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Marathon lectures

Copie de Le Bilan 2019

Salut les bdvores!

A l’occasion du jury BDGEST’arts (dont j’ai déjà parlé), j’ai entamé un marathon lectures depuis début novembre, souvent hors de mes cibles habituelles et ça m’a permis de découvrir quelques pépites qui ne m’avaient pas fait envie ou que j’avais loupé. Je vous propose un avis bref sur une série d’albums cités par mes camarades de Jury comme candidats potentiels aux meilleurs albums de l’année…

  • Asadora (Urasawa – Kana – 2020), 3 tomes parus, série en cours.

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Urasawaest un des gros trous dans mes lectures manga. Cité par beaucoup de monde comme un des mangaka majeurs de ces dernières années, il était temps que je découvre son univers et son style… qui m’ont tout à fait conquis sur cette dernière série (en cours de publication depuis 2018 au Japon). Comme la couverture de Kana l’indique il s’agit d’un feuilleton mêlant fantastique et vie quotidienne autour de la jeune Asa dont le tempérament explosif m’a conquis dès les premières pages. L’intrigue de ce premier volume suit la jeune fille, dernière d’une famille nombreuse, dans des pérégrinations autour d’un typhon qui ravage Nagoya. Résolue à aider les gens du haut de ses douze ans, la fillette va mobiliser les énergies autour d’elle… On retrouve un peu de l’esprit positif d’Amélie Poulain dans cette ambiance qui permet de plonger au cœur du japon quotidien des années soixante et un dessin BD d’une redoutable efficacité. Du coup je vais enchaîner les tomes disponibles à la médiathèque avant de m’attaquer au grand œuvre 20th century boys

  • Après le monde (Leman – Sarbacane- 2020), one-shot.

couv_400409Sur le seul pitch je n’aurais pas donné un kopeck à cet album qui reprend un thème éculé: des enfants se retrouvent seuls après la disparition de toute la population et l’apparition de grandes tours au loin. Et pourtant ce premier album de Timothée Leman est très maîtrisé tant techniquement, avec une teinte gris-sépia fort élégante et cauchemardesque, que narrativement avec une histoire simple, linéaire, qui sait poser du mystère, de demi-explications et une progression vers un final impressionnant bien que laissant un goût d’inachevé. Je ne critiquerais pas, ce type d’histoire est a peu près impossible à terminer, attaquée soit par son côté cryptique soit par un happy ou bad end souvent vu comme trop facile. Cela reste un très bel exercice de style assez poétique, très beau, sur l’itinéraire de deux enfants livrés à eux-mêmes, et bien sur ces paysages urbains désolés, toujours fascinants.

  • GoSt111 (Easersall/Mousse – Glénat- 2020), one-shot.

Couverture de GoSt 111Cette fois-ci c’est graphiquement que je n’aurais pas osé cet album qui propose une adaptation très originale en BD des histoires back-office des systèmes de sécurité français comme le Bureau des légendes. Venu du scénario TV et associé à un ancien commissaire, Mark Eacersall nous plonge dans l’univers des indics de la police. Univers sale, légalement incertain, entre deux univers, on se passionne pour le destin de cet immigré serbe pas très malin qui se retrouve contraint d’endosser le rôle d’indic pour un flic pas vraiment ripoux mais pas bien réglo non plus. Ce thème, plutôt nouveau et passionnant montre que sur un sujet classique (le polar) on peut toujours trouver le biais qui ouvrira notre attention. Si les dessins font le job ce sont bien le scénario et les dialogues qui font le sel de ce one-shot à lire comme une très bonne série policière. Il ne serait d’ailleurs pas du tout surprenant que l’on en voit une adaptation sur petit écran dans les années à venir.

  • Glouton (B-gnet/Milan – 2020), 2 tomes, série en cours.

Glouton -2- La boule des neigesAttention, cela fait longtemps que je n’ai pas autant ri sur une BD, depuis le Grand méchant Renard sans doute (avec quand-même les Viocs en passant…)! Glouton est le plus dangereux prédateur du Grand Nord, mais devenu feignant il a grossi et va devoir regagner son statut… Des BD d’humour animalier il y en a autant que de types d’humour. C’est souvent drôle… Glouton se lit la larme à l’œil de la première à la dernière page en dressant des situations improbables, des dialogues décalés, le tout d’une finesse juste géniale. Pas sur que cet humour parle aux plus jeunes mais vous, lecteur adultes, foncez sur ce nouveau personnage qui vous fera vous poiler comme rarement!

  • Square Eyes (Jones/Mill – Delcourt- 2020), One-shot

Couverture de Square EyesNouvel OBNI au royaume de la BD avec ce très gros album carré tout à fait conceptuel qui propose une variation sur la réalité augmentée, les réseaux sociaux et un futur dystopique comme jamais vu en BD. Des films SF visuellement innovants sur ces sujets il y en a régulièrement. Des tentatives scénarisées d’aborder ces sujets en BD également, mais une telle proposition graphique je n’en avais jamais vu. Disons le tout de suite, Square Eyes n’est pas grand public. C’est long, très compliqué à lire du fait d’un découpage et d’une mise en scène volontairement embrumés comme l’est l’héroïne. En essayant de nous faire voir le monde tantôt de l’extérieur tantôt par les yeux de ces personnes connectées à un réseau global où une réalité augmentée se superpose au monde physique, les auteurs brouillent notre regard et nous fascinent. En sort un questionnement philosophique sur la réalité même du monde dès lors que la réalité physique devient secondaire. Il en est de même sur la temporalité et l’identité de l’être qui peut se voir pirater sa vision et regarder par des yeux d’un autre ou via un enregistrement passé… La transposition graphique de ce concept est variée, fascinante, créant des planches « ilinéaires ». On est perdu la plupart du temps mais convaincu d’avoir assisté à une sacrée expérience artistique en BD…

  • Killer smile (Lemire/Sorrentino – Urban – 2020), One-shot

Couverture de Joker : Killer SmileNouvelle sortie du décidément très qualitatif Black Label de DC, Killer smile nous propose la vision de deux auteurs , chevronnés et réputés, d’une idée très proche de la tentative avortée de Snyder et Capullo sur Last Knight on earth. La réalité Batman n’en finit décidément plus d’être attaquée par des auteurs qui cherchent non plus à remettre en question les constantes du Batverse mais à tout simplement en finir! Après la révolution White Knight (la critique du second volume arrive avant Noël, promis!), nous voilà à nouveau confronté à ce redoutable Joker, véritable manipulateur des esprits et du monde qui l’entoure. Partant du même pitch que Harleen, un jeune psy tente d’achever son protocole de soin psy sur l’homme aux cheveux verts sans se perdre et sa famille avec. Je n’en dis pas plus, les références citées suffisent, mais ce one-shot propose un vortex psychologique diablement réussi malgré des dessins que je crains un peu dans leur aspect crado-hyper réalistes. Si vous passez cette spécificité graphique, vous entrerez dans une narration manipulatoire qui cite bien évidemment le mythique Killing Joke et vous laissera groggy sans trop savoir si le Chevalier Noir va survivre à cette année pandémique…

  • Seules à Berlin (Juncker – Casterman – 2020), One-shot.

Couverture de Seules à BerlinLes histoires sur la défaite allemande et l’état de Berlin à la Libération sont à la mode. Est-ce une forme de revanche culturelle française? Toujours est-il que le sujet ne me passionne pas et que j’ai à nouveau pu découvrir un excellent album ma foi bien sombre (voir glauquissime par moments) sur un sujet bien funky: une allemande qui a perdu son nazi de mari sert de fille de joie à des officiers de l’armée « de libération » soviétique alors qu’une traductrice du NKVD, idéaliste, découvre la réalité des femmes dans ce pays détruit… Dit comme ça ça donne envie de se tirer une balle et les dessins en lavis gris sur des décors d’apocalypse ne font rien pour enjouer tout ça. Pourtant ce gros volume de 200 pages arrive à construire sur des dessins très simples une atmosphère via un découpage sec très rythmé et nous passionne sur ce microcosme humain extrême que seules les histoires de guerre ou Post-apo peuvent transcrire. Alternant entre l’ubuesque quête du squelette du Führer par l’administration soviétique et la relation entre les deux femmes (mais aussi avec les officiers, les vieux allemands rescapés,…), Nicolas Juncker nous happe dans cet enfer où les bornes morales ont depuis longtemps volé en éclat pour laisser les cœurs à nu dans la plus grande simplicité humaine ou inhumaine. Très bel album malgré sa dureté, d’un auteur que je découvre et que je vais suivre de plus près…

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