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Spider-Man: De père en fils

esat-west

Intégrale reprenant les cinq numéros de la mini-série Spider-Man: Bloodline, écrite par JJ et Henry Abrams, dessinée par Sara Pichelli. Parution en France chez Panini Comics, le 17 février 2021.

Appren-Tissage adolescent

Il y a douze ans, l’impensable s’est produit pour Spider-Man: vaincu et mutilé par Cadavérique, un nouvel adversaire qui lui en voulait personnellement, le héros a vu l’amour de sa vie, Mary Jane, périr des mains du monstre. Mortifié par le deuil, Peter s’est éloigné de son fils Ben, qui ignore tout du passé de son père et de la cause du décès de sa mère. 

Ne voyant qu’un père lâche et absent, Ben rumine son mal-être adolescent en rejetant l’image paternelle. Un jour, Ben se découvre de stupéfiantes facultés, similaires à celle du héros arachnéen d’autrefois. Ce sera l’occasion pour l’adolescent d’explorer ses origines et de faire face à son deuil, tout en apprenant le poids des responsabilités. Malheureusement, cette quête initiatique ne fera pas dans la quiétude, car Cadavérique est de retour, plus déterminé que jamais à obtenir ce qu’il désire. 

On ne présente plus JJ Abrams, devenu en quelques années une figure inévitable de la pop culture. Star Trek, Star Wars, Mission Impossible, mais également Cloverfield, le producteur/réalisateur/scénariste a étendu son répertoire jusqu’aux confins de la galaxie Pop, avec plus ou moins de succès. Titillé depuis quelques années par l’envie d’écrire pour la BD, Abrams donne suite à un appel du pied de plusieurs années d’un « senior editor » de chez Marvel pour entamer un récit hors-continuité sur Spider-Man, secondé par son fils Henry. 

Venant d’un auteur prolifique et fin connaisseur du genre, ce récit avait de quoi susciter les attentes les plus élevés en terme de qualité, d’autant plus que l’homme écrit avec son fils un récit évoquant les générations, ce qui promettait une alléchante mise en abyme pleine d’émotion. 

La scène d’ouverture du récit donne le ton en nous faisant assister à une cuisante défaite pour Spider-Man, aux prises avec un colossal homme-cyborg-zombie, qui l’attaque pour des raisons que nous ne connaissons pas encore. Mary Jane est prise entre deux feux, et meurt empalée par le monstre, sans raison apparente. Les funérailles qui suivent sont déchirantes, et permettent d’échanger le point de vue, en passant à celui de Ben, le fils de Peter et MJ. 

Douze ans plus tard, on découvre que Ben a grandi seul avec Tante May, Peter ayant décidé de partir travailler à l’étranger pour le Daily Bugle. Il hait son père pour l’avoir abandonné, et entre dans une phase de rébellion qui le mène à rencontrer Faye Ito. Viendront ensuite les pouvoirs et la découverte qu’en fera Ben avec les aléas prévisibles dans ces situations. 

Le reste du récit sombre ensuite dans la confusion, se concentrant sur une intrigue aux circonvolutions à la fois attendues et déconcertantes. Il y a dans ce De père en Fils un sentiment de dispersion et de futilité qui fait perdre le fil dès le second chapitre. Il est en effet assez difficile, à mon sens, d’écrire des personnages adolescents intéressants tout en évitant l’écueil de les aliéner au lecteur. 

C’est toutefois ce qui se produit ici, car Ben, bien que l’on puisse s’identifier à ses tourments au premier abord, perd vite de sa substance et ne donne alors plus qu’à voir angoisse existentielle et passivité mal employée. Rien n’est juste dans les deuxième et troisième actes, si ce n’est la quête de Ben pour secourir son père, mais même celle-ci est entrecoupée de dialogues maladroits, décousus, et de tartines d’exposition pivotale censées nous éclairer sur les motivations du méchant. 

Le méchant, justement, entre dans la catégorie des « monstres tragiques »  mais ne parvient à aucun moment à émouvoir ni à effrayer, ce qui le rend totalement oubliable. Pire encore, le mystère qu’apportaient les zones d’ombres sur ses motivations, laisse place à la confusion une fois révélées, ce qui tire encore davantage la mini-série vers le bas. Ne parlons même pas de la véritable antagoniste, sorte de boss de fin WTF, qui n’apporte pas grand-chose non plus.

La relation entre Ben et Peter a quelque chose de touchant, en revanche là encore, elle est parasitée par l’intrigue qui peine à tenir debout et un rythme décousu qui ne permet pas de s’attarder réellement dessus.

Le casting semble acceptable à première vue, mais les personnages sont sous-utilisés (Riri Williams) ou employés de façon si maladroite (Tony Stark, Peter Parker) que cela en devient gênant pour la lecture. La palme revient malheureusement à Faye, acolyte/love interest de Ben, qui a tout de la fameuse « Manic Pixie Dream Girl « déjà décrite dans des précédentes chroniques. Certes, elle décrit un intérêt pour les causes sociales qu’elle défend et offre un point de vue intéressant sur le célèbre leitmotiv de Spidey, mais son intérêt semble s’arrêter là, ce qui la réduit à un stéréotype, comme souvent dans des histoires pour les garçons écrites par des garçons, ou encore dans les fan fictions, ce dont relève finalement ce scénario. 

Ce qui ressort de ce fiasco est le terrible gâchis qui est fait des talents de Sara Pichelli, qui fait ici ce qu’elle peut pour rehausser le tout malgré le sabotage en règle des Abrams père et fils. Ce qui est d’autant plus irritant au vu du potentiel que pouvait avoir un comic book écrit par un scénariste et producteur de cinéma.

Spider-Man: De père en fils nous aide au moins à réaliser que talent et succès ne sont apparemment pas liés, en tout cas pas outre-Atlantique. 

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