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Plunge

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Comic de Joe Hill et Stuart Immonen et Dave Stewart (coul.).
Urban (2021) 168p., one-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Urban pour leur fidélité.

plunge

Lorsque les frères MacReady reçoivent la visite d’un ponte de la multinationale Rococo corp. ils ne se doutent pas vers quel enfer ils partent… Embauchés pour récupérer le chargement d’une épave coulée il y a quarante ans, ils embarquent avec la biologique Moriah Lamb vers une île du détroit de Béring. Un voyage vers le froid et l’horreur dans ce coin reculé…

Joe Hill est l’auteur de la réputée série de comics Locke & Key (dont l’adaptation Netflix est diffusée en 2020)… et accessoirement fils de Stephen King. S’il a tenu à débuter sa carrière sous pseudo pour ne pas profiter de la notoriété de son père, il n’en subit pas moins (et c’est bien normal) l’influence en se rangeant dans le domaine de l’horreur matinée d’Amérique profonde. La post-face étonnante de modestie indique sans détour la volonté de se rattacher au cinéma fantastique des années quatre-vingt et au chef d’œuvre intemporel, The Thing de John Carpenter. Ainsi Plunge est bien un hommage croisé à John Carpenter (pour la forme) et à HP Lovecraft (pour le fonds)… le premier ayant par ailleurs construit son œuvre dans l’univers du maître de Providence.

Plunge de Joe Hill & Stuart Immonen en VF chez UrbanToujours méfiant lorsqu’un héritier débarque avec un attelage impérial (Stuart Immonen de retour dans le comics c’est un sacré évènement même si son embauche par Mark Millar n’avait pas fait que des étincelles…), j’ai été totalement happé par cet album dès les toutes premières pages. Par les dessins bien sur, le duo d’Immonen avec son coloriste Dave Stewart étant parmi ce qui se fait de mieux (le coloriste a par exemple bossé sur le Magic Order de Coipel ou avec Tim Sale sur Catwoman a Rome). Pour une première immersion dans le genre, le canadien nous explose les rétines par ses encrages profonds bien connus, par l’expressivité de ses visages et par son style tout simplement. Quand beaucoup d’illustrateurs réalistes abusent un peu trop de visages d’acteurs de cinéma pour créer leurs personnages, Immonen s’inspire mais reste évocateur, original, et renforce en cela la spécificité de sa création. A la fois dynamique, graphique et incroyablement efficace dans les plans devant faire peur, le dessinateur a bien entendu un rôle central dans l’efficacité de ce one-shot fantastique comme le reconnaît Joe Hill lui-même.

Pourtant le scénariste n’est pas un manche, proposant un découpage et un cadrage qui reprend les codes du cinéma tellement bien qu’on sent le mouvement, la musique et la tension monter. Rarement j’ai autant frémi à la lecture d’une BD, avec le petit sourire en coin de la peur confortable du canapé… Surtout, je découvre un sacré dialoguiste qui donne vie à des personnages que l’on capte par ce qu’ils disent et non seulement par leur coupe de cheveux. On rit aux punchlines pourries et beauf de ces sauveteurs ricains et aux situations décalées destinées à renforcer la montée dans l’horreur. On connaît les mécanismes, Hill aussi et c’est pourtant toujours aussi efficace! Etonnant que l’écrivain n’ait pas encore percé au cinéma tant nous sommes tous terriblement orphelins du cinéma de John Carpenter…

Plunge_3_4Album quasi-parfait jusqu’à la moitié du récit et l’irruption du fantastique pur, Plunge souffre alors malheureusement de la malédiction quasi-inévitable du genre. S’il évite la grandiloquence qui fait souvent sombrer les meilleurs pitch dans le n’importe quoi, Hill ne sait pourtant pas bien comment se dépatouiller de son histoire dès lors que les Grands anciens débarquent dans son intrigue. Signe d’une certaine fébrilité, son récit jusqu’ici construit avec une progressivité remarquable souffre alors de sauts de découpage qui laissent circonspect, avec le sentiment d’avoir loupé une scène. Manque de communication entre le scénariste et son dessinateur? On ne le sait, mais certaines images à l’approche de la fin restent sans explications. Normal dans un récit fantastique direz-vous… Sauf que ces problèmes marquent la compréhension de l’action et non la seule conclusion naturellement ouverte. Quel est ce soudain bandage de Gage? Quelle est cette gigantesque écoutille? Où l’indien a-t’il subi cette blessure?… Petit caillou dans une chaussure pourtant extrêmement confortable, cette fin saccadée rompt un peu le charme (… de l’horreur) d’une aventure en compagnie de personnages qu’on aurait aimé côtoyer plus longtemps et que l’on espère très vivement retrouver sans tarder au cinoche (avec, j’espère, plus de réussite que sur les adaptations du papa)…

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