***·BD

VilleVermine

La BD!

Diptyque de Julien Lambert, paru en 2018 et 2019 aux éditions Sarbacane

Pas de pitié dans la Cité

VilleVermine est un endroit anonyme, crasseux et tentaculaire, comme seule peuvent l’être les mégapoles modernes. Dans cet étouffant marasme, Jacques Peuplier vivote grâce à un commerce bien particulier qui met à profit un don qui ne l’est pas moins. En effet, Jacques a l’étrange faculté de parler aux objets, qui lui répondent et peuvent ainsi lui livrer de précieuses informations, dont il se sert pour retrouver d’autres objets perdus par leurs propriétaires. 

Solitaire et taciturne, Jacques ne noue de relation qu’avec les objets qu’il a secourus, se tenant bien à l’écart des autres humains qui l’entourent. Un jour, il est recruté pour retrouver la fille Christina Monk, fille innocente d’un clan de mafieux régnant sur les bas fonds de VilleVermine. Durant ses investigations, Jacques va croiser la route d’hommes-mouches, d’une troupe de gamins des rues et d’un scientifique fou nourrissant de terribles desseins, ce qui va mettre à l’épreuve ce qu’il a de plus précieux au monde.

Objets perdus et âme retrouvée

Dans son VilleVermine, Julien Lambert développe un univers sombre et poétique à la fois, en nous entraînant dans les affres de l’urbanisme galopant et de la déshumanisation qui en découle. En effet, dans la ville géante et moribonde de l’auteur, les gens se font rares, les rues sales et oppressantes n’étant occupées que par des détritus avec lesquels le héros converse. Les seules silhouettes humaines que l’on rencontre sont soit marginales (les enfants, façon Sa Majesté des Mouches) soit monstrueusement dévoyées (les hommes volants),  ce qui fait de Jacques Peuplier l’un des derniers bastions d’humanité dans cette cité monstrueuse. Paradoxalement, Jacques s’est retranché et coupé de sa propre humanité, s’isolant avec ses objets pour ne pas avoir à s’exposer à l’authenticité d’une relation humaine. 

La métaphore est filée également au travers de l’antagoniste, dont le but final est de refaçonner l’humanité dans son ensemble. Cependant, cette partie-là du récit est traitée de façon plus mécanique et ne se connecte pas totalement au développement émotionnel du héros. Sur le même point, il aurait été intéressant que l’auteur développe davantage la caractérisation de son héros, afin que l’on comprenne quelle blessure l’a amené à se replier ainsi sur lui-même, ce qui aurait ajouté du poids à son évolution personnelle. Présenté de cette manière, le climax, bien que spectaculaire, ne nous implique pas comme il le devrait.

Quoi qu’il en soit, on constate bien ici la maturation du trait de Julien Lambert depuis Edwin le voyage aux origines. L’artiste impose un style pulp, avec un héros grognon faisant penser à The Goon (le béret en moins) et des décors urbains tout à fait maîtrisés. Un diptyque fort agréable à lire et contenant son lot de poésie et de monstres. 

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