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Peer Gynt, acte I

La BD!
BD de Antoine Carrion
Soleil (2021), diptyque en cours, 92p./album., n&b.

bsic journalismMerci aux éditions Soleil pour leur confiance.

Maquette à tomber, autant que la couverture, et qui frise la perfection. Aucun bonus particulier hormis un avant-propos de l’auteur détaillant sa démarche d’adaptation théâtrale et romantique de l’œuvre originale. La couverture et Quatrième sont équipées d’un très discret film argenté surlignant l’habillage et les trois Actes proposent de somptueux panorama en double page. La page de titre reprend la thématique des livrets de théâtre pour se fondre dans l’ambiance…

couv_414622Dans les landes norvégiennes, le jeune Peer est un rêveur vantard qui sait s’attirer les foudres de ses contemporains et porte misère à sa pauvre mère. Porté sur la boisson et les femmes, il se retrouve contraint de fuir à force de promesses non tenues et de dilettantisme libertaire… jusque de l’autre côté du monde, dans les fosses troll où sa légèreté le mettra devant ses responsabilités…

D’Antoine Carrion on se souvient de ses deux dernières séries, l’ésotérique et Jodorowskyen Temujin et la trilogie Nils, qui nous avaient tous deux subjugués par une liberté, une technique et une esthétique graphique hors norme. Pour sa première production en solitaire (effet de l’expérience sur le très bancal Nils?) l’auteur qui aime décidément les landes désolées du Nord et les héros tourmentés choisit la difficulté en adaptant une pièce de théâtre du norvégien Henrik Ibsen dans un diptyque grand format monochrome. Austère à première vue direz-vous. Comme toute la production de Carrion, et pourtant… je serais bref: ce premier volume de Peer Gynt est un choc graphique comme je n’en ai pas eu depuis longtemps et un très sérieux canddiat au titre de plus bel album de l’année! Nils était déjà d’un très haut niveau, sa nouvelle œuvre surpasse de loin tout ce qu’il a pu faire, du fait peut-être de ces niveaux de gris qui permettent tantôt de friser le photoréalisme dans une technique numérique proche de celle d’Adrian Smith sur ses Chroniques de la Haine, tantôt proposent une poésie proche de ce qu’à pu faire un Alex Alice sur Siegfried. L’univers est le même: ces landes nordiques où la frontière entre monde des hommes et monde des légendes est ténu et où la bascule peut se faire sans coup férir au détour d’un bosquet, d’un rocher.

UMAC - Comics & Pop Culture: 2021Peer Gynt nous narre l’itinéraire tragi-comique et romantique en diable d’un jeune homme élevé par son père dans une ambition inatteignable ; beau parleur et libre penseur dont les errements et provocations sur ses contemporains auront des conséquences. Comme pièce de théâtre, vous aurez droit à beaucoup de dialogues, monologues surtout, dont le cadre serré, sombre (parfois noir) nous rappelle l’atmosphère lente et lyrique de l’art dramatique. On retrouve le type de découpage utilisé par Serge Scotto et Eric Stoffel sur Marius, très orthogonal et essentiellement centré sur les personnages en gros plan ou en pied. Par moments l’auteur reprend semble t’il les textes originaux, proposant une prose très poétique et parfois des rimes.

La grande technique de Carrion donne une expressivité surprenante à ces personnages à la physionomie pourtant simple, issue de l’animation. La grande lisibilité des mouvements rappelle le travail de Pedrosa qui parvenait dans un style naïf à créer une action percutante dans son Age d’or. Si on retrouve l’envie d’aérer les séquences dialoguées par des arrière-plans et panorama grandioses, Carrion nous happe littéralement dans ses dessins qui en plus d’être sublimes jouent un véritable rôle narratif en évitant la lassitude d’un texte résolument porté sur le verbiage du héros et la difficulté de mettre en image du théâtre. Le récit se découpe ici en trois actes (les deux dernier composeront le volume deux) à la trame simple: dans le premier Peer « pirate » un mariage, dans le second il noce la fille du roi des trolls, dans le troisième il accepte l’amour d’une jeune fille avant de devoir y renoncer. Le marqueur de cet itinéraire c’est l’incapacité à la constance et la place des femmes qui, de sa vieille mère laissée à l’abandon à ces amantes trompées, sont systématiquement victime du caractère volage de Peer. Pourtant on peine à détester ce personnage que l’imaginaire forcené et le refus des réalités sociales rend libre et sans mauvaise pensée.

Ode à la liberté autant que critique de l’inconstance, Peer Gynt est un sublime drame romantique, un opéra mis en scène par un artiste au sommet de son expression. Il est surprenant qu’un Tirage de Tête très grand format ne soit pas prévu pour profiter de ces planches qui vous hypnotisent dans leurs noirs et leurs lumières. Projet ambitieux et exigeant, Antoine Carrion en fait un objet pour tous par la précision et la finesse de son travail. Un coup de cœur évident et un candidat sérieux à la BD de l’année.

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2 commentaires sur “Peer Gynt, acte I

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