s’appuyer sur une recette qui a déjà fait ses preuves. Le Label 619, qui faisait initialement figure de renouveau sans compromis de la BD franco-belge, semble donc désormais soumis aux mêmes dilemmes et contraintes que les éditeurs mainstream, et donne l’air, comme beaucoup d’entre eux, de s’ankyloser par peur du renouveau.

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