***·BD·Nouveau !

Ballade pour Sophie

La BD!
BD de Filipe Melo et Juan Cavia,
Paquet (2021), 320p., one-shot.

L’album à très grosse pagination (je n’ai pas mémoire d’avoir lu un album franco-belge aussi volumineux…) est au format comics dans une belle reliure à la couverture très accrocheuse qui m’a convaincu, sans trop savoir ce que j’allais lire. L’album est divisé en cinq chapitres et conclu par une courte bio des deux auteurs et un carnet de recherches graphiques très intéressant. Enfin, une partition de piano, la Ballade pour Sophie composée par Filipe Melo, permet aux lecteurs musiciens de s’essayer à un nouveau genre de réalité augmentée! Une note d’intention aurait été intéressante dans un projet très personnel d’auteurs musiciens… L’ouvrage est sorti au Portugal en septembre 2020 et traduit un peu partout dans le monde dans la foulée.

couv_413098Le Maestro est au crépuscule de sa vie. Atteint d’un cancer, il est réfugié dans sa demeure de la banlieue parisienne. Gloire passée, gloire oublié, il reçoit une journaliste à qui il finit par se confier, racontant sa rencontre avec le plus grande pianiste de l’histoire alors qu’ils étaient enfante et sa poursuite d’une chimère toute sa vie durant…

Ballade pour Sophie, bd chez Paquet de Melo, CaviaSurprenant ouvrage qui chatouille nos a priori et sous des couverts classiques, parvient à bousculer nos attentes. L’histoire (qui se lit très bien sans voir passer les trois-cent pages) commence de façon tout ce qu’il y a de plus banal avec l’arrivée d’une journaliste bien polie décidée à interviewer cet horripilant et Maestro misanthrope. Or, si dès les premières pages du récit on nous laisse penser qu’il s’agira de l’histoire du génie Fredric Simon, il n’en est rien. Ballade pour Sophie raconte bien la pauvre vie d’un enfant chosifié par sa mère qui l’utilisa toute sa vie durant pour assurer son statut, pendant l’Occupation comme après, libre de toute morale dans les moyens pour parvenir à ses fins…

Ainsi ce pianiste moyen vit dès sa rencontre avec l’autodidacte Simon que celui qu’il aurait aimé connaître, qu’il croisera plusieurs fois, était son négatif. Un talent inné, une vie dramatique, une morale absolue (comme son oreille). Un idéal angélique que Julien poursuivra toute sa vie sans jamais parvenir à le toucher. Cette fuite en avant le rendant incapable d’être acteur de sa propre vie, de profiter des succès et plaisirs terrestres voit son origine bien évidemment dans cette mère castratrice qu’il ne pleurera guère. Traversant soixante ans d’histoire toujours en décalage, Julien est incapable de profiter de sa vie, toujours victime d’un complexe vis à vis de son modèle. La narration très progressive nous donne l’impression d’un récit sage au commencement, pour nous faire progressivement toucher la complexité des personnages, des relations parfois cachées, les grands évènements n’ayant pas toujours la portée des petits, comme cette histoire de chat qui semble dominer la gloire médiatique d’Eric Bonjour.

Balada para Sophie, de Filipe Melo e Juan Cavia [ACTUALIZADO] | Central  ComicsGraphiquement il en est de même, avec un trait influencé par l’école Disney comme chez beaucoup de dessinateurs ibériques, élégant mais pas particulièrement impressionnant, notamment du fait de l’utilisation de trames pas très heureuses. Puis on prend plaisir à savourer les atmosphères, les regards, les silences, jusqu’à ces explosions graphiques dans le dernier tiers, impressionnantes et qui laissent un peu de regret sur ce qu’aurait pu être une version un peu moins sage de Ballade pour Sophie.

Ce récit classique a la première qualité de justifier pleinement sa très volumineuse pagination qui permet, comme dans une grande fresque cinéma (les auteurs ont des attaches avec le monde du septième art, tiens tiens…) de prendre le temps de l’Histoire et d’une vie entière. Si certaines révélations sont attendues, la mise en scène reste très bien tenue, sachant imperceptiblement glisser de la tendresse pour ce pauvre homme et nous impliquer dans un récit plutôt tragique, vaguement dépressif, mais qui sait amener par le dessin comme par les dialogues la part de dérision qui procure la légèreté de mise, comme une note de piano.

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