****·BD·Nouveau !·Service Presse

Le baron

La BD!
BD de Jean-Luc masbou
Delcourt (2020), 72p., one-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Magnifique édition luxueuse avec tranche toilée, titre gaufré et doré et terminé par un cahier de recherches graphiques crayonnées et un fil de fer de toutes les planches crayonnées de l’album. On pourrait croire à une édition collector… Bravo à Delcourt pour une fabrication de cette qualité au tarif habituel des BD.

couv_403185

Lorsqu’un colporteur débarque dans le village de Bodenwerder quelle n’est pas la surprise des habitants que d’entendre la lecture des récits du Baron de Münchhausen… car loin d’être un personnage de fiction, le baron n’est autre que le sympathique seigneur du coin, qui aime raconter les rocambolesques aventures de sa vie militaire… pour qui veut bien le croire…

Après vingt ans passés en compagnie du loup, du renard et du lapin les plus bavards de la BD, Alain Ayroles et Jean-Luc Masbou se sont quittés, pour nous proposer à une année d’intervalle deux magnifiques ouvrages comme les joyaux majeurs de leur carrière: Les Indes fourbes pour Ayroles (avec Guarnido) et donc, ce Baron (de Münchhausen!) pour Masbou. Et l’on peut dire qu’à la lecture des deux ouvrages, au thème très proche, l’on n’est pas surpris que les deux compères se soient si bien entendus sur la saga De capes et de crocs!

Le Baron de Jean-Luc Masbou - Album - Livre - DecitreComme sur l’album d’Ayroles, le Baron traite de la création, de l’imaginaire et des raconteurs d’histoires. Moins sophistiqué que le premier, l’ouvrage de Masbou profite cependant du trait si particulier et de cette colorisation que l’on a tant aimé sur De capes… En pleine possession de ses talents, doté d’une pagination et d’un format royaux, l’auteur utilise les multiples récits fantasmagoriques du Baron pour nous gratifier d’une variété impressionnante de style, chaque séquence adoptant tantôt l’apparence des gravures du XVIII° siècle, tantôt les albums graphiques russes, la sanguine ou l’image d’Epinal. Comme album de dessinateur ce Baron est donc un véritable régal pour peu que les faciès outranciers de carnaval de Masbou vous siéent. Ce sera là, comme souvent lorsque l’auteur assume les deux rôles, la limite de l’ouvrage qui, s’il est touchant et sympathique, ressemble plus à un exercice de style qu’à un scénario machiavélique comme a su le faire son comparse.

Car Jean-Luc Masbou reste en terrain connu, cet univers des carton-pâte, des décors de théâtre et la bonhommie d’une époque idéalisée, celle des vaillants soldats de bottes et d’épée, des perruques et des tavernes emplies de bocks à bière et de plantureux saucissons. Cet album généreux sonne comme la conclusion logique d’une carrière qui a emprunté, caressé, cajolé l’univers du Baron et toute la galaxie d’artistes qui ont enrichi ces contes, de Terry Gilliam à Gustave Doré et Georges Meliès. En cela le Baron est un superbe hommage qui vient enrichir une bibliographie impressionnante d’adaptations, citations et autres suites des aventures de ce Karl Friedrich Hieronymus, Baron de Munchhausen, ayant réellement existé et dont les aventures ont été relatées de son vivant. Cet aspect historique est partiellement présent dans l’album qui nous présente la rencontre de l’œuvre et du personnage… qui ici découvre qu’on l’a mis en livre alors que le véritable Hieronymus a démarché un écrivain.

L’album comme son personnage sont immensément sympathiques dans leur entièreté. Car si la question du mensonge, de l’affabulation, est abordée, bien vite le Baron nous fait comprendre qu’il n’est pas plus dupe que ses auditoires de la distinction entre la réalité et l’imaginaire. Ses récits sont une ode à l’imagination débridée libérée des carcans sociaux, de la bienséance et du cartésianisme d’une époque bien codifiée. Par l’imaginaire Hieronymus se libère du poids matrimonial, social et de ce qui est attendu. Par la libération de toute vraisemblance il démontre une liberté de vie absolue, que son épouse tente de restreindre. Il est toujours plaisant de voir s’exprimer ainsi des artistes, auteurs de BD, ces adultes suspects de manque de sérieux à passer leur vie à dessiner des contes, des histoires alors que le monde est si dur… Jean-Luc Masbou revient ainsi avec cet album à l’origine du conteur, celui qui fait voyager l’imaginaire, qui émerveille les enfants et les adultes du siècle de Louis XV. Il propose une ode à la liberté créative, à l’absence de sérieux et au plaisir de raconter des histoires, quelques invraisemblables qu’elles soient. En cela il a sa place dans la bibliothèques de tous les amoureux des belles histoires!

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s