****·Cinéma

Godzilla (Netflix)

Que vaut la trilogie Godzilla sur Netflix ? - Animation

Comme le rappelait Dahaka mardi, les géants c’est la coolitude! Pourtant, si Guillermo Del Toro a permis par son magistral hommage Pacific Rim de sortir le lézard atomique japonais de son archipel, je fais partie de ceux qui se sont toujours demandé comment on pouvait sérieusement proposer des films avec des papillons géants se mettant des mandales avec des dragons tricéphales, avec la problématique évidente de savoir: que faire des personnages humains dans cette affaire? Si les films catastrophes ont pour intérêt principal la destruction graphique du monde, ils restent focalisés sur les personnages qui subissent ces destructions. Avec Godzilla (et c’est le défaut principal des deux premières adaptations hollywoodiennes) on n’attend que les mandales de monstres, du coup les personnages ressemblent souvent à des fourmis dont on n’a que faire au milieu des décombres. Pourtant, comme j’adore les boom-boom de monstres et plus encore l’animation, je me suis tenté cette trilogie (… sans savoir en appuyant sur Play que je partais pour 3X1h30)…

Godzilla: Planet of Monsters review: Netflix anime has Easter eggs, little  else

Le résultat est bien supérieur à ce à quoi je m’attendais et très surprenant, même si les trois parties sont résolument différentes et inégales, à commencer par un troisième épisode dont vous pouvez clairement vous dispenser sans grande perte pour la compréhension/conclusion de l’histoire. Ce qui marque immédiatement c’est la noirceur absolument nihiliste qui recouvre ce projet. Si le thème de Godzilla est semble t’il souvent assez sombre, on a rarement atteint un tel désespoir! La courte séquence d’introduction nous pose le contexte: après l’apparition de Godzilla et de deux peuples extra-terrestres la Terre a été dévastée et les résidus de l’humanité ont fui dans un vaisseau spatial à destination d’une exo-planète habitable. En quelques minutes on est plongé dans un post-apo en hard-SF. Mais ce n’est pas fini: la terre de prédilection s’avère finalement inatteignable et contraint l’équipage de cette Arche à retourner sur Terre… plusieurs milliers d’années après leur départ du fait de Relativité…

Comme vous le voyez, très peu de Godzilla sur une grosse partie des films, avant de constater que cette créature de la taille d’une montagne ne pourra probablement jamais être vaincue. Pourtant le héros, d’une résolution sans faille, va tout faire pour comprendre le fonctionnement de cet être vivant et le contrer. La trilogie Netflix propose un nombre impressionnant et passionnant de concepts de la littérature SF: les extra-terrestres, l’espace-temps, l’IA, l’altérité ethnologique, les nanotechnologies ou encore le divin… Superbement mis en relation, ces thèmes forment un fond qui lie les séquences et permet de donner une cohérence et un intérêt à ce qui mène au cœur de la bataille: l’affrontement des humains contre Godzilla. Entité apocalyptique chassant les humains (et donc éminemment écologique), ce Godzilla impressionne par son design incertain sur lequel le Cell-Shading apporte beaucoup de mystère.

Graphiquement on est plutôt bluffé par la qualité technique de l’animation 3D et par l’élégance générale des costumes et des engins. Je ne m’attendais vraiment pas à cela au vu de quelques productions animées assez cheap sur Netflix. Le doublage est du reste excellent comme la musique qui accompagne parfaitement cette histoire noire. Après deux volumes proposant une évolution intéressante du conflit, on aboutit malheureusement à un troisième opus qui se vautre tout à la fois graphiquement avec un très moche Gidorah et une visée religieuse qui fonctionnait quand elle était un habillage de fonds mais devient ridicule quand elle se retrouve au centre. Pourtant, à ceux qui aiment les séquences de destruction, la fin de tout espoir et les thèmes scientifiques poussés, cette trilogie reste un très sympathique moment de cinéma inattendu qui renouvelle le genre en s’émancipant du cadre et en replaçant les hommes et leur destinée au cœur de cette histoire. De quoi attendre du bon sur le Godzilla VS Kong avec enthousiasme pour peu que la mythologie générale (la Terre creuse et l’Atlantide) soit développée comme il faut…

Quantum Enigma

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